Archives par étiquette : poésie

Ce qui résiste

Thier­ry WERTS, Là où trébuche la lumière, La Trace, 2026, 172 p., 16 €, ISBN : 9782487261457

werts la ou trebuche la lumiereDans ce car­net de voy­age, la forme poé­tique, les médi­ta­tions se char­gent de porter au dici­ble et au vis­i­ble la mémoire de l’extermination des Juifs. Com­ment ren­dre compte des noms rayés de la carte, des lieux effacés, des années de cen­dres ? Com­ment s’approcher des zones géo­graphiques, his­toriques et psy­chiques qui ont som­bré dans les ténèbres ? Mag­is­trat, poète (For intérieur), romanci­er (Demain n’existe pas encore, Le monde rêvé d’Alva Teimosa), Thier­ry Werts pose ses pas dans une car­togra­phie de la mort indus­trielle, tra­verse durant huit jours des villes, des vil­lages, des cam­pagnes frap­pés par l’Aktion Rein­hard. L’appel qui le saisit lui intime d’aller « là-bas », là où la lumière a vac­il­lé, là où le passé brûle encore, sou­vent sous une forme invis­i­ble. Il ne s’agit ni d’un devoir de mémoire, ni d’un besoin de com­pren­dre, ni d’un pèleri­nage, d’une his­toire famil­iale, ni d’une recherche de répa­ra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Une lueur derrière le paravent

Un coup de cœur du Car­net

Carl NORAC, Le livre de la lueur, Bruno Doucey, 2026, 115 p., 15 €, ISBN : 9782362295591

norac lelivre de la lueurC’est par le sou­venir du pre­mier vers de la Bal­lade des pen­dus de Vil­lon que s’ouvre le nou­veau recueil de Carl Norac, Le livre de la lueur, aux édi­tions Bruno Doucey. Une réminis­cence d’un poème décou­vert sur les bancs de l’école et qui per­met au poète de choisir la pre­mière per­son­ne du pluriel pour nous entrain­er dans son sil­lage, « ce nous le plus étrange » qui con­voque, autour de lui, une non moins étrange com­mu­nauté. Celle des poètes, lec­tri­ces et lecteurs devenus adultes mais qui ont con­servé la lueur fli­bustière de l’enfance. Dès lors, une sorte de con­frérie s’établit, celle des « frères humains qui après nous vivez » et que relaye, par­mi d’autres, le grand Hugo dans un poème de 1881 inti­t­ulé juste­ment Nous : Con­tin­uer la lec­ture

Aux courbes de vos corps d’hippocampes

Suzy COHEN, Nous sommes l’algorithme du vent, Bleu d’encre, 2025, 66 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–87‑1

cohen nous sommes l'algorithme du ventÀ la fois plas­ti­ci­enne et poétesse (celui-ci est son troisième recueil), Suzy Cohen réu­nit ici, comme dans un col­lage, les évo­ca­tions poé­tiques des sen­sa­tions inspirées par des lieux, des instants, des frag­ments de son his­toire per­son­nelle. La lec­ture suit ain­si un chemin sin­ueux, borné d’illustrations (dont l’écrit et la gra­phie ne sont jamais absents), allant de l’enfance (Kenya), l’âge de la jeune adulte qui évoque un père décédé lorsqu’elle a dix-huit ans : Paris n’était plus la carte postale rêvée / (…) Nous avions l’impression / De vac­iller sur une passerelle étroite / Piét­inés par des chevaux à œil­lères écrit la poétesse dans le poème d’ouverture de l’ouvrage sous le titre Fez, ma ville. Con­tin­uer la lec­ture

La sève au-delà du sang

Chris­t­ian LIBENS, dessins de Marie-Pierre UENTEN, Les arbres marchent, Bleu d’Encre, 2025, 42 p., 12 €, ISBN : 9782930725901

ibens les arbres marchentOn con­nait le romanci­er, le spé­cial­iste du polar belge, le chroniqueur ou l’éditeur. On recon­nait surtout en Chris­t­ian Libens cet arpen­teur nomade des lieux han­tés par la lit­téra­ture. La Wal­lonie, les pistes arden­nais­es, Liège, Rome, Paris et les ter­res simenon­i­ennes sont ses prin­ci­paux ter­rains d’exploration. On con­nait moins le poète et pour cause, son dernier recueil a paru chez l’éditeur vervié­tois La Dérive en 1991 sous le titre Ciné­ma. Un poète rare donc qui revient à la poésie comme on retrou­ve une vieille con­nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture

“afin que résonne encore et toujours , la clarté du mystère”

Béa­trice LIBERT, Dans le dos de la nuit, Ate­lier du Grand Tétras, coll. « Glyphes », 2025, 88 p., 14 €, ISBN : 978–2‑37531–138– 7

libert dans le dos de la nuitOrné d’un « avant-dire » du poète et académi­cien Philippe Lekeuche, l’ouvrage de Béa­trice Lib­ert, paru dans la belle col­lec­tion « Glyphes » réu­nit des textes poé­tiques « parus à divers­es épo­ques, sou­vent dans le cadre de livres d’artistes, ou inspirés par des pein­tres » comme le pré­cise d’emblée le pré­faci­er.

La réu­nion a pos­te­ri­ori de textes de cir­con­stance aurait pu en affaib­lir la force par un effet d’éparpillement et d’éloignement de la référence qui les a inspirés. Il n’en est rien ici. Hormis Pierre Cay­ol, dont une lino­gravure illus­tre la cou­ver­ture du livre, les textes sem­blent exaltés par l’absence de la représen­ta­tion des œuvres qui les ont ini­tiale­ment inspirés, qu’il s’agisse d’œuvres d’Edward Hop­per, Angel Beat­ove, Pierre Cay­ol, Van Don­gen, Giu­liana Gironi, ou d’André Romus. Con­tin­uer la lec­ture

L’éclat de mille soleils dans la brèche du monde

Un coup de cœur du Car­net

Raïs­sa YOWALI, Les mille soleils de Busu Jano, Arbre de Diane, 2026, 114 p., 15 €, ISBN : 978–2‑93082240–2

yowali les mille soleils de busu janoIl est des livres qui ne se con­tentent pas d’être lus, mais qui vous per­cu­tent et oblig­ent à regarder en face les angles morts de notre human­ité, les éclats de la société dans leurs fra­cas, les sur­vivances lumineuses qui irra­di­ent et nour­ris­sent les feux de la résis­tance. Ce pre­mier recueil de Raïs­sa Yowali, Les mille soleils de Busu Jano, paru chez L’Arbre de Diane est de ceux-là. Con­tin­uer la lec­ture

Faire revenir Carême à sa langue maternelle

LÈS RÈLÎS NAMURWÈS, Mau­rice Carême en wal­lon. Poèmes fran­coph­o­nes traduits en wal­lon, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2025, 182 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–72‑4

Avec Mau­rice Carême en wal­lon, les Rèlîs Namur­wès s’attaquent à l’art déli­cat de la tra­duc­tion. C’est sur le plan de la forme que le pari est par­ti­c­ulière­ment auda­cieux, puisqu’il s’agit de s’acquitter d’une tâche haute­ment déli­cate : traduire sans trahir.

Il n’est peut-être pas inutile de rap­pel­er que Mau­rice Carême, grand poète belge d’expression française, était recon­nu inter­na­tionale­ment pour la sim­plic­ité appar­ente de ses textes, pour son gout de la ritour­nelle et de la clarté. Comme le rap­pelle l’avant-propos du livre, il impor­tait beau­coup, à ses yeux, qu’une tra­duc­tion, bien qu’elle ne puisse être une trans­po­si­tion exacte d’une langue à une autre, laisse enten­dre que les poèmes traduits ont été écrits avant tout en français – et par là même, respecter le génie orig­inel du texte. Con­tin­uer la lec­ture

« On nous avait promis une terre de lait et de miel… »

Anne ROTHSCHILD, Quel monde à venir ?, Lev­ant, 2025, 15 €, ISBN : 978–2‑490667–24‑6

rotschild quel monde a venirAutrice et plas­ti­ci­enne bel­go-suisse, Anne Roth­schild pour­suit, avec la pub­li­ca­tion de ce dernier recueil Quel monde à venir ?, une réflex­ion poé­tique sur l’apaisement et la réc­on­cil­i­a­tion entre les peu­ples. Après avoir pub­lié à l’enseigne de maisons belges comme Le Cormi­er, Luce Wilquin ou Le Tail­lis pré, c’est du côté du Lev­ant, édi­teur basé à Mont­pel­li­er, qu’elle accoste désor­mais. Un mot bref sur le vol­ume de belle fac­ture que pro­pose l’éditeur. Une typogra­phie aérée, un papi­er choisi et un car­ton­nage à rabats dont la cou­ver­ture illus­trée repro­duit une aquarelle et un col­lage de l’autrice, un exem­plaire soigné donc qui donne à l’ensemble une forme proche de celle du livre d’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Partager les mots, partager l’enfance

Béa­trice LIBERT et Nan­cy PIERRET, Dans les bras du monde, Couleur livres, coll. « Couleur jeunesse », 2025, 16 €, ISBN : 978–2‑87003–967‑0

libert dans les bras du mondeÀ l’orée de la vie, le monde ouvrait les bras et l’horizon avait la fan­taisie pour seul nuage. Alors, le temps était une musique longue et lente et soudain bondis­sante sans besoin de rai­son.

La musique ce matin,
Joli bond de sauterelle
Habi­tant tout l’espace,
Con­tin­uer la lec­ture

L’amour, en vrai

Chris­telle LEGROS, Ô mas­culin, Bleu d’encre, 2025, 52 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–90‑1

legros o masculinPub­lié aux édi­tions Bleu d’encre, le recueil Ô mas­culin de Chris­telle Legros est une plongée dans l’intimité d’une rela­tion amoureuse, ses hauts, ses bas, les émo­tions et ques­tion­nements qui la tra­versent. Le recueil est court, com­posé d’une quar­an­taine de textes qui vont droit au but, attrapent le lecteur pour ne le relâch­er qu’une fois la dernière page atteinte.

Entre les lignes de ce qu’on pour­rait qual­i­fi­er de réc­it poé­tique se des­sine l’évolution d’une rela­tion amoureuse née dans la pas­sion et vouée à un affadisse­ment pro­pre à la vie quo­ti­di­enne com­mune. Con­tin­uer la lec­ture

Un phénix de bon augure pour les lettres wallonnes

Un coup de cœur du Car­net

Jean GUILLAUME, Tchôtès cin­des, présen­ta­tion, texte et glos­saire par Bernard Thiry, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. lit­téraire wal­lonne, n° 14, t. 1, 152 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–44‑2
Jean GUILLAUME, Tchôtès cin­des, édi­tion cri­tique par Bernard Thiry, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. lit­téraire wal­lonne, n° 14, t. 2, 84 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–45‑9

guillaume tchôtès cindes guillaume tchôtès cindes 2Un mir­a­cle ! L’on a retrou­vé un des deux recueils per­dus de Jean Guil­laume (1918–2001). Philo­logue réputé, spé­cial­iste de Gérard de Ner­val – il est le coau­teur de son édi­tion Pléi­ade –, ce natif de Fos­s­es-la-Ville est aus­si con­nu pour être l’une des meilleures plumes de la poésie wal­lonne mod­erne. Très tôt révélé par­mi les cinq de la « généra­tion 48 », il devient le chef de file d’une école namuroise, au sein de laque­lle se dis­tinguent notam­ment Georges Smal, Émile Gilliard et Vic­tor George. Son œuvre per­son­nelle est pour­tant réduite et se con­cen­tre sur les quelques années qui précè­dent son ordi­na­tion. Con­tin­uer la lec­ture

« …Le silence n’existe que dans les livres… »

Pas­cal FEYAERTS, Venir à soi suivi de 11 :11, Illus­tra­tions de Philippe Col­mant, Pré­face de Marie-Clotilde Roose, Coudri­er, 2025, 86 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–078– 8

feyaerts venir a soiOrné d’une pré­face de Marie-Clotilde Roose et d’illustrations de Philippe Col­mant, le recueil Venir à soi du poète hain­uy­er Pas­cal Feyaerts se décline en mul­ti­ples inter­ro­ga­tions. Leur ligne de crête se découpe dans l’affrontement inces­sant de l’artiste avec la for­mu­la­tion poé­tique du monde. De lec­ture en lec­ture, – le vol­ume est suff­isam­ment aéré pour per­me­t­tre (inviter à) des apprivoise­ments suc­ces­sifs –, appa­rais­sent d’éphémères per­cep­tions que nous sug­gère le poète. Il y a, sur­gis­sant ça et là, une ten­ta­tion insis­tante de la désil­lu­sion – Tant de rêves / si peu à vivre – tem­pérée bien vite, comme dans un éclat de lumière Con­tin­uer la lec­ture

Créer son patchwork d’ancrage

Col­lec­tif LES THÉRAPOÉTIQUES, S’ancrer. 44 voix par-dev­ers soi, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, 2025, 180 p., 15 €, ISBN : 9782875055408

thérapoétiques s'ancrerÀ la lisière du recueil de poèmes S’ancrer, David Gian­noni annonce les sen­teurs à venir, il s’agira, pour les poètes et poét­esses peu­plant la forêt du texte, d’expérimenter le trou­ble et non d’asséner des vérités, d’emprunter la voie de la poésie tout en « [l’]éprouv[ant] au réel de nos exis­tences ». Organiques, les voix de ce recueil dis­ent suff­isam­ment pour faire corps, instiller cette dose de sin­gu­lar­ité qui éloigne ou rassem­ble. Con­tin­uer la lec­ture

« …jusqu’à l’ombre zéro… »

Philippe COLMANT, Ver­so de l’ombre, Pho­togra­phies de l’auteur, Coudri­er, 2025, 89 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–077‑1

colmant verso de l'ombreOuvrant le recueil du poète-pho­tographe Philippe Col­mant, l’épigraphe de Jules Renard nous donne d’emblée la clé (d’une) des lec­tures pos­si­bles du texte et des images réu­nis ici : L’ombre ne vit qu’à la lumière. Car c’est bien de cela qu’il s’agit en matière de poésie : l’exploration sans cesse renou­velée des zones où la lumière pro­jette ces images (apparem­ment) abstraites et mono­chromes faites de tach­es d’ombre mou­vantes. Con­tin­uer la lec­ture

« (…) Mes tableaux sont diaphanes/ Ils sont faits d’eau… »

Maarten EMBRECHTS, Le non avenu, Bleu d’encre, 2025, 42 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930725–89‑5

embrechts le non avenuCréées et dirigées par le poète et romanci­er Claude Don­nay, les Édi­tions Bleu d’encre démon­trent à cha­cune des paru­tions qu’elles met­tent en œuvre l’originalité et la per­ti­nence d’un cat­a­logue nour­ri par des textes sin­gulière­ment inspirés. En voici une nou­velle con­fir­ma­tion avec Le non avenu. Con­tin­uer la lec­ture

Lire Laurence Skivée. Pour plonger sans réserve dans l’enfance de l’art

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Je trace, Let­tre volée, 2025, 157 p., 22 €, ISBN : 9782873176563

Skivée Je traceAvez-vous déjà vécu ça, cette sit­u­a­tion-là ? Vous êtes au télé­phone, un papi­er en main, un sty­lo à bille en main. Et, pen­dant la con­ver­sa­tion, machi­nale­ment, le sty­lo court, tire des traits abstraits, venant d’on ne sait où, ou des fig­ures comiques voire grotesques, ou la tasse ronde et jaune devant vous reprend corps et vie sur papi­er. Au fond, Je trace nous par­le de ça, de ces “choses” en nous, de ces présences qui ne deman­dent qu’à sor­tir et à voir le jour par­mi nous, sous nos doigts, parce que, par hasard, il y a un feu­tre en main, un cray­on ou un sty­lo à bille, et une feuille bien sûr, un papi­er à cou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture