Archives par étiquette : Théâtre

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La guerre des illusions

André FRANKINPer­son­ne et les autres, Édi­tion et intro­duc­tion de François Coad­ou et Frédéric Thomas, La Nerthe, 2023 [1960], 116 p., 16 €, ISBN : 978–2‑490774–33‑3

frankin personne et les autresRécem­ment, Raoul Vaneigem cher­chait une… fac­ture de gaz et tom­ba sur le tapuscrit de la pièce du lié­geois André Frankin (1925–1990), Per­son­ne et les autres. Cela fit…explosion et don­na lieu à cette pub­li­ca­tion qui rétablit l’histoire de cet étrange per­son­nage et intel­lectuel qui écriv­it la seule pièce de théâtre de l’Internationale sit­u­a­tion­niste (IS). On ne la con­nais­sait que par sa pré­face, pub­liée en décem­bre 1960 dans le numéro 5 de la revue Inter­na­tionale sit­u­a­tion­niste, et par quelques men­tions dans la cor­re­spon­dance de Guy Debord. Con­tin­uer la lec­ture

Ils ne savent pas ce qu’ils font…

Marie-Thérèse BODART, Le monde éclat­era demain, Sam­sa, Coll. « Théâtre », 2023, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87593–452‑9

bodart le monde éclatera demainL’ac­tu­al­ité édi­to­ri­ale et lit­téraire de ce print­emps fait bien les choses : la pièce de théâtre de Marie-Thérèse Bodart Le monde éclat­era demain vient d’être éditée chez Sam­sa et un ouvrage con­sti­tué de plusieurs con­tri­bu­tions lit­téraires et cri­tiques à pro­pos de la tribu Bodart-Richter a paru en ce début juin aux édi­tions des Archives et Musée de la lit­téra­ture dans la col­lec­tion « Archives du futur », sous-titré Entre écolo­gie et poésie.

Quel ADN lit­téraire et poé­tique con­tribuait à ce que cette tribu soit si active tant dans la lit­téra­ture que dans la matière des ques­tions d’éthique ? Marie-Thérèse Bodart (1909–1981) était roman­cière, dra­maturge, et cri­tique. Elle a été l’épouse du poète Roger Bodart, mère de l’écrivaine Anne Richter et grand-mère de l’autrice Flo­rence Richter. Que de liens, de com­plic­ité, d’héritages de tal­ent et d’ouverture dans cette planète Bodart-Richter ! Con­tin­uer la lec­ture

Humour et causticité

Jean-François FONSON et Fer­nand WICHELER, La demoi­selle de mag­a­sin – théâtre, Sam­sa, coll. « Des let­tres brux­el­lois­es », 2023, 158 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–434‑5

fonson et wicheler la demoiselle de magasinLes édi­tions Sam­sa, dans la col­lec­tion « Des let­tres brux­el­lois­es », vien­nent d’in­scrire à leur cat­a­logue une pièce de théâtre, La demoi­selle de mag­a­sin de Jean-François Fon­son et Fer­nand Wichel­er, qui con­nut un suc­cès inter­na­tion­al en 1913 après l’impressionnante tor­nade théâ­trale que fut Le mariage de Made­moi­selle Beule­mans des mêmes auteurs…

De nom­breuses tra­duc­tions et une ver­sion ciné­matographique con­sacrèrent La demoi­selle de mag­a­sin comme une œuvre de théâtre belge qui jouait de tous les ressorts de la comédie mais aus­si du « con­te de fées » social. Plus que Maeter­linck, Ghelderode,… fort mon­tés sur les scènes mon­di­ales d’alors, cette pièce con­nut un incroy­able suc­cès, elle ren­voie  à cette révo­lu­tion du com­merce urbain : l’invention des grands mag­a­sins. Au milieu du 19e siè­cle à Paris, les grands mag­a­sins et, dans la suite, le Bon Marché,… seront le punc­tum de l’accès de la classe moyenne et pop­u­laire à cette nou­velle Insti­tu­tion de la con­som­ma­tion et des rela­tions entre vendeurs et clients. Jusque là, seuls les hommes avaient le droit de pra­ti­quer ce méti­er de « vendeur ». Ce suc­cès évidem­ment se déplace vite à Brux­elles et c’est en 1860 que le Bon Marché y sera inau­guré. La logique de cette nou­velle pra­tique com­mer­ciale et finan­cière con­siste à offrir au meilleur prix, dans un grand lieu chic, un max­i­mum de pro­duits des­tinés aux femmes à la mode. Comme les hommes se seraient retrou­vés dans des sit­u­a­tions ambiguës lors des rap­ports de vente, la demoi­selle de mag­a­sin fut lit­térale­ment inven­tée ! Ce fut donc une pro­mo­tion sociale pour de nom­breuses jeunes femmes dans un méti­er recon­nu et par ailleurs épuisant : tou­jours sourire, servir, ne jamais s’asseoir, pen­dant dix heures par jour…. Con­tin­uer la lec­ture

Enfouir le puits, tout comme la vie

Alex LORETTE, Aus­si long que le silence, Lans­man, 2023, 56 p., 12 €, ISBN : 9782807103733

Un beau puits… Du solide. (…) Rien que des blocs de tuffeau, doux au touch­er, comme la peau d’un bébé. (…)
Le puits était plus beau que la mai­son.
La mai­son n’a jamais été agréable. (…) Il y fai­sait som­bre. On aurait dit un ter­ri­er. Oui, la mai­son fai­sait penser à un ter­ri­er… un ter­ri­er à lap­ins, avec des galeries partout. 

lorette aussi long que le silenceDepuis plusieurs généra­tions, la famille de Georges vit dans une petite mai­son, dans un coin reculé où tour­bières et sables mou­vants s’étendent à foi­son. Georges a gran­di dans cette demeure, puis s’y est instal­lé avec sa femme – une fille qui n’était pas du vil­lage – au grand désar­roi de sa mère. Une fois cette dernière par­tie, la femme a fait con­damn­er le puits qui trô­nait devant la mai­son. Il lui gâchait la vue. Mais sous la terre, le puits était tou­jours là et n’avait pas dit son dernier mot.

Un jour, Georges a dis­paru, lais­sant der­rière lui sa femme et trois orphe­lins. Une entre­pre­neuse explique à la mère que la mai­son risque de s’écrouler à cause de l’humidité et qu’il faudrait entre­pren­dre de gros travaux. Mais celle-ci ne veut rien enten­dre. Elle attend dés­espéré­ment que son mari revi­enne. Pren­dre de telles déci­sions sans lui est inen­vis­age­able. Elle n’arrive déjà pas à join­dre les deux bouts alors com­ment pay­er une telle réno­va­tion ? Pour­tant, l’odeur d’humidité s’infiltre partout et, de page en page, ne fait qu’empirer. Les paroles de sa sœur (la tante), venue l’aider, n’y changent rien. Pourquoi ne vend-elle pas car­ré­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

Dans la périphérie des feux

Elé­na DORATIOTTO et Benoît PIRET, Des car­avelles et des batailles, :esse que édi­tions, 2022, 104 p., 10 €, ISBN : 979–10-94086–46‑9

doratiotto et piret des caravelles et des bataillesLa pièce Des car­avelles et des batailles de Elé­na Dora­tiot­to et Benoît Piret se donne à lire comme une sorte de man­i­fes­ta­tion de notre temps : l’im­prég­na­tion de l’imag­i­naire comme moteur de vie et la quête de ce que l’on peut appel­er une forme de félic­ité. Dans les années cinquante, Beck­ett livrait au monde En atten­dant Godot après la tragédie de la  défla­gra­tion atom­ique qui mar­quait le seuil de la deux­ième moitié du vingtième siè­cle. Godot, pour beau­coup, se fait tou­jours atten­dre et de nom­breuses mis­es en scène ont fait l’hy­pothèse de sa sig­ni­fi­ca­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Quarante-cinq minutes

Stéphanie BLANCHOUD, Le temps qu’il faut à un bébé girafe pour se tenir debout,  Lansman/Rideau, coll. « Théâtre à vif », 2023, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103740

blanchoud le temps qu'il faut a un bebe girafe pour se tenir deboutQuar­ante-cinq min­utes. C’est le temps d’une mi-temps au foot­ball ou le temps qu’il faut à un gira­fon pour se tenir debout, après sa nais­sance. C’est aus­si le temps régle­men­taire que dure une vis­ite au par­loir, en prison. Et le temps que Louise passe sur un banc, chaque mer­cre­di, face au numéro 44 de la rue Berk­endael, à Brux­elles, la prison des femmes.

Tout en comp­tant les trous dans le trot­toir, Louise racon­te son his­toire depuis ce banc. Elle par­le de sa mère qui est comme un fan­tôme à présent. Elle se sou­vient de sa mère qui visait les pigeons avec son pis­to­let à billes. Des his­toires qu’elle leur racon­tait. De sa voix récon­for­t­ante. Mais aus­si de la vio­lence de l’homme qui a partagé sa vie durant dix-huit ans. Quand elle était plus jeune, Louise mon­tait dans sa cham­bre lors de leurs dis­putes et ne redescendait que quand elle entendait Vival­di, signe qu’il était par­ti et que sa maman ramas­sait les morceaux brisés. Dix-huit années à voir sa mère s’éteindre à petit feu. Vival­di était l’échappatoire de celle-ci, sa bouée de sauve­tage. Que s’est-il passé le jour du meurtre ? Le jour où sa mère a mis fin à son cal­vaire en tuant son beau-père ? Louise a plein de ques­tions, mais sa mère ne se sou­vient de rien. Elle se ferme de plus en plus jusqu’à défini­tive­ment refuser de la voir. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour-camaraderie

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, La cabane d’Alexandra Kol­lon­taï, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 112 p., 10 €, ISBN : 9782931101599

delmotte weber la cabane d'alexandra kollontaiAlix ren­con­tre Julia, par l’intermédiaire d’une amie com­mune. Dès les pre­mières sec­on­des passées ensem­ble, elles tombent dans les bras l’une de l’autre. S’ensuit une rela­tion. Julia est aus­si en cou­ple avec Samuel. Enfin, « en cou­ple » n’est pas tout à fait le terme appro­prié. Samuel goûte aux joies du polyamour et n’a pas moins de qua­tre rela­tions au même moment. Il encour­age Julia dans cette voie, mais elle est plus réti­cente. Des pointes de jalousie sur­gis­sent, surtout quand Alix ren­con­tre Samuel et que ces deux-là se plaisent à leur tour. Alix décou­vre ce nou­veau mode de rela­tions. Leur ren­con­tre a lieu dans la cabane de Samuel, un lieu retiré où il désire vivre autrement. Son rêve serait de s’épanouir au sein d’un poly­cule, c’est-à-dire un groupe polyamoureux. Selon lui, le cou­ple ne laisse pas de place à l’in­di­vid­u­al­ité. Sa référence dans le domaine est Alexan­dra Kol­lon­taï, une com­mu­niste et mil­i­tante fémin­iste marx­iste sovié­tique, qui a forgé une nou­velle con­cep­tion du monde. Il a d’ailleurs don­né son nom à sa cabane. Con­tin­uer la lec­ture

Sur les traces d’un mythe

Juan MARTINEZ, Gil­gamesh, Lansman/CTEJ, 2022, 41 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0368‑9

martinez gilgameshDans l’antique Mésopotamie, Gil­gamesh est un roi puis­sant, admiré et craint. Sa force le rend impi­toy­able : le con­tredire expose automa­tique­ment à de sévères repré­sailles. Tout lui est dû et ce qui n’est pas don­né sera pris.

Dans la plus anci­enne his­toire
le tout pre­mier héros était un homme infati­ga­ble
qui se pre­nait pour un dieu

Gil­gamesh était son nom
Il était le roi d’Uruk
la ville aux grands rem­parts bâtie entre deux fleuves 
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Le plaisir s’estompe-t-il avec l’âge ?

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Per­fect Day, Lans­man, 2022, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103658

damas perfect dayÀ tra­vers ce mono­logue, écrit pour l’actrice Hélène The­unis­sen, nous suiv­ons le quo­ti­di­en de Marie Cou­turi­er, une sex­agé­naire céli­bataire qui doute beau­coup et n’aime pas voir son corps vieil­lir. Ce corps, qu’elle n’aimait déjà pas dans sa jeunesse et qu’elle aurait dû pour­tant aimer, n’est aujourd’hui plus que l’ombre de ce corps passé avec ses bras fripés, ses rides, ses pattes d’oie, ses dents que l’on bichonne pour qu’elles ne se déchaussent pas, ses quelques poils blancs sur le pubis, sa cel­lulite, les con­tours du vis­age qui s’affaissent, ses chevilles qui s’épaississent… Marie voit la vieil­lesse comme une guerre, un bom­barde­ment sans fin. Ce qu’elle craint le plus, c’est de ne plus jamais faire l’amour. Peut-être a‑t-elle déjà vécu sa dernière fois ? Sera-t-elle encore objet de désir et de fan­tasme ? La vieil­lesse ne peut-elle pas aus­si être le champ de tous les pos­si­bles ? Con­tin­uer la lec­ture

Les reconstructions

Lénaïc BRULÉ, Ric­o­chet, Lans­man, 2022, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103610

brulé ricochetCom­ment con­tin­uer à vivre quand on vous annonce le pire ? Com­ment faire son deuil ? Sur­mon­ter la douleur face à la mort de son enfant ? La vie, telle un ric­o­chet, impose par­fois des rebonds imprévis­i­bles.

Alors qu’elle vient d’arriver dans la bib­lio­thèque où elle tra­vaille, Claire reçoit un ter­ri­ble appel : elle est demandée urgem­ment à l’hôpital. Son mari et son fils ont eu un grave acci­dent de voiture. Arrivée sur place, on lui annonce que son mari, Mar­tin, est en salle d’opération et qu’il va s’en sor­tir. Mal­heureuse­ment, ils ont fait tout ce qu’ils pou­vaient pour leur fils, Sacha, qui est décédé. Con­tin­uer la lec­ture

Les Labdacides et nous

Paul EMOND, Créon suivi de Loin d’Antigone, Oiseaux de nuit, 2022, 118 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–54‑4

emond creon suivi de loin d'antigoneMatri­ces textuelles inépuis­ables, les his­toires des Lab­dacides, des Atrides com­posent des mythes fon­da­teurs que la lit­téra­ture n’a cessé de réin­ter­roger. Au tra­vers de deux mono­logues théâ­traux Créon et Loin d’Antigone, le dra­maturge, écrivain et essay­iste Paul Emond délivre une relec­ture à la fois con­tem­po­raine et intem­porelle du cycle trag­ique qui emporte la dynas­tie des Lab­dacides. Puis­sam­ment inspiré, le pre­mier texte campe le bilan rétro­spec­tif que Créon, roi de Thèbes, porte sur son règne. Le déplace­ment de focale, le dépasse­ment des clichés qui, depuis des siè­cles, recou­vrent la divi­sion entre Créon, représen­tant de la rai­son d’État, et Antigone, sym­bol­isant la révolte, per­met au dra­maturge de don­ner à enten­dre un autre Créon, tyran inflex­i­ble, orgueilleux, avide de pou­voir certes, mais aus­si sim­ple mor­tel ter­rassé par les spec­tres des morts qui vien­nent lui deman­der des comptes. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action. Soli­taire, dans son palais thébain, le frère de Jocaste erre dans ses pen­sées noc­turnes, assail­li par les fan­tômes des morts, Œdipe, Jocaste, Polyn­ice, Étéo­cle, Antigone, son fils Hémon, fiancé d’Antigone, ses deux autres fils, sa femme Eury­dice… Il pressent qu’il tra­verse sa dernière nuit avant l’arrivée de Thésée qui le tuera et met­tra Thèbes à sac. Au tra­vers d’un despote qui s’évertue à jus­ti­fi­er les crimes qu’il a ordon­nés, à se blanchir devant le tri­bunal des siè­cles, au tra­vers de ses dis­cours légiti­mant ses déci­sions poli­tiques, Paul Emond évoque en fil­igrane un chef d’État con­tem­po­rain, tail­lé dans l’oppression. Con­tin­uer la lec­ture

La position du tireur… caché

Ludovic DROUETLe para­doxe de Bil­ly, Lans­man­/CED-WB, 2022, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103627

drouet Le paradoxe de Billy
Ça com­mence par un fait divers qui ressem­ble à un crime cra­puleux, enfin à quelque chose hors normes… Deux motards, Bil­ly et Jo, sont retrou­vés cha­cun une balle dans le front en lisière de forêt. Déjà l’en­droit de l’im­pact fait sens pour le lecteur : il s’a­gi­rait d’une exé­cu­tion, d’une vengeance, d’un rit­uel, bref l’imagination tourne mais soudain l’auteur nous entraîne dans une autre dimen­sion… Ludovic Drou­et, avec sa dernière pièce, Le para­doxe de Bil­ly, nous mène à la lim­ite du fan­tas­tique et des hypothès­es con­cer­nant un ailleurs, d’autant plus qu’un autre événe­ment néfaste sem­ble déjà avoir eu lieu dans les envi­rons proches. Un mal obscur règne.

Bien sûr il y a enquête mais elle affiche vite une liste de ques­tions dérangeantes, déroutantes si ce n’est étranges… Le para­doxe de Bil­ly vient de com­mencer et d’amblée on entre dans un univers à plusieurs dimen­sions nar­ra­tives et tem­porelles… Con­tin­uer la lec­ture

Dans son propre rôle

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane BISSOT, Après nous les mouch­es, Oiseaux de nuit, 2022, 142 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–53‑7

bissot apres nous les mouchesComé­di­enne, Stéphane Bis­sot a l’habitude de don­ner vie à des per­son­nages imag­inés par d’autres. Cette fois, c’est son pro­pre rôle qu’elle écrit et incar­ne. Elle racon­te ses sou­venirs, ses racines surtout, sa famille. De blessures en man­i­fes­ta­tions de ten­dresse, elle revient sur les allers-retours entre ses par­ents divor­cés, les liens avec cha­cun d’eux et avec sa grand-mère, les clins d’œil de la vie, ses mau­vais tours aus­si. Dès le début, le ton est don­né : des sujets tristes vont être abor­dés, mais non sans humour voire même une cer­taine légèreté.

J’ai envie de com­mencer avec les sand­wichs mous.
Le sand­wich mou est à l’enterrement ce que l’air est au vent… Le pouce à [l’]enfant… Le poil au pubis… Hum. Je veux dire que le sand­wich mou
nous sur­vivra tous.  Con­tin­uer la lec­ture

Sur le pont des simulacres

Paul WILLEMS, La ville à voile / La vita breve, Post­face Car­o­line De Mul­der, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 280 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–571‑1

willems la ville a voile« Le théâtre est le con­ser­va­toire de la langue », écrivait Antoine Vitez et, en ce qui con­cerne la langue de Paul Willems, on pour­rait, sans hésiter, évo­quer les grands fonds, les abysses qui font échos aux affron­te­ments, aux trou­bles et aux vio­lences de la sur­face.

Cette langue est inouïe et il faut prêter l’oreille pour être sûr que c’est bien de cela, de ce drame tra­gi-comique qui est notre matière,  qu’il s’agit car, chez Paul Willems, « la vie est un songe » (Pedro Calderon de la Bar­ca) tra­ver­sé des vio­lences de la résur­gence des sou­venirs et des sur­sauts de vérité. Con­tin­uer la lec­ture

Le puzzle de nos multiples « moi »

Un coup de cœur du Car­net

Marie HENRY, Nor­man c’est comme nor­mal, à une let­tre près, Lans­man Jeunesse, 2022, 40 p., 9 €, ISBN : 2807103561

henry norman c'est comme normalDans une con­trée loin­taine, mais pas si loin­taine, un soir de pluie entre les mois de jan­vi­er et févri­er, nait Nor­man, un petit garçon aux joues ros­es et jouf­flues comme tous les bébés. À sept ans, Nor­man affirme ses choix : il aime le rose et tout ce qui brille, et ce qu’il affec­tionne par-dessus tout, c’est porter des robes. Un jour, on lui per­met de garder sa robe toute la journée pour jouer au jardin. Nor­man aime sen­tir le vent s’engouffrer sous son vête­ment qu’il fait tourn­er inlass­able­ment. Mais der­rière cet acte, déjà des voix s’élèvent : « Que fait le gamin des voisins ? Il ne porte pas une robe quand même ? ». Nor­man, lui, aurait préféré ressem­bler à sa mère plutôt qu’à son père. Con­tin­uer la lec­ture

Mais à quoi joue-t-on ?

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève DAMAS, Hors-jeu, Lans­man, 2022, 57 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0363‑4

damas hors jeuGene, autrice et comé­di­enne, veut créer une pièce de théâtre sur fond de Coupe du monde au Qatar : « une his­toire de foot pour deux femmes ». Pour lui don­ner la réplique, elle fait appel à sa meilleure amie, Isa, comé­di­enne égale­ment mais… bien moins embal­lée par le sujet. Isa préfér­erait abor­der des thèmes de société : l’écologie, la san­té, le fémin­isme… ; pro­pos­er un spec­ta­cle engagé, quand Gene pense diver­tisse­ment avant tout.

Isa : (…) Un spec­ta­cle néces­saire.
Ce serait le moment, c’est l’instant.

Gene : Et ça, moi, non.
Ça, ce n’est pas pos­si­ble.
Je ne veux pas de truc mil­i­tant.
Je veux par­ler de nos vies en faisant rire.
Je veux que les spec­ta­teurs aient du bon­heur après avoir tiré leur journée.
On se fait telle­ment chi­er dans la vie.
Moi, per­son­nelle­ment, je me fais telle­ment chi­er.
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