Joan CONDIJTS, Les sœurs De Vlaeminck, Genèse, 2018, 216 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689189
Quatre ans après la sortie de L’homme qui ne voulait plus être roi (Genèse édition), Joan Condijts revient avec un second roman, une histoire de renaissance, de famille, Les sœurs De Vlaeminck.
Paris, 1995, une détonation. La vie de Julien Delorge bascule. Ses parents sont victimes d’un attentat. Vient alors le temps du deuil et de la nouvelle déflagration. L’analyse génétique est sans appel : ses parents ne sont pas les siens. Pour autant, dix années s’écoulent pour le jeune homme, désormais marié à son amour de jeunesse et installé à Londres, avant qu’il n’appréhende, avec la naissance de sa petite Pauline, sa réalité oblitérée par un sceau d’incertitude et qui recouvre d’un voile ses origines, projetant une ombre sur sa vie. Continuer la lecture
Dix ans après la parution de Périls en ce Royaume (qui se déroule en 1947), le détective privé Michel Van Loo continue à être confronté, bon gré mal gré, aux événements majeurs que vit la Belgique. L’exposition internationale de 1958 était une étape obligée.
Bruxelles et la Belgique subissent le poids de l’occupation par la République française. Rue Neuve, la maison cadastrée VIIe section n° 460–461 est occupée par deux familles : à gauche la famille Delberghe, à droite les Durand. Chacun de leurs membres est pris à sa façon dans les remous de cette époque troublée de l’instauration du nouveau régime. Nathalie Stalmans décrit ces différents destins, le plus souvent très durs, si pas tragiques. Les habitants des deux moitiés de la maison se croisent, sans plus. Pourtant, l’arrivée d’un Français de Lille, qui utilise un ordre de réquisition pour s’installer dans la demeure, va créer des liens insoupçonnés entre les habitants. Il n’est pas judicieux d’en dire plus ici pour préserver le plaisir de la découverte.
Les souvenirs de spectacles sont des lucioles, elles surgissent de la nuit, nous illuminent avant de replonger dans l’obscurité. Les photos, les vidéos, les captations, sont des traces souvent mélancoliques pour celles et ceux qui ont vécu la rencontre de ces spectacles vivants.
La lecture des premières lignes du nouveau roman de Sylvie Godefroid nous plonge dans l’univers profondément cruel où Hope a grandi. Elle est née avec une neurofibromatose de type 1, entendez une tumeur inopérable qui lui « bouffe » le visage et effraie les regards qui se posent sur elle. Hope a été abandonnée par ses parents et n’a pas reçu d’affection. Elle n’en ressent pas pour elle ou pour le genre humain. Pétrie par la haine et le mépris qu’elle éprouve pour elle-même et pour les autres, elle a décidé de se suicider le jour de ses quarante-et-un ans, en tuant dans la foulée dix personnes de son choix.
« C’est quoi au juste le destin ? Une erreur de trajectoire ? Une anicroche du sort ? Le hasard qui se chamaille avec la nécessité et y laisse des plumes ? » Telles sont les questions qui se mettent à germer dans l’esprit torturé d’Alex Stevens au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans le labyrinthique cauchemar en lequel s’est muée son existence auparavant banale. Rien de moins romanesque en effet qu’un employé au Ministère de la Culture dont les jours s’égrènent à lire des dossiers pédagogiques, de surcroît fraîchement largué par la maîtresse qui, deux années durant, avait repeint en rose chair son quotidien couleur muraille. Depuis cette rupture (vieille de vingt-et-un jours exactement au début du roman), Alex, qui ne nourrissait déjà aucune estime envers « cette vie ingrate de pâlot et de freluquet », s’estime entré en « lente et inexorable décomposition ».
Situation particulièrement inconfortable que celle de l’écrivain et journaliste français Marcus Deschanel, retenu à Hong Kong parce que le passeport qu’on lui avait volé a été retrouvé dans le sac d’une jeune femme assassinée. La police semble privilégier la thèse de son implication dans l’assassinat. Une lueur d’espoir survient lorsqu’intervient Patricia (au nom chinois imprononçable). La relation entre eux est ambiguë, Marcus ne pouvant s’empêcher de jouer le Don Juan. Et puis Patricia disparaît. Et Marcus va être inculpé et incarcéré. Mais… de rebondissements en rebondissements, l’affaire se complique. Surtout, les pièges « byzantins » et les manipulations se multiplient, les masques tombent les uns après les autres, dans un sens comme dans l’autre (les amis ne le sont peut-être pas tant que ça, et ceux qui paraissent les « ennemis » ne sont peut-être pas hostiles). Les certitudes vacillent et les scénarios et hypothèses du Français ne sont pas aussi délirants qu’ils le paraissent. Quel est le degré de duplicité de chacun des personnages ? Marcus a toutes les peines du monde à (sur)vivre dans ce jeu de vrais et de faux semblants. D’autant que c’est un personnage douteux qui lui donne les clés de compréhension de sa situation et lui permet de s’en sortir.
Comme l’auteur, le personnage central de L’Inconnu du parvis, dernier roman du Liégeois de Bruxelles Giuseppe Santoliquido, est un enfant de l’immigration italienne. Antoine Commino est garagiste. C’est un célibataire bien tranquille, sans histoires et sans projet, vivant dans une ville indéterminée, mais que l’on pourrait, dans sa diversité et avec les cicatrices de son passé industriel, comparer à Charleroi. Amant de Silvia sans se décider toutefois à mener vraiment une vie de couple avec elle, il cultive des petites manies (comme de croquer par écrit les visages des personnes qu’il a rencontrées dans la journée) et nourrit une passion pour la Lancia de collection qu’il bichonne avec constance. Le soir, la routine le conduit souvent à dîner avec Silvia dans le restaurant italien de Monsieur Fernando. Bref, il s’est installé dans une vie terne et aussi réglée que les décors détaillés par l’auteur comme dans un script ou une scénographie. Et le voilà soudain confronté à un fait-divers qui le concerne de façon très collatérale.
Imaginez une demeure de plus d’un siècle, un peu décrépie, mais au pouls vaillant. Prête à vous confier les mystères qui l’ont traversée au fil des ans ou à vous révéler les petits secrets de chacun de ses occupants actuels. Cette maison, c’est elle qui endosse le récit, nous présentant Maïa, la concierge grecque toujours fidèle au poste et Monsieur Godefroid, le chercheur acariâtre qui s’escrime sur ses vieux livres depuis au moins 20 ans. Charles et Marthe Laurent, un couple âgé, discret, et toujours amoureux qui rêve de retourner aux Contamines, où leur histoire s’est scellée. Les Messier qui ont du mal à se parler car monsieur est toujours le nez plongé dans ses recherches chimiques. Leurs deux enfants, Clara, qui adore dessiner, et Jonathan qui pense que sa sœur est un peu folle. Madame de Pasquale en déshabillé de soie et crinière blonde, et son majordome qui veille au grain. Tous sont habités par des secrets, des regrets qui finiront par exsuder à la suite d’un incident anodin : un cliquetis permanent, agaçant et inexplicable venant de la soupente dissimulée du quatrième étage, que des ouvriers viendront mettre au jour. De quelle existence tragique cette petite pièce fut-elle le témoin ? Quand on fissure son mur, ne fracture-t-on pas aussi la moelle épinière d’une maison ?
« — Vu vos antécédents dans l’armée belge et votre ancien mandat dans la police militaire, j’ai pensé à vous […] » (p. 10–11). Le Consul honoraire de Belgique désigne l’adjudant Robert Peltzer comme observateur de l’enquête sur la mort de Lucie Rego – membre, comme Peltzer, du Programme international pour le Déminage – dont le corps sans vie vient d’être retrouvé au Cambodge, au pied de la falaise surplombant le temple de Preah Vihear, à la frontière thaïlandaise. Un regrettable accident ? Rien n’est mois sûr : la victime connaissait ces rochers comme sa poche…
Lola, 40 ans, divorcée et mère de deux enfants, se surnomme « Lola la chance » parce que la vie lui a toujours souri. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle a un cancer du sein. L’ablation de la tumeur est programmée dans une quinzaine de jours, s’ensuivra la chimiothérapie. Aujourd’hui, il est 4h du matin et Lola ne parvient pas à dormir. Elle met des vêtements et se lance dans une balade nocturne à Bruxelles. 