Sophie CAIRONI, Petite femme, Cotcotcot, 2022, 52 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930941–38‑7
Sophie Caironi nous emmène dans la quête d’éveil de Petite femme. Alors qu’elle ne s’était pas encore confrontée au monde, puisqu’elle sort de chez elle pour la première fois, elle rencontre tour à tour les vents qui la portent, la montagne qu’elle franchit… Courageuse, elle dialogue avec les éléments et décide de partir en quête de son rêve.
Petite femme quitte sa maison pour la première fois, c’en est fini d’attendre les choses. Nous comprenons dès la première page que nous aurons affaire non pas à une petite femme, mais à une grande rêveuse ! Ou, finalement, pas une grande rêveuse, mais une courageuse aventurière qui fait de l’éphémère une quête. Petite femme se révèle d’une grandeur et d’une profondeur immense à mesure qu’elle côtoie les éléments qui la portent vers son rêve. Continuer la lecture



Il est des thématiques auxquelles il faut être sensibilisé dès le plus jeune âge. Le commerce équitable et la rémunération juste sont de celles-là. Pourtant, cela peut paraître ardu d’expliquer ces concepts à des enfants : quels mots choisir pour évoquer ces réalités à la fois économiques et sociales ? L’album Mouna, édité par le Centre national de coopération au développement, se révèle l’outil parfait pour aborder le sujet.
Que disent de nous les lieux que nous abandonnons ? Que dit un foyer de la personne qui y a vécu ? Les objets gardent-ils d’elle une empreinte, une présence ? Dans son dernier livre, aNNe herbauts raconte l’absence, celle d’Hadda, à travers l’exploration de son appartement. Sans jamais représenter personne, en choisissant de n’illustrer que les pièces et tout ce qu’elles contiennent de matériel, l’autrice-illustratrice boitsfortoise réalise le tour de force de livrer un album touchant, d’une grande humanité. De la cuisine au salon, en passant par le balcon et le corridor, le regard se pose sur tout qui a fait la vie d’Hadda, grand-mère que l’on devine décédée récemment, et à travers ces objets posés, chaises autour de la table, lunettes sur une cheminée, écharpe, pot de farine, oignon, plantes en pot, radio, trousseau de clés, quelque chose d’elle, que nous ne connaissons pas, semble surgir, apparaitre pour aussitôt nous échapper. Des fulgurances de présence se dessinent dans ces moments suspendus.
Au milieu d’un hiver pluvieux, une petite fille aux cheveux de jais s’amuse chez elle. Éparpillés dans la pièce, des Playmobil et des animaux en plastique, des maisons de poupée, une voiturette bleue, un croissant non entamé jonchent le sol. Elle, elle sourit et agite deux figurines féminines s’affrontant lors d’un match de football en miniature. C’est le sport préféré de la fillette, elle adore y jouer dans le jardin, ce que le temps ne permet pas ce jour-là, les gouttes et le vent étant de la partie. Alors elle décide d’enfreindre une des règles de la maison. Elle s’avance sur les carpes bleues du tapis douillet, ignore le regard circonspect du chat et attrape son ballon en cuir. La joie de la transgression est hélas de courte durée : elle casse le vase préféré de sa maman, « [c]elui qu’elle et papa ont ramené de vacances et qui est plus vieux [qu’elle] ». Son sourire s’évanouit et, recroquevillée dans son anxiété, elle serre le félin dans ses bras. Elle observe les débris de son désastre et entend des pas s’approcher… La tristesse et l’angoisse l’étreignent, elle va devoir se confronter aux conséquences de sa désobéissance. Comment avouer la catastrophe ? De quelle façon sa maman va-t-elle réagir ? De quelle punition va-t-elle écoper ?
Quand deux générations se rejoignent autour d’une passion commune pour la nature, cela donne un album de grand-format, à la facture magnifique, que le lecteur découvre de A à Z, au travers des rêves les plus fous d’animaux.
Voilà une question taraudante, en effet…
L’histoire de L’île aux deux crabes appartient à la tradition kanak et se transmettait originellement en iaaï (langue parlée à Ouvéa, comptant aujourd’hui un peu moins de quatre mille locuteurs). Au début de l’ouvrage, il est précisé que Françoise Ozanne-Rivierre, une linguiste spécialiste des langues et civilisations à tradition orale, l’a recueillie en Nouvelle-Calédonie à la fin des années 1980 de la bouche d’un certain Taï Waheo. Quelques décennies plus tard, Sylvain Alzial s’en empare et facilite son inscription, à travers les âges et au-delà des frontières, par le biais d’un conte amusant et plein de la sagesse de feu Madame Bouba.
En 2018, les éditions Esperluète publiaient
Il faut croire en ses rêves, ne pas lâcher, se donner la chance d’aller plus loin, c’est le message que nous livre le duo tout en douceur et finesse que forment Carl Norac et Stéphane Poulin. L’auteur et l’illustrateur nous plongent au cœur de New York, Central Park et nous partagent tout ce que les États-Unis peuvent avoir de pire et… de meilleur.
Avez-vous déjà plongé votre regard dans celui d’un bison ? Cette expérience doit se révéler stupéfiante dans la taïga ou une plaine hudsonienne. Au cœur de l’album Le bison non-non, sur une pleine page d’un sombre subtil (composé de bruns et de noirs, percé de quelques nuances beiges), se faire aimanter par les « deux yeux tout ronds » du bovidé provoque une émotion inattendue, entre mélancolie subite et tendresse monstrueuse. On l’aime immédiatement, ce Bison non-non, même si son nom devrait tenir à distance…
Sarah Cheveau nous avait déjà charmés avec
Vous êtes-vous déjà amusé(e) à compter les pois d’une bête à bon dieu ? Toutes dotées de six pattes et de fines ailes cachées sous leurs élytres, elles se distinguent notamment par le nombre de leurs taches sphériques. Deux, cinq, sept, dix, quatorze, vingt-deux et même vingt-quatre, qui ne sont pas en lien avec leur âge, peut-être juste avec les souhaits à formuler à leur vue. Peu importe, mais que diriez-vous si, tout d’un coup, ces jolis coléoptères n’arboraient plus que deux pois, un sur chaque côté de leur carapace ? Ils gagneraient en homogénéité, certes, mais perdraient tellement en singularité… Marcel, coccinelle habitant depuis toujours à Coxis, bien que saturé de la vision de ces ronds ornementaux, se rebiffe ardemment lorsque ses amis, la rigolote Zélie et le très sérieux Bélonias, succombent, eux aussi !, à la mode de la chanteuse Rubille qui « […] est un peu spéciale : elle n’a que deux pois sur la carapace ». En plus, ils ont carrément décidé de reporter leurs vacances sous prétexte d’un concert de la starlette : « Marcel n’en revient pas. Comment ses amis ont-ils pu le laisser tomber pour un stupide concert ? Ils savent pourtant que ce voyage compte beaucoup pour lui. Eh bien, puisque c’est comme ça, il les passera tout seul ses vacances ». Il claque la porte, enfourche son vélomoteur et quitte le gris urbain pour s’aventurer dans la campagne avoisinante, comme d’autres sauterelles en car, fourmis en voiture et escargots… à pied ! 