Archives par étiquette : Samia Hammami

Apprivoiser son Dibbouk

Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, 2021, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2379510502
Mise à jour du 18/11/2024 : le livre a été repub­lié en livre de poche en 2024 : Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, coll. “Antilopoche”, 2024, 224 p., 9,95 €, ISBN : 9782379511479

kaufer dibboukskaufer dibbouks pocheLes édi­tions de l’Antilope, dont la ligne édi­to­ri­ale se con­cen­tre autour de « textes lit­téraires ren­dant compte de la richesse et des para­dox­es de l’existence juive sur les cinq con­ti­nents », accueil­lent dans leur cat­a­logue le nou­veau roman d’Irène Kaufer. Dib­bouks, un texte sin­guli­er autour des iden­tités. Con­tin­uer la lec­ture

Chercher une autre vision du réel

Marc PIRLET, Le pho­tographe suivi de Der­rière la porte, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 220 p., 9 €, ISBN : 9782875685421

pirlet le photographe« J’ai réal­isé […] que mon père avait une con­science, une vie intel­lectuelle, et qu’il avait cher­ché à com­pren­dre le monde autour de lui, à l’appréhender, à le faire sien, avec une con­stance dans l’effort dont témoignent les mil­liers de pho­togra­phies qu’il m’a lais­sées et qui, avec la petite mai­son, con­sti­tuèrent l’essentiel de mon héritage. » Telle est la décou­verte, banale et décon­cer­tante, que le nar­ra­teur du Pho­tographe fait à la mort de celui qui est resté un mys­tère à ses yeux. Très tôt orphe­lin de mère, Chris­t­ian a côtoyé son père Franz dans un tête-à-tête silen­cieux pen­dant une dizaine d’années. Ces deux êtres, intriqués dans une his­toire famil­iale où les « peu-dits » mythi­fi­aient les absents et séparaient les présents, ont vécu sous le même toit dans un calme indif­férent, une mécon­nais­sance résignée. Leur quo­ti­di­en se déroulait avec peu de con­tacts (entre eux mais aus­si avec l’extérieur) sans qu’aucune souf­france cuisante ne jail­lisse pour autant : cha­cun vaquait à ses oblig­a­tions et à ses occu­pa­tions sans heurts ni spon­tanéité, et respec­tait cer­tains rit­uels (comme le céré­mo­ni­al de la lec­ture à haute voix, l’ivresse men­su­elle et les balades pho­tographiques dans le quarti­er pop­u­laire de Sainte-Mar­guerite). À sa majorité, le nar­ra­teur quitte le domi­cile partagé et l’éloignement physique se greffe à la dis­tance émo­tion­nelle, jusqu’à ce que la san­té vac­il­lante de Franz étab­lisse un autre équili­bre entre eux. Con­tin­uer la lec­ture

D’une exploration

Un coup de cœur du Car­net

Frédéric ROUSSEL, Grand Nord, Hélice Hélas, coll. « Mycéli­um mi-raisin », 2021, 184 p., 18 €, ISBN : 978–2‑940522–97‑2

roussel grand nordOn entame la tra­ver­sée du Grand Nord comme sur des raque­ttes, pré­cau­tion­neuse­ment, assez mal­adroite­ment, en quête de sta­bil­ité. On est quelque peu désori­en­té face à l’étendue poudreuse et l’absence de repères fam­i­liers, mais une chose scin­tille aus­si claire­ment que les cristaux de glace : il faut trac­er un chemin, un pas après l’autre, et pénétr­er l’immensité. « En haut à droite, un glac­i­er gigan­tesque, / qui couronne l’archipel. / La presqu’île, en haut à gauche, se pro­longe par le cap de la Mélan­col­ie. / Les îles lit­torales, dans le bas, / ce sont les îles de la Soli­tude. / Il y a des riv­ières et des lacs, / innom­brables, / le lac du Mal­heur, / le lac de l’Oubli, / le lac de l’Abandon, pour les prin­ci­paux. / Il y a des mon­tagnes, aus­si. / Comme le Pic des Calamités, / qui cul­mine à 2358 mètres, / dans la chaîne côtière ». Tel est le paysage aux réso­nances émo­tion­nelles dans lequel le lecteur-explo­rateur évoluera. Con­tin­uer la lec­ture

De la difficulté de l’attachement

Ver­e­na HANF, La fragilité des funam­bules, F dev­ille, 2021, 300 p., 23 €, ISBN : 9782875990396

hanf la fragilité des funambulesLes romans de Ver­e­na Hanf pétris­sent tou­jours le matéri­au humain. La fragilité des funam­bules, dernier livre de l’autrice, ne déroge pas à la règle. On y retrou­ve égale­ment un autre invari­ant chez Hanf, qui se niche dans la mise en présence, voire dans la mise en fric­tion, d’êtres et d’univers qui se seraient dévelop­pés en par­al­lèle si des élé­ments extérieurs n’avaient pas provo­qué une ren­con­tre. Comme celle d’Adriana, une jeune Roumaine au passé aus­si rugueux que l’attitude qu’elle affiche, et Nina Jung, une psy­cho­logue con­fort­able­ment instal­lée aux agace­ments mul­ti­ples. Tout, pra­tique­ment, éloigne les deux femmes : leurs racines, leur édu­ca­tion, leur statut social et mar­i­tal, leur inscrip­tion au monde. Une faille aiguë les rassem­ble toute­fois : leur mater­nité con­trar­iée. Con­tin­uer la lec­ture

« Le désordre n’est qu’un ordre différent »

Marie COLOT et Françoise ROGIER, La forêt de tra­vers, À pas de loups, 2021, 40 p., 16 €, ISBN : 9782930787688

colot rogier la foret de travers« Il était une forêt où tout allait à l’envers où les his­toires que tu con­nais se pas­saient de tra­vers. » Cet incip­it con­tient l’essence de l’album de Marie Colot et Françoise Rogi­er : il y a l’ancrage dans les con­tes, le jeu des rimes, l’implication directe du lecteur. On est instan­ta­né­ment hap­pé, tout comme par cette dou­ble page où le désor­dre règne joyeuse­ment : un chat noir fume la pipe con­fort­able­ment instal­lé sur le cha­peau d’un champignon et, au-dessus lui, trois tout petits cochons se pren­nent pour des trapézistes tan­dis que le Petit Poucet et ses frères se dis­persent le long de branch­es (pous­sant vers le bas !) sous l’œil bien­veil­lant d’un drag­on obser­vant la scène de son château et sirotant une tasse de thé. L’agitation, la gaité et la vie, telles sont les facettes du début de cette his­toire. La Belle au bois dor­mant vire­volte en chauve-souris des airs, le Loup et le Chas­seur se déguisent en fan­tômes com­plices, la Sor­cière pein­turlure la nature de petits pois, Blanche Neige cohab­ite avec sept géants véri­ta­bles fées du logis, le régime de l’Ogre se com­pose exclu­sive­ment de cru­dités ; qu’importe, « mal­gré ce grand désor­dre, tous vivaient heureux et sans dis­corde ». Con­tin­uer la lec­ture

La vie en vert

Car­o­line LAMARCHE (autrice) et Pas­cal LEMAÎTRE (illus­tra­teur), Tet­ti, la sauterelle de Vin­cent, Pastel/École des Loisirs, 2021, 40 p., 12,70 €, ISBN : 978–2211307574

lamarche lemaitre tetti la sauterelle de vincentElle est craquante, Tet­ti. Ses yeux man­gent son vis­age, et son regard éclate d’expressivité. La peur, la timid­ité, la curiosité, l’amusement, la fatigue, l’inquiétude… les émo­tions et les sen­sa­tions se dessi­nent en com­plète trans­parence sur son joli minois. Quant à son corps gracile, il se recro­queville et se détend en un instant, tout de vert recou­vert ! C’est que Tet­ti est une char­mante sauterelle dont « la vie ne dure qu’un été. Jeune, elle est déjà vieille ». Sa brève exis­tence se déroule en Provence où, quand elle ne fuit pas les enfants (dont le som­bre des­sein est de l’accrocher à un fil de pêche pour appâter des vic­times à écailles), « [s]ans cesse, elle s’élan[ce] vers la lumière ». Con­tin­uer la lec­ture

La Morte tellement Vivante

Un coup de cœur du Car­net

Hubert ANTOINE, Les formes d’un soupir, Ver­ti­cales, 2021, 272 p., 19,50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782072932250

antoine les formes dun soupirMelitza, Mex­i­caine gorgée de jeunesse et assoif­fée d’amour, danse et cadence ses pas­sions, ses révoltes, ses pul­sions. Melitza veut, tance, réclame la vie… qui la malmène et la quitte pour­tant. Ce fruit juteux aux promess­es suaves et acidulées se voit transper­cé d’une balle bru­tale, en pleine pous­sière d’une rue de San­ta Lucía, sous les rayons d’un soleil tardif et les yeux incré­d­ules de son père. Evo, son pro­tecteur hui­chol aux iris saphir, ramasse alors son enveloppe meur­trie et s’enfuit avec elle. Cette course impérieuse paraît de prime abord étrange, mais « son rap­port au monde est tout à fait par­ti­c­uli­er. Tou­jours en accord avec la nature, avec les saisons, avec l’équilibre, avec l’instant. Il ne fait rien qui ne soit par­faite­ment juste. Cha­cun de ses gestes est en grâce, en logique et en har­monie avec ce qui l’entoure. C’est l’être le plus mag­nifique qui soit ». Et le mys­tère se dis­sout en effet, dans les eaux vertes d’un étang, lorsque l’Indigène s’emplit du dernier souf­fle de sa soupi­rante, aspirée dans un mou­ve­ment aus­si ferme que ten­dre par la Mort et le chaman. C’est de cette curieuse façon que débute Les formes d’un soupir, con­tin­u­a­tion de Danse de la vie brève qui con­stitue toute­fois une œuvre sin­gulière et com­plète en soi. Con­tin­uer la lec­ture

« Alors, la poésie »

Fidé­line DUJEU, Larmes de croc­o­dile, suivi de Siamois, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2021, 144 p., 14 €, ISBN : 9782874896118

dujeu larmes de crocodileFidé­line Dujeu est poète, nou­vel­liste, roman­cière, ani­ma­trice d’ateliers d’écriture, écrivaine publique, co-fon­da­trice d’une mai­son d’édition arti­sanale. Elle est égale­ment thérapeute, « con­stel­la­trice ». Elle a été une petite fille naguère, et est aujourd’hui femme et mère. Et elle est encore bien d’autres con­tours et détours, mais ce sont ces dimen­sions appar­entes qui nour­ris­sent les deux textes pub­liés dans la col­lec­tion « Plumes du Coq » chez Weyrich, rassem­blés sous le titre Larmes de croc­o­dile. « Deux livres en un. Deux tra­ver­sées. Une méta­mor­phose. » Con­tin­uer la lec­ture

La chaleur de l’Ours

Un coup de cœur du Car­net

Ludovic FLAMANT (auteur) et Sara GRÉSELLE (illus­tra­trice), Bastien, ours de la nuit, Ver­sant Sud jeunesse, 2021, 48 p., 14,50 €, ISBN : 978–2‑930938–27‑1

flamand greselle bastien ours de la nuitSelon cer­taines croy­ances et tra­di­tions, tout humain est lié à un ani­mal-totem (par­fois même à plusieurs) dont il peut percevoir des signes dans la réal­ité vis­i­ble, mais qu’il ne peut ren­con­tr­er que dans le monde invis­i­ble, celui des rêves, des voy­ages chamaniques et autres médi­ta­tions de l’inconscient. L’artiste Sara Gréselle a peut-être trou­vé le sien au détour d’un songe pré­moni­toire, flot­tant autour d’elle après son réveil et évo­qué à son com­parse Ludovic Fla­mant : elle illus­trait un album inti­t­ulé Bastien, ours de la nuit. Ce titre, onirique­ment puis­sant, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et son écho per­sis­tant a mené à une mer­veilleuse réal­i­sa­tion graph­ico-textuelle éponyme. Con­tin­uer la lec­ture

« Momentanément absent »

Olivi­er TERWAGNE, Momen­tané­ment absent. Réc­its d’un temps volatile, Traverse/Couleur livres, coll. « Caram­bole », 2021, 110 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930783–37‑6

terwagne momentanément absent« il pleu­vait des ficelles, les cordes étaient en rup­ture de stock… / le voy­age com­mençait sur des cha­peaux de roues crevées… / je demande au tax­i­man de sélec­tion­ner “ailleurs” dans le gps ; option “tra­jet le plus long”, télé­phone en mode “avion” ». C’est ain­si qu’Olivier Ter­wagne se rend Momen­tané­ment absent, et prend la tan­gente des (jeux de) mots, assume le par­ti de queuede­pois­son­ner la syn­taxe, tra­verse les chemins des sonorités et des échos. Bien que par­lant le mort, le nord, le morse, le russe, l’absence, lap­sus, muet, sous-titre et silence, c’est dans un français entor­tillé de lib­ertés qu’il s’exprime. Au fil de ses cinquante-cinq Réc­its d’un temps volatile, sa langue s’alambique et s’aplatit, se décline en vers et se libère en pros­es (et le con­traire), se charge de références mul­ti­ples (his­toriques, lit­téraires, musi­cales, socié­tales, etc.) et s’affranchit de toute logique d’attente : « après avoir joué sur le [sic] mots, nous avons joué sur les let­tres elle l’a eue dans la… tes hi tes hi ahhh chan­tait Gains­bourg pour Laeti­tia amour ne prend qu’un M faute de frappe on écrit N pour M je jouerai désor­mais sur les tex­tos, les sex­tos… A + le plus est une croix chante Bio­lay S M S Sado Maso Schisme ? Je prends ton M en sand­wich et j’en reviens au déje­uner sur l’herbe ». Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Samia Hammami

Chaque jour, Le Car­net et les Instants revis­ite l’an­née lit­téraire 2020 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujour­d’hui : la sélec­tion de Samia Ham­ma­mi. Con­tin­uer la lec­ture

« La mer pour s’aérer le cœur »

Cather­ine BERAEL, Cab­o­tage, Coudri­er, 2020, 76 p., 18 €, ISBN : 9782390520153

berael cabotageDans son avant-lire, Anne-Marielle Wilw­erth se demande com­ment nom­mer les textes rassem­blés dans le livre que nous tenons entre nos mains. « Escales de vie ? Marées de mémoire ? » Par ce ques­tion­nement, elle pose une entrée en matière en juste réso­nance avec les pros­es de l’auteure, sa com­parse de plume et de pinceau Cather­ine Berael. Cab­o­tage, tel est le titre qui nous achem­ine de réc­it en réc­it, nous lais­sant apercevoir des paysages humides d’embrun, des plages ens­ablées de mys­tères imper­cep­ti­bles, des hori­zons chargés d’hier et de demain ; « une palette d’atmosphères et de lieux, tous frères de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

Nues

Un coup de cœur du Car­net

Jacques RICHARD, Nues, ONLIT, coll. « ONLIT Mini », 2020, 80 p., 8 €, ISBN : 9782875601261

richard nues« Nues, en pied et grandeur nature. De face », les yeux plongés dans ceux de l’artiste. Toiles de mêmes dimen­sions, sup­ports de qual­ité iden­tique, tou­jours de la pein­ture à l’huile. Pas de décor. Et un « tra­vail d’un réal­isme pré­cis, mince et sans effets ». Voilà com­ment Jacques Richard a peint plusieurs femmes entrant dans la jeunesse ou la quit­tant, trop mai­gres ou trop char­nues, rétives ou généreuses, incon­nues ou famil­ières, maniérées ou naturelles. De son regard par­fois gêné et intran­sigeant, Richard les a dévis­agées, con­tem­plées sans désir, observées (face à face ou sur papi­er glacé) avec « l’urgence patiente d’un ours pêchant au bord de la riv­ière » ; il a guet­té leur appari­tion et a recon­sti­tué cette impres­sion tout en fugi­tiv­ité et sub­jec­tiv­ité pour qu’elles demeurent « quelqu’un ». Une démarche pleine qui s’inscrit dans la durée, le respect et la méth­ode. Con­tin­uer la lec­ture

Belette et Lapin

Un coup de cœur du Car­net

Marine SCHNEIDER, Tu t’appelleras Lapin, Ver­sant Sud, 2020, 48 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930938–24‑0

marine schneider tu t'appelleras lapinL’univers de Marine Schnei­der se pelo­tonne dans un fan­tas­tique mys­térieux. Cette artiste crée des albums atmo­sphériques qui sur­pren­nent et intriguent. Son trait se fait épuré et expres­sif quand elle envis­age cer­tains per­son­nages, alors que sa tech­nique se ram­i­fie au moment de représen­ter la nature. Effets d’aquarelle et de pas­tel, rehausse­ments de con­tours, tex­ture en super­po­si­tions, per­spec­tives recal­i­brées, vari­a­tions autour des verts et du saumon… Par touch­es, aplats, traits et nuages, Schnei­der com­pose avec sen­si­bil­ité un imag­i­naire dense, silen­cieux et accueil­lant qui sus­cite une irré­sistible envie de le pénétr­er. Con­tin­uer la lec­ture

La course à la vie

Geneviève CASTERMAN, Cours Lola, cours !, Esper­luète, 2020, 32 p., 16,50 €, ISBN : 9782359841305

Une fille aux cheveux rouges, débardeur clair et bas­kets, courant comme une dératée dans la cap­i­tale berli­noise afin de sauver son ami Man­ni. C’est cette image-culte que le titre Cours Lola, cours ! évoque à ceux d’« un temps que les moins de vingt ans ne peu­vent pas con­naître ». À présent, il réfèr­era égale­ment, dans l’esprit des plus jeunes cette fois, à un album jeunesse pub­lié chez Esper­luète édi­tions, celui de Geneviève Cast­er­man qui pré­cise elle-même que « le titre du livre n’a rien en com­mun avec le film éponyme que le prénom de son héroïne ». Con­tin­uer la lec­ture

Du côté de saint Jordi

COLLECTIF, Du côté des librairies, Mur­mure des soirs, 2020, 188 p., 13 €, ISBN : 978–2‑930657–62‑2

du côté des librairies murmure des soirsDans Éloge de l’amitié, Tahar Ben Jel­loun écrivait : « Le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il con­sid­ère assez pour les trans­met­tre aux lecteurs. » La librairie se révèle en effet ce lieu sin­guli­er de pas­sage, de partage, de mise en lumière, mais égale­ment de sélec­tion, de choix, de défense. En par­courant étagères et présen­toirs, le lecteur con­cen­tré devine l’orientation idéologique, l’impératif de qual­ité et par­fois l’intérêt par­ti­c­uli­er du per­son­nel qui la peu­ple. Car, oui, une librairie est peu­plée de livres qui bat­tent, cha­cun à sa pul­sa­tion, cha­cun à son tem­po, et appel­lent leur lecteur prédes­tiné. C’est du moins la con­vic­tion d’une étrange libraire, aux envoûte­ments bohémiens et à la bou­tique évanes­cente, lorsqu’elle affirme : « Promenez-vous libre­ment dans mon mag­a­sin, vous y trou­verez peut-être ce que vous cherchez. Regardez tout autour de vous, prenez-les en mains, feuil­letez-les, jusqu’à ce que vous tombiez sur celui qui vous dira : “Prends-moi, je t’attendais.” Car – savez-vous cela ? – ce sont les livres qui nous choi­sis­sent. Ils nous atten­dent patiem­ment, sur une étagère, et puis quand nous pas­sons à leur portée, ils nous appel­lent, et là… c’est inutile de vouloir résis­ter. » Con­tin­uer la lec­ture