Archives de catégorie : Poésie

Des mots derrière la pellicule

Jan BAETENS, Hiv­er à Rome, Tétras Lyre, 2025, 62 p., 16 €, ISBN : 9782930685731

Dans son dernier recueil, Hiv­er à Rome, pub­lié aux édi­tions Tétras Lyre, Jan Baetens pro­pose au lecteur une quar­an­taine de textes courts (dix lignes, jamais une de plus, jamais une de moins) et poé­tiques écrits – comme l’indiquent la qua­trième de cou­ver­ture et le préam­bule – devant des pho­togra­phies archéologiques issues de l’Academia bel­gi­ca à Rome. Les clichés se décou­vrent avec plaisir à la fin de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture

Laissons œuvrer l’aiguille du rêve

David GIANNONI, Du geste je garde la mémoire, Abra­pal­abra, 86 p., 8 €, ISBN : 9782931324110

giannoni du geste je garde la mémoireDans nos paumes, la force vitale du recueil du geste je garde la mémoire transparait, d’abord par le Prana mudra esquis­sé sur la cou­ver­ture, puis par la célébra­tion de nos souf­fles, de poème en poème. Écrits entre 2002 et 2017, cer­tains de ceux-ci sont nés de l’acte de réévo­lu­tion poé­tique mené par David Gian­noni, en 2002, avec Anto­nio Bertoli, Ale­jan­dro Jodor­owsky, Mar­i­anne Cos­ta et Lawrence Fer­linghet­ti à Gênes en Ital­ie. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de remettre le monde à neuf

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence VIELLE, Les vies de Jésus, Abra­pal­abra, 2025, 84 p., 8 €, ISBN : 9782931324127

vielle les vies de jésusBon­heur fou de retrou­ver Lau­rence Vielle. Son écri­t­ure pleine. Le monde plein et généreux sur lequel ses textes, ouverts et accueil­lant, s’appuient. Non que Lau­rence Vielle aurait “des choses à dire”. Une “vision du monde” ou un “avis autorisé” à partager. Lau­rence Vielle, en écrivant et en don­nant à lire ses ren­con­tres et péré­gri­na­tions, se fichant pas mal de Lau­rence Vielle. De la vie en vrai de Lau­rence Vielle. Comme si la vie per­so de Lau­rence Vielle, don­ner corps à cette vie per­so, n’était pas du tout le but pre­mier de Lau­rence Vielle. Con­tin­uer la lec­ture

L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art

Karel LOGIST, J’arrive à la mer suivi de Force d’inertie et Le sens de la vis­ite, Post­face d’Eloïse Grom­merch, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 316 p., 12 €, ISBN : 9–782875-687–104

logist j'arrive à la merKarel Logist (Spa, 1962) appar­tient à ceux que Lil­iane Wouters appelait la Généra­tion Expo 58, qui pro­pose une nou­velle sen­si­bil­ité dans le monde des let­tres français­es de Bel­gique par rap­port aux généra­tions précé­dentes, après le sur­réal­isme et les irréguliers du lan­gage et entre les recherch­es formelles, notam­ment struc­tural­istes et min­i­mal­istes, et le néo-clas­si­cisme. Con­tin­uer la lec­ture

Comment écrire par les oreilles autant que par la tête

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS et Christoph BRUNEEL, En quête du p, Âne qui butine, coll. « Amphis­bène », 2025, 22 €, ISBN : 9782919712366

besschops bruneel en quete du pEn quête du p est le pre­mier livre d’Amphisbène, la nou­velle col­lec­tion de L’Âne qui Butine. Le “con­cept” de la col­lec­tion ? Très sim­ple. Un duo d’auteurs ou d’autrices écrit à qua­tre mains un livre de poèmes, de fic­tions, ou d’autres choses encore. Peu importe. Pourvu qu’il y ait l’ivresse. Le même duo four­nissant des œuvres plas­tiques ou visuelles, elles aus­si pro­duites à qua­tre mains. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour en partage

Jean-Michel AUBEVERT, Aux cimais­es de l’aube, illus­tra­tions de Joëlle Aubev­ert, Coudri­er, coll. « Sor­tilèges », 2025,101 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–075‑7

aubevert aux cimaises de l'aubeLa col­lec­tion « Sor­tilèges » des édi­tions Le coudri­er com­prend des exem­plaires de tête en tirage lim­ité, des livres d’artiste et des livres au for­mat ital­ien. Pub­lié à titre posthume, ce livre est rehaussé de quelques pho­togra­phies en couleurs réal­isées par l’éditrice, com­pagne du poète (Uccle, 1952 / Ottig­nies, 2024). Auteur d’une œuvre ample et sen­si­ble, Jean-Michel Aubev­ert pos­sé­dait un sens indé­ni­able de la musi­cal­ité et une imag­i­na­tion tournée vers la nature et le mythe, la féérie et le rêve. Il était aus­si atten­tif par son tra­vail de cri­tique et de pré­faci­er aux œuvres d’autrui. Con­tin­uer la lec­ture

Puis, il y a l’insondable de la foi (…)

Un coup de cœur du Car­net

David GIANNONI, Alrede­dor, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2025, 109 p., 14 €, ISBN : 9782975055262
Texte accom­pa­g­né d’une bande sonore com­posée par Rober­to Gril­li, avec les voix de l’auteur, de Nade­j­da Peretti et Gioia Gian­noni. Tra­duc­tion ital­i­enne par Maria Stel­la Tataran­ni

giannoni alrededorPoète (mais aus­si pein­tre, per­former, thérapeute, directeur de revue, libraire), David Gian­noni est une fig­ure de proue du monde lit­téraire, poé­tique, édi­to­r­i­al et événe­men­tiel de la fran­coph­o­nie. Depuis la créa­tion du pro­jet « mael­strÖm » en 1989 à Brux­elles, il n’a cessé d’accompagner sa pro­pre écri­t­ure poé­tique, d’événements, de lieux et d’instruments mis au ser­vice de la créa­tion et de l’animation. Con­tin­uer la lec­ture

Entrer dans…

Carl NORAC (auteur) et Éléonore SCARDONI (illus­tra­trice), Avant toute chose, Cot­Cot­Cot, 2025, 44 p., 22 €, ISBN : 9782930941523

norac scardoni avant toute chose« Chaque couche d’impression reflète une vari­a­tion dans la tex­ture, la couleur ou la pro­fondeur, évo­quant les mod­u­la­tions d’un son à tra­vers le temps et l’espace. Cette approche crée une analo­gie visuelle et sen­si­ble entre l’invisible du son et sa tran­scrip­tion graphique tan­gi­ble. Ain­si, je trans­forme les sons, habituelle­ment perçus comme immatériels et fugaces, en élé­ments con­crets et per­cep­ti­bles, traduisant l’évolution et les nuances d’un paysage sonore par un tra­vail d’impression et de gravure. » Telle est la démarche adop­tée par Éléonore Scar­doni pour ses Frag­ments d’écoute offerts aux regards. Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience du lieu

Geneviève DE BUEGER, Jusqu’à l’arbre, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 106 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–07‑3

de bueger jusqu'à l'arbreDans la col­lec­tion « iF » des édi­tions Abra­pal­abra, Geneviève de Bueger signe avec Jusqu’à l’arbre un pre­mier réc­it poé­tique qui s’inscrit dans la foulée du mantra de la mai­son (“Que s’ouvre la parole comme une incan­ta­tion”) en révélant des chemins de tra­verse dans le paysage. Diplômée du mas­ter de let­tres Ecopé­tique & Créa­tion (uni­ver­sité d’Aix-Marseille) fondé par Chris­tine Mar­can­di­er et Jean-Christophe Cav­allin, Geneviève de Bueger déploie un regard ancré dans le hors-champ, la marge et les pas de côté. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie comme voix et comme voie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, Le nuage et la riv­ière, Tail­lis Pré, 2025, 168 p., 18 €, ISBN : 9782874502477

brogniet le nuage et la riviereQue l’aventure poé­tique ne se donne aucun hori­zon qui l’excède mais que, dans un même mou­ve­ment, elle ait l’ambition d’ouvrir un autre régime du vivre et du penser, l’œuvre exigeante, nova­trice d’Éric Brog­ni­et l’affirme tant sous son ver­sant poé­tique que dans l’ordre des essais. S’ouvrant sur une médi­ta­tion de maître Dogen en exer­gue, Le nuage et la riv­ière res­saisit les mots et les choses ain­si que leurs noces com­plex­es sous l’angle de leur genèse, de leur mou­ve­ment d’engendrement. Con­tin­uer la lec­ture

Petits objets blessés à l’horizon

Anne LETORÉ et Françoise LISON-LEROY, Col­lec­tions après usage, Âne qui butine, 22 €, ISBN : 9782919712373

letore lison leroy collections apres usageVoilà un objet curieux que celui com­posé des qua­tre mains asso­ciées d’Anne Letoré et Françoise Lison-Leroy. Col­lec­tions après usage vient de paraitre dans la col­lec­tion « Amphis­bène » des édi­tions de l’Âne qui butine, dans laque­lle “deux auteur-es créent en duo, tis­sent leurs mots, illus­trent ensem­ble une œuvre unique.” Entre prose (Anne Letoré), poésie (Françoise Lison-Leroy), recette de cui­sine sat­ur­nale, pho­togra­phie et col­lages, les deux artistes voy­a­gent dans les espaces, les épo­ques et les médi­ums pour explor­er quan­tité de col­lec­tions croisées sur leur chemin. Comme l’annonce l’inscription au feu­tre orange et vert sur la qua­trième de cou­ver­ture : ça riboule, ça pêle-mêle, ça tar­touffe. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots retrouvés d’une chanson sans musique

Jean FAUCONNIER, Tchan­sons… sins pont d’ musique, tra­duc­tion française de Jean-Luc Fau­con­nier, Èl Môjo dès Walons, coll. « èl bour­don », 2024, 68 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931107–14‑0

fauconnier tchansons... sins pont d' musiqueCer­taines œuvres lit­téraires con­nais­sent une longue péri­ode de latence avant leur pub­li­ca­tion. Le recueil qui nous occupe en est un par­fait exem­ple : com­posé dans les années 1950, il est resté mécon­nu du plus grand nom­bre – et même des héri­tiers de l’auteur – jusqu’à tomber for­tu­ite­ment entre les mains des employés de Èl Môjo dès Walons, la mai­son des tra­di­tions car­olorégi­en­nes. Con­tin­uer la lec­ture

Du sexe, de l’amour et du lâcher-prise

Arnaud DELCORTE, Gand­hara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7

delcorte gandharaGand­hara est une région his­torique située au nord-ouest de l’actuel Pak­istan, englobant la val­lée de Peshawar et s’é­ten­dant jusqu’aux bass­es val­lées des riv­ières Kaboul et Swat. Elle était un car­refour com­mer­cial et cul­turel impor­tant, reliant l’Inde, l’Asie cen­trale et le Moyen-Ori­ent. L’art du Gand­hara (du 1er siè­cle av. J.-C. au 7e siè­cle apr. J.-C.) est car­ac­térisé par des représen­ta­tions réal­istes de Boud­dha et d’autres fig­ures influ­encées par la stat­u­aire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la prop­a­ga­tion du boud­dhisme vers l’Asie cen­trale et dévelop­pé une cul­ture unique. Si la poésie d’Arnaud Del­corte est « un cri douloureux mais un cri sal­va­teur » (N. Louis), elle est aus­si « berceuse et démence, sem­blable à un Qawali de Nus­rat Fateh Ali Khan […] » car elle est aus­si « lave qui char­rie les para­dox­es, l’infini de la chair, ses pesan­teurs et ses extases […] une chair ten­due vers une pos­si­ble tran­scen­dance […] » (U. Tim­ol). Con­tin­uer la lec­ture

Bons baisers de Koksijde, Oostende et Meli Park

Un coup de cœur du Car­net

François LIENARD, Regi­na Maris, Let­tre volée, 2025, 128 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87317–655‑6

lienard regina marisLe voile de gras, de gris, de graf­fi­tis se déchire,
Vers Gand le ciel s’ouvre, des grains de sable
Tombent de l’émeri des nuages bleus, une odeur
De crêpe au sucre brin­que­bale vers Blanken­berge

Bon­heur fou de suiv­re François Lié­nard dans ses péré­gri­na­tions en tram tout du long de la côte belge ! C’est que François Lié­nard est généreux :  en dix-neuf poèmes de formes et de longueurs vari­ables, Regi­na Maris nous offre autant de cartes postales, ou de let­tres intimes, qu’un ami nous enver­rait d’Oostende ou du West­hoek. C’est jubi­la­toire et addic­tif. Con­tin­uer la lec­ture

Une ultime liberté

Michel VAN DEN BOGAERDE, Sus­pen­sion du pronon­cé, Coudri­er, 2025, 66 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–073‑3

van den bogaerde suspension du prononcéEnsem­ble de poèmes en vers libres, Sus­pen­sion du pronon­cé offre au lecteur une bonne cinquan­taine de textes poé­tiques, tous titrés, agré­men­tés d’œuvres pic­turales en couleur, illus­trant ain­si le dou­ble tal­ent de Michel van den Bogaerde, qui s’inscrit là dans une tra­di­tion bien belge des rap­ports chez le même créa­teur entre la plume et le pinceau. Lau­rence Brog­niez, Paul Aron ou Claudette Sar­let ont analysé ce phénomène prég­nant à tra­vers l’histoire de nos Let­tres et Char­lyne Audin écrit à ce pro­pos : Con­tin­uer la lec­ture

Le poème est un sauf-conduit

Philippe LEUCKX, Lumière des murs, Cygne, 2025, 48 p., 12 €, ISBN : 978–2‑84924–831‑7

leuckx lumière des mursPhilippe Leuckx pour­suit une œuvre poé­tique élé­giaque : chaque poème ressem­ble ain­si aux petits cail­loux que l’enfant du con­te sème dans la forêt obscure où on est en train de le per­dre, pour pou­voir retrou­ver ultérieure­ment son chemin vers la lumière. Le titre, Lumière des murs, métapho­rise ce thème de la perte et de la résilience. Car le mur est, du point de vue de nos sens, une struc­ture matérielle fixe qui enferme, tan­dis que la lumière est un élé­ment mobile et presque immatériel. La lumière tra­verse l’espace quand le mur le cir­con­scrit. Le poète quête l’éclaircie de manière oxy­morique, comme si nom­mer sa douleur, écrire sa perte et son deuil, saluer la morte bien-aimée et pren­dre soin des enfants, était la seule issue à l’éphémère de notre pas­sage sur terre : Con­tin­uer la lec­ture