Archives de l’auteur : Le Carnet et les Instants

Quand un psy pète une durite

Anne DUVIVIER, Un amour de psy, M.E.O., 2019, 182 p., 17€, ISBN : 2807001882 

Angelo est un psy de cinquante-neuf ans à qui son épouse vient d’annoncer qu’elle est amoureuse d’une autre femme de trente-quatre ans. Magnanime, elle souhaite toujours vivre avec son mari moyennant quelques aménagements. Bien qu’ils soient dans un mariage libre, Angelo vit mal cette nouvelle, qui lui fait l’effet d’un séisme. Continuer la lecture

Matriochka de Philippe Remy-Wilkin

Philippe REMY-WILKIN, Matriochka, Samsa, 2019, 60 p., 9 €, ISBN : 978-2-87593-209-9

Philippe Remy-Wilkin orne la signature de ses courriels et les notices bibliographiques le concernant de la mention « auteur littéraire » qu’il semble affectionner. Sans doute cette formulation embrasse-t-elle davantage la diversité éditoriale des écrits de celui qui est à la fois essayiste, critique littéraire, nouvelliste et romancier. Philologue de formation, Philippe Remy-Wilkin est passionné d’Histoire et nous a donné déjà une remarquable étude consacrée à Christophe Colomb, Christophe Colomb, Le découvreur et la découverte : mythes et réalités. On lit aussi régulièrement ses chroniques sur Karoo et Le Carnet et les Instants, de façon épisodique ses nouvelles dans la revue Marginales, et ses prises de position sur les réseaux sociaux.

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Crée–moi à mon image

Carino BUCCIARELLI, Mon hôte s’appelait Mal Waldron, M.E.O., 2019, 128 p., 15 €, ISBN : 978-2-8070-0182-4

Un triangle mystérieux règne au centre de la littérature : la relation entre le lecteur l’auteur et le narrateur.  Les personnages sont les médiateurs de cette complicité triangulaire. Et souvent, la question qui se pose est « D’où viennent–ils ces sacrés personnages ? » Sont-ils issus de ce que nous nommons familièrement le réel (le vrai ?) ou pures fictions, ce qui en soi est aussi contestable. D’où surgissent ces fictions sinon de vraies constructions humaines passées par le filtre de l’expérience intime de l’auteur? Continuer la lecture

Un tour de manège les cheveux au vent, le sourire aux lèvres

Un coup de cœur du Carnet

Ziska LAROUGE, Hôtel Paerels, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2019, 207 p., 15€, ISBN : 9782874895272

Antonin a la poisse… Ou peut-être de la chance dans son malheur… À moins que ce ne soit l’inverse… Disons que son quotidien est fait de hauts et de bas qui se succèdent à une cadence effrénée : de vraies montagnes russes ! C’est ça ! Ziska Larouge nous emmène faire un tour de montagnes russes ! Et on en voit de toutes les couleurs. Du rose quand l’histoire débute façon comédie romantique. Du gris pour évoquer le deuil d’Antonin et son frère, jeunes orphelins. Du vert dans l’espoir du héros de faire carrière sur scène. Du bleu à chaque embellie amenée par une nouvelle amitié. Du noir quand des malfrats viennent mettre leur grain de sel. Et du rouge dans l’éclatante vitalité des personnages. Continuer la lecture

Tombeau pour Marilyn, l’icône aux semelles de vent

Éric BROGNIET, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe, Illustrations de Thierry Wesel, Préface de Marie-Ange Bernard, Taillis Pré, 96 p., 14 €, ISBN : 978-2-87450-143-2

Entre chant des spasmes et arpentage des gouffres, la poésie d’Éric Brogniet voyage sur les terres du décalé et de l’insoumission. D’une souveraine beauté, le recueil poétique Bloody Mary traverse le mythe Marilyn Monroe afin de dévoiler la détresse, la fêlure de Norma Jean derrière l’icône planétaire de la Blonde. Jeux sur le combat entre le noir et le blanc, entre l’attrait des ténèbres et celui de la lumière, échos entre l’ogre intime et l’ogre hollywoodien… les scansions du chemin de croix de Marilyn ­­qu’Éric Brogniet décline — un chemin de croix qui n’exclut nullement le chemin de l’extase et de la soif de vivre — intriquent vitesse de la langue et tragédie antique. On songe à la lettre-poème que Pasolini a écrite en hommage à Marilyn, après sa mort en 1962, poème lu dans son film La Rabbia. Dans Bloody Mary, les mots ne mettent pas la blessure monroeienne à distance mais creusent l’enfance saccagée, la solitude, l’immense désarroi de Marilyn, en se tenant au plus près de leur trou noir. Il n’y aura pas de poétique de l’apaisement dès lors que celle-ci trahirait la toute irréconciliée, la toute chancelante dissimulée derrière l’éclat de sa beauté. Pas plus que le Dom Pérignon, les barbituriques, la ronde des amants ou le 7ème art n’ont permis à Marilyn de cicatriser, de se tenir dans l’être, l’écriture d’Éric Brogniet ne cherche à réparer l’irréparable ou à lisser les séismes. La mort rôde autour du berceau de Norma Jean, courtise Gladys, la mère folle, convoite Marilyn. Ce basso ostinato — basse contrainte de la présence de Thanatos — pulse le texte qui traque le fatum, ses tours de passe-passe, ses ruses.

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Carnet, mon beau carnet, dis-moi… qui suis-je ?

Un coup de cœur du Carnet

Evelyne WILWERTH, Tignasse étoile, M.E.O., 2019, 164 p., 16€, ISBN : 978-2-8070-0105-3

Le dernier roman d’Evelyne Wilwerth s’apparente au journal intime d’une jeune fille, Jacinthe, en mutation physiologique, en interrogation existentielle, de sept à vingt-cinq ans. À part le titre, qui fait écho à la chevelure sauvage de l’héroïne, tout aimé !

La couverture ! Un Spilliaert[1] (Les Pieux, 1910), en adéquation si complète avec le roman qu’on pourrait en induire une prescience du peintre ou, plus raisonnablement, l’irrigation d’une romancière empassionnée, un récit jaillissant de la contemplation de la toile.

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L’adoption est une road-story

Isabelle SPAAK et Florence BILLET, Une mère etc., Iconoclaste, 2019, 192 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-37880-071-0

Isabelle Spaak, prix Rossel 2004 pour Ça ne se fait pas, revient aujourd’hui avec un récit aiguisé, publié chez L’iconoclaste.

Qui peut me dire s’il connaît un enfant adopté en paix avec lui-même ? En dépit de toute la ferveur du monde, ces laissés-pour-compte des premiers jours fuient de toutes parts, tel un vase percé.

C’est à une exploration des alchimies familiales, de leurs mystères, que nous convie l’autrice d’Une mère, etc., s’inspirant cette fois de l’histoire vraie de Florence Billet, née en Colombie, française d’adoption. Depuis les pages, le vécu uppercute : si Florence est renommée Emmanuelle dans la fiction, c’est le véritable nom de sa mère biologique qui est inscrit, et l’enchaînement des épisodes de vie ont tout de la cadence singulière, tacchycardique, de l’authenticité – ou peut-être, et c’est sans doute encore plus vrai : de l’urgence. Continuer la lecture