Archives par étiquette : Éric Brogniet (auteur de la recension)

À l’ombre du paperassier

Béa­trice LIBERT, Arbra­cadabrants, Avant-dire d’Éric Brog­ni­et, Tail­lis pré, 2021, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87450–176‑0

libert arbracadabrantsLe dernier livre de Béa­trice Lib­ert, Arbra­cadabrants pub­lié aux édi­tions Le Tail­lis Pré, s’enracine dans une démarche pré­cise, celle d’un exer­ci­ce de style dont Éric Brog­ni­et révèle la genèse dans son avant-dire éclairant. À par­tir d’un mot, « larmi­er », enten­du lors d’un ate­lier d’écriture qu’elle ani­mait, l’auteure, séduite par sa sonorité, imag­ine une déf­i­ni­tion poé­tique et en fait un arbre à larmes. Irrigués par la sève de ce « larmi­er », les autres textes, suiv­ant le jeu de l’exercice styl­is­tique, découlent presque naturelle­ment pour don­ner aux bou­tures imag­inées par Béa­trice Lib­ert leurs let­tres de noblesse. Con­tin­uer la lec­ture

De la caricature au roman graphique : l’émergence d’un genre narratif en constante évolution

Un coup de cœur du Car­net

Alex­is LÉVRIER et Guil­laume PINSON (dir.), Presse et bande dess­inée : Une aven­ture sans fin, Impres­sions nou­velles, 2021, 380 p., 28 € / ePub : 28 €,  ISBN : 978–2‑87449–838‑1

presse et bande dessinee une aventure sans finVoici un ouvrage pas­sion­nant, riche­ment doc­u­men­té et illus­tré, à pro­pos du 9ème Art, qui, dès l’origine, se voit lié à une nou­velle cul­ture du regard et de l’image. Sous la direc­tion sci­en­tifique de deux émi­nents spé­cial­istes de l’histoire de la presse et de la cul­ture médi­a­tique, dif­férents chercheurs abor­dent le sujet en trois chapitres : La bande dess­inée, un art du jour­nal ; Les petits aven­turi­ers du quo­ti­di­en ; Fic­tions d’actualité et reportages dess­inés. Une sub­stantielle bib­li­ogra­phie et les notices des auteurs com­plè­tent l’ensemble. Les con­tri­bu­tions offrent une com­préhen­sion his­torique et ana­ly­tique, des orig­ines à aujourd’hui, d’un art qui trou­ve sa source dans la civil­i­sa­tion du jour­nal et de la presse au 19e siè­cle. Con­tin­uer la lec­ture

La foi, la poésie

Colette NYS-MAZURE, Let­tre d’Atonie, Encre orig­i­nale de Robert Lobet, Jacques Bré­mond, coll. « Les petites let­tres », 2020, ISBN : 978–2‑915519–95‑2

Colette NYS-MAZURE,Anne LE MAISTRE, Chaque aurore te restera pre­mière, Ate­lier des noy­ers, 2020, ISBN : 978–2‑490185–43‑6

nys mazure chaque aurore te restera premiereUn livre d’artiste est tou­jours une ren­con­tre. Ce pourquoi il n’est pas seule­ment un objet man­u­fac­turé unique, mais aus­si un rap­port sen­si­ble entre au moins, à l’origine, deux mon­des, si pas trois : ceux de l’auteur, de l’artiste plas­ti­cien, de l’éditeur… Don­ner une déf­i­ni­tion de ce qu’est un livre d’artiste n’est pas chose facile : Pierre-André Benoit – un poète, pein­tre, illus­tra­teur, graveur, typographe, imprimeur, édi­teur d’art (1921–1993) – soute­nait que le livre d’artiste peut revêtir de mul­ti­ples formes et qu’il s’ag­it « d’un livre, voire dans cer­tains cas un livre-objet, édité/créé à peu d’ex­em­plaires, voire à tirage unique, très sou­vent réal­isé de manière arti­sanale et générale­ment dif­fusé hors des cir­cuits clas­siques de dis­tri­b­u­tion, même sou­vent par l’au­teur lui-même (…) Il est le résul­tat de la ren­con­tre entre la pen­sée orig­i­nale d’un artiste et son imag­i­na­tion au niveau des formes, de la présen­ta­tion, des pos­si­bil­ités d’im­pres­sion ou de repro­duc­tion, du papi­er, des matières… Ce livre présente en effet des savoir-faire et des pro­duc­tions extrême­ment dif­férentesCon­tin­uer la lec­ture

Le néant, la plénitude

Philippe MATHY, Étreintes mys­térieuses, illus­tra­tions Sabine Lavaux-Michaëlis, Ail des ours, coll. « Grand ours », 2020, 8 €, ISBN : 978–2‑491457–04‑4

mathy etreintes mysterieuses« La cul­ture de la poésie n’est jamais plus désir­able qu’aux épo­ques pen­dant lesquelles, par suite d’un excès d’é­goïsme et de cal­cul, l’ac­cu­mu­la­tion des matéri­aux de la vie extérieure dépasse le pou­voir que nous avons de les assim­i­l­er aux lois intérieures de la nature humaine »[1]. Tous les hommes sont des poètes, dans la mesure où ils éprou­vent le besoin d’exprimer et de repro­duire leurs émo­tions dans un cer­tain rythme. Si le poète est l’homme imag­i­natif par excel­lence, son influ­ence sur les lecteurs et sur toute la société sera déter­mi­nante, quoique imper­cep­ti­ble à l’œil nu, sou­tient le poète roman­tique anglais : « Les poètes sont les lég­is­la­teurs non recon­nus du monde ». Sous cet emblème, Philippe Mathy pour­suit, depuis Promesse d’île (1980) et une dizaine d’autres livres, un tra­vail de réflex­ion intérieure sur le rôle du poème et du poète : « Poètes, nous sommes des passeurs qui ignorons où émerge l’autre rive ». C’est une chance car si « le poète par­le et ne sait pas (…) il ne se lasse pas d’avancer vers Celui qui sait et ne par­le pas » ; il est « un guet­teur sans but » atten­tif à l’étreinte mys­térieuse d’un monde délivré du temps, voué à une « sorte de néant que l’on pour­rait aus­si nom­mer pléni­tude ». Con­tin­uer la lec­ture

« Une pensée, piolet de ses strates »

Chris­t­ian HUBIN, L’in-temps, Étoile des lim­ites, 2020, 75 p., 14 €, ISBN : 978–2‑905573–21‑6

christian hubin l'in-tempsLe poème hubinien se développe autour d’un sans lieu qui n’est peut-être, pour citer Fer­nand Ver­he­sen évo­quant son expéri­ence de la tra­duc­tion, « que le rien cen­tral dans le silence duquel tout se crée et autour duquel le poète répond à un appel. Cet invi­o­lable espace intérieur, avec sa lisière de mots (…)» [1]. C’est à par­tir de ce lieu-là que com­men­cent à penser ceux-ci : «  à l’écoute de ce ‘rien’, de ce «’silence’, on perçoit à son tour et comme en écho, l’appel de ce qui n’est pas dit, l’appel du ‘muet’ »[2]. Pour Michaël Bish­op, cette œuvre nous plonge au cœur même de l’énigme, non pas « pour jouer en morce­lant, pour lancer le défi (…) d’un puz­zle à décoder. On est dans ‘cela’ qui résiste à la nom­i­na­tion, aux gestes de sta­bil­i­sa­tion, dans ‘cela’ qui refuse de fonc­tion­ner selon les normes du ratio­nal­is­able, du con­cep­tu­al­is­able (…). Toutes les lois de la physique, comme de la méta­physique, plongées dans un désor­dre qui, pour­tant, sem­ble appartenir à l’être, en offrir la face ter­ri­ble, extra­or­di­naire, le désas­tre et le dés-être (…). L’éclat de ce que l’on croy­ait peut-être con­naître, tout à coup volé en éclats »[3]. Con­tin­uer la lec­ture

Un tonnerre d’encre…

Un coup de cœur du Car­net

Yvon VANDYCKE, Anam­nèse !, pré­face de Philippe Mathy, post­face de Luci­enne Strivay. Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2020, 191 p., ISBN : 978–2‑87450–166‑1

« L’art n’est pas une fenêtre en trompe‑l’œil ouverte sur les par­adis per­dus ou à venir. L’art n’a pas de dra­peau ni d’église, il n’est ni d’en haut ni d’en bas, ni de gauche ni de droite, et il n’a pas de juste milieu. L’art n’est pas une frian­dise, mais une médi­ta­tion sur la vie. Une médi­ta­tion joyeuse ou pathé­tique, ludique, lyrique ou dro­la­tique. L’art est dif­fi­cile, insoumis », écrit ce poète peu con­nu. La réédi­tion d’Anam­nèse et de deux recueils écrits entre 1960 et 1963, aujourd’hui introu­vables : Dire pagaille et L’oplomachin, est par­ti­c­ulière­ment bien­v­enue. Un cahi­er de doc­u­ments pic­turaux fig­ure aus­si dans cette édi­tion. Si Vandy­cke est ignoré en tant que poète, il n’est pas incon­nu comme pein­tre et dessi­na­teur. Line Hubert lui avait en effet con­sacré une mono­gra­phie : Rien qu’un peu de pein­ture véri­ta­ble et véridique (Édi­tions Arts et Voy­ages, 1977). Con­tin­uer la lec­ture

Évocation d’une post-apocalypse : où la poésie se nourrit des cultures médiatiques contemporaines

Un coup de cœur du Car­net

Sébastien FEVRY, Brefs déluges, Cheyne, 2020, 96 p., 17 € ISBN : 978–2‑84116–290‑1

Après Soli­tude Europe, un pre­mier coup de maître salué en Bel­gique et en France par plusieurs prix impor­tants, Sébastien Fevry décrit dans Brefs déluges un monde guet­té par l’angoisse, une sourde men­ace, des dan­gers latents.

Dans Soli­tude Europe, il évo­quait la coex­is­tence de deux mon­des : au sein de nos sociétés de plus en plus clos­es sur elles-mêmes, sur leurs replis iden­ti­taires ou leurs peurs, l’évocation par petites touch­es du sort et de la place des vic­times de l’Histoire y était un thème majeur. Le poète nous pro­po­sait une réflex­ion néces­saire sur la con­di­tion humaine, à tra­vers le regard que nous devri­ons porter sur l’autre, miroir de notre pro­pre iden­tité. Con­tin­uer la lec­ture

Habiter transitoirement mais poétiquement le monde

Paul MATHIEU, D’abord un peu de jour, Estu­aires, coll. « Hors-série », 2019, ISBN : 978–99959-749–8‑5

paul mathieu d'abord un peu de jour

Paul Math­ieu (1963), est un poète, cri­tique lit­téraire et nou­vel­liste de nation­al­ité belge et lux­em­bour­geoise. Il vit en Lor­raine belge. Ce poète dis­cret s’inscrit par­faite­ment dans l’esprit de cer­cle qui réu­nis­sait, dans cette région des trois fron­tières, des auteurs et artistes belges (Arthur Prail­let), lux­em­bour­geois (Edmond Dune, Roger Bertemes, les édi­tions Estu­aires de René Wel­ter), ou ital­iens (Lui­gi Mormi­no et Fran­co Prete). La revue Tri­an­gle et les édi­tions L’Apprentypographe qui furent fondées à Harnon­court par Guy Gof­fette, avec André Schmitz, Vital Lahaye, Anne-Marie Kegels, Michel Pesch et Michèle Garant, pour­suiv­ront cette tra­di­tion d’échanges, tout comme l’avait fait La Dryade de Georges Bouil­lon ou Georges Jacquemin, ou comme le per­pétuent aujourd’hui le col­lec­tif édi­to­r­i­al  et la revue Tra­vers­es ani­més par Patrice Breno. Con­tin­uer la lec­ture

De la plaie à la plénitude, la chair se fait verbe

Un coup de cœur du Car­net

Char­line LAMBERT, Une salve, Pré­face de Christophe Meurée, Âge d’homme, coll. « Lit­téra­tures », 2020, 41 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8251–4811‑2

Après Chan­vre et lierre (Le Tail­lis pré, 2016, Prix Lock­em de l’Académie et prix de la pre­mière oeu­vre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles) placé sous le signe d’Ulysse et de son com­bat intérieur, puis Sous dial­y­ses (L’Âge d’homme, 2016), où le ralen­tisse­ment des flux vitaux était évo­qué sous le signe d’un « même mou­ve­ment de réten­tion » provo­quant « un rien de félic­ité », Dés­in­car­céra­tion (L’Âge d’homme, 2017) dis­ait une forme d’extraction de soi per­me­t­tant une incor­po­ra­tion du sujet à l’ensemble de la matière vivante. Une salve pour­suit le tra­vail de réflex­ion de Char­line Lam­bert sur le corps par­lant : de recueil en recueil et à l’intérieur même de chaque cor­pus poé­tique, trois espaces actantiels sont dis­cern­ables. Con­tin­uer la lec­ture

Joseph Gillain, dit Jijé : de la BD aux arts plastiques, un artiste témoin de son temps

Un coup de cœur du Car­net

Philippe DELISLE et Benoît GLAUDE, Jijé, l’autre père de la BD fran­co-belge, PLG, coll. « Mémoire vive », 2019, 180 p., ISBN : 978–2‑917837–33‑7

Deux chercheurs, l’un, Philippe Delisle, français, qui enseigne l’histoire con­tem­po­raine à l’Université de Lyon III, en s’intéressant à l’idéologie portée par la « lit­téra­ture dess­inée », et l’autre, Benoit Glaude, belge, doc­teur en langues et let­tres, chercheur au FNRS et chargé de cours à l’UCL, nous livrent ici un pas­sion­nant essai, très struc­turé, bien doc­u­men­té, riche­ment illus­tré par des doc­u­ments inédits ou pré­cieux, avec un appareil cri­tique sérieux : cat­a­logue des œuvres lit­téraires illus­trées par Joseph Gillain, bib­li­ogra­phie com­por­tant : cat­a­logues de l’œuvre de Jijé, études cen­trées sur l’œuvre de Jijé, études générales abor­dant l’œuvre de Jijé ; index des noms de titres et de per­son­nages. La struc­ture de l’ouvrage, écrit lis­i­ble­ment, dans un style à la fois rigoureux quant à l’analyse, mais limpi­de quant à sa for­mu­la­tion, et parsemé d’exemples, grâce à des planch­es, dessins ou autres doc­u­ments graphiques aux­quels il est fait référence dans l’analyse en corps du texte, abor­de en six chapitres le par­cours et le tra­vail de ce père créa­teur, avec Hergé, de la bande dess­inée belge : Fils de Tintin ; Fils d’écrivain ; Fils de curé ; Jijé con­frère ; Frère des peu­ples ; Père fon­da­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Le top 3 d’Eric Brogniet

Le meilleur de l’an­née lit­téraire belge 2019 par les chroniqueurs du Car­net et les Instants. Aujour­d’hui : le choix d’Éric Brog­ni­et. Con­tin­uer la lec­ture

Cécile Miguel, artiste et poète hypnotique

Yves NAMUR, Cécile Miguel, une vie oubliée, Musée Marthe Donas et Le Tail­lis pré, 2019, 44 p., ISBN : 9–782874-50–1562

À Ittre, le Musée Marthe Donas con­sacre une expo­si­tion, du 23 novem­bre 2019 au 19 jan­vi­er 2020, à une fig­ure de la pein­ture et de la poésie fran­coph­o­nes belges, Cécile Miguel (Gilly, 1921 – Auve­lais, 2001), épouse de l’écrivain André Miguel (Ransart, 1920 – Gem­bloux, 2008). À cette occa­sion, le Musée pro­pose sur son site web un dossier péd­a­gogique réal­isé par Béa­trice Lib­ert à l’intention des enseignants et les édi­tions du Tail­lis pré pub­lient, sous la plume d’Yves Namur et avec un avant-dire de Mar­cel Daloze, un cat­a­logue très sub­stantiel, riche­ment illus­tré de repro­duc­tions, pho­tos, man­u­scrits et let­tres qui rend jus­tice à cette créa­trice aujourd’hui occultée : Cécile Miguel, une vie oubliée brosse le par­cours exis­ten­tiel de l’artiste, quit­tant avec son mari le Hain­aut en 1947 pour le Midi de la France, où le cou­ple, antic­i­pant la vie bohème des beat­nik, se liera d’amitié avec Jacques Prévert, René Char, Picas­so et son épouse Françoise Gilot, Mar­cel Arland… Con­tin­uer la lec­ture

La lutte avec l’ange : entre épreuve et renaissance

Jacques DEMAUDE, L’épreuve et le bap­tême, Avec un fron­tispice de Jeanne-Marie Zele, Tail­lis Pré, 2018, 14 €, ISBN : 978–2‑87450–132‑6

demaude l epreuve et le baptemeDans la tra­di­tion juive, le mikvé est un bain rit­uel util­isé pour l’ablu­tion, néces­saire aux rites de pureté. Le bap­tême chré­tien y trou­ve sans doute son orig­ine. Dans l’e­sprit de la Torah, l’im­mer­sion représente l’en­gloutisse­ment dans l’eau d’un corps qui a été touché par l’im­pur. Ce rit­uel s’ap­puie sur une sym­bol­ique que Carl Gus­tav Jung et d’autres psy­ch­an­a­lystes rap­prochent de la vie intra-utérine, l’im­mer­sion évo­quant tout à la fois la purifi­ca­tion, la mort et une nou­velle nais­sance. Jacques Demaude, qui livre avec L’épreuve et le bap­tême une somme poé­tique impor­tante, fait référence à la mort ter­restre, à la fin de la vie d’un indi­vidu comme rite de pas­sage vers une re-nais­sance : quoi d’étonnant pour le poète de Réveiller l’aurore, qui avait obtenu le Grand Prix de poésie Albert Mock­el 2013. Con­tin­uer la lec­ture

Les mondes sensibles de Béatrice Libert

Béa­trice LIBERT, Ce qui vieil­lit sur la patience des fruits verts : antholo­gie, Choix et pré­face d’Yves Namur, Pein­tures de Fran­cis Joiris, Tail­lis Pré, 2018, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87450–129‑6</span>

libert ce qui vieillit sur la patience des fruits vertsYves Namur a signé de nom­breuses antholo­gies de qual­ité, seul ou en tan­dem avec la regret­tée Lil­iane Wouters. Son cat­a­logue du Tail­lis Pré atteste de ses goûts et de son juge­ment d’éditeur. Tout choix étant un par­ti-pris, il est inévitable que le tra­vail d’éditeur ou d’anthologiste soit sujet à con­tro­verse : il en assume par­faite­ment le risque depuis le début des années 1980. Et il rend ici jus­tice à un poète auquel les lan­derneaux lit­téraires suc­ces­sifs ont prêté, comme à beau­coup de femmes dans l’histoire des Let­tres, une atten­tion trop sou­vent super­fi­cielle. Béa­trice Lib­ert n’est pour­tant pas une incon­nue : péd­a­gogue, ani­ma­trice d’ateliers d’écriture et de col­lec­tions lit­téraires, dont l’une dédiée à la jeunesse, elle est sen­si­ble aux arts plas­tiques. En atteste dans la présente édi­tion la mise en valeur d’un Fran­cis Joiris, artiste lié­geois tout à fait par­ti­c­uli­er dont l’univers fasci­nant est digne de l’Arte Povera. Cette sen­si­bil­ité pic­turale est présente aus­si dans la bib­li­ogra­phie du poète, où fig­urent nom­bre de livres avec des plas­ti­ciens con­tem­po­rains, ain­si que dans son art poé­tique per­son­nel, où la pein­ture est, soit thème inspi­rant, soit présente dans sa manière de voir le monde. Con­tin­uer la lec­ture

De l’absurde inquiétant à l’absurde apaisé

Un coup de cœur du Carnet

Pas­cal LECLERCQ, Analyse de la men­ace, Mael­ström, 2018, 98 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87505–302‑2

Leclercq analyse de la menacePas­cal Lecler­cq a du tal­ent. Il le prou­ve une fois de plus avec Analyse de la men­ace. Un ton onirique, humoris­tique et par­fois cru­el, dans une très belle écri­t­ure en prose, par­faite­ment maîtrisée, ajustée : le poète nous dépeint le monde loufouque et dés­espéré d’une sorte de cousin con­tem­po­rain d’un cer­tain Plume, per­son­nage-type de l’inadapté. Cet hétéronyme, dont Lecler­cq narre les errances lié­geois­es, arden­nais­es et wal­lonnes, répond d’une manière con­tem­po­raine à son par­ent michalien. Écri­t­ure de l’absurde, angoiss­es exis­ten­tielles, dénon­ci­a­tion d’un état du monde et d’un homme en voie de déclasse­ment… Ce livre en plusieurs chapitres, par­faite­ment cir­con­scrits dans leurs tonal­ités, a pour thèmes prin­ci­paux la douleur de vivre et l’absurde con­tem­po­rain, dans un monde soumis à l’analyse de la men­ace : une men­ace non seule­ment soci­ologique mais plus encore spir­ituelle. Par quel moyen en sor­tir ? Con­tin­uer la lec­ture

De la brisure à la réconciliation : le poème témoigne

Fabi­en ABRASSART, Si je t’oublie : poème, pré­face de Philippe Lekeuche, pein­tures de Marie Alloy, L’Herbe qui trem­ble, 2017, 64 p., 13 €, ISBN : 9782918220442

abrassart si je t oublie.gif« S’il n’émeut le salaud à quoi bon le poète » : Fabi­en Abras­sart résume ici le dilemme qu’Adorno for­mu­lait ain­si : « Com­ment encore écrire de la poésie après Auschwitz ? ». Auschwitz a en effet prou­vé l’échec de la cul­ture alle­mande, européenne, occi­den­tale : après Auschwitz et dans cette cul­ture, il ne peut y avoir d’art que selon Auschwitz, en fonc­tion d’Auschwitz. Aucune image ne peut mas­quer Auschwitz. Après le nazisme, tout lan­gage est devenu prob­lé­ma­tique. L’autre pôle dialec­tique du livre d’Abrassart, c’est la référence à Jérusalem, nom qui évoque le culte du dieu des Cananéens, Shalem, divinité de la créa­tion, de l’exhaustivité et du soleil couchant. L’étymologie de la ville repose sur deux racines chaldéennes : YeRu (la demeure, la ville) et ShLM (qui a don­né les mots, en hébreu et en arabe, shalom et salaam, dont la sig­ni­fi­ca­tion actuelle est « paix », mais dont le sens orig­inel était la com­plé­tude, l’achèvement). Con­tin­uer la lec­ture