Archives par étiquette : Vincent Tholomé

Où l’on suit passionnément pas à pas les premiers pas d’une autrice dans l’écriture

Chan­tal DELTENRE, Écrire en marchant. Pre­miers pas, Mael­ström, 2018, 134 p., 14 €, ISBN : ISBN : 978–2‑87505–305‑3

deltenre ecrire en marchant

Deux événe­ments minus­cules se pro­duisent à ce moment-là. Une mouche, soudain piégée au cor­don de glu qui pend du lus­tre au-dessus de ma tête, se met à vib­ri­on­ner. Sa lutte dés­espérée me vrille les oreilles. En même temps, une mésange vient se pos­er au bord de l’ap­pui de fenêtre extérieur. (…) Ma gorge se serre. (…) Je n’en peux plus de cette immo­bil­ité. Si je ne bouge pas, le tour­bil­lon qui emporte le sourire de ma grand-mère (…), l’or­dre et le décor figés de la pièce à vivre, (…), je glis­serai avec eux dans la mort, l’ex­tinc­tion.

Des fois, tout se décide sur un coup de tête. Irréfléchi. Comme une réponse, pas du tout atten­due, aux aléas ou aux impass­es de la vie. À la lec­ture d’Écrire en marchant, on se dit que Chan­tal Del­tenre aurait très bien pu ne jamais écrire, ne jamais pub­li­er. Sauf qu’il y a eu cet instant T, événe­ment fab­uleux, véri­ta­ble matrice de sa vie d’écrivain. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on ramène une bonne dose de réel dans un monde qui se rêverait aseptisé

Éric THÉRER, Le déficit des années antérieures, East­ern Bel­gium at night, 2017, 7 €, 56 p.

therer le deficit des années anterieuresUn con­stat tout d’abord : Le déficit des années antérieures est un objet soigné. Très classe. « Fait mai­son », pour­rait-on dire. Ou du moins ayant les qual­ités de tout objet conçu avec amour. Se parant soudaine­ment d’une aura qui le dis­tingue des autres. Le déficit des années antérieures ne dif­fère pas en cela des autres livres d’Éric Thér­er. Un poète pour­tant qui aime s’af­franchir de la page. Sor­tir ses poèmes du petit monde des livres et des revues, pour nous les dire, assén­er sur scène, entouré de com­pars­es, d’amis musi­ciens élec­tro-con­tem­po­rains. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on suit joyeusement au gré des vagues des bouteilles jetées à la mer

Lau­rence VIELLE, Domo de Poezia (Bouteilles à la mer ), livre + CD, PoezieCen­trum et Mael­strÖm, 2018, 194 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87505–300‑8

vielle domo de poezia.jpgEnvie de pren­dre la vie en main ? La vôtre et celle des autres ? Ten­té, ten­tée, depuis longtemps, par les ini­tia­tives citoyennes, les rap­proche­ments, les liens soci­aux à resser­rer ? Marre du dép­ri­mant TINA, du gris ambiant dans les têtes ? Envie de posi­tif et de joie ? Désir fou d’être regon­flé, de sourire à nou­veau ? Pour sûr, il n’y a pas que le film Demain pour faire pétiller. On peut aus­si s’im­merg­er dans la poésie résol­u­ment pos­i­tive, amoureuse de la vie et des ren­con­tres, dans la poésie éminem­ment « sociale » et socié­tale de Lau­rence Vielle. Parce que Lau­rence Vielle a décidé, une fois pour toutes, de laiss­er au plac­ard ses petits ou grands prob­lèmes d’ego – ses soucis de gnêgnêtre comme a dit une fois Jean-Pierre Ver­heggen –, d’être généreuse, de pren­dre à bras le corps les ques­tions du « vivre ensem­ble » et du « bien vivre », de con­sid­ér­er la poésie, le fait d’écrire la poésie, comme un acte social, une façon d’ac­com­pa­g­n­er les ques­tions qui tra­versent ou tarau­dent bon nom­bre d’en­tre nous. Con­tin­uer la lec­ture →

Vincent Tholomé. L’écriture comme espace de nœuds tholoméens

Vin­cent THOLOMÉ, Mon voisin Noug, Éd. Cen­tre de Créa­tions pour l’Enfance de Tin­queux, col­lec­tion « Petit VA ! », 2018, 23 p., 5 €

tholome mon voisin nougPoète, auteur per­formeur réin­ven­tant la langue, notre rap­port au verbe, Vin­cent Tholomé s’aventure avec Mon voisin Noug dans l’espace des livres pour enfants. D’emblée, il méta­mor­phose ces derniers en ouvrages où l’enfance — l’enfance du monde dirait Deleuze, mais aus­si l’enfance du lan­gage, de la sen­sa­tion — se déploie.

Nul éton­nement à voir Vin­cent Tholomé rejoin­dre la col­lec­tion « Petit Va ! » des Édi­tions du Cen­tre de Créa­tions pour l’Enfance de Tin­queux, laque­lle a  accueil­li des plumes sin­gulières comme Lil­iane Giraudon, Julien Blaine, Édith Azam, Lau­rence Vielle… Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on se dit qu’un jour on arrivera à sortir de soi

Un coup de cœur du Carnet

Char­line LAMBERT, Dés­in­car­céra­tion, L’Âge d’homme, coll. « Con­tem­po­rains », 2017, 12 €, ISBN : 978–2‑8251–4714‑6

Tu veux dés­in­car­cér­er la bête de toi,
tu as des bouch­es à nour­rir, et com­bi­en

de chiens affamés

au-dedans, en attente

d’une taxi­der­mie.

Tu four­res tou­jours dans ta struc­ture,
sous ta peau de cuir,
beau­coup trop d’hu­main.

lambert desincarcerationDés­in­car­céra­tion est un livre épatant. Une ten­ta­tive impos­si­ble. Un geste impos­si­ble. Son pro­gramme est vaste et ambitieux. Sans com­pro­mis. C’est que Char­line Lam­bert, toute jeune poète, même pas trente ans, ne lâche rien. Tourne sans fléchir autour d’une ques­tion. Vaste ques­tion. Sans réponse. Com­ment sor­tir de notre con­di­tion de bête ? De nos incar­na­tions ? De la chaîne mul­ti­mil­lé­naire des généra­tions ?

Parce que voilà bien tout le mal­heur : un jour, une fois, nous nous incar­nons. Débar­quons sur Terre. Via la chair de nos mères. Leur pas­sant lit­térale­ment à tra­vers le corps. Nous dés­in­car­cérant de leurs ven­tres. Poupons brail­lards geignant, peut-être, déjà, de nous savoir car­cass­es. Futures car­cass­es. Poupons brail­lards chialant, peut-être, déjà, sur notre sort. Allez savoir. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on rencontre un être qui marche avec les autres

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, Notes sur le chantier de vivre, Rougerie & Cen­trifuges, 2017, 194 p., 13 €, ISBN : 978–2‑9544587–9‑3

dugardin notes sur le chantier de vivreMarc Dugardin est un chantier per­pétuel. Un être qui marche avec les autres. En tant qu’homme, en tant que poète. Tout qui suit de près ses pub­li­ca­tions le devine : de livre en livre, se des­sine une ligne sou­ple, var­iée, vari­ante. Une ligne creu­sant patiem­ment un sil­lon. S’ap­puyant sans cesse sur ce qui compte. Sur ce qui porte Marc Dugardin. L’aide à pour­suiv­re. À con­cevoir une belle route. Ce sont les ami­tiés fortes. Les musiques qu’il écoute. Les révoltes qui gron­dent en lui. Les con­nivences avec les autres poètes, écrivains, qu’ils soient morts ou vivants. L’in­fail­li­ble curiosité qui l’anime. Les ques­tions et préoc­cu­pa­tions qui le turlupinent, voire le passé qui le tour­mente. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on capte la poésie par tous nos pores

Un coup de cœur du Carnet

Daniel FANO, Tombeau de l’amateur #1. Assez par­lé de moi, La Houle 2017, 21 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930733–09‑8 ;   #2. Suite au prochain numéro, La Houle, 2017, 10 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930733–13‑5 ; #3. Dix petits exer­ci­ces de dis­pari­tion, La Houle 2017, 16 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930733–14‑2 ; #4. Au revoir et mer­ci, La Houle, 2017, 12 p., 8 €, ISBN : 978–2‑930733–15‑9 ; #5 Tombeau de l’a­ma­teur, La Houle, 2017, 10 p., 8 €, ISBN : 978–2‑930733–16‑6

fano tombeau de l amateurQues­tion à deux balles : quels sont les points com­muns entre Assez par­lé de moi, Suite au prochain numéro, Dix petits exer­ci­ces de dis­pari­tion, Au revoir et mer­ci et Tombeau de l’a­ma­teur ?

Fas­toche !

Leur auteur d’abord, Daniel Fano, un expert pour ce qui est de boost­er la langue, de la branch­er joyeuse­ment sur du triphasé élec­trique, de mon­ter nerveuse­ment en neige les phras­es en un beau débridé, en un beau glis­san­do, par­faite­ment maîtrisés : Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on se plaît à percevoir ce qui bientôt disparaît

lambersy departs de feux

Wern­er LAMBERSY, pein­tures d’Em­manuelle RENARD, Départs de feux, Tipaza, 2017, 140 p., 30 €, ISBN : ISBN : 978–2‑912133–45‑8

 

Demi-som­meil de chats devant
L’âtre des planètes

L’ange de la parole
Défer­lant sur l’océan bègue des
Vagues

Les mon­des et moi on apprend à
Se con­naître

Quelque­fois les yeux
Suff­isent qui lan­cent des bouées

Voilà, c’est cela, Départs de feux, de courts poèmes emplis de souf­fle. De cour­tes affaires où Wern­er Lam­ber­sy n’ar­rête pas de s’in­ter­roger sur l’écri­t­ure, la van­ité de l’écri­t­ure, l’hu­main, l’hu­man­ité, l’hu­main dans ses rap­ports au non-humain, végé­tal, ani­mal ou minéral, l’hu­main dans le monde, dans le cos­mos, l’hu­main avec le monde, les oiseaux, la lune, l’hu­main pareil au non-humain, pareille­ment tra­ver­sé par le monde. Non que Wern­er Lam­ber­sy se la jouerait vieux sage façon gourou. Non que Wern­er Lam­ber­sy, tout à coup, se prendrait pour un don­neur de leçons ou pour le gars qui aurait tout com­pris. Pas du tout son style. Pas du tout son genre. Con­tin­uer la lec­ture →

Le top 3 de Nicolas Marchal

Suite de notre rétro­spec­tive de l’an­née avec les choix de Nico­las Mar­chal.


Lire aus­si : la fiche de Nico­las Mar­chal


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Où l’on regarde des photographies pour mieux plonger dans son monde intérieur

Un coup de cœur du Carnet

Jean-François FLAMEY, Non Dits, Yel­low Now, 2017, 120 p., 19€, ISBN : 9782873404192

flameyNon dits, qu’est-ce que c’est ? Un ouvrage de pho­togra­phies. Mais pas que. Une boîte à imag­i­naire aus­si. Une mécanique jouis­sive faite pour que, mine de rien, on se racon­te des films, nous, les regar­dants, les regar­dantes. Une machiner­ie nous invi­tant à faire tourn­er à plein régime nos fac­ultés de scé­nar­istes ou de rêveurs, en tout cas. Con­tin­uer la lec­ture →

Où subitement il nous prend l’envie de nous lever et de prendre la parole

Un coup de cœur du Carnet

Éric CLÉMENS, Pour un pacte démoc­ra­tique. Man­i­feste, Press­es uni­ver­si­taires de Lou­vain,  coll. « Petites empreintes », 2017, 94 p., 12 € / ePub : 8 €, ISBN : 978–2‑87558–562‑2

La démoc­ra­tie com­mence « con­tre l’Un » avec la recon­nais­sance non pas du peu­ple uni, mais des divi­sions du peu­ple, de ses divi­sions entre indi­vidus, entre sex­es, entre class­es ou groupes, entre pouvoir(s) et société civile, entre valeurs, fonc­tions et moyens, mais de façon telle que le con­flit ne tourne pas en vio­lence.

(…)

Car (…) le « dis­sensus » une fois recon­nu, le « con­sen­sus » doit être recher­ché et mis en œuvre si le but de la poli­tique reste bien de per­me­t­tre de vivre ensem­ble dans un monde en com­mun ou au moins partage­able.

clemens pour un pacte démocratiqueDepuis trente d’ans, des livres d’Éric Clé­mens revi­en­nent sur la ques­tion de la démoc­ra­tie, sur son impasse con­tem­po­raine, son renou­velle­ment pos­si­ble, sa régénéres­cence, l’é­man­ci­pa­tion qu’elle apporte, pour­rait apporter, aux femmes et aux hommes, par-delà les con­vic­tions, intérêts et avis diver­gents. Car il n’y a pas de société humaine uni­forme. Quelque chose, tou­jours, débor­de. Ne ren­tre pas dans le cadre. Des opin­ions s’op­posent quant à la marche à suiv­re, quant aux actions à men­er. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on se prend à lire en moutons noirs plutôt qu’en moutons blancs

Véronique BERGEN, Jamais, Tin­bad, 2017, 118 p., 16 €, ISBN : 979–10-96415–07‑6

bergen jamais.jpgBon. Dis­ons ceci : Jamais nous donne à lire une écri­t­ure « de milieu ». Pas une écri­t­ure « dra­ma­tique », donc. Pas atten­dre, dès lors, de Jamais qu’il nous livre une « belle his­toire », savam­ment con­stru­ite pour nous emmen­er, nous, lecteurs, jusqu’à la dernière scène, l’ul­time sur­saut intense que nous dévorerons avant de clore le livre.

Jamais, c’est plutôt une plongée dans un milieu aque­ux ou dans une forêt vierge. Une plongée dans un bain lin­guis­tique où tout pour­rait vir­er chaos, sem­bler chaos, tant le réc­it de Véronique Bergen, sa façon de « réciter », n’a que faire d’une fic­tion « clé sur porte » avec un beau début, un beau corps et une belle fin. Con­tin­uer la lec­ture →

La vie ordinaire. Propos à propos d’Éric Thérer

Éric THÉRER et Ben­jamin MONTI, Ping-pong, East­ern Bel­gium at night, 2015, 300 p., 8 € ; ORDINAIRE (Éric THÉRER et Stéphan INK), Le temps qu’il fait, CD, les édi­tions East­ern

thererDécédé en 2014, Bernard Hei­d­sieck, immense poète, n’est décidé­ment pas près de som­br­er dans l’ou­bli. Tant mieux tant mieux. C’est que, de son vivant, il n’ar­rê­tait pas de faire des petits, le bougre, d’in­spir­er du monde dans les par­ages de la poésie sonore et de la poésie action. Dans les par­ages d’une poésie qui, hop !, décide de sor­tir lit­térale­ment de la page, d’user de tous les moyens tech­niques et tech­nologiques pour se faire enten­dre en per­for­mance, sur scène, hors des recueils, dans des formes totale­ment étrangères aux canons clas­siques. N’hési­tant pas, par exem­ple, à utilis­er des langues et des manières de faire issues de nos écrits et usages les plus quo­ti­di­ens : let­tres admin­is­tra­tives, relevés ban­caires, infos dif­fusées à la radio, etc. C’est que, de son vivant, Bernard Hei­d­sieck n’a eu de cesse de créer, à par­tir de ces langues a pri­ori « déshu­man­isées », a pri­ori à mille lieues du « fris­son poé­tique », des objets lumineux et jouis­sifs, à lire, voir et enten­dre, des objets drôles et cri­tiques, éminem­ment en prise sur leur époque. Usant, par exem­ple, lui, le ban­quier, des lan­gages économiques pour tir­er sar­cas­tique­ment le por­trait du monde con­tem­po­rain. C’est que, de son vivant, Bernard Hei­d­sieck aura été l’un de ceux qui n’au­ront pas cessé de « bidouiller », super­posant, par exem­ple, sur scène voix enreg­istrées et voix « live », com­posant directe­ment ses poèmes sur mag­né­to­phones plutôt que sur papi­er. Ouvrant ain­si la voie à bon nom­bre de « poètes per­formeurs » actuels. Con­tin­uer la lec­ture →

La vie d’artiste. Entre liberté et asservissement

Chris­tine VAN ACKER, La dernière con­vo­ca­tion, Cac­tus Inébran­lable, 2017, 60 p., 5 €, ISBN : 978–2‑930659–63‑3

van acker la derniere convocation.jpgOn est en avril 2017. Au fonc­tion­naire chargé de con­trôler si elle est suff­isam­ment active dans sa recherche d’emploi, Chris­tine Van Ack­er remet une let­tre. Un brûlot plutôt. Doux et amer. Ironique. Où elle sig­ni­fie qu’elle en a soupé de se soumet­tre aux dik­tats d’une admin­is­tra­tion la réduisant à une éti­quette : deman­deuse d’emploi. Une admin­is­tra­tion qui n’a que faire de Chris­tine Van Ack­er en tant que que per­son­ne et de ce qu’est réelle­ment son boulot d’artiste. Une admin­is­tra­tion qui réduit à peau de cha­grin tout qui, un jour, est con­fron­té au vaste com­plexe des régle­men­ta­tions en tout genre. Con­tin­uer la lec­ture →

Bons baisers d’Athènes

Un coup de cœur du Carnet

Anne PENDERS, Kalá, La Let­tre Volée, 2017, 128 p., 19 €, ISBN : 978–2873174842

penders.jpgDepuis longtemps, Anne Pen­ders traîne ses tongs un peu partout dans le monde. En Chine. Aux States. À Mar­seille. À Brux­elles, mais oui, aus­si, par­fois. Depuis longtemps, Anne Pen­ders écrit, pho­togra­phie, filme, prend du son, partout où elle passe, partout où elle laisse traîn­er ses tongs. Non qu’Anne Pen­ders serait une de ces autri­ces dites voyageuses, écrivant, de livre en livre, des espèces de jour­naux de voy­ages où elle nous nar­rerait ses états d’âme nomades, ses ren­con­tres splen­dides, ses déboires ou ses con­fronta­tions avec le paysage, la mère nature ou toute autre chose du même acabit. Non. Pas du tout son genre. Anne Pen­ders serait plutôt du style, me sem­ble-t-il, à faire de ses voy­ages des pré­textes. Des occa­sions de sus­citer l’écri­t­ure, tant lit­téraire que radio­phonique ou pho­tographique. Des occa­sions de met­tre en bran­le, en quelque sorte, la « machine à penser, la machine à écrire Pen­ders ». Con­tin­uer la lec­ture →

Petit tour dans le monde circulaire

Un coup de cœur du Carnet

Otto GANZ, Du fond d’un puits, Mael­strÖm, coll. « 4 1 4 », 2017, 90 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–271‑1

ganz.jpgOtto Ganz est un poète rare. Capa­ble en deux lignes de nous entraîn­er, mine de rien, dans ses abîmes, dans ses délires ou dans ses visions para­doxales. On le sait : ouvrir un livre d’Ot­to Ganz est à chaque fois une expéri­ence forte, une vis­ite de labyrinthe. Une vis­ite d’un monde cir­cu­laire où l’on se cogn­era trente-six fois à des murs mal éclairés. Où l’on perdrait son temps à chercher un fil d’Ar­i­ane. Où il nous faut accepter d’a­vancer par sauts. Petits bonds de grenouille. Comme si Otto Ganz inven­tait le chemin au fur et à mesure. De pen­sées en pen­sées. De paroles en paroles. C’est que, pour Otto Ganz, il est essen­tiel d’aller à l’essen­tiel. D’écrire l’essen­tiel. Pas ques­tion dès lors de pren­dre du temps – et de per­dre notre temps comme lecteur et lec­trice – à dérouler patiem­ment le fil de la pen­sée. À nous dire com­ment, par quelle route, petit sen­tier boueux ou autoroute, il en est venu à telle ful­gu­rance, telle évi­dence. Lire Otto Ganz, ce serait un peu comme lire quelque chose de très ancien. De la philoso­phie très anci­enne. De la méta­physique très anci­enne. De la lit­téra­ture dont on n’au­rait soigneuse­ment con­servé que l’u­tile. Les sen­tences qui par­lent. Réson­nent. Nous font vibr­er comme des cloches. De la lit­téra­ture dont on aurait soigneuse­ment fait fon­dre le gras. Con­tin­uer la lec­ture →