Archives par étiquette : traduction

Faire revenir Carême à sa langue maternelle

LÈS RÈLÎS NAMURWÈS, Mau­rice Carême en wal­lon. Poèmes fran­coph­o­nes traduits en wal­lon, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2025, 182 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–72‑4

Avec Mau­rice Carême en wal­lon, les Rèlîs Namur­wès s’attaquent à l’art déli­cat de la tra­duc­tion. C’est sur le plan de la forme que le pari est par­ti­c­ulière­ment auda­cieux, puisqu’il s’agit de s’acquitter d’une tâche haute­ment déli­cate : traduire sans trahir.

Il n’est peut-être pas inutile de rap­pel­er que Mau­rice Carême, grand poète belge d’expression française, était recon­nu inter­na­tionale­ment pour la sim­plic­ité appar­ente de ses textes, pour son gout de la ritour­nelle et de la clarté. Comme le rap­pelle l’avant-propos du livre, il impor­tait beau­coup, à ses yeux, qu’une tra­duc­tion, bien qu’elle ne puisse être une trans­po­si­tion exacte d’une langue à une autre, laisse enten­dre que les poèmes traduits ont été écrits avant tout en français – et par là même, respecter le génie orig­inel du texte. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots retrouvés d’une chanson sans musique

Jean FAUCONNIER, Tchan­sons… sins pont d’ musique, tra­duc­tion française de Jean-Luc Fau­con­nier, Èl Môjo dès Walons, coll. « èl bour­don », 2024, 68 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931107–14‑0

fauconnier tchansons... sins pont d' musiqueCer­taines œuvres lit­téraires con­nais­sent une longue péri­ode de latence avant leur pub­li­ca­tion. Le recueil qui nous occupe en est un par­fait exem­ple : com­posé dans les années 1950, il est resté mécon­nu du plus grand nom­bre – et même des héri­tiers de l’auteur – jusqu’à tomber for­tu­ite­ment entre les mains des employés de Èl Môjo dès Walons, la mai­son des tra­di­tions car­olorégi­en­nes. Con­tin­uer la lec­ture

La seconde vie de « Moi qui n’ai pas connu les hommes » 

jacqueline harpman portrait

Jacque­line Harp­man

Ini­tiale­ment paru en 1995, Moi qui n’ai pas con­nu les hommes, de la roman­cière belge Jacque­line Harp­man (1929–2012), con­nait ces derniers temps un suc­cès excep­tion­nel dans ses tra­duc­tions anglais­es. Stock, son édi­teur français, lui offre une sec­onde vie. Con­tin­uer la lec­ture

Disparitions au Musée de la Vie wallonne

Jacques WARNIER, On-z‑a hapé Popol ! On a volé Popol !, Édi­tions de la province de Liège, 2025, 320 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39010–230‑4

warnier on-z-a happé popolQuand un musée reçoit un écrivain en rési­dence, il en attend des retombées pub­lic­i­taires. Le Musée de la Vie wal­lonne de Liège vient d’accueillir Jacques Warnier, écrivain wal­lon, homme de théâtre et péd­a­gogue du lié­geois dans les écoles et sur les ondes. Le défi pour l’auteur était d’échapper à la ten­ta­tion doc­u­men­taire ou didac­tique. Jacques Warnier y parvient avec bon­heur dans un roman polici­er pal­pi­tant On-z‑a hapé Popol ! Con­tin­uer la lec­ture

Frères humains qui…

Jacques DESMET, Homo sapi­ens, avec une tra­duc­tion française de Dany HENKINET, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui » n° 48, 2025, 66 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–43‑5

desmet homo sapiensJacques Desmet est une sil­hou­ette bien con­nue des « tau­veléyes » (tables de con­ver­sa­tion) et des cabarets wal­lons. Rédac­teur en chef de la revue Nwêr Boton, il est aujourd’hui l’un des prin­ci­paux pro­mo­teurs du wal­lon bra­bançon. Cepen­dant, d’aucuns ne le con­nais­sent peut-être pas comme auteur ; il pra­tique en effet la lit­téra­ture en « cir­cuit court », et ses œuvres n’ont été jusqu’ici dif­fusées qu’en microédi­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Des vies sans « j’aurais dû »

André HENIN, Lès têres dau Bon Diè. Les ter­res du Bon Dieu, avec une tra­duc­tion française de Bernard LOUIS, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui » n° 8, 2024, 194 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–41‑1

henin les teres dau bon dieOn serait ten­té, en abor­dant l’unique roman d’André Henin (1924–1993), d’y coller l’étiquette « aut­ofic­tion » sans plus y réfléchir. De fait, le pro­tag­o­niste, Matieû Diant, rap­pelle par bien des façons l’auteur lui-même : ils sont tous deux orig­i­naires de Han-sur-Lesse, chargés d’enseignement durant une dizaine d’années au Sémi­naire de Flo­r­effe, puis nom­més curé d’une paroisse située au nord de Namur. Tout juste le nom de la bour­gade se trou­ve-t-il changé ; Henin par­le de Lin­iére comme Arthur Mas­son par­le de Trig­nolles, ou Émile Gilliard de Rod­ji­mont. L’on recon­nait en fait une local­ité de Gem­bloux, où l’auteur des Têres dau Bon Diè exerça la fonc­tion de doyen durant 19 ans. Con­tin­uer la lec­ture

Un chemin de croix à la croisée des chemins

Joseph DEWEZ, Dji n’ sé sofler, CROMBEL, coll. « MicRo­ma­nia », n° 41, 2024, 13 €, 94 p., ISBN : 978–2‑931107–11‑9

dewez dji n sé soflerAprès son fameux Èvôye, Abrâm, paru en 2022 aux édi­tions Tétras Lyre, le prési­dent des Rèlîs Namur­wès remet le cou­vert avec une nou­velle œuvre tout aus­si orig­i­nale et saluée que la précé­dente. Cette fois, Joseph Dewez retrace en vers wal­lons et avec ses mots cha­cune des dernières étapes de la vie du Christ. Con­tin­uer la lec­ture

Les héritiers ouvrent aussi des chemins

Xavier BERNIER, Tchan­sons d’one miète pus lon. Chan­sons d’un peu plus loin, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui » n° 47, 2024, 64 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–39‑8

bernier tchanson d'one miète pus lonLes mem­bres de la Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, qui reçoivent ses pub­li­ca­tions ordi­naires avant même qu’elles n’arrivent en librairie, auront cer­taine­ment remar­qué l’évolution de sa plus vaste col­lec­tion, « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui ». Au-delà du tra­vail inno­vant réal­isé sur les maque­ttes, il con­vient d’observer une inflex­ion dans le choix des textes : alors que, depuis une bonne décen­nie, elle pro­po­sait des œuvres d’écrivains con­fir­més — et par­fois même des réédi­tions — voilà qu’ont paru coup sur coup deux pre­miers recueils. Si Al cwène dès djoûs de Jean Col­lette, qui réu­nit plusieurs suites de poèmes, sem­blait déjà une œuvre de matu­rité, ces Tchan­sons d’one miète pus lon mar­quent l’entrée en lit­téra­ture d’un nou­veau tal­ent, par ailleurs l’un des cadets de la Société. (Qui se sou­vient que la « petite col­lec­tion », comme elle est sou­vent appelée, fut com­posée à l’origine de pla­que­ttes se réjouira cer­taine­ment qu’elle joue à nou­veau ce rôle de vivi­er.) Con­tin­uer la lec­ture

« Toi aussi tu t’élances »

Françoise LISON-LEROY (autrice), Camille NICOLLE (illus­tra­trice) et Golan HAJI (tra­duc­teur), Toupie, Le port a jau­ni, coll. « Poèmes », 2024, 28 p., 12 €, ISBN : 9782494753020

nicolle lison leroy toupie« Toupie se dit boul­boul en syrien, ce qui sig­ni­fie “rossig­nol” en arabe lit­téraire et “zizi” en égyp­tien ! Toupie se dit nahla en égyp­tien, ce qui sig­ni­fie “abeille” en arabe lit­téraire ain­si que dans la plu­part des langues arabes par­lées. Toupie se dit trom­bia en maro­cain, qui vient prob­a­ble­ment de l’espagnol, nous rap­pelle la trom­ba – la “trompette” en ital­ien – et tout ce qui arrive “en trombe” dans les langues latines ! Toupie se dit khodhrouf en arabe lit­téraire, un mot relié à d’autres mots qui évo­quent le bois, les jeux d’enfants et le mou­ve­ment. Bref ! La tra­duc­tion du mot toupie en arabe nous donne le tour­nis ! Golan Haji a choisi le mot boul­boul pour le rythme du mot, pour son lien avec la nature, pour l’évocation du chant d’oiseau. » Un mot, un seul, et tant de ques­tions et de posi­tion­nements chez le tra­duc­teur qui a la tâche-ver­tige de traduire la poésie d’une autre, d’en garder la saveur et la cadence, d’en pénétr­er les sens et explor­er les sous-enten­dus, et de les ren­dre uniques dans leur plu­ral­ité. Un mot, un seul, et nous voilà con­quise par l’entreprise, admi­ra­tive devant le tra­vail, baba face au tal­ent. Con­tin­uer la lec­ture

Lès Rèlîs Namurwès font la revue de leurs troupes

Paul GILLES et LÈS RÈLÎS NAMURWÈS, Qué bia bouquèt ! Antholo­gie sonore du wal­lon namurois, Lès Rèlîs Namur­wès, 2023, 275 p., 2 CD, 18 €, ISBN : 978–2‑960334–00‑5

gilles et les relis qué bia bouquèt!Il est ten­tant de recourir à la métaphore mar­tiale après avoir par­cou­ru les notices biographiques qui clô­turent cette épaisse antholo­gie de la lit­téra­ture en wal­lon namurois. On y trou­ve en effet une pro­por­tion inhab­ituelle de mil­i­taires de car­rière ou de gen­darmes : 9 sur les 64 auteurs et autri­ces réu­nis dans l’ouvrage. Le fait, qui s’explique en par­tie par la per­son­nal­ité de Lucien Léonard, prési­dent des Rèlîs Namur­wès de 1968 à 1989, ne se mar­que pas telle­ment dans le con­tenu de l’anthologie : il s’avère que les écrivains en uni­forme ne sont pas les derniers à sign­er des poèmes bucol­iques. Con­tin­uer la lec­ture

Rééditer, c’est remettre du bois sur le feu de veillée

Un coup de cœur du Car­net

Émile GILLIARD, Bokèts po l’ dêrène chî­je. Poèmes pour l’ultime veil­lée, CROMBEL, coll. « micRo­ma­nia », n° 39, 2023, 159 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931107–08‑9

gilliard boketPeu de temps avant son décès, le grand écrivain wal­lono­phone Émile Gilliard avait trans­mis à son édi­teur les épreuves cor­rigées de Bokèts po l’ dêrène chî­je. La pre­mière édi­tion de cette œuvre — une édi­tion arti­sanale en 50 exem­plaires, aujourd’hui introu­vable — lui avait valu le prix tri­en­nal de Poésie en langue régionale de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles 2005 et était vue comme un incon­tourn­able de sa bib­li­ogra­phie. Sa réédi­tion dans une col­lec­tion de plus large dif­fu­sion et avec des adap­ta­tions français­es est donc une ini­tia­tive bien­v­enue. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire mode d’emploi (en soixante-quatre cases)

Jean-Philippe TOUSSAINT, L’échiquier, Minu­it, 2023, 250 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑7073–4885‑2

toussaint l'échiquierCela pour­rait com­mencer par une case, ou une date, la soirée du 12 mars 2020, et un lieu, Brux­elles. La pre­mière min­istre belge vient d’annoncer le con­fine­ment du pays, pour cause de Covid. Qua­tre jours plus tard, c’est le cas égale­ment chez nos voisins français. Et l’on pour­rait penser, ouvrant L’échiquier, nou­veau livre de Jean-Philippe Tou­s­saint, qu’il a cédé comme tant d’autres, écrivains, artistes, musi­ciens, sci­en­tifiques, chroniqueurs… à la ten­ta­tion com­préhen­si­ble de racon­ter son his­toire du Covid, cet envahisse­ment incon­nu jusque là – ses tragédies et les boule­verse­ments en chaîne de nos com­porte­ments pour y faire face. Con­tin­uer la lec­ture

« Rîm’rèyes » et « rimimbrances »
[Rimeries et souvenirs]

Jean COLLETTE, Al cwène dès djoûs, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui », n° 46, 2023, 109 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930505–38‑1

collette al cwene des djousLe nom de Jean Col­lette évo­quera des sou­venirs à beau­coup ; homme de let­tres, de théâtre, de radio et de télévi­sion, il a pro­duit une œuvre abon­dante et mul­ti­forme depuis les années 60. Com­pagnon de route de l’« école de Liège » de poésie — il fut l’un des édi­teurs du jeune Jacques Izoard, à qui ce recueil est dédié —, il livre ici, à l’âge de qua­tre-vingt-cinq ans, sa pre­mière œuvre en wal­lon. Con­tin­uer la lec­ture

Seneffe en août : les auteurs et traducteurs présents

illu traduction

Cette année encore, le château de Sen­effe accueillera tra­duc­teurs et tra­duc­tri­ces, et auteurs et autri­ces pour une rési­dence de tra­vail en août. Les noms des par­tic­i­pant-e‑s sont con­nus.  Con­tin­uer la lec­ture

Aghar, l’expulsée

Un coup de cœur du Car­net

Tarek ESSAKER, Les Chem­i­nants, Réc­it poé­tique, Trad. en arabe de Ziad Ben Youssef, Pré­face de Vin­cent Lefèvre, Post­face en français et pré­face en arabe de Rafi­ka Bhouri, Arbre à paroles, 2023, 284 p., 18 €, ISBN : 9782874067327

essaker les cheminantsÉblouis­sante médi­ta­tion poé­tique autour de la fig­ure d’Agar/Aghar, ser­vante de Sarah, qui donne à Abra­ham un fils, Ismaël, Les Chem­i­nants mène la poésie dans des régions invo­ca­toires et oniriques où langue, monde, vision, his­toire, reli­gion se ressour­cent. À la femme sac­ri­fiée de la Genèse, à la femme qui don­na nais­sance aux douze tribus et que Sarah con­damna au désert avec l’assentiment d’Abraham et la béné­dic­tion de Dieu, Tarek Essak­er donne une voix plurielle, de sable et de silence brûlant, soutenue par les fig­ures d’Aref, le témoin, de Dieu, des Chem­i­nants, des prophètes, de Yaccoub/Jacob. Con­tin­uer la lec­ture

L’histoire d’Abraham vue de Liernu

Joseph DEWEZ, Èvôye, Abrâm. Sor­tir du patri­ar­cat avec le pre­mier patri­arche ?, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2022, 164 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–67‑0

dewez evoye abramD’aucuns se sont peut-être éton­nés de trou­ver la sig­na­ture de Joseph Dewez sur ce livre. Fig­ure notoire des let­tres en langue régionale de Bel­gique, actuel prési­dent des Rèlîs Namur­wès et mem­bre tit­u­laire de la Société de Langue et de Lit­téra­ture wal­lonnes, il est surtout con­nu pour met­tre en valeur d’autres écrivains, passés et présents. À ce titre, il a con­tribué à plusieurs numéros de la col­lec­tion « Mémoire wal­lonne », à l’impressionnante mono­gra­phie Les Kriegscayès. La Grande Guerre des Rèlis Namur­wès, pub­lie régulière­ment des hom­mages et des comptes ren­dus et, depuis la ren­trée dernière, prend en charge un cours à l’école de wal­lon de Namur. Con­tin­uer la lec­ture