Christiana MOREAU, La dame d’argile, Préludes, 2021, 315 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑253–04050‑7
Au décès de sa nonna Angela, Sabrina hérite de « La belle dame », un buste en argile qui se transmet aux femmes de la famille de génération en génération. Restauratrice d’art, elle comprend instantanément que la valeur de la sculpture n’est pas uniquement sentimentale. Datée de la Renaissance, étonnamment signée d’un nom de femme, elle représente Simonetta Vespucci dite « La Sans Pareille », muse de plusieurs artistes phares du Quattrocento tels que Botticelli. Continuer la lecture

Ibrahim a 18 ans. À l’âge où la plupart préparent leur avenir, lui ne fait pas de projet. Il ne croit plus en rien depuis qu’il est allé Là-bas. Là-bas, cet endroit dont il ne faut pas parler, où il est parti sans prévenir et d’où, par chance, sa mère l’a ramené. Là-bas, c’est la Syrie. S’il en est revenu, son esprit est marqué par l’horreur et son quotidien par les règles qui encadrent son retour à Bruxelles. 

Chauffeur de taxi à la vie un peu terne, Franck est sollicité pour une course qui se révélera hors du commun. Au premier abord, Hélène est juste une cliente qui part en week-end. Mais le tempérament fantasque de la vieille dame pique la curiosité du taximan, et la course est assez longue, propice aux confidences. Tandis que la route défile, Hélène égrène ses souvenirs.
Juliette, 14 ans, est électrohypersensible. En résumé, les ondes la rendent malade. C’est pourquoi ses parents ont décidé de quitter Bruxelles pour une « zone blanche » ardennaise. De manière moins poétique, on dirait un « trou perdu ». Entre deux années scolaires, les voilà donc qui débarquent tous les trois à Varqueville.
Libre, sans attaches, Jean-Baptiste a la belle vie. Agent immobilier, il profite des logements cossus parisiens dont il doit gérer la mise en vente ou en location, changeant d’abri au gré de ses envies ou en fonction de la géolocalisation de ses conquêtes. De ce côté-là non plus, pas question de s’installer et, sans adresse fixe, pas de problème pour disparaître sans donner suite. Professionnellement, tout roule : ses compétences et ses résultats font sa fierté et sa réputation. Aucun risque que son employeur ou ses collègues ne découvrent son circuit de location parallèle.
Voilà quatre ans que Jeanne n’est plus là, sans vraiment être partie non plus. Son corps repose sur un lit d’hôpital, un peu comme un appareil électrique en stand-by : alimenté mais inactif. Son esprit semble en pause, ou absent, ou en tout cas hors d’atteinte. Néanmoins, depuis ses contrées inconnues, Jeanne continue d’influencer la vie de sa famille. 


Dans la collection Espace Nord, les classiques de la littérature belge des siècles passés côtoient ce que Tanguy Habrand, son directeur, aime à appeler « les classiques de demain ». Parmi ces derniers, Un monde sur mesure de Nathalie Skowronek,
Mars 2017, à la veille de son cinquante-septième anniversaire, Éric-Emmanuel Schmitt devient orphelin : cinq ans après son père, sa mère s’éteint. « Un jour comme les autres, tout devient différent. » Comment poursuit-on la route quand on est « plus l’enfant de personne » ? Où trouver la force d’accomplir le « devoir de bonheur » si cher à sa maman quand seul le chagrin semble vouloir de lui ? On lui répète qu’il faut deux ans pour faire son deuil mais à quoi peut bien rimer ce genre de lieux communs ?
Une violoniste étendue dans une mare de sang, son archet planté dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que commence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, commence quelques jours auparavant, voire encore plus tôt. Qui est la victime ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête policière proprement dite attendra un peu. Le temps de retracer les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désormais plutôt compromis : les Barrées. 
Albien Bienfait. Bien bien. À prononcer son nom tout haut, la répétition laisserait penser que ce personnage est né sous les meilleurs auspices. Et pourtant, le jeune homme tient plutôt de l’anti-héros que d’un séducteur ou d’un leader charismatique. Pudiquement, on parlera d’une personnalité atypique, là où d’aucuns oseront avancer les termes « inadapté social ». Mais Albien n’en a cure. Il s’amuse de cette différence et n’envisage pas de rentrer dans le rang. Après tout, pourquoi voudrait-il s’intégrer à une société qui selon lui fait fausse route ? Il préfère se concentrer sur le monde des invisibles, des insectes, des vers, de la faune souterraine ; toute cette vie à laquelle les gens ne prêtent pas attention, à l’instar de sa propre existence.