Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Où l’on se verrait bien se prendre une overdose de métal durant les vingt ans à venir

Anik DE PRINS et Véronique BERGEN, Hard Rock Mar­ket, pré­faces de Doro et Philippe Close, Lamiroy, 2019, 239 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87595–187‑8

Ce livre est un plaisir. Une ode. Un chant d’amour pour une époque. Pour une bou­tique. Pour une femme engagée et généreuse. Anik De Prins. Amie des plus grands métalleux que ce monde a porté jusqu’i­ci. Un long péan pour un état d’e­sprit. Une façon d’être. De vivre généreuse­ment, inten­sé­ment ses rêves. C’est qu’Anik De Prins est une sacrée bonne femme. Au cœur grand comme ça. Ouvrant en 1975, rue des Éper­on­niers, en plein cœur his­torique et touris­tique de Brux­elles, la Bou­tique Anik, un mag­a­sin hip­pie, légendaire, où l’on trou­vait des fringues, des objets sin­guliers, ramenés d’Amérique, des pays lati­nos, par Anik, la prêtresse des lieux. Ouvrant ensuite, en 1991, rue des Éper­on­niers encore, un peu plus loin, le Hard Rock Mar­ket, un lieu culte, un lieu de pas­sage, entière­ment dédié au métal. À la musique métal. Au heavy. Bien lourd. Où l’on pou­vait, jusqu’il y a peu, dégot­ter des pièces rares. T‑shirt rares. Objets rares. Où l’on se pres­sait au por­tillon. Des clients venant du monde entier. Des stars du genre. Des groupies. Chanteurs et chanteuses amies d’Anik, la fan absolue. Véronique Bergen dres­sant, ici, dans ce livre sin­guli­er, le por­trait de toute une époque. De tout un état d’e­sprit. Prof­i­tant du fait que la bou­tique d’Anik ferme bou­tique, après tant de présence, tant d’an­nées passées au cœur de Brux­elles, pour revenir, dans un superbe abécé­daire, sur ces années-là, cru­ciales pour tout qui serait fan de rock. D’e­sprit rock. Con­tin­uer la lec­ture

La vie à contre-emploi

Alex LORETTE, Dream Job(s), Lans­man et CED-WB, 2019, 80 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0224‑8

Le théâtre con­tem­po­rain cherche, à chaque généra­tion, à ébran­ler les con­ven­tions sociales de la vio­lence com­mune, invis­i­ble, banale. Alex Lorette est de ces auteurs et sa dernière pièce Dream job(s), enfonce le clou dans l’u­nivers de l’apparence raisonnable du man­age­ment et des prof­its implaca­bles qu’elle doit génér­er. La pièce a reçu le prix des met­teurs en scène « hors » et « en » Bel­gique 2017–2018. Con­tin­uer la lec­ture

Le poète-troupier du Spantole

Pierre-Jean FOULON, XL, Span­tole, 2018, DL 2018–0667‑4
Pierre-Jean FOULON, Los du troupi­er post­mod­erne et de ses acolytes, Span­tole, 2018, DL 2018–0667‑1

Pierre-Jean Foulon est un homme du livre, sous toutes ses cou­tures pour­rions-nous dire. Licen­cié en philolo­gie clas­sique et doc­teur en His­toire de l’art, il est con­ser­va­teur hon­o­raire de la Réserve Pré­cieuse du musée roy­al de Mariemont au sein de laque­lle il a notam­ment créé une sec­tion con­sacrée aux livres d’artistes. En marge de ses travaux académiques, ce pas­sion­né est aus­si auteur de textes qui oscil­lent entre poésie et prose. Une écri­t­ure exigeante et dis­crète que l’on suit per­son­nelle­ment depuis la pub­li­ca­tion du recueil À bor­ds déchi­quetés, paru en 1991 aux édi­tions du Span­tole, la mai­son que fon­da son père, l’écrivain et essay­iste Roger Foulon, imp­ri­mant ses textes poé­tiques sur une presse privée arti­sanale. C’est dire que la matéri­al­ité du livre occupe une place impor­tante dans le par­cours de Pierre-Jean qui naturelle­ment s’est tourné, dans le cadre de ses fonc­tions de con­ser­va­teur et d’enseignant, vers l’étude et la pro­mo­tion des livres d’artistes et des métiers qui y sont liés, graveurs, imprimeurs, édi­teurs con­fi­den­tiels, illus­tra­teurs, etc. Rap­pelons aus­si que cette his­toire de « famille » est fil­iale­ment rat­tachée à la ville de Thuin qui abrite d’ailleurs une Mai­son de l’imprimerie et de la typogra­phie. Une région, la Thu­dinie, chère au cœur des Foulon qui l’ont arpen­tée et à laque­lle le nom des édi­tions, Span­tole, est étroite­ment lié puisque qu’il évoque un canon, une pièce à feu en fer forgé, butin sym­bol­ique de la ville qui fut, au cours des siè­cles, le théâtre de nom­breux sièges mil­i­taires. Une pas­sion aus­si pour le pat­ri­moine et l’histoire du « con­té » thu­dinien, pour la per­pé­tu­a­tion du folk­lore des célèbres march­es de l’Entre-Sambre-et-Meuse et dont l’auteur est un fer­vent par­ti­san. Con­tin­uer la lec­ture

Quand deux mémoires s’enroulent…

Geneviève MAIRESSE, Les mémoires enroulées, Weyrich, 2019, 184 p., 15 €, ISBN : 9782874895302

Il y a des titres qui en dis­ent long. Celui du pre­mier roman que Geneviève Mairesse pub­lie dans la col­lec­tion « Les plumes du coq » des édi­tions Weyrich, Les mémoires enroulées, appar­tient à cette caté­gorie. Le réc­it se déroule sur qua­tre épo­ques : les années ’30, ’70, ’90 ain­si qu’en 2016, le temps que l’on imag­ine être celui de l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture

Gaïa s’en va-t-en guerre

Véronique BERGEN, Guéril­la, ONLiT, 2019, 176 p., 14 € / ePub : 4.49 €, ISBN : 978–2‑87560–112‑4

Qui ne con­naî­trait de Véronique Bergen que ses con­tri­bu­tions au Car­net et les Instants (des textes récents sur Isabelle Stengers ou la col­lap­solo­gie théorisée par Pablo Servi­gne, Raphaël Stevens et Gau­thi­er Chapelle, notam­ment) pressen­ti­rait déjà le haut intérêt, sinon l’engagement, de l’écrivaine et philosophe pour la cause écologique et la défense d’une planète que l’exploitation humaine men­ace d’épuisement. De cette impli­ca­tion, elle donne une nou­velle illus­tra­tion avec, cette fois, un court roman, Guéril­la, paru dans l’élégant petit for­mat des édi­tions ONLiT.

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Mes amis, mes envies, mes folies

Lin­da VANDEN BEMDEN, La reine, la loi, la lib­erté, Weyrich, 2019, 139 p., 13€, ISBN : 978–2‑87489–529‑6

D’auditions en recon­sti­tu­tions, la vie pro­fes­sion­nelle d’Anne-Omalie Valdieu est ryth­mée par les affaires qu’elle suit en tant qu’interprète judi­ci­aire, pro­fes­sion qui lui vaut ren­con­tres atyp­iques et anec­dotes cocass­es ou trag­iques. Côté vie privée, on n’emploiera pas le terme « rou­tine » non plus. Point de vue cou­ple, c’est com­pliqué. Rien de sérieux depuis Mille Pétards, l’amoureux sous influ­ence qui préser­vait trop bien le mys­tère sur sa per­son­nal­ité clean. La seule rela­tion sta­ble d’Anne‑O, c’est celle qu’elle entre­tient avec Béa, sa meilleure amie. « L’amitié à long terme a quelque chose d’extrêmement séduisant en ce sens qu’elle est dénuée d’obligations, hormis celles que vous vous imposez tacite­ment. » Même son voisi­nage est changeant, la sym­pa­thique vieille Fan­nie du rez-de-chaussée se voy­ant bien­tôt rem­placée par la hau­taine Fleurine Renoir-comme-le-pein­tre. Con­tin­uer la lec­ture

Vers la fraternité

Daniel SIMON, Au prochain arrêt je descends, Car­nets du Dessert de Lune, 2019, 96 p., 14€, ISBN : 978–2‑930607–51‑1

Daniel Simon a de nou­veau frap­pé. Le directeur des Édi­tions Tra­verse et l’auteur de nom­breux livres de poésie, de théâtre et d’essais livre ici son nou­v­el opus poé­tique, Au prochain arrêt je descends, aux Édi­tions Les Car­nets du Dessert de Lune.

L’illustration de cou­ver­ture de Pierre Duys et l’exergue de Paul Celan sem­blent annon­cer la couleur : l’intention du poète ne sera pas de livr­er une poésie mièvre ou asep­tisée. En effet, le ton de Daniel Simon est celui de la révolte. La qua­trième de cou­ver­ture, un texte de Daniel Fano, aver­tis­sait déjà : ce livre s’adresse à ceux qui por­tent ce « refus de servir ceux qui veu­lent effac­er la part d’humanité qui habite encore en nous ». Con­tin­uer la lec­ture

La danse mène le monde ou une autre histoire de la Genèse

Un coup de cœur du Car­net

Antoine et Lau­rent DEMOULIN, Homo Saltans, Tétras Lyre, 2019, 24 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930685–38‑0

La danse mène le monde, une danse folle, insou­ciante, entêtée, une danse de vic­toire et de jouis­sance. Les hommes sont les écraseurs métronomiques du sol et c’est ain­si qu’ils ont imposé leur loi au monde. Tel est le principe de la Genèse selon Antoine et Lau­rent Demoulin.

Les let­tres sur la cou­ver­ture du livre sont trans­for­mées en totems où se mêlent le buste de Nefer­ti­ti, des stat­ues de déess­es de l’Afrique à l’Asie, des lam­pes, des tur­bines – idol­es mod­ernes. Le tout forme un H et un S au long duquel, petites sil­hou­ettes noires, les hommes mon­tent, obstinés. HS – Homo saltans –, ces let­tres éri­gent le saut en principe vital­iste qui guide l’évolution des sociétés humaines. Elles lais­sent peut-être enten­dre le terme de cette gigue fréné­tique – HS, Hors ser­vice. Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance sicilienne à Seraing

Gio­van­ni LENTINI, Vies à l’om­bre, Cerisi­er, 2019, 147 p., 12 €, ISBN : 978–2872672158

Dans le temps, la rue du Moli­nay était l’artère com­mer­ciale la plus impor­tante de la cité indus­trielle de Seraing, faisant le lien entre le bas de la com­mune et le quarti­er du Pairay. C’est dans une impasse don­nant sur cette artère que se déroule le troisième roman de Gio­van­ni Lenti­ni, Vies à l’om­bre. Con­tin­uer la lec­ture

Mai 68, du peket aux piquets : démocratiser la démocratie

Thier­ry GRISAR, Mai 68 amon nos-ôtes, Cerisi­er, 2019, 117 p., 11,50 €, ISBN : 978–2‑87267–214‑1

Prési­dent de l’U­nion générale des étu­di­ants (UG) de l’université de Liège, de mars 1968 à mars 1969, soit en pleine tour­mente Mai 68, Thier­ry Gris­ar ne nous livre pas un roman ou un jour­nal intime, un essai ou une syn­thèse exhaus­tive mais un récit/témoignage. Il con­jugue chronolo­gie des faits, dis­cours clés, humour mor­dant, écri­t­ure flu­ide, doc­u­ments his­toriques (car­i­ca­tures). Et esquisse le por­trait d’une jeunesse privée d’une lib­erté fon­da­men­tale : devenir adulte. Con­tin­uer la lec­ture

Yourcenar et la question du politique : la sentinelle de la lucidité

Un coup de cœur du Car­net

Tan­guy DE WILDE D’ESTMAEL (dir.), L’écrivain et le poli­tique. Six essais sur Yource­nar, Avant-pro­pos de Jacques De Deck­er, Press­es Uni­ver­si­taires de Lou­vain, 2018, 114 p., 14,50 € / PDF : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87558–728‑2

Actes de la journée qui s’est tenue à l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique le 19 décem­bre 2017 à l’occasion du tren­tième anniver­saire de la dis­pari­tion de Mar­guerite Yource­nar, L’écrivain et le poli­tique. Six essais sur Yource­nar inter­roge le rap­port de l’auteure de Mémoires d’Hadrien, L’œuvre au noir, Le coup de grâce au poli­tique. Un rap­port de prime abord peu évi­dent tant il est médié par le souci de l’universalisme. Jacques De Deck­er qui signe l’avant-propos, Bruno Blanck­e­man, Michèle Goslar, Tan­guy de Wilde, Luc Devoldere déga­gent la spé­ci­ficité de Yource­nar, à savoir un détache­ment, une méfi­ance envers la poli­tique (en tant que ges­tion des affaires humaines) et un intérêt omniprésent pour le poli­tique. Cet intérêt se traduit dou­ble­ment, au niveau de son œuvre et au niveau de sa vie, notam­ment au tra­vers de ses engage­ments écologiques à une époque où seuls quelques vision­naires, des décen­nies avant le réchauf­fe­ment cli­ma­tique qui frappe la planète, aler­taient sur la crise envi­ron­nemen­tale, la six­ième extinc­tion des espèces ani­males, la déforesta­tion, le saccage des écosys­tèmes et de la bio­di­ver­sité. Con­tin­uer la lec­ture

Heuristique saisonnière

David ANDRÉ, Saisons d’encre, L’âme de la colline, 2019, 114 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602025–1‑9

Un almanach de 365 ter­cets entre haïkus et apho­rismes racon­tant la météo intérieure d’un nou­v­el auteur atten­tif aux mou­ve­ments sourds et cer­tains des jours ; mourant et renais­sant… encore et tou­jours. David André compte les syl­labes comme les sec­on­des de la course entre éclairs et ton­nerres sur un bout de cam­pagne boueux, her­beux ou pier­reux selon le cal­en­dri­er. Con­tin­uer la lec­ture

L’île aux ressacs

Arnaud NIHOUL, Caitlin, Genèse, 2019, 312 p., 22.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689226

Lag­gan, une île au petit goût d’Hébrides, mod­este­ment peu­plée et, battue par les fureurs océaniques… Des entasse­ments de roches que domi­nent un phare dif­fi­cile­ment acces­si­ble et la tour d’un vieux château édi­fié autre­fois par le clan écos­sais des Camp­bell… C’est le décor de Caitlin, pre­mier roman pub­lié par le Namurois Arnaud Nihoul. Décor que Ian, natif des lieux, redé­cou­vre à l’appel de Mor­gan, son ami d’enfance, éter­nel gag­nant tou­jours très sûr de lui et devenu aujourd’hui un écrivain de répu­ta­tion mon­di­ale dont on s’arrache les romans policiers. Vingt-trois ans plus tôt, les deux ado­les­cents et Mur­ray, un troisième com­père, avaient accueil­li dans leur bande Caitlin, une fille de leur âge, farouche et d’une « mélan­col­ie rude », arrivée sur l’île pour vivre chez sa vieille tante Moïra. Con­tin­uer la lec­ture

Régime de l’art et motif de la condensation

Kim LEROY, La con­den­sa­tion. Économie sym­bol­ique et sémi­o­tique fon­da­men­tale, Let­tre volée, 2019, 192 p., 21 €, ISBN : 978–2‑87317–522‑1

Enseignant la philoso­phie de l’art et la sémi­olo­gie des médias à l’Académie royale des Beaux-Arts de Brux­elles et à l’école d’ARTS à Mons, Kim Leroy éla­bore dans l’essai La con­den­sa­tion une approche des arts plas­tiques, de l’esthétique en général à par­tir du con­cept de « con­den­sa­tion ». Par­tant de l’emploi du terme « con­den­sa­tion » par Matisse dans ses Écrits et pro­pos sur l’art (« Je veux arriv­er à cet état de con­den­sa­tion des sen­sa­tions qui fait le tableau »), Kim Leroy élit cette notion afin de définir un enjeu majeur de la pen­sée de l’art : la ques­tion du pas­sage de la réal­ité sen­si­ble, physique de l’œuvre à sa réal­ité psy­chique. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on plonge avec délice dans trente-six discours royaux

Dis­cours du Roi des Belges le 8 décem­bre 2018, sous la direc­tion de Lau­rent D’URSEL et Eddy Ekete MOMBESA, Mael­ström, 2018, 112 p., 8€, ISBN : 978–2‑87505–328‑2

Fer­mé depuis fin 2013 pour travaux de réno­va­tion, le Musée roy­al d’Afrique cen­trale de Ter­vuren a rou­vert ses portes. C’é­tait le 8 décem­bre 2018. Occa­sion rêvée, pour les édi­tions Mael­ström, de sor­tir un ouvrage col­lec­tif, d’une cen­taine de pages, cor­naqué par l’i­con­o­claste rueur dans les bran­car­ds Lau­rent d’Ursel et l’artiste plas­ti­cien Eddy Ekete Monbe­sa. Et ça flingue de tout bord. Et ça flingue de partout, du Rwan­da, du Con­go et de Bel­gique. Trente-six per­son­nal­ités, artistes, séna­teur MR, his­to­riens de renom, philosophes, fils et filles de colons, édi­teur, experts ès muséo­gra­phie, physi­cien, mythographe, ancien prési­dent du tri­bunal de pre­mière instance, etc., ont accep­té de « faire le nègre ». D’écrire pour le roi, à la place du roi, le dis­cours du roi. Celui que Sa Majesté aurait pu don­ner, à l’in­au­gu­ra­tion, en grandes pom­pes, de ce Musée ancien, érigé il y a plus de cent ans, à la gloire de l’époque colo­niale, à la gloire de notre « mis­sion », civil­isatrice en dia­ble. Con­tin­uer la lec­ture

Les mouches, ces déesses

Otto GANZ, Les vig­i­lantes,  Post­face de Jean Claude Bologne, Mael­ström, 2019, 156 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87505–330‑5 2

Cisel­er le ter­ri­ble en le coulant dans une prose per­cu­tante, descen­dre dans les tré­fonds d’une con­di­tion humaine appréhendée selon ses phénomènes-lim­ites, couler la fic­tion dans une écri­t­ure scalpel… l’œuvre de l’écrivain, poète et pein­tre Otto Ganz s’enroule autour des par­ti­tions du ver­tige. Au proverbe « on n’attrape pas des mouch­es avec du vinai­gre », le roman Les vig­i­lantes rétorque qu’on har­ponne le lecteur dès lors qu’on le plonge dans un dis­posi­tif nar­ratif déroutant. Les mouch­es, ces déess­es des détri­tus, ces vig­i­lantes qui s’attaquent au dis­cours et aux corps, sont au cœur de ce réc­it qui prend le déroule­ment nar­ratif à rebrousse-poil. Loin de toute gra­tu­ité comme le souligne Jean Claude Bologne dans sa post­face (qui, principe d’inversion oblige, ouvre le livre), loin d’un exer­ci­ce de prouesse vir­tu­ose, cette pro­gres­sion à rebours, allant de la con­clu­sion (« Con­clu­sion posthume au Jour­nal des âmes ») au chapitre I inti­t­ulé « La géné­tique et la merde », per­forme formelle­ment ce que le roman décrit : la désagré­ga­tion du per­son­nage — un nain trem­pé dans le crime, qui ter­mine ses jours coulé dans du béton —, la dévas­ta­tion de la logique de la vie et du lan­gage, l’extinction de la nais­sance par le couperet de la fin. Con­tin­uer la lec­ture