Archives par étiquette : poésie

Fleurs de funérailles : accompagner les défunts en poésie

Devenu poète nation­al au début de l’an­née, Carl Norac s’est inter­rogé sur ce que peu­vent les poètes en cette péri­ode de pandémie. Frap­pé par les images de con­vois funéraires sans cortèges, d’in­hu­ma­tions où les proches du défunt ne sont pas admis ou à bonne dis­tance, il a souhaité offrir à chaque défunt, mort du COVID19 ou non, et à sa famille, un texte d’adieu poé­tique. L’ac­tion a été bap­tisée “Fleurs de funérailles / De gekroonde uit­vaart”. Con­tin­uer la lec­ture

Clair comme de l’eau de roches, salé comme l’air des brumes

Carl NORAC, Arno CÉLÉRIER, Poèmes de roches et de brumes, Le port a jau­ni, 2018, 28 p., 9 €, ISBN : 978–2919511419

Clair comme de l’eau de roches,
salé comme l’air des brumes,
un poème se lève avec toi
sur la ligne de l’horizon.

L’entrée de Carl Norac dans sa nou­velle fonc­tion de poète nation­al a eu lieu en ce début d’année. Si cette mis­sion le ramène à notre plat pays, il faut cepen­dant rap­pel­er qu’avant d’être notre ambas­sadeur poé­tique, Carl Norac est avant tout un grand voyageur. Des qua­tre coins du monde, il a tou­jours ramené des car­nets pleins de mots, à des­ti­na­tion de tous, enfants comme adultes. Son ouvrage Poèmes de roches et de brumes ne se réfère pas à un lieu pré­cis mais invite ses lecteurs à voy­ager entre ciel et mer, à sur­v­ol­er les cail­loux, à se met­tre à leur place. Con­tin­uer la lec­ture

« d’abord un geste »

Carl NORAC, Jour­nal de gestes / Gebarendag­boek, traduit du français par Katelijne De Vuyst, mael­strÖm, coll. “Book­leg”, 2020, 3€, ISBN : 978–2‑87505–358‑9

Je ne con­nais aucune prière, nul poème que j’improvise ne peut espér­er s’élever jusqu’au roy­aume sans souf­fle. 

Le nom de notre Poète Nation­al 2020 est désor­mais con­nu : Carl Norac suc­cède à Charles Ducal, Lau­rence Vielle et Els Moors, pour une durée de deux ans. Auteur d’une dizaine d’ouvrages poé­tiques et de nom­breux livres pour la jeunesse, Carl Norac nous livre ici un jour­nal de gestes, accueil­li au for­mat « book­leg » aux édi­tions mael­strÖm et traduit en néer­landais par Katelijne de Vuyst. Con­tin­uer la lec­ture

Ronger les mollets du poème – et plus si affinités

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cal LECLERCQ, Sai­son six, Angle mort, 2019, 24 p., 16 €, ISBN : 978–2‑9602174–4‑5

Voici une suite à Jour­nal apoc­ryphe : cinquième sai­son qui parais­sait chez Mael­ström en 2018 dans le recueil Analyse de la men­ace. On y retrou­ve les thé­ma­tiques de prédilec­tion de Pas­cal Lecler­cq : un monde qui som­bre, une inquié­tante urban­ité, des ani­maux et des per­son­nages inter­lopes, un corps mis en doute, tri­fouil­lé, manip­ulé, et une recherche sur le sens et la mise en jeu de l’écri­t­ure. Sur la broche du texte, la langue rôtit, don­nant à l’ab­surde droit de vie et de mort, et allumant ici et là les feux brûlants de l’hu­mour noir. Con­tin­uer la lec­ture

Convulsions du verbe

Otto GANZ, L’œuvre de con­vul­sions, Tail­lis Pré, 2020, 84 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87450–154‑8

Sous une diver­sité  d’expressions — poé­tique, romanesque, plas­ti­ci­enne —, l’œuvre d’Otto Ganz se con­fronte aux expéri­ences-lim­ites et s’adonne à la tra­ver­sée des apparences. La rad­i­cal­ité de son geste se traduit dans le choix de la den­sité. Une den­sité atom­ique de la pen­sée et une den­sité inten­sive du verbe qui se tien­nent au plus loin de la pesan­teur et des con­ven­tions. Con­tin­uer la lec­ture

« Ode à l’amour, la souffrance et la mort »

Jas­mine NGUYEN, Po’aime-moi, Bleu d’encre, 2019, 52 p., 12 €, ISBN : 78–2‑930725–27‑7

La poésie joue un rôle ultime dans la vie des auteurs ; sans doute aus­si des lecteurs. S’il existe cent mille raisons de pren­dre la plume et d’écrire des poèmes, il en est une majeure où toutes peut-être se rejoignent : tran­scen­der la langue et par ce chemin, sub­limer la réal­ité. Or celle-ci est sans mesure pour Jas­mine Nguyen. Médecin spé­cial­isée dans les can­cers du sang, auteure ici d’un pre­mier recueil, elle a man­i­feste­ment acquis une con­science pré­cise de ce que l’écriture et la poésie appor­tent à sa vie. Un exu­toire et une libéra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

&

Colette NYS-MAZURE (textes) et Camille NICOLLE (images), Le jour coude-à-coude, Esper­luète, coll. « L’Estran », 2020, 64 p., 14,50€, ISBN :  9782359841237

Le blanc, le noir – entre, le gris. Le ver­ti­cal, l’horizontal – la diag­o­nale par­fois. La présence, l’absence – en pointil­lés. Évo­quer, expli­quer – trans­fig­ur­er. Le passé, le futur – et le présent. La per­sis­tance, l’éphémère – éter­nité fugace. La pluie, le soleil – là, l’arc-en-ciel. Rester, par­tir – revenir. Dehors, dedans – ou ailleurs, peut-être. Opposés, indis­so­cia­bles – coude à coude. Ce sont là quelques-unes des dimen­sions, proches, éloignées, que Colette Nys-Mazure effleure ou pénètre dans son dernier recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Faire revivre les pierres

Lil­iane SCHRAÛWEN, Nuages et ves­tiges, Bleu d’Encre, 2019, 91 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930725–28‑4

Si écrire, c’est entre autres faire par­ler les pier­res, alors, le dernier recueil de Lil­iane Schraûwen est une gemme déli­cate polie par la gouge des mots. Mais les pier­res ne sont pas tou­jours pré­cieuses. Elles le devi­en­nent après que l’on a redonné vie aux ves­tiges, après avoir fait renaître leur mémoire, après avoir allégé cette « masse lourde de dure pierre » comme pour en extraire la vie.

Alors il est venu / creuser la roche dure / Il t’a trou­vée où tu rêvais / de ton rêve de pierre / Tu as pris vie entre ses doigts / et déployé ta chevelure / comme une flamme dans le vent Con­tin­uer la lec­ture

Le défi poétique de Roberto Juarroz

Jacques ANCET et Yves NAMUR, La pluie, Mérid­i­anes, coll. « Duo », 2019, 20 p., 12 €, ISBN : 978–2‑917452–78‑3

Dirigée par Pierre Emmanuel, la jeune col­lec­tion « Duo » repose sur le principe du “dia­logue” cher aux livres d’artiste, mais en asso­ciant deux poètes. Sol­lic­ité dans ce cadre, Jacques Ancet a aus­sitôt pro­posé à son vieil ami Yves Namur de col­la­bor­er, avec pour base com­mune ce vers de Rober­to Juar­roz – dont il avait traduit des entre­tiens et des poèmes en 2001–2002 – : La pluie tombe sur la pen­sée, extrait de Poésie ver­ti­cale, vol. 4.  Ayant reçu le feu vert – l’in­térêt de Namur pour Juar­roz n’est pas un secret depuis Frag­ments de l’i­nachevée –, Ancet écrit alors treize textes de sept vers cha­cun et les envoie à son cor­re­spon­dant. Celui-ci prend le relai, en adop­tant un mimétisme qua­si par­fait quant au style et à la ver­si­fi­ca­tion : absence de titre, vers libre non rimé, exclu­sion du “je”, emploi sys­té­ma­tique du “on” et des tour­nures imper­son­nelles, récur­rences lex­i­cales (“main”, “oiseau”, “arbre”, “yeux”, “toit”…), insis­tance sur l’in­cer­tain et l’ap­prox­i­matif de la pen­sée. Le lecteur douterait-il, la dual­ité typographique romain/italique per­met de dis­tinguer à coup sûr les deux auteurs. Mal­gré la présen­ta­tion générale­ment alternée des poèmes, il ne s’ag­it toute­fois pas de répliques au sens strict, mais plutôt d’un jeu sub­til de relances et d’é­chos où les sep­tains de Namur tan­tôt enchainent sur ceux d’Ancet, tan­tôt les anticipent, les auteurs ayant réglé avec soin leur ordon­nance­ment. Aus­si le livret dégage-t-il une grande impres­sion d’u­nité – l’in­flu­ence du poème-arché­type de Juar­roz n’y étant certes pas étrangère. Con­tin­uer la lec­ture

L’exploration perspectiviste de Maxime Coton

Maxime COTON, Pages vivantes, Poème de réal­ité virtuelle, Images de Jamil Mehdaoui, Trad. en anglais par Lia Swope Mitchell, L’Arbre de Diane, 2019, 12 €

Ovni lit­téraire, livre inter­ac­t­if qui se dou­ble d’une instal­la­tion, Pages vivantes de Maxime Coton se présente comme un livre-objet mul­ti­formel com­posé d’un long poème en français et en anglais que le lecteur peut lire mais aus­si écouter et voir en insérant son smart­phone dans les lunettes 3D fournies. Embar­qué dans une expéri­ence per­spec­tiviste, chaque lecteur peut opter pour l’une ou l’autre porte d’entrée, préfér­er la suc­ces­sion du lis­i­ble, du sonore et du vis­i­ble ou embrass­er leur simul­tanéité. Maxime Coton crée une aven­ture sen­sorielle qui per­met de réin­ter­roger, d’une part, les spé­ci­ficités pro­pres à la let­tre, à l’image et au son, d’autre part, leurs croise­ments, leurs inter­férences. Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience poétique

Pas­cale SEYS, La poésie comme mode d’emploi du monde, Midis de la Poésie, 2019, 28 p., 8 €

Son­dant les enjeux, la teneur de l’espace poé­tique, Pas­cale Seys nous con­vie à une tra­ver­sée de quelques textes fon­da­teurs. D’Anatole France (Le jardin d’Épicure), d’Hésiode (Les travaux et les jours), de René Char (Fureur et mys­tère), de Rilke (« La pan­thère ») et de Paul Celan (Le méri­di­en et autres pros­es). Il s’agit d’aller à la ren­con­tre de l’ombilic du poème, par-delà la con­vo­ca­tion de ses seules spé­ci­ficités formelles, de met­tre à jour sa valence méta­physique, sa ligne éthique. Dévelop­pant la con­nex­ion intrin­sèque entre le poème et l’ouverture (aux ambiva­lences, aux jeux des con­traires), filant la pen­sée rilkéenne de l’Ouvert reprise par Hei­deg­ger, l’essai cir­con­scrit le lieu poé­tique comme un champ rel­e­vant d’un réc­it par­ti­c­uli­er et se ten­ant à l’écart du logos, de la pen­sée rationnelle. Con­tin­uer la lec­ture

C’était sait

Edgar KOSMA, #VivreAuVingtE­tU­nième­Siè­cle, Arbre à paroles, 2019, 113 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–688‑7

Same­di soir, lors de dédi­caces chez Home Frit’ Home, librairie-galerie-bou­tique du sur­réal­isme et micro-musée de la frite à For­est, Edgar Kos­ma m’accueille avec douceur et sim­plic­ité. Il a man­i­feste­ment l’habitude de recevoir un incon­nu venu de nulle part. Et d’emblée, il absorbe les ques­tions d’un regard pro­fond dans celui de son inter­locu­teur. De temps en temps, son champ de vision s’élargit et part pas mal loin pen­dant qu’il répond. Con­tin­uer la lec­ture

Poétique de la célébration

Jacques SOJCHER, Joie sans rai­son, dessins d’Arié Man­del­baum, Fata Mor­gana, 2020, 56 p., 13 €, ISBN : 978–2377920570

Il est des recueils poé­tiques qui s’élèvent au tac­tile, qui, par la grâce des mots, accom­plis­sent une promesse sœur de la caresse de Lév­inas. Joie sans rai­son du philosophe et poète Jacques Sojch­er se tient sur cette ligne de tac­til­ité, de nudité, d’un dévoile­ment adom­bré par le retrait. Les cer­cles qu’arpente Jacques Sojch­er en philosophe-artiste ont pour nom la femme, l’enfance, l’amor fati. Comme « la rose est sans pourquoi » (Angelus Sile­sius), la joie est sans rai­son dès lors qu’elle se tient du côté du non-savoir, de la perte de toute maîtrise. Il n’y a pas d’amour sans entrée dans l’impersonnel, dans l’au-delà ou l’en deçà du sujet. Con­tin­uer la lec­ture

Calepin d’un galopin

Paul GUIOT, Au pays des mots à sons, Chat polaire, 2019, 63 p., 12 €, ISBN : 978–2‑9310–2802‑5

À 57 ans, Paul Guiot con­fesse qu’il est resté très jou­ette. L’auteur d’aphorismes aime les mots qu’il ramasse comme un gamin sans peur qu’on fesse, revenu de l’école buis­son­nière. Celle-ci est son Pays des Mots à Sons où vivre se con­jugue au plaisant. Tel est le pré req­uis dans lequel il emmène par l’âme un ami ; vous lecteur. Pour observ­er ses ani­mots rumi­nant livresque d’une vie de poème, chan­té dans les champs de blé en verbe. Con­tin­uer la lec­ture

Verheggen enfin chez Vondel !

Jean-Pierre VERHEGGEN, Pub­ères, Putains / Pubers, Pieten­pakkers, tra­duc­tion Christoph BRUNEEL, Âne qui butine, 2019, 2013 p., 22€, ISBN : 978–2‑919712–23‑6

Il n’est pas dans les habi­tudes du Car­net de recenser les tra­duc­tions d’œuvres lit­téraires belges fran­coph­o­nes vers d’autres langues. Une excep­tion pour­tant aujourd’hui tant l’entreprise qui voit le jour con­stitue une pre­mière, un défi relevé et entamé il y a trois ans par Christoph Bruneel, relieur de for­ma­tion et ani­ma­teur avec Anne Letoré des édi­tions L’Âne qui butine. Le pari ? Traduire inté­grale­ment en néer­landais un recueil de Jean-Pierre Ver­heggen, en l’occurrence Pub­ères, Putains, sans doute l’un des textes les plus con­nus, les plus aboutis du poète. Un pari assez fou en effet d’autant que Ver­heggen se plaît à rap­pel­er avec humour que même en français il n’a jamais été adap­té, emprun­tant en cela à Jules Renard sa for­mule ironique à l’encontre de l’auteur d’Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, « Mal­lar­mé, intraduis­i­ble même en français ! » Con­tin­uer la lec­ture

Le vieux métier de vivre et d’écrire

Un coup de cœur du Car­net

William CLIFF, Immor­tel et périss­able, choix anthologique et post­face de Gérard Pur­nelle, Impres­sions Nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–424‑0

Il porte un nom (pseu­do­nyme) d’acteur améri­cain, une gueule pareille ; il est à faire se damn­er un saint, William Cliff. Mais plutôt que de s’exhiber sur les écrans tout en longueur du ciné­matographe, c’est sur d’autres sur­faces blanch­es qu’il a inscrit son corps, sa vie (matière qua­si exclu­sive de son œuvre, avec l’espèce humaine) : celles des pages des recueils de poésie et des romans. Bien qu’on puisse l’entendre mur­mur­er qu’il est mal­con­tent :

de quelle insat­is­fac­tion souf­frez-vous 
(c’est la gloire la gloire qui me manque)
, Con­tin­uer la lec­ture