Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

« Mais alors, avant d’être ensemble, qu’avions-nous vu ? »

Un coup de cœur du Car­net

Eva KAVIAN, L’homme que j’aime, Car­nets du Dessert de Lune, 2019, 66 p., 12 €, ISBN : 978–2930607597

Eva Kavian est une autrice qui touche à tous les gen­res, écrit pour tous les âges et ani­me des ate­liers d’écriture. Poésies, road-movie mésolithique, manuel pour appren­ti écrivain, romans pour enfants ou ado­les­cents, sou­vent elle invente des vies à ses per­son­nages. Par­fois, elle racon­te la sienne. Con­tin­uer la lec­ture

Un petit tour et puis s’en va

Alice MARTINACHE et Alex­is LUBOW, La fête noire, Lans­man, 2018, 40 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0222‑4

Emma et Jean retour­nent sur les lieux de leur ren­con­tre. À présent séparés, ils se sou­vi­en­nent de ce pre­mier jour : Emma qui attendait son bus. Jean qui, par manque d’inspiration pour son livre, était sor­ti pren­dre l’air. Dis­traite comme pas deux, Emma qui s’était trompée d’arrêt de bus et Jean, en par­fait gen­tle­man, qui lui avait tenu com­pag­nie. Un tour à la fête foraine toute proche et la grande roue de l’amour s’était mise en marche. Con­tin­uer la lec­ture

Féminités en quête d’harmonie

Car­o­line BOUCHOMS, N’oublie pas que la vie t’aime, Coudri­er, 2018, 162 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930498–91‑1 

Car­o­line Bou­choms nous donne à lire treize nou­velles où le per­son­nage prin­ci­pal est une petite fille, une jeune fille ou une femme. Elle nous livre des frag­ments de leur vie très peu con­tex­tu­al­isés, où l’on est immergé dans leurs ques­tion­nements et leurs fêlures. Nous plon­geons tan­tôt dans l’univers d’enfants mal aimées, avec des par­ents mal assor­tis et mal dans leur peau, tan­tôt dans celui de jeunes femmes en quête de soi, qui se réfugient dans la reli­gion, dans une cabane dans les bois ou dans des amours improb­a­bles.

Con­tin­uer la lec­ture

La force des serments

Dami­enne LECAT, Le pis­seux, Acad­e­mia, 2019, 120 p., 13.5 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0444‑1

Éric a la soix­an­taine soli­taire. Ana­lyste financier, il vit reclus dans un apparte­ment, réduisant au strict min­i­mum ses sor­ties, prof­i­tant des ser­vices de sa sœur Anne qui lui est toute dévouée mais qu’il ne se prive pas de mal­traiter. Son univers en huis clos est organ­isé méthodique­ment, sa vie est guidée par l’obsession de la pro­preté et elle est ryth­mée de rit­uels immuables, de gestes répétés, de petits plaisirs soli­taires. Rela­tion­nelle­ment, son exis­tence est min­i­mal­iste, il loue régulière­ment les ser­vices tar­ifés d’une pros­ti­tuée et ne recherche aucun con­tact. Il fuit la com­pag­nie de ses sem­blables. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de se cacher en souriant

Anne CRAHAY, Le sourire de Suzie, Cot­Cot­Cot, 2019, 26 p., 12.50 €, ISBN : 978–2‑930941–07‑3

Suzie a per­du le sourire, inquiète de ce qui se trame dans le monde des adultes. Inquiète d’inquiéter plus encore les adultes. Elle se com­pose une col­lec­tion de sourires à arbor­er en toutes cir­con­stances. « Un sourire comme défense ». La pau­vre Suzie retient tout et garde ses sourires figés. Face impec­ca­ble, elle fait face jusqu’à ce que ses sourires de papiers se déchirent. Qui est Suzie ? Elle se cache der­rière ses mul­ti­ples sourires qui la dis­simu­lent, l’étouffent peut-être. Plus elle sourit, plus la vie se com­plique. Suzie tient ses sourires, con­tient ses sen­ti­ments, jusqu’au « déluge » des émo­tions. Jusqu’à ce qu’enfin, les par­ents com­pren­nent et ras­surent l’enfant qui en avait besoin. Con­tin­uer la lec­ture

Lavis d’une enfant morte

Françoise LISON-LEROY et Diane DELAFONTAINE, Les blancs pains, Esper­luète, 2019, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑35984–106‑0

Après la dis­per­sion des cen­dres d’un corps, les vivants revi­en­nent sur le lieu exact y pos­er des fleurs. Le vent les a pris, pous­sières et plantes, pour­tant les pas y retour­nent. Prég­nante est la mort : de sou­venirs, de rassem­ble­ments, d’émotions ; en somme de vie. C’est ce que poé­tise Françoise Lison-Leroy à pro­pos d’une petite fille décédée beau­coup trop tôt.

Je con­nais ton secret. Tu es l’enfant d’une fièvre et d’un rosier grim­pant.

Con­tin­uer la lec­ture

En vers et contre tout

André STAS et Éric DEJAEGER, Sor­nets, illus­tra­tions de Jean-Paul Ver­straeten, album édité à 200 exem­plaires numérotés et signés, R.A. Edi­tions, 2018, 210 p. ; Éric DEJAEGER, Le musée de la girou­ette et du ven­ti­la­teur (Poèmes cocass­es), cou­ver­ture de Serge Delescaille, Gros Textes, 2018, 82 p., 6 €, ISBN : 978–2‑35082–401‑7

Sornets couverture andré stas eric dejaeger

En tête des Sor­nets, l’opus com­mun d’André Stas et Éric Dejaeger, le por­trait de ces deux far­fadets crapo­teux, réal­isé par Jean-Paul Ver­straeten, troisième lar­ron de la fête, donne bien le ton de la pyrotech­nie lan­gag­ière et (dé)culottée de cet opus. Savante et acro­ba­tique aus­si puisqu’il s’agit pour ces fins let­trés, dévoyés pour la bonne cause – celle du rire –, de pro­duire selon les canons les plus ortho­dox­es de la métrique, cent son­nets alexan­drins qui valent leur pesant de roupie et de jouis­sive inso­lence.

Con­tin­uer la lec­ture

En pente douce

Tris­tan ALLEMAN, Sidérales, Tra­verse, 2019, 80 p., 13€, ISBN : 978–2‑93078–330‑7

Dans Tes yeux, qui ouvre ce nou­veau recueil, pub­lié après Fugi­tives en 2018 (qui con­cer­nait davan­tage les nou­velles), Tris­tan Alle­man dit « vouloir la sou­p­lesse du flot et la sim­plic­ité du monde ». Voilà un vers par­ti­c­ulière­ment pro­gram­ma­tique de son œuvre poé­tique limpi­de, con­sti­tuée de textes courts, qui « s’interstice, se glisse, se fau­file et s’esquisse » entre les gen­res. Assem­blées en cinq par­ties qui tan­tôt affichent une sym­bol­ique claire (III Prénoms, cir­cu­lant entre Françoise, Lau­ra, Élise ou Blanche, héroïnes rêveuses et vaporeuses) tan­tôt lais­sent le champ ouvert à des échap­pées plus amples (II L’air pur, V Envol), ces Sidérales ont été glanées dans un espace-temps de vingt-cinq ans, mais témoignent toutes d’un rap­port direct et sans fard de l’auteur à ce qui l’entoure, d’une obser­va­tion patiente « comme une pierre d’eau /qu’érodent  vents et siè­cles ». Une façon de con­sid­ér­er tant la nature que les mots comme des alliés qui sied bien à la pro­fes­sion de jour – bib­lio­thé­caire à la Fac­ulté Poly­tech­nique de l’U­Mons – de celui qui fut égale­ment, avec Marc Menu, co-respon­s­able des édi­tions du Coq. Une façon aus­si, sans doute, comme le dit Super­vielle de se faire « des amis des grandes pro­fondeurs. » Con­tin­uer la lec­ture

Tourments et superbe

Un coup de cœur du Car­net

Yvon GIVERT, Le voy­age immo­bile et autres poèmes, Tail­lis Pré, 2019, 156 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–144‑9

Affres plus que spleen, Le voy­age immo­bile et autres poèmes d’Yvon Givert sont de la douleur pure. L’expression d’une souf­france ultime quoique con­trôlée, et pro­fondé­ment enfouie entre les nervures et fil­igranes des pages, comme en un tis­su nerveux imbibé de cha­grins soumis à la rai­son, la lucid­ité, la force de pen­sée et de car­ac­tère. Pour ne pas déranger, ne pas débor­der, ne pas con­tagi­er autrui… ni peut-être som­br­er dans la folie. Con­tin­uer la lec­ture

Entre ombre et clarté

Serge MEURANT, L’atelier de Philippe Des­omberg. Car­nets, Amis de l’École des Arts, 2019, n.p.

Art et poésie se rejoignent au creux des pages du petit livre de Serge Meu­rant L’atelier de Philippe Des­omberg. Car­nets.

Les mots épousent les sculp­tures, entrent en réso­nance avec elles, ren­dent leur présence sen­si­ble.

Somp­tu­osité des dos / où respire / la vie vul­nérable. 

La pierre te domine, / c’est un corps / qui se refuse et se donne. // Sa dureté t’éreinte. / Elle te guide / en une danse immo­bile. // Vos gestes se répon­dent, / dans l’obscurité. 

Les poèmes dia­loguent avec des pho­togra­phies extraites du film de Francine d’Hulst L’atelier de Philippe Des­omberg et des dessins du sculp­teur.

La nuit tombe dans l’atelier. / On croirait enten­dre / la res­pi­ra­tion des stat­ues / ou est-ce l’écho / de ton souf­fle / qui embue le miroir ? 

Francine Ghy­sen

Quand la nuit enfle

Flo­rence NOEL, fron­tispice de Pierre GAUDU, Solom­bre, Tail­lis Pré, 2019, 83 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–145‑6

C’est durant la nuit que la poésie s’éveille ! Celle des amants, des enfants dont les « pattes nues» effleurent, tel un pin­son apeuré, « le car­relage en dami­er », celle aus­si des silences angois­sés, des spec­tres, des attentes et des promess­es que l’on ne tien­dra peut-être pas. Atten­dant l’aube, la nuit se plaît à déclin­er les ombres soli­taires que sug­gère le titre en forme de mot-valise. « Solom­bre », l’ombre au sol pro­jetée, noc­turne, la cache som­bre du soleil noir, ou encore la nuit-ombrelle pro­tégeant des strates de l’astre qui, on le sait, rede­vien­dra carmin dès les pre­miers rayons du jour. «  Solom­bre », mot d’exergue extrait des Hom­mages et pro­fa­na­tions d’Octavio Paz et que Flo­rence Noël fait sien pour enclencher l’écriture. Mais c’est aus­si dans la nuit que l’écriture scelle les ser­ments, les longues his­toires, tou­jours les mêmes, que l’on racon­te aux enfants pour les ras­sur­er, leur per­me­t­tre de plonger dans la nuit des songes con­so­la­teurs. Comme pour les sous­traire aux cauchemars qu’aiguise la nuit intraitable qui se terre der­rière les ten­tures et que les con­tes bal­aieront « d’une aile ». Con­tin­uer la lec­ture

On n’a que le plaisir qu’on se donne

Éric DEJAEGER et John F. ELLYTON, Un Orval des ors vaut, Cac­tus inébran­lable, 2019, 126 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930659–91‑6

À l’abbaye d’Orval, quelques 26664 bouteilles (soit 1111 casiers) de bière, à peine chargées sur le camion prêt à par­tir à des­ti­na­tion de la France, sont dérobées lors d’un braquage expédi­tif. Deux moines restent sur le car­reau. Un groupe ter­ror­iste revendique l’attaque, au nom de la soif des Belges : les fréquentes pénuries de la pré­cieuse trap­piste, dues à l’indécrottable refus des moines d’augmenter leur pro­duc­tion, leur sem­blent un motif suff­isant pour empêch­er que la moin­dre goutte de leur breuvage favori quitte le ter­ri­toire. Con­tin­uer la lec­ture

Traversée de la philosophie

Alain BAJOMÉE, Vie, mort, plaisir, souf­france et autres réjouis­sances. Une petite balade en philoso­phie, Illus­tra­tions de Thomas Bajomée et de Hen­ri Char­li­er, Édi­tions de la Province de Liège, 2019, 558 p., 18 €, ISBN : 9782390101338

Ni manuel ni his­toire de la philoso­phie de ses orig­ines à nos jours, Vie, mort, plaisir, souf­france et autres réjouis­sances nous con­vie à une tra­ver­sée libre de penseurs qu’Alain Bajomée abor­de sous l’angle des ques­tion­nements qu’ils ont soulevés et des enjeux con­tem­po­rains qu’ils véhicu­lent. Choi­sis­sant d’éclairer des notions (lib­erté, vérité, mal, réal­ité, être….), des prob­lèmes par des éclairages venant du ciné­ma, des séries TV ou de la musique, Alain Bajomée ramène l’activité philosophique à son ques­tion­nement, à l’étonnement qui lui a don­né nais­sance. Sans accentuer la coupure arti­fi­cielle et sujette à cau­tion entre pen­sée mythique et avène­ment du logos, l’avènement de la philoso­phie occi­den­tale au siè­cle avant J. C. cor­re­spond à une nou­velle manière de penser qui, s’affranchissant de l’explication par les dieux, par les mythes, s’interroge sur l’ordre du monde en se con­fi­ant aux lumières de la rai­son. Arbre com­posé d’une mul­ti­plic­ité de branch­es — logique, méta­physique, morale, esthé­tique, épisté­molo­gie… —, la philoso­phie en tant qu’« amour de la sagesse » se dif­fracte en domaines, en écoles, en courants. Con­tin­uer la lec­ture

La route de l’exil

Lay­la NABULSI, Deux valis­es pour le Cana­da, Lans­man et CTEJ, 2019, 36 p., 9 €, ISBN : 978–2‑8071–0221‑7

L’émigration est-elle encore envis­age­able passé un cer­tain âge ? Une vieille dame se sou­vient et racon­te l’exil qu’elle a con­nu, des années plus tôt, lors de la révo­lu­tion hon­groise. Fuir, marcher, avoir froid, très froid, marcher encore, soutenir les siens… À son âge, elle serait inca­pable de recom­mencer. Con­tin­uer la lec­ture

La forge du poème

Aurélien DONY, Du feu dans les brindilles, Bleu d’encre, 2019, 65 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–25‑3

Aurélien Dony fait par­tie d’une nou­velle généra­tion de poètes née dans les dernières années du XXe siè­cle. Une généra­tion accou­tumée aux para­dox­es d’une moder­nité qui se cherche entre désirs de silence et tor­rents de com­mu­ni­ca­tion. Quelle place pour le poète dans ce chaos du monde ? Dans cette gabe­gie où « l’algèbre des morts » dicte le plus sou­vent la loi des hommes ? Repren­dre pied, se réap­pro­prier les colères, les rêves et les voix que le bouil­lon­nement du temps broie sous un vacarme volon­taire­ment assour­dis­sant. Comme pour mieux brouiller les pistes. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on se verrait bien se prendre une overdose de métal durant les vingt ans à venir

Anik DE PRINS et Véronique BERGEN, Hard Rock Mar­ket, pré­faces de Doro et Philippe Close, Lamiroy, 2019, 239 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87595–187‑8

Ce livre est un plaisir. Une ode. Un chant d’amour pour une époque. Pour une bou­tique. Pour une femme engagée et généreuse. Anik De Prins. Amie des plus grands métalleux que ce monde a porté jusqu’i­ci. Un long péan pour un état d’e­sprit. Une façon d’être. De vivre généreuse­ment, inten­sé­ment ses rêves. C’est qu’Anik De Prins est une sacrée bonne femme. Au cœur grand comme ça. Ouvrant en 1975, rue des Éper­on­niers, en plein cœur his­torique et touris­tique de Brux­elles, la Bou­tique Anik, un mag­a­sin hip­pie, légendaire, où l’on trou­vait des fringues, des objets sin­guliers, ramenés d’Amérique, des pays lati­nos, par Anik, la prêtresse des lieux. Ouvrant ensuite, en 1991, rue des Éper­on­niers encore, un peu plus loin, le Hard Rock Mar­ket, un lieu culte, un lieu de pas­sage, entière­ment dédié au métal. À la musique métal. Au heavy. Bien lourd. Où l’on pou­vait, jusqu’il y a peu, dégot­ter des pièces rares. T‑shirt rares. Objets rares. Où l’on se pres­sait au por­tillon. Des clients venant du monde entier. Des stars du genre. Des groupies. Chanteurs et chanteuses amies d’Anik, la fan absolue. Véronique Bergen dres­sant, ici, dans ce livre sin­guli­er, le por­trait de toute une époque. De tout un état d’e­sprit. Prof­i­tant du fait que la bou­tique d’Anik ferme bou­tique, après tant de présence, tant d’an­nées passées au cœur de Brux­elles, pour revenir, dans un superbe abécé­daire, sur ces années-là, cru­ciales pour tout qui serait fan de rock. D’e­sprit rock. Con­tin­uer la lec­ture