Un coup de cœur du Carnet

Poèmes en prose
Auteur : Camille Lemonnier
Éditeur : Alessio Baldini
Préface : André Guyaux
Maison d’édition : Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 280
Prix : 22 €
Livre numérique : /
EAN : 9782803201006
On croyait tout savoir, et tout avoir, de Camille Lemonnier. Ses romans au style de « macaque flamboyant » et au naturalisme exacerbé, pour ne pas dire exacer-belge ; ses contes et nouvelles, recueillis par le duo Jacques Detemmerman et Gilbert Stevens en 2014 ; ses pages passionnées sur la peinture flamande ou lyriques sur la Belgique dont il se fit le fresquiste ; le récit de sa vie entière, scrupuleusement relatée par Philippe Roy dans une biographie qui fera longtemps autorité. Et voici que sort un volume aussi épais qu’inattendu intitulé Poèmes en prose. L’auteur volubile de La fin des bourgeois se serait donc essayé, dans sa jeunesse, aux formes les plus brèves, au point d’en qualifier certaines de « croquis » ? Continuer la lecture

Les clichés, les lieux communs et les poncifs ont la vie dure et parfois nous polluent. Ils s’imposent à l’esprit, à la bouche et à la plume plus vite que la précision, la complexité et la nuance. Il en est en littérature comme ailleurs. Ainsi Camille Lemonnier ne cesse-t-il pas d’être considéré comme le Zola belge. Comme si, par ces mots, on avait tout dit, de son œuvre. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Dans Camille Lemonnier, le « Zola belge », déconstruction d’un poncif littéraire, le critique Frédéric Saenen, 

Premier d’une série d’ouvrages d’Émile Van Balberghe sur Léon Bloy, celui-ci, « La Belgique même s’en est mêlée, justes cieux ! » Léon Bloy et la Belgique, I, est dévolu à l’édition des écrits sur Léon Bloy, publiés de son vivant, par des Belges ou en Belgique. La matière est considérable, constituée par un corpus documentaire établi avec précision et rigueur, en recourant toujours aux documents originaux, par cet érudit de l’extrême qu’est Émile Van Balberghe. Pourquoi Léon Bloy a‑t-il intéressé autant ses contemporains belges, écrivains et critiques ? On peut se poser la question, sachant que cet imprécateur professionnel n’a pas manqué d’assassiner aussi la Belgique de ses propos :
On ne sait ce qui est le plus jouissif dans les nouvelles de Camille Lemonnier (1844–1913), véritable plongée au cœur de la plèbe ouvrière, agricole et criminelle de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle : la folie qui irrigue ces histoires naturalistes ou l’écriture poétique qui les raconte ? Une écriture parfois critiquée pour trop de sophistications lexicales et phrastiques. Or, c’est précisément par sa beauté, sa richesse et son inventivité qu’elle élève les miséreux hors le commun et les extrait de leur condition tout en ne niant pas, que du contraire, en disant au plus juste : la vie concrète de l’indigence, du labeur, du corps sexuel et mortel, une vie où nécessité fait loi et se fout d’une quelconque morale (bourgeoise).