Archives de catégorie : Théâtre

Théâtre

Retrou­vez toutes nos recen­sions con­sacrées au théâtre

Enlacements tragiques

François EMMANUEL, Funer­al tan­go, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 2023, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0401‑3

emmanuel funeral tango« Oléo : À l’en­ter­re­ment d’une reine, il est pre­scrit de ban­der la jambe arrière gauche de son cheval per­son­nel.
L’an­i­mal n’est donc pas intégré à l’at­te­lage qui tracte le car­rosse funéraire mais il marche un peu en retrait, tenu au mors par un très jeune offici­er.
À cause de l’en­trave à sa jambe le cheval boite et sa clau­di­ca­tion attire tous les regards. »

Dans la litanie des crescen­dos et decrescen­dos d’un tan­go joué par deux musi­ciens, un rit­uel de mort se déploie autour de Dona Pia, vivante, qui va mourir, qui est morte. Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige de l’amour

Stéphane BISSOT, Celle qui aimait les hommes, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023, 70 p., 10 €, ISBN : 9782931101681

bissot celle qui aimait les hommesLouise est actrice. De manière totale­ment non chronologique, elle se remé­more ses his­toires d’amour. « [Elle] écrit la nuit. La lumière est douce. Elle écrit à plusieurs âges. Il y a plusieurs présents. Pen­dant qu’elle par­le à l’homme qu’elle aime, à celui qu’elle aimait ou à celui qu’elle aimera, elle racon­te ses amours pro­fondes ou fugaces ». Il y a Samuel, ren­con­tré lors d’une soirée de sou­tien aux ouvri­ers, qui est ten­dre comme un agneau et auprès de qui elle redé­cou­vre sa sen­su­al­ité. Il y a Romain avec qui elle ne passe qu’une nuit, Arié, un homme piv­ot dans sa vie auprès de qui elle apprend la mort de son père ou encore Andréas dont elle croque la pomme à New York. Cha­cun reçoit un surnom : l’homme femme, l’homme rus­tre, l’homme silence, l’homme arbre… Louise se sou­vient aus­si de son pre­mier amour à l’école, Quentin, dont elle con­nais­sait l’emploi du temps par cœur. Con­tin­uer la lec­ture

Variations pour une autre fois

Paul EMOND, La part des flammes, Deux vari­a­tions, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2023, 176 p., 10 €, ISBN : 9782931101636

emond la part des flammes deux variationsAvec La part des flammes. Deux vari­a­tions, le dra­maturge, le romanci­er et essay­iste Paul Emond nous une livre propo­si­tion théâ­trale nova­trice qui repense le statut du texte, au théâtre en par­ti­c­uli­er. Reposant sur le dis­posi­tif de trois per­son­nages, de trois sœurs qui évo­quent tan­tôt les Trois sœurs de Tchekov, tan­tôt les trois filles du Roi Lear, la pièce plonge dans les secrets de famille, la mort de la mère, la con­fig­u­ra­tion des liens entre Marie, l’aînée qui se sac­ri­fie, Anne qui a con­quis sa lib­erté et la cadette Mar­i­anne, affec­tée de trou­bles bor­der­line. Que fait un dra­maturge lorsque, dans l’impossibilité de met­tre fin à une créa­tion, il se sent réqui­si­tion­né par ses per­son­nages, des créa­tures de papi­er qui lui deman­dent des comptes et récla­ment davan­tage d’autonomie ? Que faire lorsqu’un texte ne nous lâche pas dans le mou­ve­ment où nous refu­sons de le couron­ner d’un point final ? Impor­tant dans le champ de l’écriture scénique le procédé musi­cal de la vari­a­tion, Paul Emond nous met face à deux vari­a­tions (mélodiques, har­moniques, ryth­miques) sur un même thème, redis­tribue le pre­mier agence­ment textuel en l’infléchissant vers une pièce miroir, dou­ble de la pre­mière et pour­tant dis­sem­blable. De la pre­mière ver­sion à la sec­onde, le même trio de per­son­nages soro­raux, les fan­tômes de la mère pos­ses­sive, du père absent, des grands-par­ents, la reprise, l’ajout ou l’omission de cer­tains événe­ments. Con­tin­uer la lec­ture

« Take care, little Bastard »

Thymios FOUNTAS, Sauvez Bâtard, Arbre de Diane, 2023, 98 p., 14 €, ISBN : 9782930822297

fountas sauvez batardAu fond d’une ruelle, trois lais­sés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beck­et­ti­ennes, sem­blent errer dans un monde futur­iste où règne le désar­roi, un monde où le ciel a dis­paru et se dis­loque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kif­feur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut per­ché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip per­pétuel. Clébard, de nature agres­sive, mène le groupe. Ils net­toient les lieux pour accueil­lir un tri­bunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émet­teur de mis­ère », mais a‑t-il vrai­ment com­mis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le mal­abar du quarti­er qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard. Con­tin­uer la lec­ture

Nous sommes toutes et tous des cellules HeLa

Un coup de cœur du Car­net

Aliénor DEBROCQ, HeLa, Lans­man, 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 9782807103931

debrocq helaHeLa. Qua­tre let­tres pour par­ler d’un type de cel­lules qui ont révo­lu­tion­né la sci­ence de la virolo­gie et ont con­tribué notam­ment à la nais­sance du vac­cin con­tre la poliomyélite. Qua­tre let­tres pour des cel­lules étudiées dans les lab­o­ra­toires du monde entier et repro­duites à plusieurs mil­liards d’exemplaires. Qua­tre let­tres pour les pre­mières cel­lules à être cul­tivées in vit­ro et qui con­stituent la pre­mière lignée de cel­lules immortelles. Con­tin­uer la lec­ture

« Écrire la parole fantôme »

Un coup de cœur du Car­net

Veroni­ka MABARDI, Loin de Lin­den suivi de Adèle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685919

mabardi loin de linden suivi de adeleCet automne, Veroni­ka Mabar­di est entrée dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord avec la réédi­tion de deux textes à l’image de son œuvre, sub­tils et lumineux, orig­inelle­ment pub­liés par Émile Lans­man. Pen­sés pour le théâtre, Loin de Lin­den et Adèle con­tin­u­ent de bouger en dépit de leur fige­ment sur le papi­er, tant ils con­vo­quent d’émotions et remuent les sou­venirs, les langues et les cul­tures. Ces deux textes incar­nent remar­quable­ment le dou­ble sens de l’anglais moved, bref écho au plurilin­guisme et au code switch­ing[1] dont débor­dent ces his­toires intimes exposées avec une grande con­science du sys­tème (ou con­texte) dans lequel elles s’enracinent. Con­tin­uer la lec­ture

Roulez, jeunesse !

Flo­ri­an PÂQUE, Fourmi(s), Lans­man, 2023, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103870

paques fourmi(s)Après Éti­enne A,  Sisyphes, Flo­ri­an Pâque pour­suit son tra­vail de dra­maturge et d’homme de théâtre (mise en scène, jeu) en pro­posant cette fois une sorte de pro­longe­ment, ou plutôt d’écho, aux deux précé­dentes pièces à pro­pos des con­di­tions de tra­vail de l’époque de l’ubérisation.

Après un tra­vail doc­u­men­taire, des inter­views de tra­vailleuses et de tra­vailleurs des plate­formes Uber et cie, le dra­maturge a écrit deux ver­sions de ce texte ; une des­tinée à des représen­ta­tions dans tous les lieux non-théâ­traux et celle-ci, pub­liée récem­ment, et qui s’est fait belle­ment remar­quée au fes­ti­val d’Avignon. Elle livre une réflex­ion plus com­plexe sur c’est ten­dance apparue il y a une dizaine d’années qui est de faire miroi­ter aux jeunes, sou­vent sans emploi ou sans for­ma­tion ; une sorte de lib­erté économique, une lib­erté d’entrepreneur indépen­dant (mais aus­si sans pro­tec­tion sociale et sans les con­di­tions de ce qu’on pour­rait atten­dre naïve­ment en matière de dig­nité et de respect des droits des tra­vailleurs). « Mais que dia­ble allait-il faire à cette galère ? », écrit Molière dans Les fourberies de Scapin. Con­tin­uer la lec­ture

L’enfant et la forêt

Daniela GINEVRO, Au-dedans la forêt, Lans­man, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103856

ginevro au dedans la foretAu cœur d’une forêt mys­térieuse et parait-il mau­dite, rôde une enfant des bois, « cou­verte de peaux d’animaux. Un masque d’écorce sur le vis­age, un couteau à la cein­ture ». Surnom­mée La Mésange, elle racon­te son présent et son passé. Com­ment elle est arrivée dans la forêt, accom­pa­g­née de son frère, Le Géant, et de sa sœur, La Renarde. Ils se sont « éva­porés » dans les bois pour échap­per à la mai­son au toit fêlé, à son froid qui s’insinuait partout, à la faim qui les tirail­lait, à l’absence qui y rég­nait. De cette péri­ode dans la mai­son au toit fêlé où ils vivaient tous trois col­lés ser­rés, on n’en appren­dra pas beau­coup plus, si ce n’est que les par­ents n’étaient plus là et que de nom­breuses cica­tri­ces invis­i­bles datent de cette époque. Son frère, bien qu’étant l’aîné, est resté petit suite à une chute dans les escaliers. La Mésange par­le de leurs pre­miers jours dans la forêt. Com­ment ils ont enter­ré leurs noms et s’en sont choisi de nou­veaux. Elle évoque leur vie à trois dans les bois jusqu’à l’accident qui a scindé leur groupe à tout jamais. Peu à peu, la forêt devient son ter­ri­toire, devient sienne. La soli­tude ne l’effraie pas. La nature, les ani­maux, les bruits sont là. Con­tin­uer la lec­ture

Un conte comme les autres ?

Marie HENRY, Come to me Comme tout le monde, Lans­man, coll. « Théâtre à Vif », 2022, 48 p., 11 €

henry come to me comme tout le mondeCome to me, un jeune garçon de dix ans, roux, gen­til, studieux et très grand, est le héros de cette his­toire. Une légende plane autour de lui. On racon­te qu’il est par­fait. Comme dans un con­te, il se promène dans une forêt et a enfilé de grandes bottes qui le font bondir. Par monts et par vaux, il avance vers celle qui l’appelle : Celle qui espère (ou attend) tou­jours. Cette dernière, qui fait des songes bien trop som­bres et est l’héroïne de cette his­toire, attend l’homme de sa vie. Ses pleurs doivent le guider. Come to me doit devenir le prince épous­tou­flant de Celle qui espère tou­jours.

Mon nom est Come to me. Je suis en train d’escalader des monts et des vaux. Je n’ai pas peur. (…) Je cours à la rescousse d’un pleur.  Con­tin­uer la lec­ture

La guerre des illusions

André FRANKINPer­son­ne et les autres, Édi­tion et intro­duc­tion de François Coad­ou et Frédéric Thomas, La Nerthe, 2023 [1960], 116 p., 16 €, ISBN : 978–2‑490774–33‑3

frankin personne et les autresRécem­ment, Raoul Vaneigem cher­chait une… fac­ture de gaz et tom­ba sur le tapuscrit de la pièce du lié­geois André Frankin (1925–1990), Per­son­ne et les autres. Cela fit…explosion et don­na lieu à cette pub­li­ca­tion qui rétablit l’histoire de cet étrange per­son­nage et intel­lectuel qui écriv­it la seule pièce de théâtre de l’Internationale sit­u­a­tion­niste (IS). On ne la con­nais­sait que par sa pré­face, pub­liée en décem­bre 1960 dans le numéro 5 de la revue Inter­na­tionale sit­u­a­tion­niste, et par quelques men­tions dans la cor­re­spon­dance de Guy Debord. Con­tin­uer la lec­ture

Ils ne savent pas ce qu’ils font…

Marie-Thérèse BODART, Le monde éclat­era demain, Sam­sa, Coll. « Théâtre », 2023, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87593–452‑9

bodart le monde éclatera demainL’ac­tu­al­ité édi­to­ri­ale et lit­téraire de ce print­emps fait bien les choses : la pièce de théâtre de Marie-Thérèse Bodart Le monde éclat­era demain vient d’être éditée chez Sam­sa et un ouvrage con­sti­tué de plusieurs con­tri­bu­tions lit­téraires et cri­tiques à pro­pos de la tribu Bodart-Richter a paru en ce début juin aux édi­tions des Archives et Musée de la lit­téra­ture dans la col­lec­tion « Archives du futur », sous-titré Entre écolo­gie et poésie.

Quel ADN lit­téraire et poé­tique con­tribuait à ce que cette tribu soit si active tant dans la lit­téra­ture que dans la matière des ques­tions d’éthique ? Marie-Thérèse Bodart (1909–1981) était roman­cière, dra­maturge, et cri­tique. Elle a été l’épouse du poète Roger Bodart, mère de l’écrivaine Anne Richter et grand-mère de l’autrice Flo­rence Richter. Que de liens, de com­plic­ité, d’héritages de tal­ent et d’ouverture dans cette planète Bodart-Richter ! Con­tin­uer la lec­ture

Humour et causticité

Jean-François FONSON et Fer­nand WICHELER, La demoi­selle de mag­a­sin – théâtre, Sam­sa, coll. « Des let­tres brux­el­lois­es », 2023, 158 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–434‑5

fonson et wicheler la demoiselle de magasinLes édi­tions Sam­sa, dans la col­lec­tion « Des let­tres brux­el­lois­es », vien­nent d’in­scrire à leur cat­a­logue une pièce de théâtre, La demoi­selle de mag­a­sin de Jean-François Fon­son et Fer­nand Wichel­er, qui con­nut un suc­cès inter­na­tion­al en 1913 après l’impressionnante tor­nade théâ­trale que fut Le mariage de Made­moi­selle Beule­mans des mêmes auteurs…

De nom­breuses tra­duc­tions et une ver­sion ciné­matographique con­sacrèrent La demoi­selle de mag­a­sin comme une œuvre de théâtre belge qui jouait de tous les ressorts de la comédie mais aus­si du « con­te de fées » social. Plus que Maeter­linck, Ghelderode,… fort mon­tés sur les scènes mon­di­ales d’alors, cette pièce con­nut un incroy­able suc­cès, elle ren­voie  à cette révo­lu­tion du com­merce urbain : l’invention des grands mag­a­sins. Au milieu du 19e siè­cle à Paris, les grands mag­a­sins et, dans la suite, le Bon Marché,… seront le punc­tum de l’accès de la classe moyenne et pop­u­laire à cette nou­velle Insti­tu­tion de la con­som­ma­tion et des rela­tions entre vendeurs et clients. Jusque là, seuls les hommes avaient le droit de pra­ti­quer ce méti­er de « vendeur ». Ce suc­cès évidem­ment se déplace vite à Brux­elles et c’est en 1860 que le Bon Marché y sera inau­guré. La logique de cette nou­velle pra­tique com­mer­ciale et finan­cière con­siste à offrir au meilleur prix, dans un grand lieu chic, un max­i­mum de pro­duits des­tinés aux femmes à la mode. Comme les hommes se seraient retrou­vés dans des sit­u­a­tions ambiguës lors des rap­ports de vente, la demoi­selle de mag­a­sin fut lit­térale­ment inven­tée ! Ce fut donc une pro­mo­tion sociale pour de nom­breuses jeunes femmes dans un méti­er recon­nu et par ailleurs épuisant : tou­jours sourire, servir, ne jamais s’asseoir, pen­dant dix heures par jour…. Con­tin­uer la lec­ture

Enfouir le puits, tout comme la vie

Alex LORETTE, Aus­si long que le silence, Lans­man, 2023, 56 p., 12 €, ISBN : 9782807103733

Un beau puits… Du solide. (…) Rien que des blocs de tuffeau, doux au touch­er, comme la peau d’un bébé. (…)
Le puits était plus beau que la mai­son.
La mai­son n’a jamais été agréable. (…) Il y fai­sait som­bre. On aurait dit un ter­ri­er. Oui, la mai­son fai­sait penser à un ter­ri­er… un ter­ri­er à lap­ins, avec des galeries partout. 

lorette aussi long que le silenceDepuis plusieurs généra­tions, la famille de Georges vit dans une petite mai­son, dans un coin reculé où tour­bières et sables mou­vants s’étendent à foi­son. Georges a gran­di dans cette demeure, puis s’y est instal­lé avec sa femme – une fille qui n’était pas du vil­lage – au grand désar­roi de sa mère. Une fois cette dernière par­tie, la femme a fait con­damn­er le puits qui trô­nait devant la mai­son. Il lui gâchait la vue. Mais sous la terre, le puits était tou­jours là et n’avait pas dit son dernier mot.

Un jour, Georges a dis­paru, lais­sant der­rière lui sa femme et trois orphe­lins. Une entre­pre­neuse explique à la mère que la mai­son risque de s’écrouler à cause de l’humidité et qu’il faudrait entre­pren­dre de gros travaux. Mais celle-ci ne veut rien enten­dre. Elle attend dés­espéré­ment que son mari revi­enne. Pren­dre de telles déci­sions sans lui est inen­vis­age­able. Elle n’arrive déjà pas à join­dre les deux bouts alors com­ment pay­er une telle réno­va­tion ? Pour­tant, l’odeur d’humidité s’infiltre partout et, de page en page, ne fait qu’empirer. Les paroles de sa sœur (la tante), venue l’aider, n’y changent rien. Pourquoi ne vend-elle pas car­ré­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

Dans la périphérie des feux

Elé­na DORATIOTTO et Benoît PIRET, Des car­avelles et des batailles, :esse que édi­tions, 2022, 104 p., 10 €, ISBN : 979–10-94086–46‑9

doratiotto et piret des caravelles et des bataillesLa pièce Des car­avelles et des batailles de Elé­na Dora­tiot­to et Benoît Piret se donne à lire comme une sorte de man­i­fes­ta­tion de notre temps : l’im­prég­na­tion de l’imag­i­naire comme moteur de vie et la quête de ce que l’on peut appel­er une forme de félic­ité. Dans les années cinquante, Beck­ett livrait au monde En atten­dant Godot après la tragédie de la  défla­gra­tion atom­ique qui mar­quait le seuil de la deux­ième moitié du vingtième siè­cle. Godot, pour beau­coup, se fait tou­jours atten­dre et de nom­breuses mis­es en scène ont fait l’hy­pothèse de sa sig­ni­fi­ca­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Quarante-cinq minutes

Stéphanie BLANCHOUD, Le temps qu’il faut à un bébé girafe pour se tenir debout,  Lansman/Rideau, coll. « Théâtre à vif », 2023, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103740

blanchoud le temps qu'il faut a un bebe girafe pour se tenir deboutQuar­ante-cinq min­utes. C’est le temps d’une mi-temps au foot­ball ou le temps qu’il faut à un gira­fon pour se tenir debout, après sa nais­sance. C’est aus­si le temps régle­men­taire que dure une vis­ite au par­loir, en prison. Et le temps que Louise passe sur un banc, chaque mer­cre­di, face au numéro 44 de la rue Berk­endael, à Brux­elles, la prison des femmes.

Tout en comp­tant les trous dans le trot­toir, Louise racon­te son his­toire depuis ce banc. Elle par­le de sa mère qui est comme un fan­tôme à présent. Elle se sou­vient de sa mère qui visait les pigeons avec son pis­to­let à billes. Des his­toires qu’elle leur racon­tait. De sa voix récon­for­t­ante. Mais aus­si de la vio­lence de l’homme qui a partagé sa vie durant dix-huit ans. Quand elle était plus jeune, Louise mon­tait dans sa cham­bre lors de leurs dis­putes et ne redescendait que quand elle entendait Vival­di, signe qu’il était par­ti et que sa maman ramas­sait les morceaux brisés. Dix-huit années à voir sa mère s’éteindre à petit feu. Vival­di était l’échappatoire de celle-ci, sa bouée de sauve­tage. Que s’est-il passé le jour du meurtre ? Le jour où sa mère a mis fin à son cal­vaire en tuant son beau-père ? Louise a plein de ques­tions, mais sa mère ne se sou­vient de rien. Elle se ferme de plus en plus jusqu’à défini­tive­ment refuser de la voir. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour-camaraderie

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, La cabane d’Alexandra Kol­lon­taï, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 112 p., 10 €, ISBN : 9782931101599

delmotte weber la cabane d'alexandra kollontaiAlix ren­con­tre Julia, par l’intermédiaire d’une amie com­mune. Dès les pre­mières sec­on­des passées ensem­ble, elles tombent dans les bras l’une de l’autre. S’ensuit une rela­tion. Julia est aus­si en cou­ple avec Samuel. Enfin, « en cou­ple » n’est pas tout à fait le terme appro­prié. Samuel goûte aux joies du polyamour et n’a pas moins de qua­tre rela­tions au même moment. Il encour­age Julia dans cette voie, mais elle est plus réti­cente. Des pointes de jalousie sur­gis­sent, surtout quand Alix ren­con­tre Samuel et que ces deux-là se plaisent à leur tour. Alix décou­vre ce nou­veau mode de rela­tions. Leur ren­con­tre a lieu dans la cabane de Samuel, un lieu retiré où il désire vivre autrement. Son rêve serait de s’épanouir au sein d’un poly­cule, c’est-à-dire un groupe polyamoureux. Selon lui, le cou­ple ne laisse pas de place à l’in­di­vid­u­al­ité. Sa référence dans le domaine est Alexan­dra Kol­lon­taï, une com­mu­niste et mil­i­tante fémin­iste marx­iste sovié­tique, qui a forgé une nou­velle con­cep­tion du monde. Il a d’ailleurs don­né son nom à sa cabane. Con­tin­uer la lec­ture