Archives de catégorie : Nouvelles

Scènes de la vie de campagne et de la destinée humaine

Un coup de cœur du Car­net

Hubert KRAINS, Mes amis, Pré­face d’Éric Brog­ni­et, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782803200955

krains mes amisSi vous avez aimé Hors champ, le dernier et beau livre de Marie-Hélène Lafon, pré­cip­itez-vous sur la réédi­tion de Mes amis d’Hubert Krains (1862–1934), pub­lié ini­tiale­ment en 1921, salué en son temps par le prix tri­en­nal de lit­téra­ture française. Son Can­tal à elle tient lieu de sa Hes­baye à lui. Leur région affec­tion­née n’est pas un décor : elle est le suc et l’humus de leur écri­t­ure, l’air et la chair de leurs per­son­nages ordi­naires et inou­bli­ables. En rap­prochant ces deux livres, dis­ons-le sans ambages, nous cher­chons à appâter le lec­torat nom­breux de Marie-Hélène Lafon, lui don­ner envie de se plonger dans ce chef‑d’œuvre d’Hubert Krains, parce que, out­re leur pro­fonde human­ité, leur écri­t­ure apurée, les deux ouvrages se ressem­blent par leur organ­i­sa­tion : com­posés de textes indépen­dants, ils se dévorent, réc­it par réc­it, comme un recueil, ou, dans la foulée, comme un roman. Au final, ils sont comme les pan­neaux d’un polyp­tique rur­al où l’être humain est tout à sa place. Con­tin­uer la lec­ture →

Plongées et contre-plongées

Luc DELLISSE, Con­tre plongées, Lamiroy, 2026, 220 p., 20 €, ISBN : 9782390810490

dellisse contre plongées« Il y a des sou­venirs dont on ne peut rien faire, des expéri­ences inter­change­ables, des événe­ments qui pour­raient advenir à n’importe qui. Les seuls sou­venirs qui comptent sont ceux qui con­ti­en­nent en germe une fleur nou­velle, dont les racines sont en nous. Le reste peut rejoin­dre les oubli­ettes de la mémoire. » Ces réminis­cences affleu­rant à la con­science, Luc Del­lisse les laisse émerg­er, les scrute, puis plonge en elles pour les remon­ter par paliers : « Ce qui compte c’est d’inverser l’appel des pro­fondeurs, de remon­ter vers la lumière en ten­ant un tré­sor, un sim­ple tes­son, entre les dents. De crev­er de la tête la sur­face, pour exam­in­er au grand jour les tes­sons de ma vie, dans leur couleur orig­inelle. La mémoire est le seul appareil de con­tre-plongée. » De ces bouts d’existence, il forge lit­téraire­ment des réc­its auto-fic­tifs, qu’il rassem­ble ensuite dans un écrin, tel son dernier recueil Con­tre plongées. Con­tin­uer la lec­ture →

Facétieux battements d’aile du papillon

Un coup de cœur du Car­net

Luc LEENS, Sac de nœuds, Quad­ra­ture, 2025, 120 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑931080–58‑0

leens sac de noeudsUn homme retrou­ve son amour de jeunesse. Un chat com­plote pour pro­téger son chez-lui. Une mère et ses enfants se rassem­blent autour des dernières volon­tés d’un père dis­paru, de même que deux frères et deux sœurs lors de funérailles. Un malen­con­treux échange de sacs se fait bat­te­ment d’aile du papil­lon, tout comme un livre con­seil­lé par une libraire pas­sion­née, une méth­ode emprun­tée au dis­cobus, un cof­fret trou­vé sous un banc, une gourde ou… une aile cassée. Quinze saynètes de vies pas si ordi­naires, aux élé­ments déclencheurs inat­ten­dus et aux dénoue­ments tou­jours savoureux. Con­tin­uer la lec­ture →

Les douze philanthropes

COLLECTIF, Les bonnes résvolu­tions, Ker, 2025, 170 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–2‑87586–510‑6

collectif les bonnes révolutionsDouze auteurs rassem­blent divers­es expéri­ences de résis­tance à l’ambiance délétère du Monde est du moment. Sur la cou­ver­ture, la liste des écrivains fait fig­ure de générique final pour un nou­veau com­mence­ment, fig­u­rant de dos, une petite fille entre bombe (de pein­ture) et pinceaux (de couleur).

Omar Radi : Rêver d’un monde plus juste est sou­vent vu comme irréal­iste. Le seul rêve « autorisé », c’est de créer sa start-up et de vouloir faire par­tie des plus rich­es. Con­tin­uer la lec­ture →

Intime, infime

Pierre-Yves BOLUS, Pas si seul, Quad­ra­ture, 2025, 144 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782931080566

bolus pas si seuLes pages qui ouvrent ce recueil don­nent d’emblée le ton : un Syrien vivant depuis peu en Bel­gique effectue des travaux pour une société de net­toy­age dans une tour de bureaux brux­el­lois et il nous narre ses ren­con­tres avec les occu­pants des locaux. Envoyé au som­met de l’immeuble, dans l’espace réservé à la direc­tion, là où opèrent d’ordinaire ses col­lègues jeunes et blondes, il devient un inter­locu­teur tirail­lé entre le plaisir des mots échangés et l’obéissance à son employeur (Il suf­fit de regarder longtemps). Ailleurs, un homme trou­ve un bou­quet de ros­es rouges en rue, cherche son pro­prié­taire puis la femme à laque­lle il va lui-même l’offrir, tout en savourant au pas­sage les com­men­taires des pas­sants croisés (Le pou­voir des ros­es).  Déjà sur­git une dame avec des sacs à l’enseigne de mag­a­sins de vête­ments qui jauge le niveau de vie des autres pas­sagers du tram, toisant ceux qu’elle juge en mau­vaise pos­ture, enviant ceux dont le sort lui parait plus favor­able (La princesse de Rib­au­court). Lui suc­cède une autre, assise à la ter­rasse d’un café, qui observe un groupe de jeunes filles, lais­sant libre cours à ses pro­pres préjugés pour décou­vrir ensuite qu’elle a tout faux (Le petit théâtre des cer­ti­tudes). Ou encore cet homme si organ­isé dont le sac est arraché par un mal­frat alors qu’il se dirige vers la gare après son tra­vail, et dont la vie bas­cule bru­tale­ment (Gare du Nord). Et bien plus de vis­ages, que l’on a hâte de décou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture →

Théâtre de papier

Paul BIOT, Les efface­ments d’Amédée, Cerisi­er, 2025, 144 p., 15 €, ISBN : 9782872672554

biot les effacements d'amédée et autres nouvellesPaul Biot est un homme mul­ti­ple : juriste, auteur et dra­maturge, comé­di­en, met­teur en scène, for­ma­teur en créa­tion. Son nom est indis­so­cia­ble­ment lié au mou­ve­ment du théâtre action dont il a été un des arti­sans act­ifs dans toute la fran­coph­o­nie et ce depuis des décen­nies. On lui doit aus­si quelques ouvrages de référence sur cette dis­ci­pline en mou­ve­ment qui va à la ren­con­tre du pub­lic pour explor­er avec lui des thé­ma­tiques socié­tales, le spec­ta­cle se con­stru­isant en direct avec l’apport des per­son­nes présentes, le plus sou­vent en lien avec des com­bats pour les droits humains. Aujourd’hui, il présente pour la pre­mière fois une œuvre lit­téraire de fic­tion sous la forme d’un recueil, Les efface­ments d’Amédée et autres nou­velles. Con­tin­uer la lec­ture →

« Le travail du conte », déplacement, condensation et voix féminine-iste

Myr­i­am MALLIÉ, Un château, le silence, Esper­luète, 2025, 126 p., 19,50 €, ISBN : 978–2‑35984–204‑3

mallié un chateau le silenceMyr­i­am Mallié, fig­ure impor­tante et pio­nnière du tra­vail du con­te en Bel­gique, pour­suit sa voie lit­téraire en semant sur son chemin édi­to­r­i­al son sep­tième titre, Un château, le silence, paru aux édi­tions Esper­luète.

Avant la mise en place de l’enchantement d’un « il était une fois » ou autre for­mule codée sésame d’un Autre Monde, la con­teuse installe son lecteur. Celui ou celle qui ouvre Un château, le silence, décou­vre un réc­it issu de la mécanique onirique. Il est ques­tion, dans la nais­sance de cette écri­t­ure, d’un « laiss­er faire ce qui creu­sait en moi et fai­sait mal pour l’instant. Et tout autant, [d’un] laiss­er agir ce qui, venu d’ailleurs, y ver­sait de la douceur. Le rêve et le fleuve. », énonce Mallié. L’analogie entre rêve et mythe, rêve et con­te, sou­vent notée par Freud et ses dis­ci­ples, sou­tient le pro­jet d’écriture ; tel le rêve, le con­te se présente avec un con­tenu man­i­feste qui dis­simule un con­tenu latent, le lec­torat en est d’emblée aver­tit, la con­teuse racon­te alors. Con­tin­uer la lec­ture →

Marcel Lecomte ou le vif renouvellement d’un sentiment ancien

Mar­cel LECOMTE, Le sus­pens, suivi de Autres scènes et per­son­nages, Pré­face d’Éric Brog­ni­et, lec­ture cri­tique de Philippe Dewolf, Tail­lis Pré, coll. « Erotik », 2025, 224 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–240‑1

lecomte le suspensLe nar­ra­teur, et son lecteur avec lui, observe la scène. Il la regardera se dérouler en la décom­posant men­tale­ment, ten­tera de décel­er la part de mys­tère qu’elle con­tient et qui vient lente­ment de faire réap­pa­raitre –  bien mieux qu’un sou­venir per­son­nel –, une présence, celle « d’un moi passé, d’un moi des loin­tains ». La scène en ques­tion se répète, en de mul­ti­ples et frag­iles vari­a­tions, d’un court chapitre à l’autre. Les per­son­nages de ce théâtre intime ne sont sou­vent que deux. Con­tin­uer la lec­ture →

La vie sur le vif

Éric LAMIROY, À la volée, Lamiroy, 2025, 170 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39081–028‑5             

lamiroy a la voléeÀ la volée et tout est dit car Éric Lamiroy a saisi les instants fur­tifs liés aux hasards des ren­con­tres des déam­bu­la­tions, des prom­e­nades, des ren­dez-vous pour nous faire partager ses textes et pho­togra­phies sai­sis dans l’ar­pen­t­age du temps. Éric Lamiroy, on le sait, ne se pré­tend pas auteur et ce n’est pas une coquet­terie, c’est prob­a­ble­ment une vraie mod­estie chez celui qui sait cro­quer les instants sus­pendus que son regard déplie sur le vif, à l’in­stant, dans l’in­stant. Ces textes, il le rap­pelle, ne sont pas des fic­tions mais des formes d’éblouisse­ments partagés où la poésie, qui ne s’an­nonce pas, affleure sou­vent tant ces formes brèves sont mar­quées d’é­mo­tion, d’ami­tié et quelque­fois d’une forme de mélan­col­ie joyeuse. Con­tin­uer la lec­ture →

Un trio inspiré

Un coup de cœur du Car­net

Alexan­dre MILLON, Bérose et moi, Mur­mure des soirs, 2025, 190 p., 17 €, ISBN‏ : ‎ 978–293123533

millon berose et moi« Qui suis-je ? Aucun auto­por­trait n’épuis­era le sujet. Mais si on par­le de qui je suis dans ce texte, alors dis­ons un trio. Auteur, nar­ra­teur, per­son­nage. Comme dans le jazz, nous impro­vi­sons sur divers­es réal­ités. En joie et en partage. (…) »

L’œil de l’écrivain Alexan­dre Mil­lon use avec sub­til­ité de deux focales. Il voit et regarde large et loin pour décrypter les pres­sions et dépres­sions du monde qui l’en­toure tout en faisant œuvre de minia­tur­iste… Il sculpte des médailles, des gros-plans et, dans ces allers-retours de scènes, de sit­u­a­tions et de rela­tions, il écrit égale­ment une forme de chronique per­ma­nente du temps qui est le sien et qui devient nôtre par la qual­ité son écri­t­ure. C’est que l’auteur pra­tique un style fait de sus­pen­sions du temps qu’il décrypte tant et tant dans des por­traits, des points et con­tre­points où l’on se dévis­age et se con­fronte à l’impertinence de la morale quand la beauté joue des tours dans les « gar­gouilles » qu’il a implan­tées ça et là tout le long de ses vagabondages énig­ma­tiques. Par ailleurs, il prête aus­si atten­tion à l’i­nat­ten­du pour dire le temps qui est le nôtre. Con­tin­uer la lec­ture →

« La neige est une musique intérieure »

Béa­trice LIBERT, Une quinte de toux, Mur­mure des soirs, 2025, 108 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931235324

libert une quinte de touxAu départ des maux du corps, Béa­trice Lib­ert en arrive à clamer son attache­ment à la langue française. Une thérapie sal­va­trice.

Serait-elle hypocon­dri­aque, cette nar­ra­trice qui a pour habi­tude de sur­veiller l’état de ses ongles ? Au point de se croire l’objet d’une malé­dic­tion. Par une étrange con­t­a­m­i­na­tion, tout objet saisi par ses menottes s’en trou­verait anéan­ti. Con­tin­uer la lec­ture →

La palette de couleurs des ciels belges

Corine JAMAR, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2025, 144 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875865014

jamar belgiquesDes anciens amants se retrou­vent place du Jeu de Balle quelques jours après la mort du Roi Bau­doin. Un cou­ple de retraités dés­espère de ne plus voir leur femme de ménage. Un employé utilise Napoléon pour duper son patron. Une Con­go­laise décou­vre la Bel­gique suite à son mariage avec un Belge et se retrou­ve face à cette sacro-sainte inté­gra­tion. Le plat pays manque à une femme par­tie vivre en Crète. Une mère d’un adulte hand­i­capé se lance dans des actes ter­ror­istes pour cri­ti­quer la pas­siv­ité du gou­verne­ment belge en ter­mes d’accueil. Un vendeur de man­gas est vu d’un mau­vais œil en pleine affaire Dutroux. Un homme oublie tout son néer­landais suite à plusieurs remar­ques flamin­gantes. Une mère atteinte d’Alzheimer livre des anec­dotes sur son enfance. Un mur mitoyen prend l’eau et s’écroule… Con­tin­uer la lec­ture →

« Déceler la possibilité d’un régime avant qu’il n’advienne »

Kenan GÖRGÜN, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2025, 143 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–2‑87586–507‑6

görgün belgiques« Face à un ensem­ble de signes, être à même de puis­er dans l’Histoire pour com­pren­dre ce qui nous attend. Décel­er la pos­si­bil­ité d’un régime avant qu’il n’advienne. » Cette phrase de Kenan Görgün dans son recueil de nou­velles Bel­giques résume l’enjeu des dif­férentes nou­velles et plus générale­ment de l’ensemble de sa démarche lit­téraire. Car c’est bien cela qui inter­pelle chez l’écrivain, sa capac­ité de percevoir et de com­pren­dre des signes, apparem­ment ténus, qui pour­raient devenir l’amorce d’un boule­verse­ment socié­tal et cul­turel majeur. Sa démarche pour­rait être qual­i­fiée de socio-fic­tion. Com­ment les idéolo­gies et les struc­tures sociales peu­vent-elles mod­el­er les indi­vidus dans le futur, abolis­sant les valeurs qui fondent aujourd’hui le vivre ensem­ble ? Con­tin­uer la lec­ture →

Belgiques à Bruxelles

Pas­cale FONTENEAU, Bel­giques. Brux­elles (faits divers), Ker, coll. « Bel­giques », 2025, 113 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–504‑5

fonteneau belgiquesPas­cale Fonte­neau rejoint la col­lec­tion « Bel­giques », qui atteint les trente-trois titres cet automne. Trente-trois titres, cela con­stitue un sacré cor­pus pour ten­ter de cern­er ce pays étrange qui est le nôtre. Née Française, Pas­cale Fonte­neau a choisi d’y assumer son ancrage brux­el­lois avec treize nou­velles qui tien­nent du fait divers, comme l’indique le sous-titre en qua­trième de cou­ver­ture. Elles se déroulent toutes dans la cap­i­tale européenne. Une unité de lieu qui aurait pu rem­plac­er le désor­mais clas­sique titre Bel­giques par Brux­elles ! Con­tin­uer la lec­ture →

Ode à la belgitude

Joce­lyne DESSEILLE, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2025, 157 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–495‑6

desseille belgiquesJoce­lyne Des­seille nous pro­pose une ving­taine de cour­tes nou­velles ancrées dans la Bel­gique, plus par­ti­c­ulière­ment la région de Liège, nous offrant une mosaïque de por­traits de per­son­nages que l’on pour­rait qual­i­fi­er de mon­sieur et madame tout-le-monde dans leur quo­ti­di­en. Con­tin­uer la lec­ture →

De mots parer l’instant

Un coup de cœur du Car­net

Alexan­dre MILLON, Bel­giques : Tra­gi-comédies, Ker, 2025, 122 p., 12 €, ISBN : 9782875864987

millon belgiquesLa col­lec­tion Bel­giques est une aven­ture lit­téraire à part. À con­sid­ér­er la bonne trentaine d’écrivains belges fran­coph­o­nes qui se sont prêtés au jeu depuis son lance­ment, force est de con­stater que l’exercice séduit les auteurs qui, sous le titre unique imposé au pluriel déluré, égrè­nent des univers par­ti­c­uliers qui sem­blent pou­voir se déclin­er à l’infini. Cette fois, c’est Alexan­dre Mil­lon qui tient la plume et qui nous livre des textes assez brefs (39 en moins de 120 pages). Con­tin­uer la lec­ture →