Archives par étiquette : photographie

Zone Slam

Un coup de cœur du Carnet

Simon RAKET, Mustapha MEZMIZI (pho­to.), Slam : poésies & voix de Liège, Ed. de la Province de Liège/La Zone asbl, 2017, 94 p., ISBN 978–2‑39010–063‑8

raketD’emblée, il faut saluer la réus­site graphique du livre édité dans ce for­mat à l’italienne tou­jours agréable à feuil­leter quand il s’agit de ce genre d’ouvrage mêlant textes et pho­togra­phies. Un beau livre donc dédié à cette pra­tique artis­tique du Slam qui, depuis une trentaine d’années, a réus­si à s’imposer et fidélis­er un pub­lic par le biais d’une mul­ti­tude de struc­tures à tra­vers le pays. Les trente pre­mières pages, rédigées avec clarté et con­ci­sion par Simon Raket, retra­cent l’histoire du Slam et plus par­ti­c­ulière­ment l’implantation des scènes ouvertes à Liège. Bien con­nu dans l’univers de la per­for­mance poé­tique, Simon Raket a entre autres obtenu en 2015 le Prix Paroles Urbaines de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et a été sacré cham­pi­on de Bel­gique de Slam. Autant dire qu’il maîtrise le sujet ! Actuelle­ment coor­di­na­teur de La Zone, ini­tiale­ment Mai­son de Jeunes expéri­men­tale, l’association est aujourd’hui un des hauts lieux du Slam en Wal­lonie. Con­tin­uer la lec­ture

Bang bang

Un coup de cœur du Carnet

Véronique BERGEN et Sadie von PARIS, Gang blues ecchy­moses, Al Dante, 2017, 176 p., 30 €, ISBN : 978–2‑84761–726‑9
bergen gang blues ecchymoses

Véronique Bergen sort, avec la jeune pho­tographe Sadie von Paris, chez Al Dante, Gang Blues Ecchy­moses, sous-titré rites & pas­sages vers la vie, un recueil de textes poé­tiques et de pho­togra­phies sur lequel on se couche comme on s’aimante, un livre-totem à pos­er entre les deux yeux telle une balle en plein front. Con­tin­uer la lec­ture

« Bougez, le petit oiseau va sortir ! »

Françoise STEURS, Déséquili­bres ordi­naires, Cac­tus Inébran­lable, 2017, 120 p., 12€, ISBN : 978–2‑930659–59‑6

steursÇa aurait pu être cet homme, à la face écrevisse, bien bâti, bien rav­agé. À la fois cam­pé et chance­lant, une bouteille à la main, légère­ment en sur­plomb (quelques march­es font l’affaire), il déverse des heures durant un dis­cours log­or­rhéique, et noie les usagers atten­dant leur bus sous des flots de paroles insen­sées, d’envolées lyriques, de con­stats con­spir­a­tionnistes. Rien ne l’endigue : ni les intem­péries, ni les coups d’œil mi-inqui­ets mi-gênés des pas­sants, ni les remar­ques des stew­ards. Ça aurait pu être cet autre homme, tout ratat­iné, les cheveux trop longs, sales et bouclés, une trogne bien de chez nous. Sous sa veste brunâtre qu’il ne quitte jamais, il cache une tenue soignée héritée de sa mère ou une indé­cente robe fuch­sia en cro­chet. Tout en mau­gréant, il trie les déchets, récupère les cou­verts en plas­tique et les pots de yaourt vides, les frotte con­scien­cieuse­ment avec un mou­choir salivé, et fourre ses tré­sors dans un cartable rose. Ça aurait pu être cette femme, le minois méfi­ant, les yeux pour­tant rieurs, qui sil­lonne la ville sans relâche, traîne son grand âge et son cabas tout neuf, offert par son fils à son anniver­saire, mais elle n’en voit plus qu’un, de fils, l’autre ne lui par­le plus. Ça aurait pu être cet homme africain aux yeux voilés, dont la démarche est si lourde, et la beauté sai­sis­sante. S’exprimant dans un sabir indo­lent (mélange de français, d’allemand et de schiz­o­phrénie), il demande ce qu’on a pour lui aujourd’hui. Ça aurait pu être ces autres efflan­qués regar­dant fix­e­ment un hori­zon qu’eux seuls dis­tinguent, ces autres « à l’arrêt » au milieu du flux con­tinu de la ville, ces autres « drôles » dont les gens s’écartent imper­cep­ti­ble­ment ou délibéré­ment. Ça aurait pu être ces jeunes en rup­ture, dans un par­cours de vie moins linéaire, dont Françoise Steurs s’occupe en tant qu’enseignante en insti­tu­tion psy­chi­a­trique. Ça aurait pu, mais c’est bien de Max, de Max Sans-Tête qu’il est ques­tion ici. Con­tin­uer la lec­ture

Réenchanter Bruxelles

Un coup de coeur du Carnet

Cather­ine DESCHEPPER (nou­velles) et Mar­tine HENRY (pho­togra­phies), Brux­elles à con­tre­jour, Quad­ra­ture, 2017, 120 p., 18€/ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑930538–70‑9

deschepper« Brux­elles à con­tre­jour, ce sont des images, des impres­sions offertes, puisées, pêchées par­fois, au hasard des ren­con­tres dans les rues de Brux­elles. Un pro­jet photo/graphique lit­téral et lit­téraire, une vis­ite qui n’a rien de touris­tique au cœur d’une cap­i­tale de cœur. Des lieux, des moments sai­sis, et des his­toires qu’on invente, comme on fait quand on s’ennuie, à la ter­rasse d’un café. Ou quand on croise d’autres êtres et qu’on se dit, “et si…” » Tel est le pro­jet de l’auteure Cather­ine Deschep­per et de la pho­tographe Mar­tine Hen­ry, défi­ni dans leur préam­bule. Telle est égale­ment leur réus­site. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on regarde quelques images du monde flottant d’aujourd’hui

Régis DEFURNAUX, Maiko no hikari, Le bec en l’air, 2016, 35 €   ISBN : 978–2367440996

defurnaux

Ukiyo‑e, ce mot vous dit-il encore quelque chose ? Ou bien est-il déjà tombé dans l’ou­bli, bal­ayé par – au choix – la nou­velle vague, nou­velle sen­sa­tion, nou­velle expo « à voir absol­u­ment », qui occupe large­ment le champ de bataille médi­a­tique ? Mais oui ! C’est bien cela : Ukiyo‑e, out­re les images du « monde flot­tant » dans lequel nous vivons, est le nom d’une splen­dide expo­si­tion d’e­stam­pes japon­ais­es vis­i­ble jusqu’en mars aux Musées du Cinquan­te­naire, à Brux­elles.

Le livre de pho­togra­phies et les textes de Régis Defur­naux offre une mag­nifique occa­sion, à tous ceux, toutes celles, enchan­tés par le charme col­oré de ces « images du monde flot­tant » de se rep­longer, encore un peu, dans l’u­nivers des maisons de thé, des geishas et de leurs appren­ties. His­toire de pro­longer un peu notre rêver­ie, notre nos­tal­gie, un peu suran­née, pour ces femmes en « car­ton-pâte » ? His­toire de nous évad­er un peu de notre quo­ti­di­en et de notre époque moros­es ? Con­tin­uer la lec­ture

À Dublin, sur les traces de James Joyce

Un coup de cœur du Carnet

Guy JUNGBLUT et Jacques PIRAPREZ, Irlande 66/69, avant-pro­pos de Bri­an LEYDEN, Crisnée, Yel­low Now, 2016, 256 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87340–384‑3

irlande 66-69Ain­si sont les grandes œuvres : intim­i­dantes. Gens de Dublin, Ulysse, et Finnegans Wake ont asso­cié de manière défini­tive le nom de James Joyce à un univers lit­téraire magis­trale­ment en avance sur son temps – et donc tou­jours lis­i­ble aujourd’hui. Con­tin­uer la lec­ture

Doubles vues

Colette NYS-MAZURE et Françoise LISON-LEROY, En train d’écrire, pho­togra­phies d’Iris VAN DORPE, Déje­uners sur l’herbe, 2016, 68 p., 20€

Il vient à deux amies l’idée de tit­iller leur tal­ent d’écrivain bien con­nu au fil d’une balade en train. Ensem­ble ou séparé­ment, peu importe. Elles s’appellent Colette Nys-Mazure et Françoise Lison-Leroy. On n’essaiera pas d’identifier l’une ou l’autre à tra­vers ces textes alors qu’elles ont décidé de les partager de façon anonyme. Échange de sang en quelque sorte… Si l’on doutait de la mobil­ité du pro­jet, les pho­tos d’Iris Van Dor­pe, troisième Hen­nuyère de ce « com­plot », l’attestent avec des pho­tos dont les cadrages et les flous artis­tiques évo­quent tant le regard échap­pé par les  étranges lucarnes  du train que la fuite des paysages et l’allure du con­voi. Ce qui en fait des com­po­si­tions presque abstraites en même temps qu’un heureux rac­croc à la réal­ité du voy­age, dans un album raf­finé et bien aéré. Con­tin­uer la lec­ture

Une (courte) escapade marocaine

Arnaud DELCORTE et Brahim METIBA, Méri­di­ennes, M.E.O., 2015, 52 p., 14 €/ePub : 8.49 €, ISBN : 978–2‑9–8070-0031–5

meridiennes-1cLes édi­tions MEO vien­nent de pub­li­er un ouvrage hybride : Méri­di­ennes. Com­posé d’une cinquan­taine de pages, il con­tient les réal­i­sa­tions lit­téraires et artis­tiques de deux jeunes créa­teurs : Arnaud Del­corte et Brahim Meti­ba. Si leur col­lab­o­ra­tion est inédite, ils n’en sont pas à leur pre­mier pro­jet. Pro­fesseur de physique à ses heures studieuses, Arnaud Del­corte a déjà pub­lié de plusieurs recueils, par­mi lesquels Écume noire. Les por­traits pho­tographiques de Brahim Meti­ba, infor­mati­cien de for­ma­tion, ont fait, quant à eux, l’objet d’une pub­li­ca­tion dans la revue Dip­tyque en 2011.  Con­tin­uer la lec­ture

Mon père, ce poète

Christian LIBENS

image184Rares sont les poètes dont l’œuvre inté­grale est pub­liée.  Jean-Louis Crousse aura con­nu ce priv­ilège post mortem grâce à l’admiration agis­sante de proches et aux bons soins de l’éditeur Jacques Fla­ment, établi à La-Neuville-aux-Joûtes, dans les Ardennes français­es. Pareil lieu de nais­sance pour ce vol­ume comp­tant près de six cents pages n’aurait pas été indif­férent au poète, lui qui a aimé célébr­er la forêt arden­naise. Car ce Brux­el­lois de nais­sance (1932) et de rési­dence choi­sis­sait sou­vent d’accorder à sa petite musique bien per­son­nelle celle des vents de l’Ardenne et de l’Ariège, ou encore de la mer du Nord. Con­tin­uer la lec­ture

Le temps du ciel

Un coup de coeur du Carnet
Primaëlle VERTENOEIL

imhauserParu en 2012, le pre­mier recueil de poésie d’Emmanuelle Imhauser, Mise en pages, n’est pas passé inaperçu. Dans un écri­t­ure per­son­nelle, mais non exempt d’influences, la jeune poétesse lié­geoise se dévoilait comme une nou­velle écri­t­ure poé­tique, saluée par les con­nais­seurs. C’est qu’Emmanuelle Imhauser a gran­di par­mi ce que les his­to­ri­ogra­phies lit­téraires appel­lent « l’école lié­geoise ». Fille du poète Fer­nand Imhauser, proche de Jacques Izoard, actrice de la vie cul­turelle de la Prin­ci­pauté, Emmanuelle s’est nour­rie, pen­dant de longues années, de l’effervescence poé­tique qui a ani­mé Liège depuis plusieurs décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

“Le jour sent bon le cerisier”

Francine GHYSEN

caremeL’ultime recueil posthume de Mau­rice Carême, Sac au dos, nous emmène sur les pas du poète, chan­tant les chemins buis­son­niers, s’émouvant des paysages, cueil­lant images et impres­sions. Con­tin­uer la lec­ture

Une si jolie photo

Ghislain COTTON

andriatÀ con­sid­ér­er l’image de cou­ver­ture, on pense for­cé­ment à ces cartes postales roman­tiques d’avant-guerre ou aux romans-pho­tos qui ont fait fureur dans les chau­mières. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on apprend qu’un poète se vêt aussi d’un tissu d’eau

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Meuse fleuve nord, Tétras Lyre, coll. « Let­trim­age », 144 p., 18 €

delaive1Par­lons bien et par­lons peu : Meuse fleuve nord est for­mi­da­ble. Capa­ble, si on se laisse aller, si on se laisse bercer par ce long « poème-fleuve », de nous emporter bien loin, tout du long de ses 50 pages et de ses 1284 vers. C’est que Serge Delaive n’a pas ménagé sa peine. Con­tin­uer la lec­ture