Archives par étiquette : La lettre volée

Captures cristallines

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Marie-Jo Lafontaine. Tout ange est ter­ri­ble, Let­tre volée, 2020, 26 €, ISBN : 978–2‑87317–565‑8

bergen mari-jo lafontaine« À l’heure où, sat­uré d’images aveu­gles, le monde se vom­it sur lui-même », à l’ère des pul­lu­lants et pusil­lanimes dis­cours sur la « mort de l’art », rarement assiste-t-on au déploiement d’une œuvre con­sis­tante qui s’écarte de la mode actuelle – mode très recon­naiss­able en ce qu’elle est notam­ment con­sti­tuée de « nano-cyber­fic­tions », sou­vent accom­pa­g­nées de para­textes hyper­théoriques qui ne sont que le pen­dant hir­sute des hash­tag auto­suff­isants et creux. À l’instar de l’artiste Marie-Jo Lafontaine, loin des « thès­es qui font de l’art une tri­bune », Véronique Bergen con­sacre un puis­sant essai, sagace et pas­sion­nant, aux travaux de l’artiste. L’écrivaine fait émerg­er le souf­fle éminem­ment vital qui irrigue les créa­tions de Marie-Jo Lafontaine ; celui-ci puise et s’inscrit dans le mou­ve­ment même de la matière plutôt que dans le ter­ri­toire de l’abstraction et du sim­u­lacre. Con­tin­uer la lec­ture

Un recueil poétique polymorphe

Stéphane LAMBERT, Écri­t­ure pre­mière, Let­tre volée, 2020, 96 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–561‑0

lambert écriture premièreAprès une œuvre déjà abon­dante et diverse, Stéphane Lam­bert revient à la poésie, cette fois dans un vol­ume élé­gant pub­lié à La Let­tre volée. Un recueil impor­tant, Écri­t­ure pre­mière, tout en dis­cré­tion mais explicite dans sa sim­plic­ité, en apparence peut-être, lan­gag­ière sans doute, et pour­tant com­plexe d’inspiration. Celle-ci est claire­ment avouée si on dis­tingue dans le texte dif­férentes sec­tions titrées, soit en dédi­cace à des artistes ou à leurs man­i­fes­ta­tions, à l’exclusion de tout résumé, soit en manière de pos­si­ble lec­ture ou inter­pré­ta­tion. Il faut en tout cas compter avec la vraie doc­u­men­ta­tion en appui à un choix en con­nais­sance cer­taine. Comme dans ses autres pub­li­ca­tions, essais et cer­tains romans, Stéphane Lam­bert est donc ici voué à l’art.

Nous le suiv­rons dans son itinéraire. Con­tin­uer la lec­ture

De l’aphorisme au fragment

Har­ry SZPILMANN, À pro­pos de tout et surtout de rien, Let­tre volée, coll. « Poiesis », 2019, 123 p., 18 €, ISBN 978–2‑87317–545‑0

Il existe dans l’ensemble des lit­téra­tures une tra­di­tion de l’écrit apho­ris­tique qui tra­verse les temps et les modes. Les théoriciens sont nom­breux à s’être penchés sur ce genre, cher­chant à en délim­iter les con­tours, en définir les car­ac­téris­tiques, à clar­i­fi­er les ter­mes en dis­tin­guant notam­ment maxime, sen­tence, pen­sée ou apho­risme. Blan­chot, Barthes ou Valéry par exem­ples ont inter­rogé les œuvres de Jou­bert, de La Rochefou­cauld, de Licht­en­berg, de Schlegel. Sans évo­quer ici les dif­férents enjeux ter­mi­nologiques qui ont pu ani­mer ces débats, il est bon de rap­pel­er néan­moins l’intérêt accru, depuis plusieurs décen­nies, pour l’écriture du frag­ment comme genre ayant ses pro­pres codes. Con­tin­uer la lec­ture

Pierre-Yves Soucy. Poésie des confins

Pierre-Yves SOUCY, D’un pas déviant, Frag­ments de l’attente, Let­tre volée, 2020, 144 p., 19 €, ISBN : 9782873175443

Les rivages poé­tiques aux­quels Pierre-Yves Soucy accoste dans son dernier recueil se sin­gu­larisent par une géo­gra­phie de l’attente et de la promesse. L’œuvre poé­tique qu’il con­stru­it ne cesse d’approfondir l’espace d’un verbe à venir au sens où Blan­chot par­lait du livre à venir. Le recueil D’un pas déviant. Frag­ments de l’attente met en abyme le pou­voir des mots, leur impou­voir aus­si, dans une langue qui sécrète ses con­di­tions de pos­si­bil­ité. Les ter­ri­toires qu’il arpente sont ceux du verbe et de son avant (la par­tie « Ce qu’il y a tou­jours… avant les mots »), ceux du temps, d’un réel en sus­pens dont Pierre-Yves Soucy capte le dou­ble phénomène d’apparition et de dis­si­pa­tion. La langue est au dia­pa­son de cette phénoménolo­gie du sur­gisse­ment et du retrait, en proie au bat­te­ment entre inscrip­tion et efface­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Dédale au coeur

Un coup de cœur du Car­net

Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain, Let­tre volée, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 9782873175467

Le dernier livre de Luc Del­lisse, Un sang d’écrivain, rejoint la red­outable et lucide posi­tion de moral­iste que l’auteur avait déjà dévelop­pée dans son récent Libre comme Robin­son. Le style chez Del­lisse n’est pas cette habilleuse élé­gante des dra­mas qui font cho­rus dans la panne de recul cri­tique de notre temps. Le style con­tre l’écri­t­ure, pour­rait-on dire. Del­lisse démonte le style porté comme un masque, le style comme sim­u­lacre… Con­tin­uer la lec­ture

Poésie, va, je ne te hais point

Daniel VANDER GUCHT, Pourquoi je n’écris plus de poésie, dessins de Xavier Noiret-Thomé, Let­tre volée, 2019, 78 p., 19 €, ISBN : 978–2‑87317–528‑3 ; Sous influ­ence, aquarelles de Damien De Lep­eleire, Let­tre volée, 2019, 176 p., 25 €, ISBN : 978–2873175290

Pourquoi je n’écris plus de poésie repose sur un dou­ble mou­ve­ment, une aspi­ra­tion roman­tique à une poésie orac­u­laire lors de l’adolescence et une décon­struc­tion rock de la pos­ture du poète-mage. Ryth­més par les dessins sauvages de Xavier Noiret-Thomé, les textes sont tail­lés comme des chants, des upper­cuts rock’n roll innervés par l’absurde. Écri­t­ure automa­tique, cut-ups bur­roughiens con­courent à met­tre en œuvre un sur­réal­isme du quo­ti­di­en. Ce n’est qu’à la fin du recueil que nous apprenons qu’à l’exception des qua­tre derniers textes com­posés récem­ment, l’ensemble a été rédigé par Daniel Van­der Gucht à l’adolescence. En son essence, davan­tage que les autres arts, la poésie est tirail­lée entre la pos­tu­la­tion de sa mis­sion et le renon­ce­ment à elle-même, écartelée entre l’absolu de sa visée et le hara-kiri. L’exhumation de textes écrits dès l’âge de quinze ans s’assortit à un aban­don ultérieur de la poésie. La per­cu­tance dans l’auscultation des signes, le par­fum de bal­lade rock, la radi­ogra­phie du « zoo humain », d’un monde qui dérape don­nent la tonal­ité du recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas que la bataille des éperons d’or

Jan BAETENS, Karel VANHAESEBROUCK, Petites mytholo­gies fla­man­des, pho­togra­phies de Brecht Van Maele, pré­face de Claude Javeau, tra­duc­tion de Monique Nagielkopf assistée par Daniel Van­der Gucht, Let­tre volée, 2019, 174 p., 20 € ; ISBN : 978–2‑87317–533‑7

Une fois n’est pas cou­tume, le présent ouvrage a été écrit et pub­lié en néer­landais en 2014, avant d’être traduit. L’intérêt de la démarche à la base du livre jus­ti­fie une recen­sion, d’autant plus que les auteurs, fla­mands, con­nais­sent par­faite­ment la cul­ture tant du Nord que du Sud du pays. Jan Baetens a même obtenu le Prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique.

Ces Petites mytholo­gies fla­man­des s’inscrivent dans la lignée des Mytholo­gies de Roland Barthes. Les auteurs en repren­nent les principes. Le mythe n’est pas qu’un réc­it ancien : la société mod­erne en pro­duit elle aus­si en les renou­ve­lant sans cesse. Et le mythe ne réflé­chit pas une vision du monde ; c’est lui qui la pro­duit et l’incarne dans divers­es expres­sions très con­crètes. Il est ain­si l’expression actu­al­isée de valeurs éter­nelles et immuables. Il appa­raît donc comme la façon dont une société se voit et se pense. Ces sens cachés, il faut les faire advenir, les ren­dre con­scients ; c’est ce qui fonde et jus­ti­fie la démarche de ces analy­seurs, comme l’a été, du côté fran­coph­o­ne, Jean-Marie Klinken­berg dans ses Petites mytholo­gies belges. Con­tin­uer la lec­ture

Régime de l’art et motif de la condensation

Kim LEROY, La con­den­sa­tion. Économie sym­bol­ique et sémi­o­tique fon­da­men­tale, Let­tre volée, 2019, 192 p., 21 €, ISBN : 978–2‑87317–522‑1

Enseignant la philoso­phie de l’art et la sémi­olo­gie des médias à l’Académie royale des Beaux-Arts de Brux­elles et à l’école d’ARTS à Mons, Kim Leroy éla­bore dans l’essai La con­den­sa­tion une approche des arts plas­tiques, de l’esthétique en général à par­tir du con­cept de « con­den­sa­tion ». Par­tant de l’emploi du terme « con­den­sa­tion » par Matisse dans ses Écrits et pro­pos sur l’art (« Je veux arriv­er à cet état de con­den­sa­tion des sen­sa­tions qui fait le tableau »), Kim Leroy élit cette notion afin de définir un enjeu majeur de la pen­sée de l’art : la ques­tion du pas­sage de la réal­ité sen­si­ble, physique de l’œuvre à sa réal­ité psy­chique. Con­tin­uer la lec­ture

Yves Depelsenaire : chroniques des états du monde

Yves DEPELSENAIRE, La vie anec­do­tique. Car­nets d’un blogueur épisodique, Let­tre Volée, 2018, 256 p., 25 €, ISBN : 978–2873175153

De nos jours, l’écrit pul­lule, du moins sous les formes que génère le net. La ques­tion est moins celle d’une let­tre qui arriverait tant bien que mal à sa des­ti­na­tion que celle de l’écriture comme ren­con­tre, comme incise dans le tis­su du sym­bol­ique. Psy­ch­an­a­lyste, mem­bre de l’École de la Cause freu­di­enne, enseignant à la Sec­tion clin­ique de l’Institut du Champ freu­di­en de Brux­elles, auteur d’essais (entre autres Une analyse avec Dieu, Un musée imag­i­naire lacanien parus à La Let­tre volée) et de nom­breuses con­tri­bu­tions sur la clin­ique ana­ly­tique, Yves Depelse­naire place l’écriture de ses chroniques sous l’angle d’une ren­con­tre avec le réel. Con­tin­uer la lec­ture

Regard sur Jeff Koons

Lau­rent DE SUTTER, Pornogra­phie du con­tem­po­rain. Made in Heav­en de Jeff Koons, La Let­tre volée, coll. « Palimpses­tes », 2018, 64 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87317–516‑0

L’indignation qu’a sus­citée l’installation Made in Heav­en en 1991, plus récem­ment Les Tulipes, les ires et con­damna­tions que soulèvent les œuvres de Jeff Koons dans le monde des cri­tiques d’art (mer­can­til­isme, oppor­tunisme, infan­til­isme, mau­vais goût…), Lau­rent de Sut­ter les aus­culte, les dis­sèque au fil de Pornogra­phie du con­tem­po­rain. Made in Heav­en de Jeff Koons, un essai auda­cieux, déca­pant, incisif qui part du symp­tôme Koons pour livr­er les atten­dus d’une esthé­tique con­tem­po­raine. Un mot con­dense à ses yeux l’anathème dont Koons est vic­time : celui de kitsch dont il mon­tre que Clement Green­berg en a fait le repous­soir du mod­ernisme. Pour Green­berg, le kitsch est au mod­ernisme ce que l’arrière-garde est à l’avant-garde. Le rejet du kitsch (vu comme vul­gaire, académique, cul­ture stan­dard­is­ée, démoc­ra­ti­sa­tion de l’art…) que parta­gent Green­berg et Harold Rosen­berg s’appuie sur l’épineuse ques­tion de la déf­i­ni­tion de l’art, à savoir le partage entre un « art vrai, authen­tique » et la sphère du non-art. La divi­sion entre « grand art » et « art pop­u­laire », la visée essen­tial­iste chargée de pro­duire les canons esthé­tiques, les critères tran­scen­dants départageant l’art du non-art ont, depuis lors, été réfutées. Der­rière la volon­té d’exclure ce qui relève du kitsch, des straté­gies de dom­i­na­tion sont opérantes. Con­tin­uer la lec­ture

Pierre-Yves Soucy. L’espace poétique

Pierre-Yves SOUCY, Repris­es de paroles, Let­tre volée, 2018, 64 p., 14 €, ISBN : 9782873175191

Poète, essay­iste, auteur d’une œuvre exigeante, tra­duc­teur, rédac­teur en chef de L’Étrangère, Pierre-Yves Soucy délivre dans Repris­es de paroles un espace poé­tique con­stru­it en quar­ante-huit tableaux. Toute parole n’est que reprise dès lors que les sources font retour, que les mots remon­tent les siè­cles. Offrant une sépul­ture de voca­bles à Antigone, Pierre-Yves Soucy écrit depuis la tragédie d’Antigone mais aus­si par-delà, tis­sant un dia­logue infi­ni avec la voix de celle qui défia les lois de la cité, le pou­voir que con­dense le nom de Créon. En tant que foy­er poé­tique dans un temps de détresse, Antigone inter­pelle notre présent, ses déséquili­bres, ses désar­rois. Elle est celle qui se tient face à ce qui est, qui trans­gresse les lois édic­tées par le maître des lieux. En quar­ante-huit tableaux, l’irréparable étend sa logique. Inter­polant des vers de Sopho­cle placés en italique, le poète épure la scène trag­ique, ne con­vo­quant aucun nom, taisant Créon, Polyn­ice, Étéo­cle pour mieux écouter ce qui s’arrache de l’ombre des mil­lé­naires : le con­flit entre la voix éthique et la vio­lence de l’État, la guerre entre le corps qui donne abri au mort privé de sépul­ture et le principe de la Realpoli­tik qui châtie la rébel­lion. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on apprend à vivre dans les textures

Stéphane LAMBERT, Art Poems, La Let­tre Volée, 2018, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87317–505‑4

I.
der­rière le som­met
où s’af­faisse la mon­tagne
s’ou­vre une autre faille

II.
la pro­fondeur
tel qu’on le croit
n’est pas spir­ituelle
me dis-je
dans la Rothko room
à Wash­ing­ton
la pro­fondeur
est spa­tiale

plus on regarde
la sur­face col­orée
plus on s’en­fonce
dans son loin­tain

lambert art poemsOn pour­rait lire très vite. Se con­tenter de voir, dans cet Art Poems, des hom­mages sen­si­bles de Stéphane Lam­bert à des démarch­es, à des œuvres d’artistes con­tem­po­rains majeurs, tels Mark Rothko, Cy Twombly ou James Tur­rell, ou à l’art antique de la fresque. On aurait beau jeu alors de rap­pel­er que Stéphane Lam­bert n’en est pas à son pre­mier livre grav­i­tant autour de l’art. Qu’on lui doit de splen­dides choses déjà, sur Mon­et, Nico­las de Staël, Rothko déjà. Qu’il affec­tionne aus­si les essais « sur les grands noms ». Beck­ett notam­ment. Et puis, bas­ta, on penserait avoir tout dit. Con­tin­uer la lec­ture

Laurence Skivée, l’usage météorologique du langage

Lau­rence SKIVÉE, L’air est dif­férent, La Let­tre volée, 2018, 101 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–507‑8

skivee_l air est differentArtiste plas­ti­ci­enne, Lau­rence Skivée inter­roge la vie par le dessin, par la pho­togra­phie, la sculp­ture, la vidéo au fil d’une atten­tion à ce qui se dérobe, dans une ouver­ture aux inter­stices de l’existence. Nul éton­nement à voir sa poé­tique des instants dérobés, sa descente plas­tique dans les mon­des de l’enfance en venir à la forme poé­tique, gag­n­er le ter­ri­toire mou­vant du verbe. Après le livre d’artiste Je m’emballe (La Let­tre volée, 2013), L’air est dif­férent sécrète une écri­t­ure-regard acquise au recueille­ment d’instantanés de l’existence. C’est la mort de proches qui l’a poussée à s’emparer de ce nou­veau médi­um. D’emblée, le texte tisse un lien en intéri­or­ité entre expéri­ence de la perte et éclo­sion du verbe. Comme la pho­togra­phie, le mot est chargé d’une valence tes­ti­mo­ni­ale, fait pièce à l’oubli, offi­cie un tra­vail de deuil. La forme est celle d’un mou­ve­ment en sus­pens, d’une nuée d’haïkus qui, priv­ilé­giant un principe d’économie, entend sug­gér­er la présence au tra­vers de l’absence. Cap­tures de frag­ments sen­si­tifs, émo­tifs d’une vie, désub­jec­ti­va­tion des per­son­nages pris dans une épure voi­sine de celle de Beck­ett, mise en voix d’une tragédie traitée sur le mode min­i­mal­iste du « less is more », L’air est dif­férent tournoie autour de moments minus­cules, des frôle­ments imper­cep­ti­bles de corps qui dansent « sur Fontaine et Trenet ». « Bien­tôt l’un de nous mou­rut. N’étaient restées que les cen­dres » (…) « Nous éparpil­lâmes tes cen­dres à Ostende / et le monde par­tit sur tes traces. / Anonyme Amour ». Con­tin­uer la lec­ture

De l’art entre proie et prédation

Guy GILSOUL, Le Bracelet et autres nou­velles, La Let­tre volée, 2017, 108 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87317–497‑2

gilsoul le bracelet et autres nouvellesUn chapelet de per­les de pluie courent le long de lignes élec­triques. C’est comme un col­lier de gouttes d’eau qui sur­monte le titre : Le bracelet et autres nou­velles. Un large fond bleu nuit et nuageux drama­tise l’élan de branch­es noires et nues qui soulig­nent le nom de l’auteur : Guy Gilsoul. La cou­ver­ture est comme une fenêtre dénonçant une sai­son plu­vieuse et annonçant une série de textes à lire bien au chaud, à dis­tance de la tem­pête qui arrive. Con­tin­uer la lec­ture

La psychanalyse à l’écoute de la poésie

Pierre MALENGREAU, L’in­ter­pré­ta­tion à l’œu­vre. Lire Lacan avec Ponge, La Let­tre volée, coll. « Essais », 2017, 236 p., 23 €, ISBN 978–2‑87317–495‑8

malengreau_l interpretation a l oeuvreComme Sig­mund Freud et Jacques Lacan, de nom­breux psy­ch­an­a­lystes procla­ment leur mod­estie devant les œuvres lit­téraires, du moins les plus fortes, de Sopho­cle à Duras en pas­sant par Shake­speare : c’est elles, dis­ent-ils, qui sont de nature à leur mon­tr­er la voie, et non l’in­verse. Tel est pré­cisé­ment le pos­tu­lat de Pierre Malen­greau devant les textes de Fran­cis Ponge, dont l’é­trange con­cept de “réson” fut adop­té en 1966 et 1972 par Lacan. Ce dernier, à l’époque, veut repenser sa doc­trine de l’in­ter­pré­ta­tion basée sur la “réso­nance séman­tique”, autrement dit sur la poly­sémie des mots : il a con­staté que, dans la pra­tique psy­ch­an­a­ly­tique, elle aboutit sou­vent à un blocage dans le chef du patient. Il fal­lait donc veiller à sus­citer autre chose que du sens, ménag­er une place à cette “réso­nance asé­man­tique” que désigne le néol­o­gisme pongien. Celui-ci vise un usage de la langue qui s’at­tache moins au sens des voca­bles qu’à leur matéri­al­ité sonore et graphique, avec l’im­pact qu’elle peut avoir sur l’or­eille ou le regard, c’est-à-dire sur le corps. Un texte ne saurait ren­dre compte d’un objet extérieur s’il n’at­teint à la “réal­ité” dans son monde à lui ; pour cela, il faut que les mots et les phonèmes « aient au moins une com­plex­ité et une présence égales, une épais­seur égale » aux objets dont ils par­lent (My cre­ativ method). L’é­ty­molo­gie est claire : issue vis­i­ble­ment du latin res, la “réson” est cette dimen­sion par laque­lle mots, let­tres et sons, en leur qual­ité de choses con­crètes, peu­vent touch­er le lecteur sans en pass­er néces­saire­ment par la sig­ni­fi­ca­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le passage du témoin

Un coup de cœur du Carnet

André GOLDBERG (pho­togra­phies), Dominique ROZENBERG (témoignages recueil­lis), Le Pas­sage du Témoin, Por­traits et témoignages de rescapés des camps de con­cen­tra­tion et d’extermination nazis, Let­tre volée, co-édi­tion Mémoire d’Auschwitz/Fondation Auschwitz, 2017, 248 p., 25 €, ISBN : 978–2873175016
Une expo­si­tion se tient au Muse­um Kaz­erne Dossin jusqu’au 30 jan­vi­er 2018.

passage du témoinLes livres qui s’élèvent au per­for­matif, qui réalisent ce que leur titre annonce appar­ti­en­nent à la classe rare des inter­cesseurs. Dotée de nou­velles pré­faces, d’un his­torique actu­al­isé, cette nou­velle édi­tion du Pas­sage du Témoin est un événe­ment comme il le fut en 1995. Com­posé de sou­veraines pho­togra­phies d’André Gold­berg et de trente-sept témoignages de rescapés des camps nazis recueil­lis par Dominique Rozen­berg, il lègue aux généra­tions présentes et futures des con­cré­tions de vie, les expéri­ences sin­gulières de ceux et celles qui ont survécu à l’enfer des camps. Ce livre est un bâton témoin qui passera de généra­tion en généra­tion afin que ces vies qui furent plongées dans l’inhumain ne som­brent pas dans l’oubli. Con­tin­uer la lec­ture