Archives par étiquette : Pascal Leclercq

De l’absurde inquiétant à l’absurde apaisé

Un coup de cœur du Carnet

Pascal LECLERCQ, Analyse de la menace, Maelström, 2018, 98 p., 13 €, ISBN : 978-2-87505-302-2

Leclercq analyse de la menacePascal Leclercq a du talent. Il le prouve une fois de plus avec Analyse de la menace. Un ton onirique, humoristique et parfois cruel, dans une très belle écriture en prose, parfaitement maîtrisée, ajustée : le poète nous dépeint le monde loufouque et désespéré d’une sorte de cousin contemporain d’un certain Plume, personnage-type de l’inadapté. Cet hétéronyme, dont Leclercq narre les errances liégeoises, ardennaises et wallonnes, répond d’une manière contemporaine à son parent michalien. Écriture de l’absurde, angoisses existentielles, dénonciation d’un état du monde et d’un homme en voie de déclassement… Ce livre en plusieurs chapitres, parfaitement circonscrits dans leurs tonalités, a pour thèmes principaux la douleur de vivre et l’absurde contemporain, dans un monde soumis à l’analyse de la menace : une menace non seulement sociologique mais plus encore spirituelle. Par quel moyen en sortir ? Continuer la lecture

Tentative d’épuisement du bestiaire de Leclercq

Un coup de coeur du Carnet

Pascal LECLERCQ, Jac VITALI (ill.), Épuisé : Rue Trottechien, Demain revient de loin, Un bâton, Animaux noirs, Flandres intimes, Vandœuvre-les-Nancy, La Dragonne, 2016, 262 p., 18€   ISBN : 978-2-37584-003-0

Viens
même si tout est
perdu

Nougé

leclercqIl existe deux voies que peuvent emprunter les livres épuisés pour échapper à l’oubli. Soit ils font l’objet d’une chasse méticuleuse de la part des bibliophiles-chineurs, soit on les réédite. C’est la bonne idée qu’ont eue les éditions La Dragonne de nous proposer ce recueil anthume, Épuisé, de Pascal Leclercq et qui rassemble donc cinq textes ; trois livres parus précédemment chez le même éditeur, le recueil intitulé Rue Trottechien publié en 2000 aux éditions de L’Arbre à paroles ainsi qu’une série d’inédits, datés de 2016 et présentés sous le titre Flandres intimes. Continuer la lecture

Boustro ? Fais donc !

Un coup de coeur du Carnet

Boustro, revue plastique et poétique animée par Laurent DANLOY, Pascal LECLERCQ, Karel LOGIST et Paul MAHOUX, n° 2, juin 2016

Boustro2Quelle ébullition revuistique dans la Cité ardente, et de quelle qualité ! En décembre 2015, le premier numéro de Boustro, « fruit de rassemblements autour de l’amitié et de la recherche du bel-être » s’y multipliait à 200 exemplaires « numérotés et choyés » et essaimait hors du nid que lui avaient amoureusement ménagé pour l’occasion les éditions du Tétras-Lyre. L’empennage de ce drôle d’oiseau rassemblait Véronique Janzyk, dont les proses calibrées chutent dans le temps à la faveur d’un séjour à Corfou (là où les touristes allemands ignorent que « le silence est parfois une langue aussi ») ou dans la chambre 350, occupée par cet être cher dont le cœur est grignoté par « une cellule folle qui grandit » ; Serge Delaive, avec une suite d’épures où les accents d’une douleur lancinante se mêlent à une révolte éjaculée « debout / sous la voie lactée » ; Yolanda Castaño, poétesse espagnole dont son traducteur Frédéric Bourgeois a rendu la narquoise « beauté d’épi » de ses vers, qui circulent en ligne brisée jusqu’au rendu de la terrible sentence : « Seule la vérité rend / esclaves » ; Maxime Hanchir enfin, qui livre une série de portraits subtilement biseautés, tracés d’un fusain sensible non dénué d’ironie, doux-amer juste ce qu’il faut. Ajoutez à cela les présences flottantes et anxiogènes, silhouettes intubées et autres loups ectoplasmiques dessinés par la Marolienne de Liège Sofie Vangor, et vous obtenez un carnet de « Poésie Pur Porc », à lire à hue et à dia, de traviole et de guingois, à l’envers comme à l’endroit. Continuer la lecture

Déformation poétique

Pascal LERCLERCQ, Hélium, Iconographie et apparitions de Jac Vitali, La Dragonne, 2015, 52 p., 18 €, ISBN : 978-2-913465-90-9

leclercq_primaelleLes recueils de Pascal Leclercq sont toujours aisément reconnaissables. Principalement parce qu’ils sont beaux. Son dernier recueil, Hélium, paru aux éditions La Dragonne, ne déroge pas à cette règle. Le poète, imprimeur à ses heures, soigne l’objet : aussi Hélium  présente-t-il  « des allures d’album vinyl », notamment par son format carré et sa couverture, d’un rouge vive et presque soyeux au toucher.  Continuer la lecture