Archives par étiquette : Texte et image

Au royaume des orchidées

Pas­cale de TRAZEGNIES, Ô orchidées !, illus­tra­tions de Djohr, Flam­mar­i­on, 2018, 256 p., 32 € / ePub : 21.99 €, ISBN : 978–2081445703

Admi­ra­trice fer­vente de ces fleurs aus­si belles que mys­térieuses, qui, depuis tou­jours, intriguent, fasci­nent, par­fois rebu­tent, Pas­cale de Trazeg­nies nous invite, dans un livre enchanteur, Ô orchidées !, à décou­vrir le monde lit­téraire des orchidées.

L’aventure com­mence sous l’invocation Les émer­veil­lés.

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Lumière – eau

Philippe MATHY et Anne LE MAÎTRE, Îles de la Gar­gaude, Ate­lier des Noy­ers, coll. « Car­nets de nature », 2018, 48 p., 10€, ISBN :978–2‑490185–09‑2

Dieu sait com­bi­en cer­tains paysages sont prop­ices aux prom­e­nades silen­cieuses, à la con­tem­pla­tion et à la réminis­cence. Le paysage des îles de la Gar­gaude, mod­ulé par la Loire, en est un. Du moins, c’est ce dont rend compte ce recueil issu de la col­lab­o­ra­tion entre le poète Philippe Mathy et l’aquarelliste Anne Le Maître, pub­lié dans la col­lec­tion « Car­nets de Nature » des Édi­tions de l’Atelier des Noy­ers. Les cir­con­stances de la ren­con­tre entre Le Maître et Mathy, for­mulées à la fin de ce petit livre,participent à la douceur de l’ouvrage : fruit d’une ren­con­tre entre l’artiste et l’écrivain au début de l’été 2017, ce livre aura mûri au fil des saisons et est offert au regard à l’automne 2018. Voilà qui tombe à point.

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Amours contrariées

Pierre CORAN (texte adap­té de William Shake­speare) et Char­lotte GASTAUT (illus­tra­tions), Roméo et Juli­ette, Flam­mar­i­on jeunesse / Père Cas­tor, 2018, 14€, 32 p., ISBN : 9782081373143

Sous quelle forme abor­der cer­tains textes du pat­ri­moine théâ­tral avec les enfants ? Que mon­tr­er lorsqu’il s’agit de tragédies dont ils ne sont au départ guère le pub­lic cible, mais qu’il fau­dra néan­moins illus­tr­er ? Au sein des édi­tions Père Cas­tor, en matière d’adaptations, on peut se fier sans sour­ciller au duo for­mé par le poète et romanci­er mon­tois Pierre Coran et l’illustratrice Char­lotte Gas­taut. En 2015, ils s’étaient déjà tous deux attaqués, pour la même mai­son d’édition, à l’opéra de Mozart avec un livret de Schikaned­er : La Flûte enchan­tée, autre réc­it où l’amour se voit con­trar­ié. En 2008, pour Gau­ti­er-Languereau, c’est une his­toire orig­i­nale de Pierre Coran qui les avait réu­nis : Le Prince Hibou. Une façon de pos­er les bases de leur pen­chant com­mun pour les con­tes et le mer­veilleux grâce à une fan­taisie où un château de gruyère dévoré par les rongeurs ne pour­rait trou­ver de salut que grâce à l’intervention d’un rapace noc­turne, pour peu qu’une princesse passe avec lui un marché nup­tial. Con­tin­uer la lec­ture

Je suis Charlie !

Un coup de cœur du Carnet

Adolphe NYSENHOLC, Char­lie Chap­lin, Le rêve, M.E.O., 2018, 244 p., 19 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0177‑0

Instant de grâce ! L’auteur, qui a voué une par­tie de sa riche car­rière[1] à Chap­lin, au point d’en être con­sid­éré de par le monde comme un expert som­mi­tal, a réus­si l’ultime syn­thèse, un essai d’une den­sité lou­voy­ant vers l’art poé­tique. Qui débute avant les pre­mières lignes offi­cielles, dans un com­men­taire sur la photo/couverture, au ver­so de la page de titre :

(…) Chap­lin émi­nence grise de Char­lot manip­ulé par lui, le masque trag­ique sur un corps comique, Char­lot « sen­ti­men­tal pup­pet », l’empathie dis­tan­ciée, l’auto-ironie de Chap­lin, la choré­gra­phie comme écri­t­ure de songe, le créa­teur d’images à jamais mémorables, le poète comique, l’auteur en abyme, le rêve dans le rêve… 

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Redevenir béguines

Un coup de cœur du Carnet

Julie DELPORTE, Nous étions béguines, L’ap­pât, 2018, 32 p., 20 €

Nous étions béguines est un petit livre d’artiste, aux dessins et textes de feu­tres rose, orange, mauve et brun. Son autrice, Julie Del­porte, est bédéiste, illus­tra­trice et québé­coise et a obtenu le sou­tien de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles pour une rési­dence à l’atelier brux­el­lois L’appât  – quelle bonne idée et, du coup, quelle chance de tenir entre les mains ce bijou-bombe, cette brassée déli­cate d’une intense néces­sité. Con­tin­uer la lec­ture

Dehors et dedans

Un coup de cœur du Carnet

Marine SCHNEIDER, Hiro, hiv­er et marsh­mal­lows, Ver­sant Sud Jeunesse, coll. « Les Pétoches », 2018, 40 p., 15,90€, ISBN : 978–2‑930358–97‑0

L’hiver est à nos portes. Tan­dis que la nature se dépare de ses atours, au sein des tanières, on ressort duvets, chaus­settes et lainages, on se réap­pro­vi­sionne en choco­lat, thé et can­nelle, on véri­fie bou­gies, bouil­lottes et bib­lio­thèque. On se pré­pare au mieux à affron­ter les soirées obscures, les après-midis glacés et les matins givrés. Et puis, on fonc­tionne un peu au ralen­ti aus­si, à cause des couch­es super­posées qui empêchent et du froid qui engour­dit, et on envie même ces ani­maux qui ont le loisir de dormir en paix des semaines entières. Sauf que, « [l’] hiber­na­tion, ça ne doit pas être fait pour tout le monde », comme le grogne Hiro qui ne parvient pas à trou­ver le som­meil « alors que ses frères se prélassent dans de doux rêves mielleux ». Con­tin­uer la lec­ture

C’est un Picte, c’est un cap, c’est une péninsule…

Ben DURANT, Le roy­aume des Pictes, pho­togra­phies de Daniel Suy, Quadri, 2018, 92 p., 25 €

À décou­vrir la cou­ver­ture du Roy­aume des Pictes, le lecteur se dit qu’il abor­de une écri­t­ure priv­ilé­giant l’esthétique mâle, où une viril­ité tout en pec­toraux et tablettes de choco­lat s’affirme avec une quiète déter­mi­na­tion. Puis il abor­de avec un plaisir curieux cette nar­ra­tion excen­trée – car si le je s’y exprime majori­taire­ment, les pre­mières pages sont écrites à une troisième per­son­ne qui réaf­fleure ici et là par la suite, on ne sait si c’est par mégarde ou volon­taire­ment – et se frotte à son nar­ra­teur dis­pendieux, un brin trop sûr de soi, bref un viveur, ce qui aura donc tout pour déplaire à « l’homme moyen ». Con­tin­uer la lec­ture

Au bord des précipiscines

Jean-Luc & Simon OUTERS, Maîtres nageurs, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–106‑7

Dans Le voy­age de Luca, prix Rossel des jeunes en 2008, Jean-Luc Out­ers s’émerveillait au tra­vers des yeux de ses per­son­nages, incré­d­ules sur les bor­ds du précipice du Col­orado, grand auteur liq­uide du Grand Canyon. Devant tant d’une mag­nif­i­cente beauté, hébété, il se demandait devant le divin œuvre de la nature : « com­bi­en de con­ver­sions au bord du précipice ? » Con­tin­uer la lec­ture

Estampillé « ritournelle »

Corinne HOEX et Kikie CRÊVECOEUR, Elles vien­nent dans la nuit, Esper­luète, 2018, 24 p., 20 €, ISBN : 978–2‑35984–105‑3

un bruit léger de pas
elles vien­nent dans la nuit
depuis ce lieu per­du
les embrass­er
les per­dre

Cinq vers – une estampe.

Dans l’ouvrage Elles vien­nent dans la nuit de la poète Corinne Hoex et de l’artiste Kikie Crêve­coeur, cinq vers sur chaque page entrent en réso­nance avec une estampe sur l’autre page. Davan­tage qu’un dia­logue, il faudrait sans doute par­ler d’un dip­tyque : les poèmes se voient non véri­ta­ble­ment illus­trés par les estam­pes mais, eux-mêmes devenus empreintes frag­iles (de par la retenue et la déli­catesse qui sourd d’eux), ils sont embrassés et per­dus à tra­vers elles – et vice ver­sa. Con­tin­uer la lec­ture

Sus aux moumoutons !

Noémie FAVART, Tibor et le mon­stre du désor­dre, Ver­sant Sud, 2018, 40 p., 15.90€, ISBN : 978–2‑930358–96‑3

De notre plus ten­dre enfance nous reste le sou­venir d’un petit album car­ré, pub­lié chez Dupuis et signé Gunilde Wolde, une illus­tra­trice sué­doise. On y suiv­ait Titou, garçon­net désor­don­né qui, à mesure qu’il cher­chait son ours dans l’amas de jou­ets de sa cham­bre, finis­sait par retrou­ver son éléphant bleu, son bal­lon et ses crayons de couleur, avant d’enfin met­tre la main sur la très con­voitée peluche. Façon à peine déguisée (et un peu moral­isatrice) de dire « Sois métic­uleux, mon bon­homme, et plus jamais tu n’égareras tes tré­sors ». Con­tin­uer la lec­ture

Érotiquement correct

Car­o­line LAMARCHE et Nathalie AMAND, Papi­er-col­lants, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–107‑4

Au nichon, par­don, au sein du poli­tique­ment incor­rect, il y a l’érotisme. Un genre soi-dis­ant désuet, à la fois con­fus et dif­fus, c’est-à-dire com­plexe et donc incom­pat­i­ble avec notre mod­erne époque des #MeToo et #Bal­ance­Ton­Porc. Nous viv­o­tons dans une péri­ode manichéenne où la pudi­bon­derie et la pornogra­phie échangent plus aisé­ment sur les tour­nantes sodomites ou sur la théorie des gen­res plutôt que — trop sim­ple­ment — sur les corps. Péri­ode de vach­es mai­gres pour l’érotisme ? Mort aux vach­es quand même !


Lire aus­si : “Lit­téra­ture & éro­tisme”, numéro thé­ma­tique du Car­net


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Écriture filmique

N.T. BINH et Frédéric SOJCHER (coord.), Écrire un film. Scé­nar­istes et cinéastes au tra­vail, Impres­sions Nou­velles, coll. « Caméras sub­jec­tives », 2018, 392 p., 22 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑87449–625‑7

Coor­don­né par le cri­tique de ciné­ma N. T. Binh et le cinéaste Frédéric Sojch­er, le vol­ume Écrire un film. Scé­nar­istes et cinéastes au tra­vail inter­roge au tra­vers d’entretiens avec des cinéastes, avec des scé­nar­istes l’écriture filmique, ses paramètres, ses coor­don­nées. Si le point d’ancrage se con­cen­tre sur la ques­tion du scé­nario, les réflex­ions enga­gent une mul­ti­plic­ité de regards sur les spé­ci­ficités du lan­gage ciné­matographique. Ce dernier se lim­ite-t-il au seul scé­nario ou englobe-t-il la mise en scène, le découpage, le cast­ing, la musique ? D’emblée, écrit Frédéric Sojch­er, le recueil se place du côté de la sec­onde hypothèse. Faisant un sort aux idées reçues (la Nou­velle Vague pécherait par un dés­in­térêt vis-à-vis du scé­nario…), retraçant la tra­jec­toire his­torique de la place accordée au scé­nario (de sa relé­ga­tion à sa réha­bil­i­ta­tion, de sa réha­bil­i­ta­tion à sa tyran­nie nor­ma­tive), il rend hom­mage aux inter­ac­tions dynamiques entre les moments de créa­tion, entre les ingré­di­ents de l’espace filmique. Le film ne prend vie qu’au fil d’une magie où s’intriquent, en une œuvre col­lec­tive, scé­nario, mise en scène, jeu d’acteurs, découpage, mon­tage, bande sonore, pro­duc­tion… Hyper­tro­phi­er le seul scé­nario revient à amput­er l’écriture filmique de tout ce qui, au niveau de la mise en scène lato sen­su, vient mod­i­fi­er, excéder, retourn­er la nar­ra­tion, la dra­maturgie. Con­tin­uer la lec­ture

Francis Vloebergs. À l’écoute de la matière

Fran­cis VLOEBERGS, Gestes et matières, textes de Pierre-Jean Foulon, Esper­luète, coll. [dans l’atelier], 2018, 96 p., 18 €, ISBN : 9782359840995

La ren­con­tre entre un créa­teur et un his­to­rien de l’art relève avant tout d’une ques­tion d’oreille, d’écoute, d’ouverture à l’univers que l’artiste déploie. C’est sous le signe de l’œil absolu, anal­o­gon de l’oreille absolue, que se place Gestes et matières qui artic­ule les œuvres du pein­tre Fran­cis Vloe­bergs selon un ordre chronologique au texte de l’historien de l’art et con­ser­va­teur hon­o­raire du Musée Roy­al de Mariemont, Pierre-Jean Foulon. Inter­préter une œuvre exige de capter ses har­moniques, de dépos­er les arma­tures et grilles théoriques passe-partout au prof­it d’une entrée en réso­nance avec les propo­si­tions esthé­tiques avancées. Avec finesse et puis­sance, Pierre-Jean Foulon établit des cor­re­spon­dances entre le tra­vail de thérapeute de Fran­cis Vloe­bergs et son aven­ture pic­turale, res­saisit l’énergie géné­tique tran­sis­sant les deux champs. Si, à ses débuts, l’imaginaire plas­tique de Fran­cis Vloe­bergs se nour­rit des expres­sion­nistes fla­mands, de Per­me­ke en par­ti­c­uli­er, il s’éloignera rapi­de­ment de la fig­u­ra­tion au prof­it d’une explo­ration des pos­si­bil­ités offertes par l’abstraction. Après sa ren­con­tre déci­sive avec Louis Van Lint, représen­tant de l’abstraction lyrique, Vloe­bergs se tourn­era dans les années 1980 vers la géométri­sa­tion, dans une atten­tion à la con­struc­tion des formes. Mais le point de bas­cule aura pour nom un acte créa­teur res­saisi autour des vir­tu­al­ités de la matière, dans un élar­gisse­ment du champ pic­tur­al en direc­tion de la veine matiériste frayée par Tapiès (util­i­sa­tion de matéri­aux divers, sable, cen­dre, pierre…). Con­tin­uer la lec­ture

Subtile alliance

Michelle CORBISIER (gravures), Serge MEURANT (poèmes), Le temps aboli, Marme­lade, 2018, 15 €

Sous l’invocation Le temps aboli se ren­con­trent, se rejoignent, se répon­dent des gravures de Michelle Cor­bisi­er et des poèmes de Serge Meu­rant qu’elle a choi­sis, parus dans dif­férents recueils  (Vis­ages, Le don…) ou inédits. Entre ombre et lumière, rêve et réal­ité, flux et reflux, paysages cen­drés et sources souter­raines… Con­tin­uer la lec­ture

Derrière l’impossible des mots

Jean-Marie CORBUSIER, L’air, pierre à pierre, Tail­lis Pré, 2018, 137 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–134‑0

Au télé­phone, Jean-Marie Cor­busier me dit qu’il est per­fec­tion­niste et pes­simiste. Quel para­doxe ! Vouloir attein­dre le som­met et ne pas y croire… Pour jus­ti­fi­er cette appar­ente con­tra­dic­tion, il ajoute que pour lui, le mot est un obsta­cle der­rière lequel il existe un espace nou­veau et plus grand : le bon­heur. À l’exemple du boxeur qui trou­ve la vic­toire après le com­bat. Autre expli­ca­tion : il fait une dif­férence majeure entre le poème et la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

André Delvaux

Le cinéaste dans la cité. Les notes d’André Del­vaux, dir. Jean MEURICE, CEP, 2018, 251 p., 18 €, ISBN : 978–2390070214

Le cinéaste dans la citéEn 1965, le film L’Homme au crâne rasé qu’André Del­vaux adapte du roman de Johan Daisne mar­qua l’avènement du ciné­ma belge mod­erne. Non que le sep­tième art belge fût totale­ment inex­is­tant. Mais André Del­vaux invente un nou­veau souf­fle qui, dans nom­bre de ses films, relèvera de ce qu’on a appelé le réal­isme mag­ique. Venu du monde de la musique, de la lit­téra­ture, pianiste qui accom­pa­gna durant des années les films muets à la Ciné­math­èque royale de Bel­gique, à cheval sur les cul­tures néer­lan­do­phone et fran­coph­o­ne, l’auteur de Ren­dez-vous à Bray, Ben­venu­ta, L’Œuvre au noir pose les pre­mières pier­res de la moder­nité du ciné­ma belge, frayant une aven­ture artis­tique pio­nnière dont bien des réal­isa­teurs actuels sont les héri­tiers. Recueil d’inédits, de textes rassem­blés par Cather­ine Del­vaux, Richard Miller, com­por­tant des cor­re­spon­dances avec Jacques Sojch­er, Philippe Rey­naert, une étude de Roger Lalle­mand sur Ben­venu­ta, un avant-dire de Raoul Ser­vais, Le cinéaste dans la cité nous plonge pour notre plus grand bon­heur dans le lab­o­ra­toire de celui qui fut à la fois cinéaste, péd­a­gogue (il fut l’un des fon­da­teurs de l’INSAS), musi­cien.

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