Archives par étiquette : Émilie Gäbele

L’ombre du miroir

Patri­cia HESPEL, Nos âmes sœurs, Genèse, 2021, 264 p., 21 €, ISBN : 9782382010044

hespel nos ames soeursLe trép­i­dant roman Nos âmes sœurs racon­te le des­tin de deux jeunes femmes. D’un côté, en Hon­grie, il y a Lud­mil­la, une jeune noble orphe­line qui vécut au 15e siè­cle et dont le des­tin fut parsemé de mal­heurs. Elle perdit tout d’abord ses par­ents, tous deux assas­s­inés par son oncle san­guinaire et avide de pou­voir. Puis, elle fut don­née en mariage, très jeune, au seigneur Arthus de Bàl­drun. Sa nour­rice – la seule per­son­ne de con­fi­ance qu’il lui restait – parvint à la tenir à dis­tance, dans un cou­vent, jusqu’à ses qua­torze ans. À peine ses qua­torze bou­gies souf­flées, elle fut emmenée au château de Bàl­drun où elle décou­vrit la vio­lence mas­cu­line. La désir­ant depuis de nom­breuses années, Arthus l’obligea à assou­vir tous ses désirs et la vio­len­ta à maintes repris­es. Après avoir fail­li la tuer, il se reti­ra et déci­da de ne plus jamais la touch­er, à la con­di­tion qu’elle lui reste fidèle jusqu’à la fin de ses jours. D’une jalousie extrême, Arthus en fit sa pris­on­nière et la fit sur­veiller jour et nuit par ses sol­dats, dont son fidèle Béli­saire. Lud­mil­la prof­i­ta de la présence de deux étrangers hébergés dans le château – le seigneur Loren­zo, un impor­tant maitre-archi­tecte ital­ien, et son élève Gui­do – pour sor­tir de sa cham­bre et éla­bor­er un plan d’évasion. L’infortune de sa vie avait fait de Lud­mil­la une femme froide et sûre d’elle. Sa beauté était absolue et elle savait que le jeune appren­ti ital­ien ne serait pas indif­férent à elle. L’amour n’allait-il pas se mêler de leur his­toire ? Mal­heureuse­ment, les choses allaient rapi­de­ment mal tourn­er. Con­tin­uer la lec­ture →

À la recherche des déesses grecques enrobées

Guil­laume DRUEZ, Nous, les gross­es, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2020, 78 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–00‑1

druez nous les grossesBlanche, 46 ans, souf­fre de boulim­ie. Certain·e·s sont accros au sexe, à la cig­a­rette, à l’alcool… Elle, c’est le sucre. En totale fran­chise, Blanche nous racon­te ses déboires avec les régimes, ce fichu cal­cul de l’IMC (indice de masse cor­porelle), ses con­seils pour une pesée réussie, cette hor­ri­ble éti­quette d’ « obésité mod­érée » – qui, com­parée à l’ « obésité mor­bide » est encore accept­able… Être grosse, c’est aus­si avoir son lot de regards, de réflex­ions à demi-mot, de remar­ques hyp­ocrites, méchantes ou psy­chol­o­gisantes : « Oh, elle doit cer­taine­ment com­penser un manque, une perte… ». Mais n’a‑t-on pas le droit d’être gros·se, un point c’est tout ? Con­tin­uer la lec­ture →

Qui croire encore ?

Thier­ry JANSSEN, Rumeur, Lans­man, 2020, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0303‑0

janssen rumeurLisa Morin, jour­nal­iste vedette de l’émission « 24h/1 vérité », se rend en prison pour inter­view­er Mar­cus Zinger­man, un puis­sant homme d’affaires qui a dévelop­pé une alter­na­tive au pét­role : le SYNIO. Ce bio­car­bu­rant est pro­duit à base de bac­téries géné­tique­ment mod­i­fiées qui auraient déclenché une épidémie dans la région du Sichuan, en Chine. Jugé coupable par la Cour Pénale Inter­na­tionale pour géno­cide écologique, Mar­cus Zinger­man a été con­damné à per­pé­tu­ité. Lisa Morin cherche la vérité car de nou­velles rumeurs ont fait leur appari­tion. A‑t-il des choses à révéler ? Est-il coupable ou est-il une vic­time des puis­sances pétrolières, son SYNIO leur faisant bien trop d’ombre ? Con­tin­uer la lec­ture →

La révolution a ses raisons que la raison ne connait pas

Fab­rice GARDIN, Le droit à l’oubli, Sam­sa, 2020, 42 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87593–280‑8

gardin le droit a l oubli« J’ai hérité d’une som­bre forêt, mais je vais aujourd’hui dans une autre forêt toute baignée de lumière. » Ces mots de Tomas Tranströmer qui ouvrent le réc­it sont très éclairants sur les sen­ti­ments qui ani­ment Andréa, la pro­tag­o­niste de la pièce. Cette anci­enne ter­ror­iste racon­te à une jour­nal­iste de son âge, Dominique, ses actes passés. Elle assume totale­ment ses anciens choix, même s’ils étaient dépourvus de toute réflex­ion cri­tique. Le plus dur à présent est de ne plus avoir de nom ni de passé hon­or­able. Main­tenant qu’elle a purgé sa peine – dix-sept ans de prison –, elle souhaite tourn­er la page, con­tin­uer sa vie et avoir le droit à l’oubli. Con­tin­uer la lec­ture →

Le Top 3 d’Émilie Gäbele

Chaque jour, Le Car­net et les Instants revis­ite l’an­née lit­téraire 2020 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujour­d’hui : la sélec­tion d’Ém­i­lie Gäbele. Con­tin­uer la lec­ture →

Le tandem de l’amitié

Geneviève DAMAS, Mol­ly, Lans­man, 2020, 120 p., 10 €, ISBN : 9782807102934

geneviève Damas, MollyMol­ly, de son vrai nom Marie-Odile – en hom­mage à la Tante Odile décédée pré­maturé­ment dans d’horribles souf­frances –, est une jeune fille pleine de vie qui se rend partout à vélo. À Saint-Péravy-la-Colombe, son vil­lage natal, elle va faire une petite révo­lu­tion. Alors que son père, fan incon­di­tion­nel du Grand Général de Gaulle, aimerait qu’elle tra­vaille au Car­refour comme lui, Mol­ly a d’autres ambi­tions. Con­tin­uer la lec­ture →

Des terres inhospitalières

Astrid Chaf­fringeon, Je ne chas­se pas sur mon ter­ri­toire, Élé­ments de lan­gage, 2020, 224 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930710–21‑1

chaffringeon je ne chasse pas sur mon territoireLa nar­ra­trice, une pho­tographe d’origine espag­nole, revient sur son par­cours parsemé d’embûches, ses rela­tions, ses ren­con­tres, sa car­rière, ses années à Paris, à Dur­buy, sa rési­dence d’artiste sur une île fin­landaise… Elle nous prévient d’entrée de jeu : nous aurons besoin de tous les élé­ments pour bien com­pren­dre son his­toire. Le réc­it, qui n’est pas linéaire, vagabonde entre ses pen­sées. De digres­sion en digres­sion, nous apprenons qu’elle est en prison. Depuis sa cel­lule, elle entraîne le lecteur dans son réc­it afin de savoir ce qui l’a amenée là. Con­tin­uer la lec­ture →

Replier le temps

Vin­cent MARGANNE, Muzun­gu !, Lans­man et Rideau de Brux­elles, 2020, 48 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0292‑7

Vincent MArganne Muzungu!Un Muzun­gu, un homme blanc d’Afrique, racon­te son his­toire. Celle d’un petit garçon né au Burun­di en 1965 et rap­a­trié en Bel­gique en 1972. Celle d’un adulte d’une cinquan­taine d’années qui, après avoir retrou­vé, dans la cave de ses par­ents, douze bobines de films d’archives famil­iales, regarde le passé et con­tem­ple ses racines. 990 mètres de bobines qui vont de 1963 à 1975, filmées en grande par­tie par son père et soigneuse­ment con­servées au plus pro­fond du ven­tre de la mai­son famil­iale pen­dant de nom­breuses années. Con­tin­uer la lec­ture →

Le chemin de la résilience

Racha MOUNAGED, La blessure, Com­plic­ités, 2020, 168 p., 13 €, ISBN : 978–2351202722

Le roman débute par un événe­ment inat­ten­du. Nous sommes à Bey­routh, dans les années 1990. Jad, un jeune ado­les­cent, s’en prend, sans rai­son appar­ente, à un cama­rade de classe et le poignarde avec un couteau à huîtres. Com­ment le jeune garçon, promis pour­tant à de bril­lantes études, en est-il arrivé à com­met­tre cet acte insen­sé qui le mèn­era en cen­tre de réé­d­u­ca­tion ? Retour en arrière. Con­tin­uer la lec­ture →

« Mourir, la belle affaire, mais vieillir… »

Vin­cent ENGEL, Les vieux ne par­lent plus, Ker, 2020, 200 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87586–273‑0

vincent engel les vieux ne parlent plus couvertureQue faire de nos aînés ? Alors que la pop­u­la­tion est de plus en plus vieil­lis­sante, que la crise fait rage, que les vieux sem­blent gên­er car ils ne sont pas renta­bles, le gou­verne­ment met en place un sys­tème aux apparences démoc­ra­tiques : les Vil­lages de San­té pour Aînés. Plus besoin de pren­dre en charge les finances et les fins de vie, par­fois dif­fi­ciles, de vos par­ents. On s’en occupe pour vous. Le gou­verne­ment a ain­si créé, un peu partout dans le pays, des étab­lisse­ments à la pointe où l’on prend soin des seniors et de leur pat­ri­moine. Con­tin­uer la lec­ture →

Une famille comme les autres

Stanis­las COTTON, Mes papas, l’ogre et moi, Lans­man, 2020, 44 p., 10€, ISBN : 978–2‑8071–0289‑7

Clo­vis Patati et Flo­ri­mond Tic­tac souhait­ent adopter un enfant. Ils devi­en­nent les par­ents d’une petite Pétron­ille que tout le monde finit par appel­er Ninou. Ils aiment lui racon­ter les péripéties de son adop­tion : une véri­ta­ble série en trois saisons. Ninou, à son tour, se plaît à com­menter gen­ti­ment leurs con­ver­sa­tions et à racon­ter leur ren­con­tre dans un café. Con­tin­uer la lec­ture →

La Pie sur le Gibet

Bruno BREL, La bête du Tuiten­berg, Lamiroy, 2019, 174 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–238‑7

Aux portes de Brux­elles, un matin d’octobre 1567, est retrou­vé le cadavre d’un noble espag­nol, la tête totale­ment broyée. Le plat pays qui est le nôtre est à cette époque sous dom­i­na­tion espag­nole. Quelques jours plus tard, à l’Hôtel de Ville de Brux­elles, on fête en grande pompe l’arrivée du nou­veau gou­verneur des Pays-Bas espag­nols : le duc d’Albe. Ce dernier tient à tir­er au clair cette ter­ri­ble affaire de meurtre. On racon­te que ce serait un coup des gueux qui pré­par­ent une rébel­lion dans le Pajot­ten­land. Le baron Van Kieke­bich, qui habite le manoir de Tuiten­berg dans la com­mune de Schep­dael, est  présent à l’Hôtel de ville, mais n’est pas d’humeur fes­tive. Il ne voit pas d’un très bon œil l’envahisseur espag­nol. Suite à une dis­cus­sion avec le bourgmestre de Brux­elles, il décide de se faire pein­dre le por­trait afin de rester dans la postérité. Con­tin­uer la lec­ture →

Dounia, mon amour, mes larmes, mon sourire

Taha ADNAN, Dou­nia, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 2020, 66 p., 10 €, ISBN : 978–2807102781

Le réc­it démarre dans une rame de métro. Une explo­sion reten­tit. Tout se fige. Après le bruit assour­dis­sant, les cris et la peur font irrup­tion. Au milieu des corps, celui de Dou­nia, en robe de mar­iée blanche. Que fait-elle là ? Hasard ? Malchance ? Elle rassem­ble ce qui lui reste d’énergie et nous racon­te tout, depuis le début.

Dou­nia est la six­ième et dernière enfant d’une famille maro­caine immi­grée à Brux­elles. Non désirée, elle encaisse durant toute son enfance les mots froids et durs de sa mère. Aucune pho­to d’elle ne recou­vre les murs de la mai­son. On ne fête jamais ses anniver­saires. Dou­nia n’est pas comme les autres mem­bres de sa famille. Elle est de trop. Elle vit son exil dans son pro­pre foy­er, son pro­pre corps. Elle s’entoure de silence. Elle envie ses copines qui parta­gent une cer­taine com­plic­ité avec leurs par­ents. De son côté, elle ne reçoit que sar­casmes et cris. Jamais un geste affec­tif. Jamais un mot posi­tif. Chez elle, on ne par­le pas. Dou­nia rêve d’indépendance et de lib­erté. Alors elle en fait voir de toutes les couleurs. La nuit, elle prof­ite de l’accalmie pour se maquiller et essay­er des vête­ments aguicheurs. Une fois, son frère Milou la sur­prend. Il la roue de coups. Apeurée, acculée, elle saute par la fenêtre pour met­tre fin à son cal­vaire. Son corps est brisé. S’ensuivent deux années d’hospitalisation, des opéra­tions à la pelle et la décou­verte de la bes­tial­ité de l’homme. Con­tin­uer la lec­ture →

La musique entêtante des souvenirs

Michel LAMBERT, Je me retourn­erai sou­vent, Pierre Guil­laume de Roux, 2020, 208 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36371–327‑8

Un mys­térieux cou­ple sans réelle attache se sépare au lende­main de la mort de l’écrivain Sam Shep­ard. Matthieu, qui a décidé ne plus pronon­cer un mot, par­court les quartiers de son enfance en taxi et laisse défil­er les kilo­mètres, le temps et les sou­venirs. À Prague, Samy, un marc­hand d’art, est paralysé par une peur sournoise. À la mort de leur mère, deux frères et une sœur se retrou­vent après de nom­breuses années sans s’être vus. L’évocation du chanteur Arno ramène à l’esprit d’un comé­di­en une cer­taine Shirley, une anci­enne con­quête faite de tristesse et de soli­tude. Bob donne ren­dez-vous à une femme et deux jeunes per­son­nes devant la mai­son de Lord Byron qu’il admire par­ti­c­ulière­ment et les accom­pa­gne en voiture jusqu’à Paris. Thomas, envoyé à La Havane pour cou­vrir le cinquan­tième anniver­saire de la mort d’Ernest Hem­ing­way, tombe, par le plus grand des hasards, sur une anci­enne amie. Paul retourne dans la rue de son enfance, passe devant la mai­son du den­tiste Gontcharov et se sou­vient du mal­heur qui a frap­pé cette famille d’exilés. Con­tin­uer la lec­ture →

Vertige de l’amour

Nat­acha DIEM, L’invention d’Adélaïde Fou­chon, Piran­ha, 2020, 208 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2371190818

Deux Adélaïde se racon­tent. Il y a d’abord la petite fille, du genre « garçon man­qué », skate­board sous le bras, qui pour­tant rêverait de ressem­bler aux autres petites filles en jolies robes, cordes à sauter en mains. Il y a ensuite la femme qui, apprenant le décès de son père, part à la ren­con­tre d’elle-même. Deux réc­its se racon­tent, se con­stru­isent par­al­lèle­ment, se croisent, se répon­dent et s’éclairent l’un l’autre. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans nos archives : Panorama du théâtre belge actuel

À l’oc­ca­sion de la journée mon­di­ale du théâtre, célébrée chaque année le 27 mars, nous repub­lions un arti­cle d’Ém­i­lie Gäbele, paru dans Le Car­net et les Instants n° 188 (2015) con­sacré au théâtre belge d’au­jour­d’hui. Con­tin­uer la lec­ture →