Archives par étiquette : première œuvre

L’île aux ressacs

Arnaud NIHOUL, Caitlin, Genèse, 2019, 312 p., 22.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689226

Lag­gan, une île au petit goût d’Hébrides, mod­este­ment peu­plée et, battue par les fureurs océaniques… Des entasse­ments de roches que domi­nent un phare dif­fi­cile­ment acces­si­ble et la tour d’un vieux château édi­fié autre­fois par le clan écos­sais des Camp­bell… C’est le décor de Caitlin, pre­mier roman pub­lié par le Namurois Arnaud Nihoul. Décor que Ian, natif des lieux, redé­cou­vre à l’appel de Mor­gan, son ami d’enfance, éter­nel gag­nant tou­jours très sûr de lui et devenu aujourd’hui un écrivain de répu­ta­tion mon­di­ale dont on s’arrache les romans policiers. Vingt-trois ans plus tôt, les deux ado­les­cents et Mur­ray, un troisième com­père, avaient accueil­li dans leur bande Caitlin, une fille de leur âge, farouche et d’une « mélan­col­ie rude », arrivée sur l’île pour vivre chez sa vieille tante Moïra. Con­tin­uer la lec­ture

Solitudes en mode survie

Gabrielle LEVY, Au ren­dez-vous des insom­ni­aques, Lat­tès, 2019, 269 p., 18,90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑7096–6341‑0

Nous entrons dans l’univers de cinq per­son­nages qui se ren­con­trent pour la pre­mière fois dans des réu­nions de thérapie col­lec­tive pour soign­er leurs insom­nies. Il y a Claire, une cor­rec­trice de romans bas de gamme qui vient sous la pres­sion de son mari ; Michèle, une pro­fesseure en Let­tres pen­sion­née qui net­toie une église pen­dant la nuit ; Jacques, un psy­chi­a­tre shooté aux som­nifères ; Lena, une étu­di­ante en secré­tari­at habil­lée et maquil­lée comme une geisha ; enfin, Hervé, un compt­able zélé dans une agence de com­mu­ni­ca­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Fêlures intimes de la prospérité

Sébastien FEVRY, Soli­tude Europe, pré­face de Philippe Longchamp, Cheyne, 2018, 107 p., 19 €, ISBN 978–2‑84116–261‑1

Rares sont les livres de poésie qui affron­tent explicite­ment les aspects ingrats de la vie con­tem­po­raine, qu’ils soient bénins ou dra­ma­tiques : attente du bus, pas­sager clan­des­tin d’un camion, recherche d’une sta­tion-ser­vice, épuise­ment pro­fes­sion­nel, yeux rougis par la fumée, divorce des par­ents, etc.  Tel est pour­tant Soli­tude Europe, pre­mier recueil de Sébastien Fevry, dont une des clés est peut-être don­née indi­recte­ment à la page 86 : « l’été où tu pris la déci­sion de tenir un jour­nal. » La tech­nique, en effet, est celle de la nar­ra­tion décousue, effilochée, addi­tion quo­ti­di­enne d’anec­dotes à pre­mière vue hétéro­clites. À pre­mière vue seule­ment, car plusieurs con­stantes s’im­posent vite. Essen­tielle­ment visuel, spa­tial et itinérant, l’imag­i­naire que met en œuvre cette écri­t­ure diariste est ponc­tué avec insis­tance par les motifs de la route, du véhicule, du park­ing, du zon­ing, du chemin de fer – les nom­breux toponymes ren­voy­ant aux États-Unis et surtout à l’Eu­rope occi­den­tale, prin­ci­pale­ment du nord : Arras, Ams­ter­dam, mer Bal­tique, Car­o­line du Sud, Dubrovnik, New­cas­tle, Paris, Turin, etc.  Il est aus­si ques­tion de restau­rants et de cafés, de salles de réu­nion ou de con­grès, d’hô­tels, d’un cen­tre com­mer­cial, lieux de pas­sage et de bras­sage humain où le “je” est tan­tôt acteur, tan­tôt sim­ple témoin ou même voix off. Tout sem­ble démon­tr­er une intense activ­ité humaine. Voici même un hôtel qui, la nuit, à l’in­su de ses clients, « ébran­le sa for­mi­da­ble masse / et remonte vers le nord »… Con­tin­uer la lec­ture

Le bleu et le noir de la vie

Vir­ginie MOULIGNEAUX, Un trou dans la mémoire, Ker, 2019, 102 p., 12 €, ISBN : 9782875862501

Le texte qui ouvre le recueil de nou­velles de Vir­ginie Mouligneaux et lui donne son titre, Un trou dans la mémoire (prix de la Fon­da­tion Lau­re Nobels 2018), est prob­a­ble­ment le plus frap­pant.

Sur fond de guerre d’Espagne, un homme marche, au milieu de ses frères d’armes, vers le pelo­ton d’exécution. En ce moment ultime, lui, Álvaro Gar­ri­ga, qui « était mort un nom­bre incal­cu­la­ble de fois et il était né bien plus sou­vent encore », se sou­vient, au bout de tant d’années, du soir d’été « bleu et capi­teux », qui tourn­erait à l’orage, où Inès l’avait emmené voir la mer. Sans oser dire un mot ni faire un geste, il l’avait regardée s’éloigner sous l’averse alors qu’il aurait tant aimé l’embrasser. « Ses lèvres auraient eu un goût de pluie. » Et si cette heure-ci n’était pas la dernière…? (Un trou dans la mémoire) Con­tin­uer la lec­ture

Demeure, souvenir

Claire MAY, Oost­duinkerke, Aire, 2019, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94058–629‑5

Les lieux de vacances occu­pent une place sin­gulière dans les sou­venirs d’enfance. Leur prég­nance se trou­ve évidem­ment ren­for­cée lorsqu’une mai­son famil­iale y est attachée dans laque­lle on a l’occasion de revenir ensuite. Alors, chaque séjour rend vie au passé, don­nant l’illusion pleine d’un retour dans le temps.

La famille d’Emma est pro­prié­taire d’une vil­la à Oost­duinkerke où elle se plaît à revenir. Les lieux sont demeurés intacts et libèrent la machine à sou­venirs. Chaque séjour est l’occasion de déploy­er les rit­uels habituels de la prom­e­nade sur la digue, du repas dans tel restau­rant qui n’a pas changé. Con­tin­uer la lec­ture

Noir d’Espagne

François FILLEUL, Pois­sons volants, Ker, 2019, 246 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–248‑8

C’est le bout du bout du sud d’une Andalousie qui n’a que peu de rap­ports avec le « divin par­adis que l’on dit friv­o­le » chan­té par Luis Mar­i­ano. C’est un ruban de ville qui s’étire sur l’isthme méditer­ranéen reliant la province de Cadix au ter­ri­toire bri­tan­nique de Gibral­tar, séparé par une fron­tière dev­enue poreuse  (jusqu’à nou­v­el ordre, l’ombre du Brex­it planant for­cé­ment sur le Rocher…). La ville a pour nom La Lin­ea. On y vit assez pau­vre­ment entre débrouille et magouilles et en faisant face plutôt mal que bien à l’invasion per­ma­nente de rats, si cat­a­strophique qu’elle con­traint même les hôpi­taux publics à fer­mer bou­tique. Autre inva­sion plus saison­nière et mieux accep­tée, celle des exo­cets qui four­nissent une nour­ri­t­ure abon­dante mais de piètre qual­ité, après séchage de ces « pois­sons volants » accrochés comme des chaus­settes aux réseaux de cordes à linge. C’est dans ce con­texte andalou bien con­nu de lui pour y avoir vécu plusieurs années que François Filleul, Borain d’origine et pro­fesseur de français à Brux­elles, situe le polar qui lui a valu le deux­ième Prix Fin­tro voué aux « Écri­t­ures noires ». Un cahi­er des charges qu’il n’a pas boudé en mas­sacrant d’emblée au fusil d’assaut sept per­son­nes : des cou­ples d’amis apparem­ment sans his­toire réu­nis dans une mai­son de week-end pour leur tra­di­tion­nel ren­dez-vous des fêtes de fin d’année. Seuls rescapés de cette tuerie à pri­ori inex­plic­a­ble : un Belge, époux d’une fonc­tion­naire européenne et sa petite fille ain­si qu’une som­melière qui, retenue par son tra­vail, est arrivée trop tard sur les lieux pour grossir le bilan macabre. Con­tin­uer la lec­ture

Vous donnez votre langue au bison ?

Un coup de cœur du Car­net

Gaya WISNIEWSKI, Mon Bison, MeMo, 2018, 36 p., 15 €, ISBN : 9782352894001

Qu’est-ce qui a deux cornes, qui est cou­vert de longs poils et qui rumine ? Un indice : c’est un mam­mifère imposant, on le retrou­ve dans les plaines du Nord de l’Amérique et les forêts européennes, un man­teau recou­vre son pelage. Oui, le bison, par­di ! C’est aus­si un ani­mal qui aime se cacher dans les hautes herbes et que l’on apprivoise avec douceur. Un jour, une enfant de qua­tre ans a quit­té les bras de sa maman et a entre­pris d’en approcher un, douce­ment, patiem­ment. Peu à peu, elle s’est ain­si trans­for­mée en un être humain spé­cial à ses yeux, comme cela a eu lieu dans une autre his­toire entre un blondinet et un canidé roux. Mal­heureuse­ment, la nature a ses cycles que l’amour d’une petite fille ne con­naît pas : une fois le print­emps revenu, le bovidé a dû rejoin­dre ses con­génères. Avant de dis­paraître, il lui a juré de revenir chaque année, « quand le sol se cou­vri­ra de neige ».

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Festin rabelaisien de mots et de vélins

Un coup de cœur du Carnet

Stéphane MALANDRIN, Le mangeur de livres, Seuil, 2019, 191 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑02–141454‑7

Il n’est pas fréquent d’avoir sous les yeux un roman qui soit une vraie sur­prise. Par le thème et l’écriture, Le mangeur de livres, pre­mier roman de Stéphane Malan­drin, réal­isa­teur et scé­nar­iste français instal­lé à Brux­elles, nous a apporté ce bon­heur. Con­tin­uer la lec­ture

Pourquoi pas moi ?

Lola MANSOUR, Cein­ture blanche, Ker, 2018, 103 p., 12€ / ePub : 5.99 €, ISBN : 978–2‑87586–242‑6

L’auteure est une judokate belge ayant reçu de nom­breuses médailles, notam­ment la médaille d’or aux Jeux olympiques de la jeunesse 2010 et au cham­pi­onnat d’Eu­rope des moins de vingt ans en 2012. Pour­tant, ce n’est pas une auto­bi­ogra­phie qu’elle nous donne à lire, mais une fic­tion qui dévoile le par­cours d’Anya, douze ans. Celle-ci cherche un but à sa vie et en trou­ve un : elle veut devenir une cham­pi­onne, pen­dant que ses copines rêvent de devenir princess­es. D’où lui vient cette idée ? Pas de ses par­ents artistes, en tout cas. Mais peu importe. Anya est habitée par cette idée fixe. Le hic, c’est qu’elle ne sait pas dans quel sport briller. Con­tin­uer la lec­ture

Le pervers guette

Élodie WILBAUX, Le voisin de la cité Vil­lène, M.E.O., 2018, 170 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8070–0168‑8

Suf­fit-il d’une men­tion sur la cou­ver­ture et d’un aver­tisse­ment pour faire d’un témoignage un roman ?

Cette his­toire est basée sur des faits réels. Par souci de con­fi­den­tial­ité, les noms des per­son­nes, lieux et dates ont été changés.

L’écriture atten­tive d’Élodie Wilbaux, entre reportage et procès-ver­bal, fait net­te­ment pencher la bal­ance vers le témoignage. À la fois celui des vic­times, une bande de garçons de sept-huit ans pris dans la sor­dide con­fu­sion des sen­ti­ments orchestrés par un adules­cent pédophile, et sa pro­pre expéri­ence : Con­tin­uer la lec­ture

La preuve vivante

Ade­line DIEUDONNÉ, La vraie vie, L’I­con­o­claste, 2018, 270 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑37880–023‑9

À la mai­son, il y avait qua­tre cham­bres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes par­ents, et celle des cadavres.
Papa tire du gros gibier, dès qu’il peut. Ici et jusqu’en Himalaya. Cette “cham­bre des cadavres”, c’est celle où il dis­pose ses trophées. Il y a des têtes de san­gli­er, d’an­tilopes, de zèbres, même un lion entier. Et une hyène dans un coin. Pré­da­teur, papa l’est aus­si envers maman, bien sûr, et maman esquive la vio­lence con­ju­gale en se faisant la plus trans­par­ente, la plus molle pos­si­ble, encais­sant juste les coups. La nar­ra­trice et son petit frère Gilles vivent une rela­tion fusion­nelle. À l’aube de la puberté, ils dor­ment encore ensem­ble, se parta­gent tous leurs secrets et réen­chantent leur quo­ti­di­en en jouant dans une casse de voitures. De retour de l’é­cole, lorsque c’est la sai­son, ils achè­tent quo­ti­di­en­nement une glace au marc­hand ambu­lant — avec sup­plé­ment chan­til­ly pour elle. On ne peut pas dire que ce soit une vie rêvée, mais au moins rien ne vien­dra s’in­ter­pos­er entre Gilles et elle. Rien, jusqu’à l’ac­ci­dent. Con­tin­uer la lec­ture

Confession éperdument amoureuse

Anne KAREN, Rouge encor du bais­er de la reine, Quidam,  2018, 118 p., 14 €, ISBN : 978–2‑3791–060‑4

Éton­nant, ce pre­mier livre d’Anne Karen, qu’on n’ose appel­er roman tant son atmo­sphère est poé­tique et son étrangeté féerique par endroits. Non seule­ment Rouge encor du bais­er de la reine nous ren­voie à Ner­val, mais il nous trans­porte loin dans l’Histoire.

« Ces vingt feuilles auraient été écrites il y a presque dix siè­cles, en 1054 » nous annonce l’adresse au lecteur. Cet avant-pro­pos est signé par un cer­tain René Nanak, his­to­rien et pro­fesseur hon­o­raire  à l’Université de Paris et mem­bre de l’Institut d’histoire et de civil­i­sa­tion de Byzance au Col­lège de France. Ce savant chercheur fic­tif aurait retrou­vé et pub­lié un man­u­scrit palimpses­te resti­tu­ant un texte traduit du grec en l’attribuant à un incon­nu, Nicé­tas, eunuque nain. Ce per­son­nage est dévoué à l’impératrice Zoé Por­phy­ro­genète et  il envoie ces écrits à son aimé Michel Psel­los. Con­tin­uer la lec­ture

Instants de vie

Olivi­er ODAERT, Soli­tudes, Illus­tra­tions de Syl­vain Del­court, Acad­e­mia, 2018, 121 p., 15 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0381‑9

odaert solitudesSoli­tudes. Un recueil de nou­velles brèves, sai­sis­sant des instants qui mar­quent notre vie, et que nous gar­dons secrets, cachés dans les plis du quo­ti­di­en.

Ici, un homme assis depuis des heures sur un banc, dans un parc, immo­bile, silen­cieux, ne sem­ble pas con­scient de la présence à ses côtés d’un jeune garçon qui lui prend la main, cherche son regard per­du dans le loin­tain. Il se lève, s’en va marcher sans but dans les allées, revient, inter­roge douce­ment : « On y va, Papa ? », ne reçoit pas de réponse. Le soir tombe, le froid pince, les pas­sants ont déserté le parc. Et le garçon part à son tour, après avoir une dernière fois posé con­tre sa joue une main désor­mais froide et rigide, et mur­muré un bon­soir à l’accent d’adieu. (Papa) Con­tin­uer la lec­ture

Un premier roman belge prometteur

Adeline Dieudonné

Ade­line Dieudon­né

Alors que l’été com­mence à peine, le monde du livre s’est déjà mis à l’heure de la ren­trée lit­téraire d’au­tomne. C’est aus­si le cas du jury du prix Stanis­las. Alors que les livres ne seront disponibles en librairie que dans deux mois, les final­istes sont dès à présent con­nus. Par­mi eux, un pre­mier roman signé d’une auteure belge. Con­tin­uer la lec­ture

Contre toute attente

Un coup de cœur du Carnet

Éti­enne VERHASSELT, Les pas per­dus, Tripode, 2018, 15€, 140 p., ISBN : 9782370551634

verhasselt les pas perdusAprès Emmanuel Rég­niez et son Notre château aus­si raf­finé qu’effarant, les édi­tions du Tripode accueil­lent à nou­veau un auteur rési­dant en nos ter­res, pour notre plus grand plaisir. C’est avec un recueil d’une quar­an­taine de cour­tes et vives nou­velles qu’Étienne Ver­has­selt – licen­cié en psy­cholo­gie clin­ique et tra­vail­lant dans une com­mu­nauté thérapeu­tique – fait son entrée dans leur cat­a­logue sin­guli­er. À not­er égale­ment que ce sont Les Pas per­dus qui ont été choi­sis pour leur opéra­tion annuelle Les 400 coups, qui voit vingt illus­tra­teurs et séri­graphes – dont Meh­di Beneit­ez qui signe la cou­ver­ture, ou Anna Boulanger, auteure du Haret québé­cois ou de L’absence – s’emparer de la matière du livre pour en extraire des estam­pes de leur cru.  Con­tin­uer la lec­ture

La poésie commence là où finit le monde

Quentin VOLVERT, Ghet­tos, Fron­tispice d’Yves Namur, Tail­lis Pré, 2018, 88 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87450–131‑9

volvert ghettosIl est cer­tains artistes pour qui la poésie com­mence là où finit le monde, là où le réel se cabre. Le très jeune poète Quentin Volvert (né en 1997) appar­tient à cette con­frérie. Dans une langue nerveuse priv­ilé­giant le grand écart entre les réal­ités, entre les sen­sa­tions, il pose dans Ghet­tos un anti-ghet­to textuel, une écri­t­ure qui flue comme une élec­tric­ité des loin­tains. Par l’exploration des ter­res de l’enfance, de ce qui en réchappe, il traque les pos­si­bil­ités d’être au monde. La poésie tourne autour des ver­tiges (ver­tiges méta­physiques liés aux ver­tiges exis­ten­tiels), autour de ce qui fait naufrage ; elle inter­roge le monde en ses charniers, une planète défig­urée par le fra­cas des guer­res. Aucun dolorisme ni car­can asphyxi­ant du poli­tique­ment cor­rect dans ces car­togra­phies de la vie indi­vidu­elle et col­lec­tive. Les mots cherchent l’issue que la réal­ité barre. Que faire ici-bas ? Com­ment et pourquoi se prêter au voy­age alors que l’oscillation entre rester et par­tir rythme, pulse le texte intérieur ? Au hasard des rues de Brux­elles, aux abor­ds de la Bourse, des cafés de la gare du Nord, des dieux sur­gis­sent, appelant à met­tre le feu aux poudres, à soulever une autre nuit, une autre aurore dans le tis­su des jours. Con­tin­uer la lec­ture