Un coup de cœur du Carnet
La guerre de nos écrivains. Une chronique littéraire de 14–18, Volume composé par Laurence Boudart et Saskia Bursens, Avant-propos de Marc Quaghebeur, Préface de Laurence van Ypersele, Archives et Musée de la Littérature, Hors collection, 2018, 246 p., ISBN : 978–2‑87168–087‑1
Coup de cœur pour les différentes facettes du projet « Grande Guerre » des Archives et Musée de la Littérature. Tout au long des quatre années du centenaire de la Première guerre, les AML ont publié chaque mois, sur un site spécialement dédié, des archives d’auteurs concernant le conflit. À partir des données rassemblées sur ce site, paraît aujourd’hui un livre reprenant une part de ces archives. Et une exposition reprend les documents originaux.
Le but était de montrer comment la guerre avait été vécue par les écrivains. Le projet n’était pas de faire une anthologie exhaustive. Mais de donner la parole aux écrivains en proposant des documents qui montrent comment le conflit a été vécu, documents qui ne sont habituellement accessibles qu’aux chercheurs : les manuscrits de journaux personnels ou de textes inédits, la correspondance, les photos, les affiches, etc. Et dans ce riche fond des AML, on découvre quelques perles. Continuer la lecture

Sous ce nom de plume, Pierre-Marie Dumont-Saint Martin, musicien confirmé, revisite la guerre de 14–18 avec une fiction romanesque certes, mais largement guidée par l’Histoire – une de ses passions – et par des souvenirs et des témoignages rapportés au sein de sa propre famille. Récit d’aventures et d’initiation, porté par les jeunes épaules de Gérard Vandervelde, musicien lui aussi, et déjà flûtiste de talent, engagé à dix-sept ans par l’orchestre symphonique de Liège (sa ville natale tout comme celle de l’auteur). On est en 1914. La guerre va se charger de maculer la partition et Gérard la découvre de la façon la plus horrible qui soit en assistant, lors d’une rencontre fortuite avec les premiers envahisseurs, à la torture et à l’exécution de Marcel Kerff, gloire du cyclisme belge, avec lequel il cheminait joyeusement à moto. Plus tard, lors des massacres de Namur et Dinant, c’est Richard, son meilleur ami, qui est abattu avant que ne disparaisse aussi Elise, la sœur de Richard, dont il était épris.
En exergue de Maggie, Patrick Weber indique : « une biographie est toujours un roman ». À la fois historien, romancier et scénariste de bandes dessinées, l’auteur des Noces assassines est familier de ce paradoxe résumé dans une formule fulgurante par Aragon : le « mentir-vrai ». Le poète évoquait par cet oxymore que la vérité toujours complexe, s’exprime davantage dans l’invention romanesque que dans le compte-rendu objectif – impossible – des faits.
Récit qui valut à son auteur le prix Goncourt lors de sa parution en pleine guerre, en 1916, Le feu d’Henri Barbusse, sous-titré Journal d’une escouade, relate la boucherie de la Première Guerre mondiale. Bien que farouche partisan du pacifisme, Henri Barbusse s’engage comme volontaire en 1914. C’est de l’expérience des tranchées, de sa vie de soldat en première ligne qu’il tire un des romans les plus saisissants sur le basculement des nations dans le premier conflit mondial. À l’occasion de la commémoration des cent ans de la fin de la guerre 1914–1918, l’auteur et scénariste Patrick Pécherot et l’illustrateur, le scénariste de BD, Joe Pinelli publient une adaptation graphique du Feu de Barbusse. Le titre, Das Feuer, témoigne de leur choix : transposer la narration du côté allemand, évoquer l’enfer vécu par des soldats allemands, Kurt, Müller, Kropp… Une poignée de soldats, pris entre les feux de l’armée française, cherche à tâtons la tranchée qui va les sauver.
À l’heure où se multiplient les manifestations visant à célébrer le centenaire de l’armistice, voici une initiative littéraire originale qui donne vie à la commémoration en la plaçant dans la perspective des personnes qui l’ont vécue au plus près dans les quatre années qui ont précédé le dénouement, alors que le conflit battait son plein. À l’origine de la démarche, la correspondance tenue par Gustave, lieutenant dans un régiment de cavalerie, à destination de son épouse, Éléonore. Ce matériau originel et authentique est de la plume d’un homme de devoir placé au cœur des événements et qui se soucie des siens, mais dont le temps est rythmé par l’action. Y répondent les propos, imaginés par l’auteure quant à eux, de son épouse esseulée, enceinte de lui, fuyant vers l’Angleterre avec ses parents et dont le temps est celui, atone, de l’attente. Si les missives de l’homme au front sont guidées par la volonté de décrire les faits avec mesure et retenue, le journal tenu par son épouse, qui s’inscrit entre les messages reçus, prend rapidement le parti de l’intime. Privée de son mari, Éléonore est ramenée vers ses père et mère, là où elle était jadis, amputée de sa vie de femme, s’apprêtant à devenir mère alors que sa sécurité est menacée. 
À La Grande Librairie sur France 5, Amélie Nothomb affirmait récemment qu’après « quatre heures d’écriture, on est exténué. C’est un sport de haut niveau. » Or, pour Jean-Marc Rigaux aussi, l’écriture est physique. Marathonien très entraîné, il fut un temps où il finissait parmi les cinquante premiers coureurs à l’arrivée de New York. Coureur de fond, il a besoin de pousser ses limites jusques aux bouts : la saturation, l’épuisement voire le rejet. Son nouveau recueil est le résultat de cent relectures.
Rien d’étonnant à ce que l’on trouve mention sur le 
La première guerre mondiale fait rage depuis quatre ans. La fin approche doucement, mais personne ne le sait encore. Du côté de Liège, en Belgique occupée, vit la famille Loizeau. Amputée d’une partie de ses membres, cette famille de fermiers essaie tant bien que mal de tenir le cap. La ferme héberge encore trois générations sous son toit : le fils cadet, Julien, la mère et la grand-mère paternelle.
Le nouveau roman de Bernard Tirtiaux est un curieux mélange de tendresse et de cruauté ; les personnages sont « de bonne volonté » – trop gentils ? – mais l’époque dans laquelle ils vivent et courent après l’amour et le bonheur est terrible et barbare. L’auteur nous emporte dans le tourbillon d’une grande histoire d’amour qui embrasse les deux guerres mondiales, entre Noël, né dans une famille de fermiers en Ardenne le 25 décembre 1909, et Luise, la fille – ‘naturelle’ comme on disait alors – de Klara von Ludendorff, née par accident chez les parents de Noël en juin 1914. 
