Archives de catégorie : Poésie

Créer son patchwork d’ancrage

Col­lec­tif LES THÉRAPOÉTIQUES, S’ancrer. 44 voix par-dev­ers soi, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, 2025, 180 p., 15 €, ISBN : 9782875055408

thérapoétiques s'ancrerÀ la lisière du recueil de poèmes S’ancrer, David Gian­noni annonce les sen­teurs à venir, il s’agira, pour les poètes et poét­esses peu­plant la forêt du texte, d’expérimenter le trou­ble et non d’asséner des vérités, d’emprunter la voie de la poésie tout en « [l’]éprouv[ant] au réel de nos exis­tences ». Organiques, les voix de ce recueil dis­ent suff­isam­ment pour faire corps, instiller cette dose de sin­gu­lar­ité qui éloigne ou rassem­ble. Con­tin­uer la lec­ture

« …jusqu’à l’ombre zéro… »

Philippe COLMANT, Ver­so de l’ombre, Pho­togra­phies de l’auteur, Coudri­er, 2025, 89 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–077‑1

colmant verso de l'ombreOuvrant le recueil du poète-pho­tographe Philippe Col­mant, l’épigraphe de Jules Renard nous donne d’emblée la clé (d’une) des lec­tures pos­si­bles du texte et des images réu­nis ici : L’ombre ne vit qu’à la lumière. Car c’est bien de cela qu’il s’agit en matière de poésie : l’exploration sans cesse renou­velée des zones où la lumière pro­jette ces images (apparem­ment) abstraites et mono­chromes faites de tach­es d’ombre mou­vantes. Con­tin­uer la lec­ture

« (…) Mes tableaux sont diaphanes/ Ils sont faits d’eau… »

Maarten EMBRECHTS, Le non avenu, Bleu d’encre, 2025, 42 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930725–89‑5

embrechts le non avenuCréées et dirigées par le poète et romanci­er Claude Don­nay, les Édi­tions Bleu d’encre démon­trent à cha­cune des paru­tions qu’elles met­tent en œuvre l’originalité et la per­ti­nence d’un cat­a­logue nour­ri par des textes sin­gulière­ment inspirés. En voici une nou­velle con­fir­ma­tion avec Le non avenu. Con­tin­uer la lec­ture

Lire Laurence Skivée. Pour plonger sans réserve dans l’enfance de l’art

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Je trace, Let­tre volée, 2025, 157 p., 22 €, ISBN : 9782873176563

Skivée Je traceAvez-vous déjà vécu ça, cette sit­u­a­tion-là ? Vous êtes au télé­phone, un papi­er en main, un sty­lo à bille en main. Et, pen­dant la con­ver­sa­tion, machi­nale­ment, le sty­lo court, tire des traits abstraits, venant d’on ne sait où, ou des fig­ures comiques voire grotesques, ou la tasse ronde et jaune devant vous reprend corps et vie sur papi­er. Au fond, Je trace nous par­le de ça, de ces “choses” en nous, de ces présences qui ne deman­dent qu’à sor­tir et à voir le jour par­mi nous, sous nos doigts, parce que, par hasard, il y a un feu­tre en main, un cray­on ou un sty­lo à bille, et une feuille bien sûr, un papi­er à cou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture

« (…) C’est dans l’entre-deux / cet évaporé de conscience … »

Anne-Marielle WILWERTH, La haute cou­ture de l’infime, Illus­tra­tions de Marc Bergère, Bleu d’encre, 2025, 95 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–88‑8

wilwerth la haute couture de l'infimeL’infime dont il est fait men­tion dans le titre si inspi­rant de ce recueil, est sans aucun doute l’objet de la recherche formelle à laque­lle se livre la poétesse. Cha­cun des textes offre cette brièveté de l’aphorisme dont on ne cesse, une fois ceux-ci lus, d’explorer les pos­si­bles qu’ils envis­agent, de sil­lon­ner les labours qu’ils creusent, de s’abandonner aux per­spec­tives qu’ils dévoilent. Con­tin­uer la lec­ture

Bonjour tendresse

Un coup de cœur du Car­net

Gwen GUÉGAN, Claire obscure, Chat polaire, 2025, 76 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–40‑7

guegan claire obscureGwen Gué­gan revient avec ce nou­veau ren­dez-vous, à la fois intime et dis­tant, Claire obscure.

Je lève alors un voile / pour ren­con­tr­er cette ombre / mécon­nue / qui est là, en moi / depuis l’origine Con­tin­uer la lec­ture

Une grande voix

Madeleine LEY, Poésies, Pré­face de Jacques Van­den­schrick, Édi­tion de Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, coll. “Ha !”, 2025, 240 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–248‑4

ley poésiesLa car­rière lit­téraire de Madeleine Ley (1901–1981) est brève. En 1930, elle pub­lie un pre­mier recueil de poésie, Petites voix, suivi de deux romans pour enfants (1931 et 1935). En 1936, parait son roman Olivia. Suiv­ent, en 1941, les poèmes de La mai­son du ciel. Puis, c’est le silence, à l’exception de la pub­li­ca­tion en 1942 de Le grand feu, couron­né sur man­u­scrit par le Prix Rossel en 1939. Con­tin­uer la lec­ture

(re)visiter la poésie française de Belgique

Les poètes de la rue Ducale. Antholo­gie poé­tique, Intro­duc­tion et choix par Yves Namur, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2025, 247 p., 20 €, ISBN 978–3‑8032–0093‑1

namur les poetes de la rue ducaleQu’est-ce au juste que cette « rue Ducale » ? De quand date sa réu­nion de poètes ? Qui en fit (fait) par­tie ? L’énigme – bénigne – s’éclaire bien­tôt si l’on s’avise qu’une rue Ducale bor­de le Parc Roy­al à Brux­elles et longe le Palais des Académies royales, dont celle des écrivains fran­coph­o­nes… Con­venons-en, un titre comme “Nos poètes académi­ciens” eût paru plus com­passé, voire intim­i­dant. Or, il s’agit avec cette nou­velle antholo­gie de sor­tir des armoires tout un pan de notre lit­téra­ture, de la fin 19e à aujourd’hui, pour opér­er une remise en lumière et un grand bras­sage intergénéra­tionnel. Yves Namur, qui col­lab­o­ra jadis avec Lil­iane Wouters, est un anthol­o­giste expéri­men­té. Il a choisi de ranger les textes en suiv­ant non l’ordre his­torique de leur paru­tion mais l’ordre alphabé­tique des noms d’auteur(trice), ce qui engen­dre des voisi­nages inat­ten­dus et par­fois même dis­so­nants : Véronique Bergen et Charles Bernard, Edmond Van­der­cam­men et Fer­nand Ver­he­sen, Jea­nine Moulin et Pierre Nothomb… Ain­si, loin du car­can chronologique, le vol­ume pro­gresse par sauts et con­trastes où l’idiosyncrasie de chaque auteur(trice) est mise en relief par celle de ses commensaux(ales), non sans pro­duire un plaisant effet de chine. Con­tin­uer la lec­ture

Duo dada dodu dis donc

Christoph BRUNEEL et José VANDENBROUCKE, … NU & con­tinu, Âne qui butine, coll. “Amphis­bène”, 2025, 166 p., 22 €, ISBN : 978–2‑919712–38‑0

bruneel vandenbroucke nu & continu« Spec­tal­lumeurs », Christoph Bruneel et José Van­den­broucke van­nent les let­tres dans la joie et les mirages. Ils les tamisent et les déplient sur un cadavre exquis de flots de mots col­lants et de col­lages, qui meurent dans des remous poé­tiques pour en génér­er par l’écume, de nou­veaux sur le chant. Dont les cou­plets inin­ter­rom­pus respirent abon­dam­ment l’air par la page ouverte, dévalée en lignes ser­rées et dérangées ; tel un tor­rent NU & con­tinu. Con­tin­uer la lec­ture

Méduse : renaissance et réappropriation

Racha MOUNAGED, Les méta­mor­phoses de Méduse, Com­plic­ités, 2025, 98 p., 12 €, ISBN : 9782386478666

mounaged les métamorphoses de méduseQuand Méduse s’empare de la parole, rompt le silence dans lequel le mythe, les humains, les dieux l’ont plongée, elle arrive sous une forme duelle, comme un agence­ment d’énonciation et de corps rompu à l’exercice de la méta­mor­phose, des devenirs. À la pre­mière méta­mor­phose puni­tive, à la trans­for­ma­tion de la jeune fille Méduse en Gor­gone, l’autrice bel­go-libanaise Racha Mounaged ajoute un nou­v­el avatar, le dédou­ble­ment de Méduse, sa dif­frac­tion en deux voix, une voix ances­trale, errante, et une voix con­tem­po­raine, celle de Méduse 2.0. Conçu ini­tiale­ment sous la forme d’un roman écopoé­tique, le per­son­nage mythologique a fait dévi­er le pro­jet, l’a mené sur le rivage d’un mono­logue poé­tique bâti sur l’hiatus entre les deux incar­na­tions d’une divinité pri­mor­diale, unique Gor­gone frap­pée de mor­tal­ité. Con­tin­uer la lec­ture

La langue en marche

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line GIRAUD, Mail­lon nu, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Root­leg », 2025, 93 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87505–530‑9

giraud maillon nuDe Car­o­line Giraud, née en 1977, nous savons qu’elle vit entre Brux­elles et la Cor­rèze, qu’il ne faut pas la con­fon­dre avec une autre Car­o­line Giraud, pro­fesseure de philoso­phie à Charleville-Méz­ières – et sur Tik­Tok – et qu’elle est investie dans des pro­jets de recherche et de créa­tion poé­tiques. L’autrice de Mail­lon nu a égale­ment pub­lié dans plusieurs remar­quables revues français­es (MargellesHélasPro/p®oseLichen, La forgeLes haleurs, ou encore Peau élec­trique). Elle per­forme régulière­ment en lec­tures musi­cales ou croisées avec d’autres voix. Et voici qu’elle pub­lie, à Brux­elles, chez Mael­strÖm cet excel­lent sec­ond livre, d’une belle rigueur, d’une grande orig­i­nal­ité et d’une pro­fonde justesse. Con­tin­uer la lec­ture

L’urbexeur de la poésie

Un coup de cœur du Car­net

Vin­cent THOLOMÉ, L’existence, Dernier Télé­gramme, 2025, 211 p., 16 €, ISBN : 9791097146740

tholomé l'existenceUrbexeur de la poésie, Vin­cent Tholomé aurait trou­vé un flot de poèmes sur un site indus­triel aban­don­né, décou­vert un ciel de let­tres, d’aphorismes dis­posés au-dessus des lits du dor­toir. L’existence est une ques­tion de retours, de grav­i­ta­tions autour des mots et des choses, de voy­ages sur les ter­res de l’apparition et de la dis­pari­tion, de l’écrit qui est un fait et des faits qui sont des songes. Livre à nul autre pareil, enser­rant en ses pages « 882 poèmes expan­sion­nistes . écrits d’après les mots et les pro­pos d’Anton Nijkov . POUR DIRE QUE JE. ANTON NIJKOV . EN DÉPIT DES CIRCONSTANCES. EXISTE ENCORE », L’existence nous trans­porte dans une con­stel­la­tion poé­tique qui s’arpente en tous sens, par frag­ments, dans le con­tinu ou selon un ordre capricieux, comme dans Marelle de Julio Cor­tazar. Vin­cent Tholomé est et n’est pas Anton Nijkov qui est et n’est pas Nijin­s­ki et Artaud. Con­tin­uer la lec­ture

Tout peut encore y surgir

Un coup de cœur du Car­net

Françoise LISON-LEROY et Geof­frey DELINTE, Terre meu­ble, Ail des ours, coll. « Coqueli­cots », 2025, 54 p., 16,5 €, ISBN : 9782491457464

lisonleroy delinte terre meubleAvec Terre meu­ble, Françoise Lison-Leroy remue la représen­ta­tion sin­istre de la mort pour en brandir une nou­velle, lumineuse, joyeuse et mélan­col­ique. Par déf­i­ni­tion, une terre meu­ble est légère, tra­vail­lée, presque vivante, tout peut encore y sur­gir ; elle peut se déplac­er, laiss­er se mou­voir ceux qu’elle recou­vre. Et s’il était pos­si­ble de con­tin­uer à vivre des aven­tures avec ceux qui ne sont plus là ? À con­di­tion de garder leurs expédi­tions – détri­cotant la fron­tière du vivant et de la mort – secrètes, la nar­ra­trice et son petit frère décédé peu­vent établir une rela­tion éter­nelle, s’offrant la joie d’une échap­pée plurielle, d’un efface­ment des événe­ments irrévo­ca­bles : celui qui n’est plus revit, celle qui a per­du un être cher le retrou­ve. Le couperet de la mort est émi­et­té par une seule petite phrase, sûre d’elle, annonçant la couleur du recueil et les con­tours d’une nou­velle réal­ité : Con­tin­uer la lec­ture

Le poète, l’artisan et l’enlumineur

Max ELSKAMP, La chan­son de la rue Saint-Paul, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 395 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87568–724‑1

elskamp la chanson de la rue saint paulIl y a chez Max Elskamp un peu de ces marins à quai pour qui les ports, les noms des rues et des villes sont déjà de la poésie. Né à Anvers d’un père fla­mand arma­teur et d’une mère orig­i­naire d’Ecaussinnes, le poète des Chan­sons dés­abusées suiv­ra, sans réel ent­hou­si­asme, des études de Droit à l’Université libre de Brux­elles. Mais son exis­tence, il la passera essen­tielle­ment à Anvers, louant dans ses poésies les cités et paysages de Flan­dres, en regret­tant de ne pas maîtris­er la langue de Von­del. Anvers surtout et la rue Saint-Paul par­ti­c­ulière­ment (le titre d’ensemble du vol­ume reprend celui du recueil paru en 1922) où il naquit en 1862 seront son ter­rain de jeu favori. Con­tin­uer la lec­ture

(…) Sur une scène / De carnage, / Tous se figent / Même les petits… 

Isabelle BIELECKI (texte) et Pierre MOREAU (illus­tra­tions), Qu’importe la porte, Pré­face Éric Allard, Coudri­er, coll. « Sor­tilèges », 2025, 77 p., 22 €, ISBN : 9782390520719

bielecki qu'importe la porteDans sa magis­trale pré­face, toute en finesse et intel­li­gente sen­si­bil­ité, Éric Allard évoque La poé­tique de l’espace. En feuil­letant l’essai de Gas­ton Bachelard, pour y retrou­ver les références, une cita­tion de Pierre-Jean Jou­ve sem­ble com­pléter celle que nous cher­chions. Elle exprime idéale­ment cette sen­sa­tion à la fois mul­ti­ple et indéfiniss­able que nous inspire l’entrelacement des illus­tra­tions créées par le pho­tographe Pierre More­au et des images poé­tiques sus­citées par le texte d’Isabelle Bielec­ki : « La poésie est une âme inau­gu­rant une forme ». Con­tin­uer la lec­ture

Le soleil sous la langue

Aurélien DONY, À vous je dois mon ciel plus bleu, Abra­pal­abra, 2025, 80 p., 8 €, ISBN : 978–2‑931324–10‑3

dony a vous je dois mon ciel plus bleuDans leur joli for­mat poche, les édi­tions Abra­pal­abra pro­posent un recueil écrit (presque) entière­ment le temps d’un fes­ti­val de poésie : le Fes­ti­val Voix Vives à Sète, où Aurélien Dony représen­tait la Bel­gique fran­coph­o­ne aux côtés de la poétesse Mel Moya. Un recueil comme une entre­prise de mémoire, pour arrimer le sou­venir de ces ren­con­tres à l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture