Paul Emond. Descente dans la condition humaine

Paul EMOND, His­toire de l’homme, tome 2, Lans­man, 2018, 14 €, ISBN : 978–2‑8071–0193‑7

Art de l’illusion qui révèle les vérités cachées, le théâtre crée une scène sur laque­lle com­para­is­sent les pas­sions des hommes, l’échiquier du pou­voir, les con­flits entre morale et poli­tique, la grande tra­gi-comédie de l’Histoire. Dans ce deux­ième tome d’His­toire de l’homme, le dra­maturge et romanci­er Paul Emond agence une « pièce fleuve, mobile, chao­tique et à suiv­re » se découpant en saynètes qui revis­i­tent au fil d’un humour philosophique le mythique et le banal, la folie des hommes, des dieux et les grandes orgues des pul­sions. Le secret de la puis­sance cor­ro­sive des scènes a pour nom con­den­sa­tion. Qu’il déterre les facettes con­tem­po­raines du mythe d’Orphée, d’Ulysse, qu’il s’empare de l’invention de mon­sieur Guil­lotin, qu’il agence à ciel ouvert une curieuse trinité com­posée d’un provo­ca­teur, d’un pick­pock­et et d’une rêveuse, l’œil du dra­maturge noue le sur­réel à une analyse poé­tique des ressorts de la con­di­tion humaine. Pour ce faire, il con­joint point de sur­vol et descente dans la pâte micro­scopique des faits ; il se décen­tre, se fait ani­mal, ange, quit­tant l’ancrage humain afin de lire à rebours la mécanique des réc­its de vie et des hauts faits his­toriques. Con­tin­uer la lec­ture

Bibliographie — 1er octobre 2018

Avec la bib­li­ogra­phie du Car­net, retrou­vez toutes les pub­li­ca­tions, nou­veautés et réédi­tions, en lit­téra­ture belge.

Une liste établie par Thibault Car­i­on

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Prends garde, Saint Jean-Baptiste!

Philippe COLMANT, Salomé pour tou­jours, Demdel, 2018, 230 p., 12,50€, ISBN : 978–2‑87549–241‑8

Un beau same­di d’avril, un triple meurtre tombe sur les bras du com­mis­saire Pierre Van Cal­ster et de son équipe. Une anci­enne can­ta­trice, Alice Dan­tinne, est retrou­vée morte au bas de son immeu­ble. Les soupçons d’un sui­cide sont rapi­de­ment écartés vu les mar­ques de stran­gu­la­tion présentes sur son cou. Deux autres corps d’hommes, sauvage­ment assas­s­inés et mutilés, sont décou­verts quelques heures plus tard dans une église désaf­fec­tée et à l’orée de la forêt de Soignes. Con­tin­uer la lec­ture

Subtile alliance

Michelle CORBISIER (gravures), Serge MEURANT (poèmes), Le temps aboli, Marme­lade, 2018, 15 €

Sous l’invocation Le temps aboli se ren­con­trent, se rejoignent, se répon­dent des gravures de Michelle Cor­bisi­er et des poèmes de Serge Meu­rant qu’elle a choi­sis, parus dans dif­férents recueils  (Vis­ages, Le don…) ou inédits. Entre ombre et lumière, rêve et réal­ité, flux et reflux, paysages cen­drés et sources souter­raines… Con­tin­uer la lec­ture

Derrière l’impossible des mots

Jean-Marie CORBUSIER, L’air, pierre à pierre, Tail­lis Pré, 2018, 137 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–134‑0

Au télé­phone, Jean-Marie Cor­busier me dit qu’il est per­fec­tion­niste et pes­simiste. Quel para­doxe ! Vouloir attein­dre le som­met et ne pas y croire… Pour jus­ti­fi­er cette appar­ente con­tra­dic­tion, il ajoute que pour lui, le mot est un obsta­cle der­rière lequel il existe un espace nou­veau et plus grand : le bon­heur. À l’exemple du boxeur qui trou­ve la vic­toire après le com­bat. Autre expli­ca­tion : il fait une dif­férence majeure entre le poème et la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

Road-movie maraicher

Éti­enne BECK & Jon­von NIAS, Le GRRAAOU, Frémok, 2018, 168 p., 23 €, ISBN : 9782390220053

C’est un petit ovni de la bande dess­inée que nous livrent Jon­von Nias et Eti­enne Beck. Rien d’étonnant puisque l’album est pub­lié au Frémok, une plate-forme édi­to­ri­ale qui a l’habitude de pro­pos­er des œuvres hors normes, dont l’audace graphique ou nar­ra­tive ambi­tionne de renou­vel­er le genre et d’en bous­culer les codes, ce qui est le cas ici. Con­tin­uer la lec­ture

Michaux, les portes de l’être

Un coup de cœur du Carnet

Hen­ri MICHAUX, Coups d’arrêt suivi d’Inef­fa­ble vide, Édi­tions Unes, 2018, 33 p., 10 €, ISBN : 9782877041904

Ten­sion de la pen­sée avec la réal­ité, expéri­ence d’une perte d’être, d’une défail­lance ontologique qu’Henri Michaux partage avec Artaud, inlass­able explo­ration de l’« espace du dedans » com­posent la basse obstinée de l’univers poé­tique de l’auteur de Plume, Ecuador, Mes pro­priétés. Les édi­tions Unes pub­lient un mag­nifique vol­ume com­posé d’un texte de 1975, Coups d’arrêt (une ver­sion remaniée paraî­tra dans Chemins cher­chés, chemins per­dus, trans­gres­sions) et d’Inef­fa­ble vide qui, retra­vail­lé, fig­ur­era dans les adden­da de Mis­érable mir­a­cle. Au nom­bre des voies per­me­t­tant l’arpentage des ter­ri­toires intérieurs, Michaux a élu l’évasion, les voy­ages en Asie, en Amérique du Sud, les voy­ages fic­tifs, les feux de l’imaginaire, la drogue par la suite. Con­tin­uer la lec­ture

Arbres, poème et paix

Anne ROTHSCHILD, Nous avons tant voy­agé, Tail­lis Pré, 2018, 95 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87450135–4

Par­mi les pis­tons de la poésie, les pul­sions pri­ment. De mort com­pris­es. En amont, elles se for­ment, se com­pri­ment en pépites dans le corps et de cette mine s’extrait un tré­sor de mots sélec­tion­nés avec soin (sens, son, res­pi­ra­tion) pour les expos­er et trans­met­tre… en aval, à bout de souf­fle, au moment de rejoin­dre l’océan, le néant. Con­tin­uer la lec­ture

André Delvaux

Le cinéaste dans la cité. Les notes d’André Del­vaux, dir. Jean MEURICE, CEP, 2018, 251 p., 18 €, ISBN : 978–2390070214

Le cinéaste dans la citéEn 1965, le film L’Homme au crâne rasé qu’André Del­vaux adapte du roman de Johan Daisne mar­qua l’avènement du ciné­ma belge mod­erne. Non que le sep­tième art belge fût totale­ment inex­is­tant. Mais André Del­vaux invente un nou­veau souf­fle qui, dans nom­bre de ses films, relèvera de ce qu’on a appelé le réal­isme mag­ique. Venu du monde de la musique, de la lit­téra­ture, pianiste qui accom­pa­gna durant des années les films muets à la Ciné­math­èque royale de Bel­gique, à cheval sur les cul­tures néer­lan­do­phone et fran­coph­o­ne, l’auteur de Ren­dez-vous à Bray, Ben­venu­ta, L’Œuvre au noir pose les pre­mières pier­res de la moder­nité du ciné­ma belge, frayant une aven­ture artis­tique pio­nnière dont bien des réal­isa­teurs actuels sont les héri­tiers. Recueil d’inédits, de textes rassem­blés par Cather­ine Del­vaux, Richard Miller, com­por­tant des cor­re­spon­dances avec Jacques Sojch­er, Philippe Rey­naert, une étude de Roger Lalle­mand sur Ben­venu­ta, un avant-dire de Raoul Ser­vais, Le cinéaste dans la cité nous plonge pour notre plus grand bon­heur dans le lab­o­ra­toire de celui qui fut à la fois cinéaste, péd­a­gogue (il fut l’un des fon­da­teurs de l’INSAS), musi­cien.

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Deux nouvelles expos à la Bibliotheca Wittockiana

La Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana pro­pose deux nou­velles expo­si­tions à par­tir du 30 sep­tem­bre. La pre­mière, AINSI, DIRE, présen­tera le tra­vail de Flo­ri­an Huet, Eric Lam­bé et Christophe Poot, en col­lab­o­ra­tion avec Cul­tures Mai­son. La sec­onde, Les Edi­tions du Span­tole, mon­tre les livres de Roger et de Pierre-Jean Foulon et le tra­vail d’une presse indépen­dante. Des activ­ités pour les écoles sont en out­re pro­posées autour des deux expo­si­tions.  Con­tin­uer la lec­ture

Fadeur / douceur / légèreté

Geneviève BAULOYE, Feuil­lage / Fil­igrane, cou­ver­ture de Pierre Zanzuc­chi, La Feuille de Thé, 2018, 33 p., 18€, ISBN : 979–10-94533–16‑1

Voy­age infi­ni du songe
Au pays du mer­veilleux
Le ciel reflète les
Vari­a­tions d’un lac
Le feuil­lage en fil­igrane
Esquisse les secrets du soir

L’on pour­rait dire, du livre de Geneviève Bauloye, Feuil­lage / Fil­igrane, qu’il est fade. La pen­sée chi­noise envis­age la fadeur comme la capac­ité à recueil­lir en son sein toutes les saveurs, sans tranch­er pour l’une au détri­ment d’une autre (ain­si qu’ont pu le met­tre en lumière, par exem­ple, les travaux du sino­logue et philosophe François Jul­lien). C’est un tel recueille­ment – à la fois disponi­bil­ité et rassem­ble­ment d’impressions – qui sem­ble à l’œuvre dans ce livre. Il invite le lecteur à se met­tre au dia­pa­son de la con­tem­pla­tion synesthésique qui a mis l’écriture de ce recueil en mou­ve­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Lisette Lombé ou la désobéissance civile langagière

Lisette LOMBÉ, Black words, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87406–656‑6

Il est des paroles per­for­ma­tives qui, lancées à la face du monde, font reculer les fron­tières du pens­able et du vivre. Black words nous donne à lire, à ressen­tir un corps en marche. Un corps poé­tique branché sur le col­lec­tif, sur le poli­tique. Artiste explo­rant les col­lages comme objets poé­tiques, l’écriture, la per­for­mance slam, Lisette Lom­bé livre un round poé­tique en douze chants ryth­més par des col­lages. La tex­tu­al­ité et les images inter­ro­gent les con­di­tion­nements idéologiques, l’intériorisation des clichés (xéno­phobes, misog­y­nes, nou­velle arma­ture du poli­tique­ment cor­rect…), les sur­vivances du colo­nial­isme, les mou­tures actuelles d’un post­colo­nial­isme relooké, du patri­ar­cat. Les con­vo­quer, les repér­er per­met de les dis­soudre, de saper leurs soubasse­ments incon­scients, leurs ram­i­fi­ca­tions socio-poli­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Boîtes à foison !

Bruno MANSTER, Mille et une boîtes, Cerisi­er, 2018, 160 p., 12 €, ISBN : 9782872672127

Avez-vous déjà pen­sé que votre vie se déroule entre d’innombrables boîtes ? Et que, presque à votre insu, elles vous sont chères, et même indis­pens­ables ?

Bruno Manster compte bien vous en per­suad­er, preuves à l’appui, dans un livre inso­lite, Mille et une boîtes. Un essai néo-pat­a­physique, qui ne craint pas de fonder l’anthrotopologie, vouée à l’étude des solu­tions spa­tiales que les humains ont imag­inées, conçues, pour « faire face à leur prob­lé­ma­tique exis­ten­tielle ». Con­tin­uer la lec­ture

Tenir, revenir, raconter, commémorer

Un coup de cœur du Carnet

Andrée DUMON Nom de code : Nadine, Je ne vous ai pas oubliés – Lib­erté. 1945, Mols, 2018, 235 p., 22,9 €, ISBN : 978–2‑87402–239‑5

Je ne vous ai pas oubliésNée en 1922, Andrée Dumon a à peine dix-sept ans quand la guerre boule­verse son quo­ti­di­en. Mais pour une jeune femme déter­minée comme elle, pas ques­tion de se résign­er et d’attendre que la guerre se passe : elle veut s’engager con­tre l’ennemi. Jeune résis­tante, elle est de toutes les actions aux­quelles elle peut par­ticiper, par­fois aidée par ses traits encore enfan­tins, peu enclins à sus­citer la méfi­ance. Con­tin­uer la lec­ture

Je me souviens…

Jean-Marie DUBETZ, Le rire du jeune croc­o­dile. Une enfance au Con­go belge de 1950 à 1960. Réc­it d’une odyssée, Tra­verse, 2018, 185 p., 20 €, ISBN : 978–2‑93078–328‑4

Le réc­it que Jean-Marie Dubetz nous donne à lire est com­posé de frag­ments de son enfance dans l’ancien Con­go belge, depuis ses pre­miers sou­venirs jusqu’à ses dix ans. Il souligne d’entrée de jeu sa volon­té de trans­met­tre son his­toire au sein de sa famille, mais aus­si auprès d’un pub­lic plus large intéressé par son vécu par­ti­c­uli­er et l’empreinte que ce dernier a lais­sée sur lui, à savoir la capac­ité d’émerveillement de l’enfant face à la beauté du monde dans lequel il a gran­di. Con­tin­uer la lec­ture

Une exposition Norge en octobre

Norge

L’ex­po­si­tion “Norge l’en­chanteur”, autour de textes, man­u­scrits, pho­tos et édi­tions bib­lio­philiques du poète, se tien­dra au Min­istère de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles du 1er au 18 octo­bre 2018. Le vernissage (le 1er octo­bre à 12h) est ouvert à tou-te‑s sur réser­va­tion Con­tin­uer la lec­ture