Après Réalités obliques et Mondes obliques, l’auteur de bande dessinée Clarke livre un troisième tome de ses récits aussi brefs que lugubres. L’auteur de la série Mélusine (dont le dernier album vient de sortir) délaisse sa petite sorcière et s’adresse ici à un public adulte, pour lequel il a aussi réalisé d’autres albums remarqués, comme le thriller d’anticipation Les Danois ou le diptyque Dilemna. Continuer la lecture →
Mathieu BURNIAT et Loup MICHIELS, Trap, Dargaud, 2019, 180 p., 13 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2‑205–07927‑2
Tout le monde se souvient du Mystère du monde quantique, cet album élégant, drôle et dense, qui nous faisait pénétrer dans ce que les sciences ont de plus complexe, et dont le dessein pédagogique ne pouvait faire l’économie de phylactères explicatifs. Bienvenue dans Trap, le nouvel album de Mathieu Burniat (ici avec Loup Michiels) et dans son monde d’avant les explications, d’avant les phylactères, d’avant le Verbe. Continuer la lecture →
Olivier DEPREZ, Le Château d’après Kafka, FRMK, coll. « Amphigouri »,
2018, 224 p., 35 €, ISBN : 9782390220138
Densité des noirs qui emportent des formes troublées, avalanche de striures blanches, personnages taillés dans l’étoffe de fantômes, de revenants… l’univers hypnotique qu’Olivier Deprez met en scène dans sa libre adaptation du Château de Kafka construit un album graphique éblouissant. Unanimement acclamé lors de sa parution aux éditions FRMK en 2003, le livre est réédité dans une magnifique édition (toujours chez FRMK) mettant en valeur la puissance expressionniste des gravures sur bois. Excédant le registre de la bande dessinée, Le Château de Kafka coulé dans l’imaginaire d’Olivier Deprez retrace, sous la forme d’un opus gravé, une histoire d’errance dans un labyrinthe à la fois extérieur et mental. Dans ce roman inachevé, Kafka décrit l’arrivée de K. dans un village, le malentendu qui s’installe entre lui, l’égaré, l’étranger qui prétend être appelé comme géomètre, et les autorités invisibles du Château. Dès les premières planches, la solitude de K., son désir d’être intégré dans le village, de recevoir une légitimation officielle se voient traduites dans un langage graphique tout en ombres et lumières, entre vacillement des repères et angoisse existentielle. Continuer la lecture →
L’album HMS Beagle, aux origines de Darwin de Fabien Grolleau et Jérémie Royer (Dargaud) a reçu le prix Le goût des sciences, catégorie livre scientifique jeunesse. Continuer la lecture →
Jan BAETENS (Textes), Clémentine MÉLOIS (dessins et couleurs), Le roman-photo, Le Lombard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2018, 88 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 978–2‑8036–3735‑5
Publié dans la dynamique collection « La petite bédéthèque des savoirs » créée par David Vandermeulen, Le roman-photo de Jan Baetens (textes) et Caroline Mélois (dessins et couleurs) explore ce genre hybride, longtemps décrié, auquel Jan Baetens, poète, professeur en sémiotique et en études culturelles à l’Université catholique de Louvain, a donné ses lettres de noblesse. Pionnier des études sur ce genre narratif longtemps méprisé, assimilé à la presse de cœur bas de gamme, Jan Baetens nous fait voyager dans la genèse, les origines du genre. Faisant ainsi un sort aux idées reçues, aux a priori négatifs (proche de la bande dessinée, le roman-photo agencerait des photos stéréotypées à des textes basiques placés sous le signe d’une histoire à l’eau de rose), il retrace son apparition en Italie après la Deuxième Guerre mondiale avant qu’il n’émerge en France (avec le magazine Nous deux). Loin de se résumer à une paralittérature pour ménagères en mal de d’histoires d’amour, il offre une diversité qui fut longtemps méconnue. Étroitement associé au cinéma, le roman-photo baigne dans des origines nimbées de flou. Certains voient dans Cesare Zavattini (le scénariste, entre autres, du Voleur de bicyclette) l’inspirateur de ce genre polymorphe. Afin de le circonscrire, il importe de le définir en le différenciant de deux genres apparentés, le ciné-roman et le roman dessiné.
Ilan MANOUACH, Abrégé de la bande dessinée franco-belge, 5e Couche, 2019, 48 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39008–018‑3
Curieux ouvrage que cet Abrégé de la bande dessinée franco-belge livré par la maison d’édition indépendante La 5e Couche. Cet album conceptuel est l’œuvre de l’artiste Ilan Manouach, un plasticien et musicien né en 1980 à Athènes et qui a étudié à l’Institut Saint-Luc à Bruxelles. Son travail autour de la bande dessinée l’a amené à détourner différents albums : notamment le Maus d’Art Spiegelman, devenu Katz (imprimé en 2011 à petit tirage, il représente tous les personnages avec des têtes de chat) ; ou Les Schtroumpfs Noirs dans Noirs (qui consiste en une réimpression de l’album en utilisant uniquement de l’encre cyan). En 2015 sort Tintin Akei Kongo, une traduction pirate en Lingala de l’album Tintin au Congo. Son œuvre tactile Shapereader, composée de plusieurs panneaux en bois, se présente comme un répertoire de formes revisitant la bande dessinée et destiné aux lecteurs malvoyants. Enfin, en 2018, Manouach publie Blanco, un album entièrement vierge qui interroge entre autres sur la standardisation et la commercialisation (le terme blanco désignant, dans le jargon de l’imprimerie, un exemplaire non imprimé d’un livre, permettant d’évaluer l’objet en tant que tel). Continuer la lecture →
Le festival de bande dessinée d’Angoulême, dont le jury est présidé cette année par Dominique Goblet, a dévoilé son palmarès samedi 26 janvier. Où l’on retrouve Julien Lambert pour son album Villevermine.
François SCHUITEN, Benoît PEETERS, Les Cités obscures,
Livre 3, Casterman, 2018, 408 p., 47 €, ISBN : 978–2‑203–15375‑2
Publiée en quatre tomes par les éditions Casterman, l’intégrale des Cités obscures fournit, aux côtés des œuvres cultes du dessinateur François Schuiten et du scénariste Benoît Peeters, de précieux inédits ainsi que des fragments du Guide des Cités. Le livre 3 rassemble L’enfant penchée, Mary La Penchée, L’affaire Desombres, L’écho des cités et L’ombre d’un homme. Depuis les années 1980, François Schuiten et Benoît Peeters fraient une œuvre sidérante qui excède les limites de la bande dessinée.S’aventurer dans un univers parallèle constitué de cités soumises à des lois physiques, à des événements, des phénomènes étrangers à notre monde implique des’ouvrir à un voyage tout à la fois métaphysique, galactique, mental,initiatique. Dans ce monde imperceptible depuis le nôtre, chaque cité se singularise par un ensemble de paramètres qui la détermine : signature architecturale, régime politique, socio-économique, système symbolique,géographie, faune (raréfiée) et flore, production culturelle…
Il est des œuvres qui nous désarçonnent, décillent nos yeux blasés, plantent en nous la graine d’un doute fécond. L’homme-armée, premier livre de Frédéric Coché à alterner sa technique minutieuse de gravure en eaux-fortes et sa patte de peintre féru de zones d’ombres (une alternance réussie, qui donne toute sa force énigmatique à l’ensemble, et permet de jouer sur quantité d’échelles) est définitivement de ces pierres philosophales-là. Il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour s’assurer d’en embrasser tous les détails. D’ailleurs, peut-on être certains que ce qui se déroule devant nos yeux ne nous a pas égarés, fait bifurquer sur un chemin de traverse ? Se peut-il que la carte du Tendre qui s’étend de la deuxième couverture à la page de garde puisse devenir une de nos boussoles, pour passer sans encombre du chemin des Dames au Rempart de dentelle et de soie ? Continuer la lecture →
Patrick PÉCHEROT et Joe PINELLI, Das Feuer, Casterman, 2018, 200 p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782203168657
Récit qui valut à son auteur le prix Goncourt lors de sa parution en pleine guerre, en 1916, Lefeu d’Henri Barbusse, sous-titré Journal d’une escouade, relate la boucherie de la Première Guerre mondiale. Bien que farouche partisan du pacifisme, Henri Barbusse s’engage comme volontaire en 1914. C’est de l’expérience des tranchées, de sa vie de soldat en première ligne qu’il tire un des romans les plus saisissants sur le basculement des nations dans le premier conflit mondial. À l’occasion de la commémoration des cent ans de la fin de la guerre 1914–1918, l’auteur et scénariste Patrick Pécherot et l’illustrateur, le scénariste de BD, Joe Pinelli publient une adaptation graphique du Feu de Barbusse. Le titre, Das Feuer, témoigne de leur choix : transposer la narration du côté allemand, évoquer l’enfer vécu par des soldats allemands, Kurt, Müller, Kropp… Une poignée de soldats, pris entre les feux de l’armée française, cherche à tâtons la tranchée qui va les sauver. Continuer la lecture →
Émilie SAITAS, L’arbre de mon père. Mémoire d’une famille grecque en Égypte (1948–1955), t. 1, Cambourakis, 2018, 93 p., 20€, ISBN : 978–2366243253
Bruxelles, 2013, une pièce peuplée de livres, de plantes et de photographies. Un homme aux cheveux gris souris, de petites lunettes juchées sur son nez, pointe du doigt un garçonnet au centre d’un cliché en noir et blanc : « Alors, là, c’est moi dans les bras de ma mère. Elle m’appelait Kostaki. Ça veut dire petit Kosta en grec. » Avec son autre index, sur une carte cette fois : « Et tu vois ce petit point-là ? C’est Mansourah, ma ville. » C’est ainsi que débute l’exploration de l’histoire familiale des Saitas, sous les crayons d’Émilie et à travers les mots de son père, un Grec ayant grandi dans l’Égypte nassérienne. Continuer la lecture →
Tiffanie VANDE GHINSTE, Dryades, La Boîte à Bulles, 2018, 88 p., 16 €, ISBN : 9782849533079
Yasha travaille dans une librairie bruxelloise. Entre son patron qui se mêle un peu trop de ses affaires et son coloc qui n’est jamais là, elle déprime.
Semblant tout droit sortie d’un conte de fées, Rubica débarque à Bruxelles avec son sac-à-dos, fuyant l’ogre qui l’enfermait dans une relation étouffante. Continuer la lecture →
Étienne BECK & Jonvon NIAS, Le GRRAAOU, Frémok, 2018, 168 p., 23 €, ISBN : 9782390220053
C’est un petit ovni de la bande dessinée que nous livrent Jonvon Nias et Etienne Beck. Rien d’étonnant puisque l’album est publié au Frémok, une plate-forme éditoriale qui a l’habitude de proposer des œuvres hors normes, dont l’audace graphique ou narrative ambitionne de renouveler le genre et d’en bousculer les codes, ce qui est le cas ici. Continuer la lecture →
Le Belge Max de Radiguès a reçu le prix SNCF du polar dans la catégorie bande dessinée pour son album Bâtard, paru en 2017 chez Casterman. Le livre avait précédemment reçu le prix des Lycéens au festival d’Angoulème.
Le dessinateur de bande dessinée William Van Cutsem, alias Vance, est décédé le 14 mai 2018. Né à Anderlecht le 8 septembre 1935, il a commencé sa carrière de bédéiste au journal Tintin, après des études à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles et un passage par la publicité. Continuer la lecture →