Archives par étiquette : aphorismes

De Chamfort à Vermot

Gaë­tan FAUCER, Le hasard arrive tou­jours à l’improviste, Cac­tus inébran­lable, coll. « Les p’tits cac­tus », 2021, 72 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–044‑9

faucer le hasard arrive toujours a l'improvisteL’aphorisme est un passe-partout utile à nom­bre d’écrivains pour pra­ti­quer une forme de provo­ca­tion (voire de sub­ver­sion) sous divers déguise­ments. Il peut se met­tre au ser­vice d’une idée forte, avec éventuelle­ment une exagéra­tion pro­pre à asseoir une répu­ta­tion et à sus­citer la con­tro­verse. Au ser­vice aus­si de la facétie par des tours de passe-passe sur le lan­gage et sur les jeux de mots de tout poil, sig­nifi­ants ou non. Au ser­vice aus­si du culte haute­ment salu­bre de l’absurde. Son empire s’étend donc des juge­ments altiers de Cham­fort au lud­isme pop­u­laire de l’almanach Ver­mot, en pas­sant par les apor­ies exis­ten­tielles de G.C. Licht­en­berg ou Pierre Dac. (En ce qui con­cerne Ver­mot, au-delà du mépris bon­homme dont il est la cible, rap­pelons quand même qu’il ne manque pas de beaux esprits pour pré­ten­dre que les plus mau­vais jeux de mots sont aus­si les meilleurs). Cela pour dire que le champ d’action de Gaë­tan Faucer dans son opus de poche, oppor­tuné­ment titré Le hasard arrive tou­jours à l’improviste, tit­ille toute la gamme du genre. Con­tin­uer la lec­ture

Des oignons aux fleurs

Tris­tan ALLEMAN, Avoir fleurs, Cac­tus inébran­lable, coll. “Micro­cac­tus”, 2021, 58 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–037‑1

alleman avoir fleursAux édi­tions du Cac­tus inébran­lable, le mys­tère des titres est sou­vent un jeu de pistes et de cache-cache avec le bon sens. Tris­tan Alle­man et son dernier opus Avoir fleurs n’échappe pas à la règle… Nous étions évidem­ment par­ti­c­ulière­ment soucieux de décou­vrir le sens de cette étrange locu­tion ver­bale, « avoir fleurs ». Inter­rogé sur le sens de ce titre, l’auteur nous rap­pelle l’émotion tou­jours présente et sa joie à la lec­ture des poèmes de Géo Norge à qui il dédie ce recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Neuf infusions de phrases

Tim­o­téo SERGOÏ, Nuit. Bruit. Fruit., Cac­tus inébran­lable, 2021, 86 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–033‑3

sergoi nuit bruit fruit— Bon­jour, jeune homme, quelle jolie ter­rasse vous avez ici !

— Mer­ci madame. Je vous en prie, installez-vous. Per­me­t­tez-moi de vous con­fi­er le menu.

— Mer­ci. Nuit. Bruit. Fruit. Joli nom d’établissement… Quelle sont vos spé­cial­ités ? Con­tin­uer la lec­ture

Joyeux dér©apages

Marc MENU, Oxy­mores subit(e)s, Cac­tus Inébran­lable, 2021, 73 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–026‑5

menu oxymores subitesMarc Menu sous des allures de flâneur de l’hu­mour est un nou­vel­liste de grand tal­ent et un poète qui révèle de livre en livre une sen­si­bil­ité qui laisse entrevoir en per­ma­nence le dif­fi­cile équili­bre entre l’ex­péri­ence tra­gi-comique de l’homme et sa capac­ité à récolter les “rognures d’on­gles” de l’ex­is­tence. Dans ces legs ramassés tout au long d’une vie: des pépites, des éblouisse­ments, des poèmes, des nou­velles… Con­tin­uer la lec­ture

L’aphorisme : de l’artisanat à l’industrie

Jean-Louis MASSOT, L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fab­ri­quer Les Apho­rismes, Cac­tus inébran­lable, 2020, 66 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–012‑8

jean-louis massot L'AAFLANe gâchons surtout pas notre plaisir en ces temps de ren­trée et de pré­dic­tions tous azimuts, aus­si fatales que dérisoires sou­vent : L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fab­ri­quer Les Apho­rismes est enfin à notre dis­po­si­tion ! Jean-Louis Mas­sot vient de pub­li­er aux édi­tions Cac­tus inébran­lable un nou­veau mode d’emploi et on sait que les modes d’emploi sont sou­vent les textes qui résis­tent le plus à l’in­tel­li­gi­bil­ité et la com­préhen­sion de l’hon­nête homme. Con­tin­uer la lec­ture

De l’aphorisme au fragment

Har­ry SZPILMANN, À pro­pos de tout et surtout de rien, Let­tre volée, coll. « Poiesis », 2019, 123 p., 18 €, ISBN 978–2‑87317–545‑0

Il existe dans l’ensemble des lit­téra­tures une tra­di­tion de l’écrit apho­ris­tique qui tra­verse les temps et les modes. Les théoriciens sont nom­breux à s’être penchés sur ce genre, cher­chant à en délim­iter les con­tours, en définir les car­ac­téris­tiques, à clar­i­fi­er les ter­mes en dis­tin­guant notam­ment maxime, sen­tence, pen­sée ou apho­risme. Blan­chot, Barthes ou Valéry par exem­ples ont inter­rogé les œuvres de Jou­bert, de La Rochefou­cauld, de Licht­en­berg, de Schlegel. Sans évo­quer ici les dif­férents enjeux ter­mi­nologiques qui ont pu ani­mer ces débats, il est bon de rap­pel­er néan­moins l’intérêt accru, depuis plusieurs décen­nies, pour l’écriture du frag­ment comme genre ayant ses pro­pres codes. Con­tin­uer la lec­ture

« Je suis un peu inquiet de votre absence totale d’inquiétude »

Silence, Chavée, tu m’ennuies. 1031 apho­rismes rassem­blés par Jean-Philippe Quer­ton, pré­face de Chris­tine Béchet, post­face d’Alain Dan­tinne, Col­lage d’Emelyne Duval, Cac­tus inébran­lable édi­tions, 2019, 140 p., 17 €, ISBN : 978–2‑930659–95‑4 

Querton Silence chavée tu m'ennuies couverture aphorismesFig­ure incon­tourn­able du sur­réal­isme belge (et plus par­ti­c­ulière­ment du groupe hen­nuy­er), Achille Chavée demeure nim­bé d’une aura qui, cinquante ans après sa dis­pari­tion, rend tou­jours son cas aus­si fasci­nant et épineux. Ayant physique­ment com­bat­tu la « bête immonde » durant la guerre d’Espagne puis en tant que résis­tant entré dans la clan­des­tinité, le brigadier inter­na­tion­al Chavée traîne cepen­dant quelques dérangeantes casseroles rouges. À com­mencer par les soupçons d’interrogatoires mus­clés durant des procès stal­in­iens à l’encontre de mil­i­tants anar­chistes. L’info est caté­gorique­ment relayée dans la notice Wikipedia, mais sérieuse­ment réé­val­uée dans cer­tain arti­cle de Paul Aron sur l’engagement des écrivains belges fran­coph­o­nes con­tre le fran­quisme… Con­tin­uer la lec­ture

L’aphorisme est l’À faux rythme de l’écrivain

Michel DELHALLE, Bel­gique, terre d’aphorismes, Cac­tus Inébran­lable, 2018, 300 p., 17€, ISBN : 978–2‑930659–77‑0

Bel­gique, terre d’apho­rismes est l’aboutissement d’un tra­vail d’archéo­logue, d’orpailleur, d’archiviste lit­téraire. Pen­dant de nom­breuses années, Michel Del­halle a exploré le champ de fouilles des Let­tres belges en quête de tré­sors de l’e­sprit nom­més apho­rismes et classé scrupuleuse­ment ces objets lit­téraires (par­fois, sou­vent ?) non iden­ti­fiés. Le but ? Dou­ble : les réha­biliter en tant que mode d’ex­pres­sion à part entière ; en démoc­ra­tis­er la com­préhen­sion et l’ac­cès. Con­tin­uer la lec­ture

As de pique et Reine de cœur : la littérature avec Éric Allard

Éric ALLARD, Les écrivains nuisent grave­ment à la lit­téra­ture, Cac­tus Inébran­lable, 2018, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–68‑8

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Éric Allard a de l’e­sprit et un amour de la lit­téra­ture suff­isam­ment fin pour pou­voir la taquin­er, la moquer ou même la hous­piller. Dans son livre récent Les écrivains nuisent grave­ment à la lit­téra­ture, il nous offre,  de page en page, ses «Maux d’au­teurs, vices de lec­ture et autres calamités lit­téraires » avec la jubi­la­tion d’un amoureux atten­tif. Con­tin­uer la lec­ture

Brelan de garnements

DOCTEUR LICHIC, Anec­dotes, Col­lages de Jean-Christophe Ditroy, Cac­tus inébran­lable, 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–64‑0 ; Jean-Philippe QUERTON, Minute d’insolence, Illus­tra­tions de Ben­jamin Mon­ti, Cac­tus Inébran­lable , 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–66‑4 ; Raoul VANEIGEM, Pourquoi je ne vote pas et autres inédits, Illus­tra­tions de Serge Poliart et Joseph Ghin, Cac­tus Inébran­lable , 2017, 84 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–65‑7

docteur lichic anecdotesLes édi­tions du Cac­tus Inébran­lable tirent une salve de trois petits livres où la plus rafraîchissante des gaminer­ies côtoie des pépites de sagesse ou de sub­ver­sion. Leurs auteurs que le Gloupi­er qual­i­fierait sans doute de « déli­cieux chenapans » ne sont pas novices dans le genre, il s’en faut, et leur inven­tiv­ité, pas seule­ment facétieuse, s’est déjà large­ment illus­trée dans plusieurs opus­cules et mag­a­zines dont les plus folâtres et joyeuse­ment trans­gres­sifs. Au générique, on trou­ve le mul­ti­ple Doc­teur Lichic, Jean-Philippe Quer­ton, funam­bule et bra­con­nier des mots, ain­si que l’infatigable et salu­bre con­temp­teur de « l’ordre social dom­i­nant », Raoul Vaneigem. Con­tin­uer la lec­ture

Louis Scutenaire : « J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court »

Un coup de coeur du Carnet

Louis SCUTENAIRE, Mes inscrip­tions 1945–1963, Allia, 2017, 330 p., 15 €/ePub : 7.49 €, ISBN : 979–10-304‑0521‑7

scutenaireÀ l’instar de Paul Nougé et Mar­cel Mar­iën, Louis Scute­naire (1905–1987), « Scut » pour les intimes, mena jusqu’au bout « l’expérience con­tin­ue » du sur­réal­isme. Mes Inscrip­tions 1945–1963, qui reparais­sent au cat­a­logue d’Allia, attes­tent de cette dynamique par­ti­c­ulière, en somme assez spé­ci­fique aux sur­réal­istes belges, où le « pri­mum vivere » sem­ble l’emporter sur l’impérieux devoir de « faire œuvre ». Se tenir debout, pour Scut, n’était pas une pos­ture d’écrivain, juste une posi­tion naturelle. Con­tin­uer la lec­ture

Résistance et guérilla. Mode d’emploi

Alain DANTINNE (avec des dessins de Daniel CASANAVE), Petit manuel de survie en zone tem­pérée, Voix d’en­cre, 2016, 74 p., 17 €   ISBN : 978–2‑35128–123‑9

dantinne-manuelBon. Allez. J’avoue. Je jalouse, extrême­ment, tous ces gail­lards, toutes ces gail­lardes, à l’œil vif et pointu, ces intel­li­gences en éveil, capa­bles de vous écrire, en deux lignes, une phrase qui tue, un apho­risme, un trait d’e­sprit tout ce qu’il y a de plus aigu­isé, de plus perçant, de plus rosse ou de plus drôle. C’est que, pour ma part, on me rangerait plutôt sur une autre armoire. Celle de la vie ralen­tie. De l’œil terne et sans éclat. De l’in­tel­li­gence molle du genou. Tou­jours en retard d’une guerre en somme. De sorte que, petite vengeance sournoise et per­son­nelle, je l’avoue, je ne peux pas m’empêcher d’ou­vrir un recueil d’apho­rismes sans par­tir à la traque, à l’af­fût des phras­es ban­cales, celles qui retombent comme un souf­flé, celles où l’in­tel­li­gence serait, pour ain­si dire, à force de faire sa maligne, comme prise en défaut. Con­tin­uer la lec­ture

Initials B.B.

Un coup de coeur du Carnet

Béa­trix BECK, Bribes, Chemin de fer, 2016, 70 p., 10 €

beckVoici une pub­li­ca­tion qui, par sa minceur et l’apparente évanes­cence du matéri­au qui la con­stitue, tranche avec la vie tumultueuse de son auteure. La biogra­phie de Béa­trix Beck est en effet hors-norme à maints égards. Par sa longévité tout d’abord, qui l’amène à tra­vers­er le XXe siè­cle – où elle voit le jour à deux semaines de l’éclatement de la Pre­mière Guerre mon­di­ale – jusqu’à attein­dre l’âge vénérable de 94 ans. Par la plu­ral­ité de ses orig­ines et de son iden­tité ensuite. Jugez-en plutôt : fille de l’écrivain Chris­t­ian Beck, elle naît belge mais en terre suisse, et ses ancêtres sont, du côté pater­nel, let­tons et ital­iens, et du côté mater­nel, irlandais. Issue d’un tel creuset, cette femme sem­blait prédes­tinée à être une citoyenne du monde. Hypothèse con­fir­mée en 1936 par un mariage avec Naum Sza­piro, juif apa­tride et mil­i­tant com­mu­niste, que la guerre lui ravi­ra. Con­tin­uer la lec­ture

Les cartouches d’un anarchiste respectueux

Ghis­lain COTTON, Ain­si râlait Zara Fouch­tra, Mur­mure des soirs, 82 p., 10 €

Quand arrive leur cré­pus­cule, les idol­es ont deux solu­tions : soit elles se retirent en un Wal­hal­la qui com­mence à sen­tir le rous­si, pour y ago­nis­er loin des regards et boire jusqu’à lie la coupe amère du déclin ; soit elles ébrouent une dernière fois leur majesté et descen­dent de la mon­tagne par­mi les hommes afin de livr­er, façon  prophète, une nou­velle vérité. Con­tin­uer la lec­ture

Quand dessins riment avec aphorismes

Jean Louis LEJEUNE, Quelques dessins et quelques apho­rismes ver­ti­caux, Brux­elles, Couleur livres, 2015, 8 €

Au pays de MagritteUne fois n’est pas cou­tume, con­sacrons l’une des chroniques du Car­net aux apho­rismes, genre lit­téraire qui prône la brièveté au même titre que les haïkus.

Sen­tence décochée en peu de mots, l’aphorisme fuit comme la peste tout lieu com­mun, provoque la sur­prise, se fonde sur des propo­si­tions antithé­tiques, con­traire­ment à la maxime qui joue du para­doxe. Pas de vérité proclamée donc, mais place au trait d’e­sprit. Voilà en quoi la démarche de Jean Louis Leje­une amuse et inter­pelle car, au trait d’esprit, il ajoute celui de son cray­on. Con­tin­uer la lec­ture

À fond l’aphorisme

Un coup de coeur du Carnet

Michel DELHALLE, La Rechute d’Icare, Amou­gies, Cac­tus Inébran­lable, coll. « Les p’tits cac­tus », 2015 ; Jean-Louis MASSOT, Sans envie de rien, illus­tra­tions de Gérard Sendrey, Amou­gies, Cac­tus Inébran­lable, coll. « Les p’tits cac­tus », 2015 ; Jean-Loup NOLLOMONT, Pen­sées nyc­talopes, dessins de Serge Poliart, Amou­gies, Cac­tus Inébran­lable, coll. « Les p’tits cac­tus », 2015.

cactusBien qu’oscillant entre philoso­phie et poésie, l’aphoriste n’a rien du sage ni du par­fait hon­nête homme. Les traits qu’il décoche n’ont d’autre cible que lui-même, mais à tra­vers l’ironie de sa féroce autodéri­sion, c’est cha­cune de nos con­sciences qui est visée ; ce sont toutes nos valeurs et nos cer­ti­tudes qui sont per­cées à jour. Il n’est nul besoin de citer les œuvres immenses bâties avec ce matéri­au textuel en apparence si fri­able et qui, cepen­dant, passent par­fois mieux à la postérité qu’un pen­sum. Qui n’a ain­si en tête une for­mule rad­i­cale, une de ces phras­es qui dénudent le réel jusqu’à l’os et assurent la survie men­tale dans un monde tout d’apparat et de toc ? Un ver­set de L’Ecclésiaste, une for­mule de Licht­en­berg, une sen­tence de Cio­ran, et ça repart. Con­tin­uer la lec­ture