Le Goncourt, le plus prestigieux et prescripteur des prix de la rentrée d’automne, a dévoilé sa première sélection 2025.
Archives de l’auteur : Le Carnet et les Instants
Petits objets blessés à l’horizon
Anne LETORÉ et Françoise LISON-LEROY, Collections après usage, Âne qui butine, 22 €, ISBN : 9782919712373
Voilà un objet curieux que celui composé des quatre mains associées d’Anne Letoré et Françoise Lison-Leroy. Collections après usage vient de paraitre dans la collection « Amphisbène » des éditions de l’Âne qui butine, dans laquelle “deux auteur-es créent en duo, tissent leurs mots, illustrent ensemble une œuvre unique.” Entre prose (Anne Letoré), poésie (Françoise Lison-Leroy), recette de cuisine saturnale, photographie et collages, les deux artistes voyagent dans les espaces, les époques et les médiums pour explorer quantité de collections croisées sur leur chemin. Comme l’annonce l’inscription au feutre orange et vert sur la quatrième de couverture : ça riboule, ça pêle-mêle, ça tartouffe. Continuer la lecture
Prix Décembre 2025 : la 1ère sélection
Avec le mois de septembre arrivent les sélections des grands prix d’automne, inséparables de la rentrée littéraire. Le prix Décembre est le premier à livrer sa sélection. Onze romans sont en lice. Continuer la lecture
Eltonland, de la mère à la lune
Un coup de cœur du Carnet
Ralph VENDÔME, Dans la tête d’Elton Munk, M.E.O., 2025, 194 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0522‑8
Ralph Vendôme s’est fait connaitre dès 2020 comme (brillant) auteur de nouvelles : des recueils au Scalde puis, déjà, chez M.E.O. ; des textes chez Lamiroy ou dans la revue Marginales. Dans la tête d’Elton Musk est sa première incursion dans le « long ». Comment va-t-il franchir le cap ? Continuer la lecture
La littérature comme reconfiguration du donné
Myriam WATTHEE-DELMOTTE, La littérature, une réponse au désastre, Académie royale de Belgique, coll. « L’Académie en poche », 2025, 140 p., 9 €, ISBN : 9782803109982
Que peut la littérature ? Comment dispose-telle un espace imaginaire tissé par la fiction, qui soit à même d’agir sur le réel, sur le monde, sur soi, sur la pensée, les affects, les représentations ? Dans son essai vigoureux autant que rigoureux, La littérature, une réponse au désastre, Myriam Watthee-Delmotte dresse une étude exigeante, passionnée, de la manière dont la littérature se pose comme un levier d’action, un dynamisme de forces qui parie pour une riposte au désastre. Le questionnement se découpe en plusieurs champs : une analyse de son rôle de témoin (du chœur antique de la tragédie grecque aux témoins intérieurs, extérieurs ou imaginaires), de ses contenus et des dispositifs langagiers qui mettent en forme ces derniers et une investigation des spécificités du médium de la littérature imprimée par rapport au cinéma, au théâtre ou autre médium requérant un dispositif verbal. Continuer la lecture
Les mots retrouvés d’une chanson sans musique
Jean FAUCONNIER, Tchansons… sins pont d’ musique, traduction française de Jean-Luc Fauconnier, Èl Môjo dès Walons, coll. « èl bourdon », 2024, 68 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931107–14‑0
Certaines œuvres littéraires connaissent une longue période de latence avant leur publication. Le recueil qui nous occupe en est un parfait exemple : composé dans les années 1950, il est resté méconnu du plus grand nombre – et même des héritiers de l’auteur – jusqu’à tomber fortuitement entre les mains des employés de Èl Môjo dès Walons, la maison des traditions carolorégiennes. Continuer la lecture
Du sexe, de l’amour et du lâcher-prise
Arnaud DELCORTE, Gandhara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7
Gandhara est une région historique située au nord-ouest de l’actuel Pakistan, englobant la vallée de Peshawar et s’étendant jusqu’aux basses vallées des rivières Kaboul et Swat. Elle était un carrefour commercial et culturel important, reliant l’Inde, l’Asie centrale et le Moyen-Orient. L’art du Gandhara (du 1er siècle av. J.-C. au 7e siècle apr. J.-C.) est caractérisé par des représentations réalistes de Bouddha et d’autres figures influencées par la statuaire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la propagation du bouddhisme vers l’Asie centrale et développé une culture unique. Si la poésie d’Arnaud Delcorte est « un cri douloureux mais un cri salvateur » (N. Louis), elle est aussi « berceuse et démence, semblable à un Qawali de Nusrat Fateh Ali Khan […] » car elle est aussi « lave qui charrie les paradoxes, l’infini de la chair, ses pesanteurs et ses extases […] une chair tendue vers une possible transcendance […] » (U. Timol). Continuer la lecture
Bourse Jacques De Decker 2025 : appel à candidatures
Passa Porta lance un appel à candidatures pour la bourse Jacques De Decker — ode à la curiosité. Les candidatures sont attendues pour le 15 septembre. Continuer la lecture
Prix des librairies de Nancy — Le Point 2025 : la sélection
Le prix des librairies de Nancy — Le Point, qui sera décerné dans le cadre du festival nancéen Le livre sur la place (12 — 14 septembre), a annoncé sa première sélection. Continuer la lecture
Bons baisers de Koksijde, Oostende et Meli Park
Un coup de cœur du Carnet
François LIENARD, Regina Maris, Lettre volée, 2025, 128 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87317–655‑6
Le voile de gras, de gris, de graffitis se déchire,
Vers Gand le ciel s’ouvre, des grains de sable
Tombent de l’émeri des nuages bleus, une odeur
De crêpe au sucre brinquebale vers Blankenberge
Bonheur fou de suivre François Liénard dans ses pérégrinations en tram tout du long de la côte belge ! C’est que François Liénard est généreux : en dix-neuf poèmes de formes et de longueurs variables, Regina Maris nous offre autant de cartes postales, ou de lettres intimes, qu’un ami nous enverrait d’Oostende ou du Westhoek. C’est jubilatoire et addictif. Continuer la lecture
Une ultime liberté
Michel VAN DEN BOGAERDE, Suspension du prononcé, Coudrier, 2025, 66 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–073‑3
Ensemble de poèmes en vers libres, Suspension du prononcé offre au lecteur une bonne cinquantaine de textes poétiques, tous titrés, agrémentés d’œuvres picturales en couleur, illustrant ainsi le double talent de Michel van den Bogaerde, qui s’inscrit là dans une tradition bien belge des rapports chez le même créateur entre la plume et le pinceau. Laurence Brogniez, Paul Aron ou Claudette Sarlet ont analysé ce phénomène prégnant à travers l’histoire de nos Lettres et Charlyne Audin écrit à ce propos : Continuer la lecture
La rencontre entre Masereel et Verhaeren
Masereel / Verhaeren, Dialogue en noir et blanc / Dialoog in zwart en wit, Textes bilingues de Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Vandevoorden, Ed. Emile Verhaerenmuseum, 2025, 80 p., 18 €, ISBN : 978–9082533552
Au nombre des rencontres créatrices fécondes entre un poète, un écrivain et un artiste, celle qui se noua entre Frans Masereel (1889–1972) et Émile Verhaeren (1855–1916) occupe une place majeure. Davantage qu’un illustrateur de la poésie, des nouvelles, des contes d’Émile Verhaeren, Frans Masereel en est l’interprète, le lecteur graphique qui, non seulement, traduisit les textes verhaereniens dans des gravures sur bois, des dessins, des aquarelles mais réalisa une œuvre graphique imprégnée par des thèmes, des motifs, des visions de l’auteur des Villes tentaculaires, de La multiple splendeur. Si Masereel a été exposé au Musée Émile Verhaeren à trois reprises, en 1963, en 1968 et en 1977, l’exposition actuelle déplace la focale en interrogeant l’influence de l’écrivain sur le graveur. Une influence, une convergence, des rapprochements que Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Vandevoorden analysent avec finesse dans le catalogue. Continuer la lecture
Facile est l’offense
Éric BRUCHER, Pardonne-nous nos offenses, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2025, 189 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–977‑5
Avec Pardonne-nous nos offenses, Éric Brucher offre treize nouvelles qui mettent en saynètes beaucoup des (hyper)sensibilités actuelles, leurs travers légers mais aussi plus lourds. Il parvient, grâce à diverses situations, toutes attentivement réalistes, à générer de la nuance et de la réflexion dans ce monde nouveau, envahissant et se heurtant avec complaisance aux caricatures. Continuer la lecture
Le poème est un sauf-conduit
Philippe LEUCKX, Lumière des murs, Cygne, 2025, 48 p., 12 €, ISBN : 978–2‑84924–831‑7
Philippe Leuckx poursuit une œuvre poétique élégiaque : chaque poème ressemble ainsi aux petits cailloux que l’enfant du conte sème dans la forêt obscure où on est en train de le perdre, pour pouvoir retrouver ultérieurement son chemin vers la lumière. Le titre, Lumière des murs, métaphorise ce thème de la perte et de la résilience. Car le mur est, du point de vue de nos sens, une structure matérielle fixe qui enferme, tandis que la lumière est un élément mobile et presque immatériel. La lumière traverse l’espace quand le mur le circonscrit. Le poète quête l’éclaircie de manière oxymorique, comme si nommer sa douleur, écrire sa perte et son deuil, saluer la morte bien-aimée et prendre soin des enfants, était la seule issue à l’éphémère de notre passage sur terre : Continuer la lecture
Perdre le nord
Jacques-Gérard LINZE, Au nord d’ailleurs. Paysage avec petits personnages, préface de Xavier Hanotte, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 2025, 300 p., 22 €, ISBN : 978–2‑8032–0091‑7
On n’entre pas à la légère dans ce roman de Jacques-Gérard Linze initialement édité en 1982 par Jacques Antoine. Le narrateur final – dont on ne saura rien de plus – apprend de son ami Garcia-Lévi les confidences naguère faites par leur ancien condisciple Vincent Bertier, récemment tué d’un coup de feu au large de la côte danoise. Nous sommes donc dans le registre forcément trouble d’un discours doublement rapporté, en style tantôt direct, tantôt indirect, glissant souvent de l’un à l’autre, au point que certains « je » et « nous » sont mal identifiables, sans compter quelques invraisemblances. Garcia-Lévi livre à son auditeur d’innombrables détails comportementaux, verbaux, anecdotiques et même météorologiques ; certes, il a bénéficié de lettres et de longues conversations avec Bertier, mais ne lui arrive-t-il pas de fabuler ? « Je ne sais plus ce qui est à moi et ce qui est à Vincent » avouera-t-il. Quant à la tournure très littéraire du récit, entrave gênante au sentiment de véracité, est-elle due au maniéré Garcia-Lévi ou à son auditeur ? Quoi qu’il en soit, tous deux multiplient les incises quant à la difficulté de reconstituer le passé, au caractère aléatoire des souvenirs, aux confusions inévitables, aux trous de mémoire. Les nombreux lapsus du premier ont à cet égard un rôle visiblement indiciel : ainé / aimé, alibis / amis, sordides / solides, la parole elle-même vient à trébucher dans la traque du vrai. Continuer la lecture
De la plume au harpon
Sébastien FEVRY, Pêches de Géorgie, Cheyne, 2025, 85 p., 19 €, ISBN : 978–2‑84116–364‑9
Saluée par plusieurs récompenses, dont le prix Marcel Thiry en 2021 pour Brefs déluges, l’œuvre de Sébastien Fevry se dessine patiemment autour d’une géographie à la fois intime et spatiale. La cohérence qui la caractérise est renforcée sans nul doute par la fidélité aux éditions Cheyne puisque ce nouvel opus Pêches de Géorgie constitue le quatrième recueil que l’auteur publie chez l’éditeur ardéchois depuis 2018. Continuer la lecture
