Patrick DELPERDANGE, C’est pour ton bien, Arènes, coll. « Equinox », 2020, 331 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 979–10-375‑0060‑1
Les six premières pages surprennent. En surplomb du roman, soit. Nous avons l’habitude, dans les thrillers, les romans dynamiques, de ces prologues insinuant le suspense, la tension, le drame via une scène/point d’acmé située dans une temporalité décalée par rapport à la trame première. Mais Patrick Delperdange nous offre autre chose, une mise en exergue du thème qui va parcourir son opus, la femme battue et l’appréhension, intime et extérieure, du phénomène : Continuer la lecture

Lauréate du prix Fintro Écritures noires remis dans le cadre de la Foire du livre de Bruxelles pour son premier roman, Brasiers, Marie-Pierre Jadin propose un récit à hauteur d’hommes et de femmes aux frontières de leurs histoires personnelles et de la grande Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide.
Il suffit d’une page. D’un coup d’œil en surplomb sur l’ouvrage. Et on pressent la magie du grand large :
Une nuit d’avril, un homme est extirpé d’une voiture par quatre individus, battu, laissé pour mort. Mais il est découvert, les secours sont appelés. Sauvé ?
Francis Groff, dès les premières pages de son deuxième roman, confirme un art certain pour les entrées en matière, il signe les meilleures de la collection « Noir Corbeau ». Un détail ? Du tout. Le policier ou le thriller ont leurs codes et leurs lecteurs, qui ne sont pas ceux de Proust ou Modiano : les rapports au temps, à la sensation, à l’information sont différents, intensifiés, accélérés.
Richard Lorent a décidément pris le parti d’écrire des thrillers politiques et d’en situer le récit dans la proche actualité de notre pays, de préférence dans le décor carolo. Mais ses romans n’ont rien à envier aux plus sombres polars et la familiarité des faits et lieux évoqués ne fait qu’ajouter aux frissons.
Bien connu des lecteurs du Carnet et des amateurs de géographie littéraire, Guy Delhasse trempe aussi sa plume dans l’encre noire. Il a tenu longtemps la chronique polar pour les journaux La Wallonie et Le Matin et il a signé un Poulpe de belle facture, Du pont liégeois, avec la complicité de Jean-Paul Deleixhe et de Christian Libens.
Jack Lee a perdu femme et fille dans un accident, toute empathie pour le monde qui l’entoure. Ses semblables lui apparaissent hostiles ou indifférents, sa rage et sa frustration le poussent à rudoyer qui le frôle, l’interpelle. Son état mental se dégrade, ses délires sombrent beaucoup plus radicalement dans les ténèbres : faire payer sa distraction à sa psy, s’offrir une nouvelle vie familiale sans prendre en compte l’avis de l’élue.
L’on sait que Kenan Görgün est un observateur fin et particulièrement bien documenté des phénomènes sociaux, entre autres en Belgique. Une société dont les marges et le risque que celles-ci font peser sur le vivre ensemble le questionne.
Le premier chapitre est savoureux. Quelques pages, à peine, et le narrateur/héros, son microcosme (familial et professionnel) sont campés. Mieux : la crise (qui génère le fil centripète de tout thriller) est amorcée, intrigante. Cerise sur le gâteau : un deuxième fil narratif se dessine et démultiplie la tension, le suspense.
Peur sur Liège depuis qu’un gastronome d’une espèce particulière saigne des jeunes femmes, prostituées de préférence, en leur dévorant goulument les seins… Tout cru, à même le corps et sans autre accommodement.
Dès l’entame, un récit bien écrit et atmosphérique. Un suspense efficacement campé. Qui nous installe dans la foulée de Jean-Régis de Chassart, un magistrat, quand il s’ébroue le long d’un chemin de halage des bords de Sambre, se lance dans son jogging bihebdomadaire, croise un traquenard aux limites du fantastique, lutte contre la noyade et d’énigmatiques agresseurs :
Une violoniste étendue dans une mare de sang, son archet planté dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que commence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, commence quelques jours auparavant, voire encore plus tôt. Qui est la victime ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête policière proprement dite attendra un peu. Le temps de retracer les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désormais plutôt compromis : les Barrées.
Gwen et Leila, les deux jeunes femmes que l’on retrouve au pub irlandais O’Neils, leur camp de base, sont des amies inséparables. Pour l’heure, Gwen tente de rendre le goût de vivre à sa copine séparée depuis peu du beau Michaël qu’elle a largué suite à une « conduite inappropriée », en fait, un baiser échangé avec une fille de rencontre. Voilà qui, selon Gwen, très inspirée par les Stream Banana, mérite une vengeance qui en fasse baver à tous ces salauds d’hommes et ramène le sourire sur les lèvres de sa chère Leila.
À l’abbaye d’Orval, quelques 26664 bouteilles (soit 1111 casiers) de bière, à peine chargées sur le camion prêt à partir à destination de la France, sont dérobées lors d’un braquage expéditif. Deux moines restent sur le carreau. Un groupe terroriste revendique l’attaque, au nom de la soif des Belges : les fréquentes pénuries de la précieuse trappiste, dues à l’indécrottable refus des moines d’augmenter leur production, leur semblent un motif suffisant pour empêcher que la moindre goutte de leur breuvage favori quitte le territoire. 