Archives par étiquette : Samia Hammami

17 ans, un âge sérieux

Nathalie NOTTET, Le pre­mier accroc, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2022, 220 p., 15 € / ePub 11,99 €, ISBN : 9782874896835

nottet le premier accrocLa mère tou­jours à nous faire croire que notre famille est le meilleur endroit du monde. Ne pas sor­tir seule dans le vil­lage, ne pas par­ler aux étrangers, ne pas aller dans le fenil, car un bal­lot pour­rait nous écras­er, surtout ne pas pass­er der­rière la Schu­bert, car elle tape du sabot, faire atten­tion aux trains, car l’un peut en cacher un autre, choisir ses fréquen­ta­tions, car il y en a de mau­vais­es, ne pas embrass­er les garçons le pre­mier soir, car l’appétit des hommes est grand… une descrip­tion de l’extérieur en un univers mon­strueux. Des trucs qui défor­gent le car­ac­tère. Con­tin­uer la lec­ture

Horizon(s)

Marie COSNAY et Vic­toire DE CHANGY (autri­ces), François GODIN (pein­tre), Matthieu LITT (pho­tographe), Paysages pos­si­bles (impos­si­bles), Le Comp­toir, 2021, 48 p.

paysages possibles impossiblesDes rues mal­odor­antes et des bou­tiques qui éclosent à chaque sai­son, des passerelles pré­ten­tieuses et des pavés déchaussés, un fleuve trop boueux et pour­tant scin­til­lant, des pro­jets vague­ment citoyens, telle­ment de rafis­to­lages soci­aux ; une aspi­ra­tion au mieux, par­fois, un con­tente­ment, sou­vent. Des gens, surtout : faune friquée aux ter­rass­es, déclassée sur les seuils, désœu­vrée aux arrêts, col­orée un peu partout. Chaleur du dedans, quant-à-soi bravache, sim­plic­ité désar­mante : Liège, aux mille accents. Cité ardente, mais étouf­fante, brin­que­bal­ante, las­sante, attachante. Ville qui s’empêtre et se démène. Irrite, atten­drit, ragail­lardit. Terre de poésie(s), tout en par­al­lèles et en inter­sec­tions. Et c’est là qu’il y a vingt ans, s’est naturelle­ment enrac­iné « Le Comp­toir », struc­ture œuvrant avec entrain pour la pro­mo­tion des petites maisons d’édition et de leurs artistes, et sou­tenant « les démarch­es édi­to­ri­ales sauvages, les fanzines et les livres auto-édités avec un désir d’exigence et le goût du tra­vail bien fait ». Un incon­tourn­able pour les entichés de sen­tiers lit­téraires moins bat­tus et les curieux en recherche d’affinités élec­tives. « De toutes les ren­con­tres, cha­cune est la préférée », écrirait à ce pro­pos Vic­toire de Changy… Con­tin­uer la lec­ture

« La solidarité change la vie ! »

Flo­rence DUCATTEAU (autrice) et Dominique MERTENS (illus­tra­teur), Mouna, CNCD-11.11.11, 2021, 48 p., 15 €

ducatteau et mertens mounaIl est des thé­ma­tiques aux­quelles il faut être sen­si­bil­isé dès le plus jeune âge. Le com­merce équitable et la rémunéra­tion juste sont de celles-là. Pour­tant, cela peut paraître ardu d’expliquer ces con­cepts à des enfants : quels mots choisir pour évo­quer ces réal­ités à la fois économiques et sociales ? L’album Mouna, édité par le Cen­tre nation­al de coopéra­tion au développe­ment, se révèle l’outil par­fait pour abor­der le sujet. Con­tin­uer la lec­ture

Exquise maîtrise

Un coup de cœur du Car­net

Char­lotte BOURLARD, L’apparence du vivant, Inculte, 2022, 132 p., 13,90€ / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782360841431

bourlard l apparence du vivant« Je pieute au dernier étage, sous les toits. Eux dor­ment au rez-de-chaussée. Ils ont fait for­tune dans les pom­pes funèbres. On se partage un funérar­i­um désaf­fec­té. On vit en tête à tête avec mon­sieur Mar­tin qui nous sur­veille, couché dans leur grand lit. Son corps ne bouge plus, ça fait des années. On con­tin­ue à lui par­ler. Un peu comme s’il était mort, sauf qu’on peut le touch­er. »

« Je », c’est une femme, sans âge pré­cis (début de la trentaine), dont peu de traits physiques sont révélés (une cer­taine force physique, des cheveux tein­tés auburn, une cica­trice mangeant sa joue droite – sou­venir d’une brûlure). Il faut grat­ter le ter­reau fer­tile de l’indifférence et de la bru­tal­ité pour déter­rer les racines de son car­ac­tère. Tel le lis­eron, au fil des années, la nar­ra­trice s’est déployée par sa seule volon­té, avec la ténac­ité d’une mau­vaise herbe à l’apparente inof­fen­siv­ité. Si l’on creuse un peu, pour­tant, on pour­rait notam­ment s’interroger sur sa pas­sion : pho­togra­phi­er « des vieux nus aux yeux ouverts ». C’est d’ailleurs par l’entremise d’une annonce passée dans un jour­nal local qu’elle les a ren­con­trés, eux. Con­tin­uer la lec­ture

Variation autour du kintsugi

Un coup de cœur du Car­net

Almu­de­na PANO, His­toire en morceaux, Ver­sant Sud Jeunesse, coll. « Les Pétoches », 2021, 40 p., 15,90 €, ISBN : 9782930938431

pano histoire en morceauxAu milieu d’un hiv­er plu­vieux, une petite fille aux cheveux de jais s’amuse chez elle. Éparpil­lés dans la pièce, des Play­mo­bil et des ani­maux en plas­tique, des maisons de poupée, une voiturette bleue, un crois­sant non entamé jonchent le sol. Elle, elle sourit et agite deux fig­urines féminines s’affrontant lors d’un match de foot­ball en minia­ture. C’est le sport préféré de la fil­lette, elle adore y jouer dans le jardin, ce que le temps ne per­met pas ce jour-là, les gouttes et le vent étant de la par­tie. Alors elle décide d’enfreindre une des règles de la mai­son. Elle s’avance sur les carpes bleues du tapis douil­let, ignore le regard cir­con­spect du chat et attrape son bal­lon en cuir. La joie de la trans­gres­sion est hélas de courte durée : elle casse le vase préféré de sa maman, « [c]elui qu’elle et papa ont ramené de vacances et qui est plus vieux [qu’elle] ». Son sourire s’évanouit et, recro­quevil­lée dans son anx­iété, elle serre le félin dans ses bras. Elle observe les débris de son désas­tre et entend des pas s’approcher… La tristesse et l’angoisse l’étreignent, elle va devoir se con­fron­ter aux con­séquences de sa désobéis­sance. Com­ment avouer la cat­a­stro­phe ? De quelle façon sa maman va-t-elle réa­gir ? De quelle puni­tion va-t-elle écop­er ? Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Samia Hammami

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Samia Ham­ma­mi. Con­tin­uer la lec­ture

Légende de là-bas et graphisme d’ici

Syl­vain ALZIAL (auteur) et Loïc GAUME (illus­tra­teur), L’île aux deux crabes, Ver­sant sud, 2021, 40 p., 14,50 €, ISBN : 9782930938400

alzial et gaume l'ile aux deux crabesL’histoire de L’île aux deux crabes appar­tient à la tra­di­tion kanak et se trans­met­tait orig­inelle­ment en iaaï (langue par­lée à Ouvéa, comp­tant aujourd’hui un peu moins de qua­tre mille locu­teurs). Au début de l’ouvrage, il est pré­cisé que Françoise Ozanne-Riv­ierre, une lin­guiste spé­cial­iste des langues et civil­i­sa­tions à tra­di­tion orale, l’a recueil­lie en Nou­velle-Calé­donie à la fin des années 1980 de la bouche d’un cer­tain Taï Waheo. Quelques décen­nies plus tard, Syl­vain Alzial s’en empare et facilite son inscrip­tion, à tra­vers les âges et au-delà des fron­tières, par le biais d’un con­te amu­sant et plein de la sagesse de feu Madame Bou­ba. Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance dans le Quartier

Francesco PITTAU, Longtemps et des pous­sières, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 316 p., 18 €, ISBN : 9782875054029

pittau longtemps et des poussieres...Francesco Pit­tau se révèle écrivain aus­si pro­lifique qu’homme dis­cret. Par­courez la Toile, et vous con­staterez que peu d’informations per­son­nelles sont cap­turées dans ses fils. Bien enten­du, vous trou­verez l’essentiel – ses livres, ses albums, ses recueils – ; par con­tre, à peine quelques ren­seigne­ments biographiques : une nais­sance en Sar­daigne dans le milieu des années 1950, des études de Beaux-Arts à Mons, une col­lab­o­ra­tion intime avec Bernadette Ger­vais, un lieu de rési­dence dans la région brux­el­loise. Cela pour­rait être ample­ment suff­isant… s’il n’y avait cette curiosité tit­il­lée lorsque l’on se plonge dans Longtemps et des pous­sières, roman qui sem­ble pos­séder un ancrage auto­bi­ographique. Peut-être parce que le pro­tag­o­niste est d’origine ital­i­enne (ce serait trop facile), que la nar­ra­tion se déroule dans une cité ouvrière à forte immi­gra­tion du Sud (tou­jours peu con­clu­ant), que l’âge du héros cor­re­spondrait à celui de l’auteur à la même époque (oui, mais encore ?). Peut-être parce qu’il y a telle­ment d’humanité dans cette évo­ca­tion de l’enfance que l’on se prend à croire qu’elle est tirée du matéri­au du vécu, du ressen­ti, du pul­satile. Mais l’on se four­voie prob­a­ble­ment ; et qu’importe au fond ? Con­tin­uer la lec­ture

« L’essentiel est invisible pour les yeux »

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire DE CHANGY (autrice) et Marine SCHNEIDER (illus­tra­trice), Le bison non-non, Cam­bourakis, 2021, 40 p., 16 €, ISBN : 9782366245868

le bison non nonAvez-vous déjà plongé votre regard dans celui d’un bison ? Cette expéri­ence doit se révéler stupé­fi­ante dans la taï­ga ou une plaine hud­soni­enne. Au cœur de l’album Le bison non-non, sur une pleine page d’un som­bre sub­til (com­posé de bruns et de noirs, per­cé de quelques nuances beiges), se faire aiman­ter par les « deux yeux tout ronds » du bovidé provoque une émo­tion inat­ten­due, entre mélan­col­ie subite et ten­dresse mon­strueuse. On l’aime immé­di­ate­ment, ce Bison non-non, même si son nom devrait tenir à dis­tance… Con­tin­uer la lec­ture

« Bleu comme une orange »

Nadine MONFILS (autrice) et Kikie CRÊVECŒUR (illus­tra­trice), Le bleu des rêves, La pierre d’alun, coll. « La Petite Pierre », 2021, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–120‑3

monfils crevecoeur le bleu des revesPour son trente-cinquième ouvrage, la col­lec­tion « La petite pierre » des édi­tions La pierre d’alun pro­pose un cahi­er à spi­rale rem­pli de la prose de Nadine Mon­fils et des illus­tra­tions de Kikie Crêvecœur. Les deux artistes devaient se ren­con­tr­er car elles bril­lent d’une même lumière : celle du détourne­ment et de la légèreté cer­taine. L’univers déjan­té de l’autrice est con­nu de tous ; Mon­fils s’amuse à tri­t­ur­er un matéri­au sérieux et doc­u­men­té pour en façon­ner (notam­ment) des polars bour­rés d’humour et de vital­ité. Crêvecœur, elle, œuvre à capter avec sen­si­bil­ité des frag­ments de vie et du monde, et les grave minu­tieuse­ment… dans des gommes ! Toutes deux parta­gent une volon­té tenace de se dégager de la lour­deur imposée ain­si qu’un tracé sin­guli­er hors des sen­tiers bat­tus. Leur col­lab­o­ra­tion « évi­dente » se con­cré­tise dans Le bleu des rêves à la faveur de deux con­tes. Con­tin­uer la lec­ture

« Droit dans le soleil »

Lou KANCHE, Rien que le soleil, Gras­set, 2021, 216 p., 18,50 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782246827566

kanche rien que le soleil« Jusqu’au moment où il a dit : je vois un jeune homme. Là j’ai songé aux cieux crevant en éclairs de Rim­baud parce que c’était vrai­ment ça, ça crevait en éclairs à l’intérieur de moi, alors j’ai pressé l’homme : quoi d’autre ? Le type a plis­sé ses petits yeux […] avant de répon­dre : quelqu’un de proche mais avec le Dia­ble à ses côtés, vous voyez comme l’Amoureux regarde le Dia­ble ?, et il a pointé la face cor­nue et rieuse, la porte de la lux­u­re s’ouvre. C’est le dan­ger. Drôle de porte, j’ai pen­sé, j’aimerais bien qu’une porte comme ça existe. » Ce Dia­ble, en fait, il pour­rait bien s’incarner en Sofi­ane Zenou­da. Con­tin­uer la lec­ture

Carmen ou la résolution

Un coup de cœur du Car­net

Sophie D’AUBREBY, S’en aller, Inculte, 2021, 288 p., 18.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782360841189

d aubreby s en allerCon­traire­ment à l’amour mis en chant par Bizet, Car­men est enfant de bour­geois, et a tou­jours con­nu des lois. Née au début du 20e siè­cle au sein d’une classe aisée, dès son pre­mier souf­fle, elle a endossé naturelle­ment un cos­tume étriqué con­fec­tion­né de longue date par la société patri­ar­cale, un « corset de manières cousu à même sa peau » par son milieu. Docile, elle a gran­di sage­ment, sans ques­tions ni attentes, en con­for­mité, préservée. L’évidence la menait au mariage arrangé, une des­tinée dont elle était tenue à l’écart mais qu’elle accep­tait en spec­ta­trice. Cepen­dant, même dans les dess(e)ins les plus maîtrisés, il y a tou­jours une ligne de fuite. Con­tin­uer la lec­ture

Les fabuleuses aventures d’une coccinelle et d’un escargot

Noémie FAVART, Mar­cel et Odilon, Ver­sant Sud Jeunesse, 2021, 56 p., 15,90 €, ISBN : 9782930938264

favart marcel et odilonVous êtes-vous déjà amusé(e) à compter les pois d’une bête à bon dieu ? Toutes dotées de six pattes et de fines ailes cachées sous leurs élytres, elles se dis­tinguent notam­ment par le nom­bre de leurs tach­es sphériques. Deux, cinq, sept, dix, qua­torze, vingt-deux et même vingt-qua­tre, qui ne sont pas en lien avec leur âge, peut-être juste avec les souhaits à for­muler à leur vue. Peu importe, mais que diriez-vous si, tout d’un coup, ces jolis coléop­tères n’arboraient plus que deux pois, un sur chaque côté de leur cara­pace ? Ils gag­n­eraient en homogénéité, certes, mais perdraient telle­ment en sin­gu­lar­ité… Mar­cel, coc­cinelle habi­tant depuis tou­jours à Cox­is, bien que sat­uré de la vision de ces ronds orne­men­taux, se reb­iffe ardem­ment lorsque ses amis, la rigolote Zélie et le très sérieux Bélo­nias, suc­combent, eux aus­si !, à la mode de la chanteuse Rubille qui « […] est un peu spé­ciale : elle n’a que deux pois sur la cara­pace ». En plus, ils ont car­ré­ment décidé de reporter leurs vacances sous pré­texte d’un con­cert de la star­lette : « Mar­cel n’en revient pas. Com­ment ses amis ont-ils pu le laiss­er tomber pour un stu­pide con­cert ? Ils savent pour­tant que ce voy­age compte beau­coup pour lui. Eh bien, puisque c’est comme ça, il les passera tout seul ses vacances ». Il claque la porte, enfourche son vélo­mo­teur et quitte le gris urbain pour s’aventurer dans la cam­pagne avoisi­nante, comme d’autres sauterelles en car, four­mis en voiture et escar­gots… à pied ! Con­tin­uer la lec­ture

« La légende des Nibelungen racontée aux enfants »

Pierre CORAN et Char­lotte GASTAUT, Siegfried et le drag­on, Père Cas­tor-Flam­mar­i­on, 2021, 32 p., 14 €, ISBN : 9782081495081

coran gastaut siegfried et le dragonIl existe bel et bel des artistes-mon­stres, dont le seul nom peut tenir à dis­tance par le gigan­tisme de leur œuvre, l’immensité de leur tal­ent, la com­plex­ité de leur biogra­phie. Wag­n­er fait par­tie de ces élus. Approcher son univers intimide, décourage par­fois mal­gré la fas­ci­na­tion exer­cée, de la même façon que l’on hésit­erait peut-être à flirter avec une walkyrie croisée dans un bar. Et c’est en cela qu’un album comme Siegfried et le drag­on facilite le défi avec un naturel désar­mant : le mas­sif devient élé­gant, la résis­tance se flu­id­i­fie, l’obscur s’illumine. Con­tin­uer la lec­ture

« Au fil de l’eau »

Maylis DAUFRESNE (autrice) et Stéphanie AUGUSSEAU (illus­tra­trice), Au fil de l’eau, Orso, coll. « Mur­mure », 2021, 36 p., 14,6 €, ISBN : 9791097284459

daufresne augusseau au fil de l eau« Zéphyr est grand et Éole est petite ». En plus d’être grand, Zéphyr est d’un blanc immac­ulé, pos­sède de longues oreilles sou­ples et ne se dépar­tit jamais d’un doux sourire. Et Éole, elle, est plus en ron­deur, son pelage mar­ron est recou­vert de tach­es rose clair et un sourire iden­tique se des­sine sur son minois. Peut-être ce trait en com­mun scelle-t-il leur ten­dre ami­tié, ain­si que l’été, les étoiles et l’érable « qui éclabousse la clair­ière de rouge en automne » qu’ils aiment tous les deux. Mais il y a aus­si toutes ces dif­férences qui les ren­dent com­plé­men­taires et insé­para­bles : l’un est posé et pro­tecteur, l’autre est émo­tive et curieuse. En bref, ils s’adorent et ce, « […] depuis tou­jours, c’est-à-dire au moins six ans ». Con­tin­uer la lec­ture

Home (not so) sweet home

Mar­tine WIJCKAERT, Domus, Sablon, 2021, 192 p., 15 €, ISBN : 9782931112137

wijckaert domusLes forêts, leur mys­tère, leur terre fer­tile, leurs ombres inquié­tantes, leurs bruisse­ments, leurs craque­ments, leur pro­fondeur aspi­rante, leurs dan­gers tapis. Leur faune. Et cette « petite pyg­mée toute blanche, en pagne bleu ensanglan­té dans le noir » qui court, qui court, qui court. Seule, l’enfant blessée détale à tra­vers les « ténèbres en com­p­ri­mant bien fer­me­ment [s]a fesse trouée ». Que fuit-elle, cette guer­rière téméraire ? Que cherche-t-elle, cette insane ensauvagée ? À quoi aspire cette inno­cente écar­late ? Car si la nature se révèle dan­gereuse, la main humaine l’est sou­vent plus encore. N’est-ce pas elle qui décoiffe les cerfs et les évis­cère, qui pose les pièges-à-loups aveuglé­ment voraces, qui enferme l’indécence dans les caves à mazout, qui craque les allumettes expi­a­toires et chique­naude les noy­aux d’olives noires ? Alors, oui, les bois dévo­rants parais­sent quelque­fois l’unique échap­pa­toire. Con­tin­uer la lec­ture