Archives de l’auteur : Le Carnet et les Instants

Bryone l’insoumise

Ludovic FLAMANT (texte), Sara GRÉSELLE (images), Princesse Bryone, Esperluète, 2019, 24 p., 8 €, ISBN : 978-2-35984-108-4    

Flamant Gréselle Bryone esperluèteIl était une fois la Bryone, une plante toxique et magique aussi appelée navet du diable. Est-ce celle-ci qui donne son nom à cette jeune princesse et à la légende qui lui est attachée ? Une légende que revisite pour nous Ludovic Flamant sous la forme sombre du conte. Et comme dans tous les contes, il y a la princesse, le roi autoritaire et surtout la forêt obscure et tentatrice. Il y a aussi l’ombre de la folie qui plane sur les protagonistes. Une démence, une obsession attisées par le secret sylvestre que Bryone cherche à percer. C’est que Bryone se sent à l’étroit dans ce château, dans ce village où les cloches de l’église, lancinantes, résonnent en elle comme un chœur : Continuer la lecture

Un amour n’est qu’un amour

Arnaud DELCORTE, Aimants + Rémanences, Unicité, 2019, 117 p., 15 €, ISBN : 978-2-37355-294-2

Delcorte Aimants + Rémanences UnicitéSur les marches de La Bourse à Bruxelles, Arnaud Delcorte tient une revue de poésie épaisse et graphique, où l’un de ses poèmes polyglottes a été publié. Nous nous installons à la terrasse la plus proche, vaste et vide à cette heure d’ouverture, autour d’une petite table ronde, bistrotière avec son pied noir, art déco, en fonte. L’auteur porte une barbe courte et soignée. Ses lunettes cerclées scintillent au soleil comme sa boucle d’or d’oreille gauche, qui ressemble à une petite alliance. Continuer la lecture

Pull rouge, travail noir

Christiana MOREAU, Cachemire rouge, Préludes, 2019, 272 p., 16.90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2253045663

C’est la fin d’un monde – finalement très semblable à ce que chantait Jean Ferrat en 1965 déjà ! :

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie

Bolormaa, dont le nom signifie « cristal », est la cadette d’une famille de pasteurs mongols. Mais avec la modernisation, la normalisation et la globalisation, sa famille va devoir, de gré – pour ses deux frères aînés – ou de force –  pour ses parents – ,  abandonner son nomadisme ancestral et passer du grand air dans les immensités venteuses de la steppe à un modèle d’élevage industriel.  La jeune fille, quant à elle, va se retrouver dans une usine-prison, attachée – ô combien – à un métier à tisser dix heures par jour. Mais avant cela, comme un chant du cygne, elle va fabriquer son chef-d’œuvre, un pull en cachemire rouge, avec la laine de ses chèvres, cardée, filée, teintée et tricotée de ses propres mains. Continuer la lecture

Plusieurs cordes à leur arc (ter) : six écrivains traducteurs

La résidence de traduction du château de Seneffe

À l’heure où de nombreux traducteurs venus de toute l’Europe sont réunis pour un mois de résidence estivale à Seneffe, l’occasion est belle de nous arrêter un instant sur ces professionnels incontournables de la chaine du livre : les traducteurs. D’eux, on attend à la fois la fidélité au texte source et la créativité littéraire susceptible de rendre dans la langue cible tous les agréments du texte initial. D’où un travail toujours sur le fil du rasoir, dans le souci de faire mentir l’adage Traduttore, traditore, sans entrer pour autant dans une traduction servile et plate.


Lire aussi : Le traducteur est un auteur aussi par Edith Soonckindt


Le traducteur, co-auteur du texte? On ne s’étonnera pas que plusieurs d’entre eux soient aussi des écrivains. Voici d’ailleurs une sélection de six écrivains belges oeuvrant également comme traducteurs. Continuer la lecture

De ceux qui ont pris la route sans savoir où aller

Un coup de cœur du Carnet

Anne HERBAUTS, Je ne suis pas un oiseau, Esperluète, 2019, 80 p., 22 €, ISBN : 9782359841091

L’horizon n’est à personne. Il recule. Ne cesse.
Et des ciels beaux d’opéra, lambeaux, tomberont, tragiques, sur une espérance inimaginable.

Il a fallu du temps à Anne Herbauts pour parvenir à parler d’un sujet qui s’imposait à elle, mais qui, par sa gravité, ne pouvait ni être pris à la légère, ni être traité de façon conventionnelle : les migrants, le déracinement imposé. On en parle à toute les sauces, les médias mettent sur le sujet des mots qui déshumanisent, qui enferment. Comment parler des migrations humaines au sens large, en se soustrayant à l’emprise de l’actualité ? Continuer la lecture

Corps étrangers à rejeter

Françoise DUESBERG, Souffler sur la blessure, Academia, 2019, 111 p., 13€ / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-28-061-0450-2

Souffler sur la blessure est un roman qui aborde la problématique de l’immigration vers l’Europe et des réfugiés. Encore, me direz-vous. Oui, encore. Mais il est nécessaire d’en parler. L’auteure a pris le parti de relater son histoire en donnant la voix essentiellement à deux personnages : Pauline et Gabriel.

Pauline, seize ans, habite à Menton sur la Côte d’Azur. Elle vit une adolescence ponctuée par l’école, sa passion pour l’escalade, un régime draconien et la guerre qu’elle a décidé de mener contre sa mère, premièrement parce que c’est sa mère (un excellent prétexte pour claquer les portes et la contredire continuellement), deuxièmement parce qu’elle a un nouveau Jules qui remplace un peu trop vite son père décédé, devenu un sujet presque tabou. Continuer la lecture