Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

« Écrire sans pourquoi »

Jacques SOJCHER, Jac­ki est sage, Impres­sions nou­velles, 2023, 149 p., 16 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–069‑2

sojcher jacki est sageAvec Jac­ki est sage, Jacques Sojch­er s’historialise et signe son pre­mier roman. Le philosophe-artiste s’ancre – s’encre – en tant que per­son­nage de sa vie et nous livre une auto­bi­ogra­phie dont la prose, par la ciselure de l’écriture, sim­ple et nue, approche par­fois le poème.

Le réc­it s’ouvre dans sa fan­tas­ma­tique vie in-utero, dans le ven­tre de sa mère. Jac­ki, cou­vé par celle-ci, sera celui qui naî­tra dans la four­rure, au cœur de Brux­elles, le fils du père par­ti avec le XXIIIe con­voi, dont il ne restera que des légen­des, l’enfant caché devenu « Jac­ki Tout­court » chez l’oncle Mau­rice et la tante Bertha, le gamin qui ne cessera de jouer, le petit à l’affinité accrue pour le mot petit. Con­tin­uer la lec­ture

Un voyage vers l’origine

Olivi­er KERR, La fatigue du métal, M.E.O., 2023, 232 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0398‑9

kerr la fatigue du metalPour mon soix­an­tième anniver­saire, j’avais décidé de me faire un cadeau et de par­tir à la recherche de la poésie per­due. Je voulais retrou­ver ces super­po­si­tions improb­a­bles entre le rêve et le fil des jours, ces moments où le réel et l’imag­i­naire le plus débridé s’emboîtent et se com­plè­tent pour for­mer un tout har­monieux, que j’avais con­nu jadis puis qui avaient peu à peu dis­paru, étouf­fés sous l’empilement des années. (…) 

C’est par cette réflex­ion et ce pro­jet que com­mence La fatigue du métal, pre­mier roman d’Olivi­er Kerr (par ailleurs pein­tre, graveur et chroniqueur sous pseu­do­nymes divers, voyageur impéni­tent) qui offre d’emblée le plaisir d’un titre sur­prenant, presque antin­o­mique… La fatigue d’un objet, d’un être et ici du métal… Con­tin­uer la lec­ture

En cas de besoin, ouvrez le livre…

Cécil­ia DUMINUCO, Le livre d’Espérensis, Mem­o­ry, 2023, 21 €, ISBN : 9782874134074

duminuco le livre d'esperensisAmélia Quin­quet vit en pilote automa­tique une vie qui ne lui con­vient pas. Vendeuse dans une librairie som­bre et pous­siéreuse, elle sent le mal-vivre et les idées noires la gag­n­er. Jusqu’au jour où elle est inter­pel­lée par un client âgé et bizarre qui dis­paraît après avoir acheté un ouvrage ayant pour titre Le livre d’Espérensis, qu’elle n’avait pas remar­qué jusque-là. Et alors que, gag­née par le dés­espoir, elle s’apprête à met­tre fin à ses jours en sautant d’un pont dans l’eau glacée, elle trou­ve l’ouvrage en ques­tion et le feuil­lette. Il est vide, mais une pre­mière page se rem­plit lorsqu’elle ren­tre chez elle et qu’elle l’examine à tête reposée, piquant sa curiosité. Il en sera ain­si chaque fois qu’elle l’ouvrira et les textes qu’elle lit lui sem­blent rédigés pour elle, en con­nex­ion avec ce qu’elle vit ou s’apprête à vivre, qu’il s’agisse de con­tes, de poèmes ou de sen­tences de quelques lignes, tou­jours signés de Chapo­ka Tee. Con­tin­uer la lec­ture

Ode à la rencontre

Jacque­line CALEMBERT, La mai­son du frère, Acad­e­mia, 2023, 146 p., 15 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3247‑5

calembert la maison du frereLe réc­it de Jacque­line Calem­bert nous fait décou­vrir la vie de Clé­mence, une femme mûre qui s’apprête à aller se repos­er une quin­zaine de jours dans la mai­son de son frère non loin des Hautes Alpes. Suite au désis­te­ment de sa fille, Clé­mence pro­pose à ses col­lègues de l’accompagner et elle décou­vre avec sur­prise que le jeune et énig­ma­tique Las­z­lo se pro­pose de faire route avec elle. Con­tin­uer la lec­ture

Passions communes

Philippe FIÉVET, Ruby, une romance bir­mane, M.E.O., 2023, 212 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782807004023

fievet ruby une romance birmaneRuby est pho­tographe et le nar­ra­teur, de trente ans son aîné,  l’a ren­con­trée à la faveur de séances de pris­es de vue dans un jardin, alors qu’il pré­parait un ouvrage sur les arbres. Fasciné par le car­ac­tère solaire de la jeune femme en cou­ple avec Claire, il a renou­velé les col­lab­o­ra­tions avec elle et une com­plic­ité s’est instau­rée entre eux, ali­men­tée par une fas­ci­na­tion com­mune pour un pays, la Bir­manie. Con­tin­uer la lec­ture

Crepax par la bande

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Gui­do Crepax. L’axiome d’Eros, La let­tre volée, 2023, 140 p., 18 €, ISBN : 9782873176167

Bergen Guido CrepaxBien sûr, il y a son Emmanuelle – pre­mier fris­son, ces jambes pen­dantes, devant l’osier d’un fau­teuil démen­tiel où elle trône en reine dés­abusée – et son His­toire d’O – deux­ième fris­son, cette sil­hou­ette nue et aveu­gle attirée en laisse par un laquais sor­dide vers quel ver­tige ? Deux som­mets de ce que l’on hésite à qual­i­fi­er de « bande dess­inée éro­tique » et qui mérite mieux son appel­la­tion de Neu­vième art. Mais Gui­do Crepax (1933–2003), c’est bien plus que Réage ou Arsan couchées, détail­lées et encrées en noir et blanc dans des albums qui firent les délices inter­dites de plusieurs généra­tions d’amateurs du genre, ou cap­tivèrent des uni­ver­si­taires, depuis Roland Barthes jusqu’aux Gen­der stud­ies ; c’est même bien plus que l’héroïne Valenti­na, « icône fémi­nine con­juguant avid­ité sex­uelle et art de l’onirisme ». Qui ain­si, à part les col­lec­tion­neurs mani­aques, se rap­pelait que le dessi­na­teur milanais avait égale­ment traité des States à l’époque où ils étaient autant enflam­més par le jazz, la guerre du Viêt-Nam et la ségré­ga­tion raciale ? Et qu’il avait illus­tré La mar­quise d’O (ini­tiale ô com­bi­en pré­fig­u­ra­trice) du roman­tique alle­mand Kleist, Le procès de Kaf­ka, Drac­u­la, Franken­stein, His­toire de l’œil de Bataille ? Con­tin­uer la lec­ture

Une semaine dans la vie d’un homme

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Luc OUTERS, Mon nom ne vous dira rien, Impres­sions nou­velles, 2023, 208 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–064‑7

outers mon nom ne vous dira rienJour­nal­iste sportif, Dominique se retrou­ve céli­bataire pour une semaine. Julie, son épouse, est en séjour pro­fes­sion­nel en Afghanistan et, dis­posant de temps, il reprend con­tact avec Philippe, un ami de longue date qu’il n’a plus vu depuis une éter­nité. Ce dernier l’informe de l’état de son épouse, Elsa, qui a con­trac­té une forme pré­coce de la mal­adie d’Alzheimer qui laisse son com­pagnon désem­paré. Out­re sa perte de mémoire des faits récents et son inca­pac­ité à recon­naître qui que ce soit, celle-ci prend régulière­ment la poudre d’escampette, sil­lonne Brux­elles puis ne retrou­ve plus son chemin. Elle s’exprime le plus sou­vent dans son ital­ien natal et lorsqu’elle est accostée par de per­son­nes qui pro­posent de la recon­duire chez elle, elle leur répond invari­able­ment : « Mon nom ne vous dira rien ». Exténué, Philippe a fait la con­nais­sance d’une jeune femme et il demande à son ami d’assurer une présence une nuit auprès d’El­sa. Con­tin­uer la lec­ture

Le lierre des souvenirs

Sylvie ROGE, J’ai appris à me taire, F dev­ille, 2023, 204 p., 20 €, ISBN : 9782875990716

roge j ai appris a me taireLa nar­ra­trice, Clé­mence, veuve depuis plusieurs années, démé­nage dans une mai­son de repos, cer­taine­ment son dernier démé­nage­ment avant la grande fin. Elle est résignée : c’est le chemin de la vie. Elle ne veut en aucun cas être un poids pour sa fille Jus­tine. Cette dernière a déjà bien du souci avec son aînée, Glad­ice, une jeune ado­les­cente au regard noir. Sa petite-fille lui rap­pelle quelqu’un : Anna, sa sœur aînée, avec qui elle a vécu jusqu’à ses six ans. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie de la sensation originaire

Pierre-Yves SOUCY, De si près, l’ici du corps, Let­tre volée, 2023, 72 p., 15 €, ISBN : 9782873176181

Soucy De si près l'ici du corpsS’ouvrant sur une cita­tion du poète et pein­tre chi­nois Mang Ke — « Non nous n’avons rien dit / Rien que le lan­gage de la chair » —, laque­lle cita­tion brille comme un por­tique éclairant la « Stim­mung » du recueil, De si près, l’ici du corps déroule une par­ti­tion poé­tique en qua­tre par­ties. L’expérience poé­tique que Pierre-Yves Soucy éla­bore au fil d’une œuvre d’une haute tenue s’enracine dans le trou­ble d’un sen­si­ble qui éveille la chair à ses pos­si­bles, à sa ren­con­tre avec l’autre comme avec ses pro­pres ver­tiges. L’horizon sous lequel se tient la pen­sée poé­tique de Pierre-Yves Soucy a pour des­sein l’exploration d’une sen­sa­tion orig­i­naire, du chi­asme mer­leau-pon­tyen du sen­ti et du sen­tant que l’auteur pro­longe dans le creuse­ment d’une ren­con­tre en intéri­or­ité entre la chair des mots et l’espace muet des corps. Son apti­tude à capter les épipha­nies rares d’un touch­er qui brise la « soli­tude des chairs », d’un désir qui ren­con­tre l’énigme de l’autre et la sienne pro­pre extrait du vivre des moments où les chairs frôlées ou nouées com­mu­nient dans la ten­sion du vivre. Con­tin­uer la lec­ture

Roulez, jeunesse !

Flo­ri­an PÂQUE, Fourmi(s), Lans­man, 2023, 52 p., 11 €, ISBN : 9782807103870

paques fourmi(s)Après Éti­enne A,  Sisyphes, Flo­ri­an Pâque pour­suit son tra­vail de dra­maturge et d’homme de théâtre (mise en scène, jeu) en pro­posant cette fois une sorte de pro­longe­ment, ou plutôt d’écho, aux deux précé­dentes pièces à pro­pos des con­di­tions de tra­vail de l’époque de l’ubérisation.

Après un tra­vail doc­u­men­taire, des inter­views de tra­vailleuses et de tra­vailleurs des plate­formes Uber et cie, le dra­maturge a écrit deux ver­sions de ce texte ; une des­tinée à des représen­ta­tions dans tous les lieux non-théâ­traux et celle-ci, pub­liée récem­ment, et qui s’est fait belle­ment remar­quée au fes­ti­val d’Avignon. Elle livre une réflex­ion plus com­plexe sur c’est ten­dance apparue il y a une dizaine d’années qui est de faire miroi­ter aux jeunes, sou­vent sans emploi ou sans for­ma­tion ; une sorte de lib­erté économique, une lib­erté d’entrepreneur indépen­dant (mais aus­si sans pro­tec­tion sociale et sans les con­di­tions de ce qu’on pour­rait atten­dre naïve­ment en matière de dig­nité et de respect des droits des tra­vailleurs). « Mais que dia­ble allait-il faire à cette galère ? », écrit Molière dans Les fourberies de Scapin. Con­tin­uer la lec­ture

Petites faunes saugrenues

Béa­trice LIBERT, Poèmes en quête de nuits douces, Fron­tispice de l’auteur, pré­face de Lau­rent Four­caut, Le Tail­lis Pré, 2023, 90 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–208‑8

libert poemes en quete de nuits doucesPar­mi les com­plex­es struc­tures de la langue, il existe de petits ensem­bles clos de mots appelés « microlex­iques ». Béa­trice Lib­ert en a sélec­tion­né cinq des plus courants, pour servir de trem­plins à des poèmes entière­ment orig­in­aux : les let­tres de l’alphabet, les chiffres du sys­tème déci­mal, les notes de la gamme, les jours de la semaine, les qua­tre saisons. Chaque titre con­tient la locu­tion « en quête de », visant des cibles telles que « auteurs », « somme » arith­mé­tique, « musi­ciens », « vacances », etc.  On s’étonne qua­si de ne pas trou­ver dans cette kyrielle les cinq doigts de la main ou les douze mois de l’année… D’autre part, la quin­tu­ple série est encadrée par deux listes moins fer­mées : douze couleurs dont les trois fon­da­men­tales, vingt-et-un mots com­mençant par la syl­labe an-. Ain­si l’al­lure du recueil Poèmes en quête de nuits douces évoque-t-elle cer­tains opus­cules tra­di­tion­nels, abécé­daires, almanachs ou glos­saires. Le lecteur ne peut man­quer d’y recon­naitre ces réper­toires fam­i­liers, et même banals, pro­pres à sus­citer un sen­ti­ment de réminis­cence ras­sur­ante – avant l’envolée vers les vire­voltes imag­i­na­tives les plus inat­ten­dues. Ain­si s’appuie-t-on sur le con­nu pour plonger sans tran­si­tion dans l’in­con­nu, démarche dont on note le car­ac­tère à la fois ludique, para­dox­al et anti­con­formiste. Quant à l’insistant « en quête de », il sig­nale que les sept listes ne se suff­isent pas à elles-mêmes, mais sont plutôt comme des matéri­aux sur une aire de chantier, atten­dant que quelque arti­san vienne les met­tre en œuvre. Con­tin­uer la lec­ture

L’Estro armonico, auberge espagnole de la Révolution 

Frédéric THOMAS et Clairette SCHOCK, Cette soif inas­sou­vie d’une vie à chang­er, Post­face de Raoul Vaneigem, Cerisi­er, coll. « Place publique », 144 p., 14,50 €, ISBN : 978–2‑87267–241‑7

cette soif inassouvie d'une vie a changerRécem­ment, ici-même, nous avons eu l’opportunité de chroni­quer Per­son­ne et les autres, un essai récent à pro­pos d’André Frankin et de l’Internationale Sit­u­a­tion­niste où Guy Debord, Raoul Vaneigem et tant d’autres ten­taient, en rela­tion avec la Revue et le Mou­ve­ment Social­isme et Bar­barie (de 1947 à 1965), de défaire toute légitim­ité au total­i­tarisme et au com­mu­nisme en par­ti­c­uli­er. Con­tin­uer la lec­ture

Amours interdites

Brigitte MOREAU, Le dia­ble se moque bien des his­toires d’amour, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 200 p., 20 €, ISBN : 9782875990761

moreau le diable se moque bien des histoires d'amourD’un côté, il y a les Supérieurs ; de l’autre, les Inférieurs. Bien enten­du, les deux ne se fréquentent pas, ne se mélan­gent pas, ne se croisent presque pas. Au sein de la pre­mière caste existe une hiérar­chie se bas­ant sur le Pédi­grée des indi­vidus, se définis­sant lui-même par la somme de leurs quo­tients intel­lectuel, beauté, pro­fes­sion­nel, richesse et avenir. Cette valeur pré­cisé­ment mesurée, qui peut vari­er selon les aléas de la vie, per­met d’unir, sur une base rationnelle et objec­tive, les meilleurs élé­ments entre eux. Ain­si, lors d’une céré­monie dili­gen­tée par des hommes de loi, les pères, ayant préal­able­ment amassé une dot, négo­cient le mariage de leurs filles, tan­dis que ces dernières atten­dent patiem­ment dans une salle que leur sort soit scel­lé. Con­tin­uer la lec­ture

La mort elle-même / peine à trouver ses mots…

Aurélien DONY, Gram­maire du vide, pho­togra­phies de Vic­torine Alisse, Arbre à paroles, 2023, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87406–737‑2

dony grammaire du videOrné de pho­togra­phies de Vic­torine Alisse, le recueil Gram­maire du vide est l’édition défini­tive de trois séries de poèmes (« Terre Silence » — « À pierre fendre » — « Sol­stices ») « écrits entre 2018 et 2022, puis retra­vail­lés durant une rési­dence d’écriture à la Mai­son de la Poésie », peut-on lire dans les notes tech­niques de l’ouvrage. Des exer­gues de Yan­nick Haenel, d’Anise Koltz et Hen­ri Michaux évo­quent cha­cun à leur manière la néces­sité, la présence et la rup­ture du silence. Con­tin­uer la lec­ture

Un cadavre dans la bibliothèque

Didi­er POISSON, Avis de retard, F dev­ille, 2023, 162 p., 18 €, ISBN : 9782875990778

poisson avis de retardBertrand est pro­fesseur de français à la retraite. Claire l’a quit­té alors qu’il sor­tait de la vie active. Depuis, il vit seul une exis­tence sans his­toire dans le vil­lage de son enfance. Sa semaine est organ­isée pour tromper l’ennui et elle est ryth­mée par des petits plaisirs : prom­e­nades dans le parc com­mu­nal, apéri­tif puis piz­za avec Pas­ca­line, l’ancienne col­lègue qui le rejoint au café du com­merce. Et puis il y a Ori­on, son petit-fils, qu’il accueille le mer­cre­di après l’école avant que sa fille Chloé les rejoigne pour le repas du soir. Curieuse­ment, il lit des livres d’économie qu’il emprunte à la bib­lio­thèque. Cet intérêt soudain est-il une manière de rejoin­dre Claire dans un savoir dont elle avait fait son méti­er ? Con­tin­uer la lec­ture

Une nuit, rien qu’une seule nuit

Philippe BEHEYDT, L’aéroport, Lans­man, 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0384‑9

beheydt l'aéroportL’intrigue se déroule dans un aéro­port de province, sans doute quelque part au milieu des États-Unis. Une grosse tem­pête cloue les avions au sol et oblige les pas­sagers à mod­i­fi­er leurs plans. Ils doivent quit­ter les lieux ou pass­er la nuit dans l’aéroport. C’est le cas de l’une des deux pro­tag­o­nistes – Elle – qui n’a d’autre choix que de se résoudre à atten­dre là, en s’installant comme elle peut sur une ban­quette, au milieu de ses sacs. Pen­dant qu’elle dort, un homme en cos­tume frois­sé – Lui – arrive, avec sa seule valise, et s’installe sur le siège le plus éloigné d’elle. Elle se réveille et voit l’homme qui la fixe. Il engage la con­ver­sa­tion et se joue rapi­de­ment d’elle. Elle est agacée par ce type qui cherche un peu de com­pag­nie dans cet aéro­port désert. Elle le trou­ve con­de­scen­dant, lourd, envahissant et ne veut pas de cette promis­cuité non désirée. Elle n’a pas envie de dis­cuter ni de se faire de nou­veaux amis. Mais lui n’a­ban­donne pas la par­tie. Il la provoque gen­ti­ment, la drague, enchaine les jeux de mots pour­ris et fait tout pour qu’elle sorte de ses gongs. Après l’agacement, elle entre dans son jeu et se met à par­ler, jouer, provo­quer elle aus­si. Peu à peu, der­rière leurs cara­paces, on aperçoit leurs cica­tri­ces et leur manque d’amour. Con­tin­uer la lec­ture