Véronique BERGEN et WINSHLUSS, L’anarchie, théories et pratiques libertaires, Lombard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2019, 87 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 9782083675784
Une belle surprise du côté de la collection « La petite bédéthèque des savoirs » (aux éditions Le Lombard) qui comme elle le dit, ne s’interdit rien. L’une « des invitations à aller plus loin »
vient cette fois de Véronique Bergen comme scénariste, Winshluss comme dessinateur et d’Annomane pour la vive mise en couleur. L’alliance rock du numéro 29 de la collection, l’Anarchie, théories et pratiques libertaires. Évidemment, lorsque l’on se régale des planches de Winshluss à l’ironie grinçante (dont le style est assez particulier pour être rapidement reconnu) et de la narration agitée de Bergen, on sort de cette lecture décoiffée ! Prête à continuer la destruction des préjugés, car le duo s’attache ici à expliquer l’anarchie. Une vulgarisation réussie d’un courant politique qui a subi tous les poncifs imaginables. Connue et méconnue, certainement pas reconnue, l’anarchie c’est quoi ? Continuer la lecture
Se revendiquant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, professeur d’histoire contemporaine à l’UCL, examine une question audacieuse, dans sa formulation même : l’« occupation du corps féminin », en France et en Belgique, durant la Guerre 14–18. Quel est le contexte ? « Pendant quatre ans, la quasi-entièreté de la Belgique et de larges pans de dix départements français sont occupés par l’armée allemande » : ces territoires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones disposant de leur administration, forment un large périmètre regroupant une dizaine de millions d’habitant-e‑s.
Nous vous l’annoncions il y a quelques jours
Après Hubert Reeves nous explique la biodiversité, Hubert Reeves nous explique les forêts, David Vandermeulen, Hubert Reeves (scénario) et Daniel Casanave (dessins) livrent un roman graphique sur les océans. Sous la forme d’une fiction gravitant autour du personnage de l’astrophysicien Hubert Reeves, lequel explique à une femme et deux enfants la vie des océans, des courants marins, l’album délivre une pédagogie dynamique qui privilégie le questionnement. La démarche exploratoire du récit suit la veine exploratrice des sciences. Au plus loin d’un exposé ex cathedra, l’ouvrage développe une approche heuristique au fil de laquelle les découvertes sont insérées dans une narration. Pourquoi les océans sont-ils salés ? Comment s’est formée la grande dorsale médio-atlantique, une chaîne de volcans sous-marins ? Le pari de vulgariser tout en gardant l’aiguillon de la problématisation, de l’exigence, de la passion pour la découverte est relevé avec brio.
La narratrice, Jeanne (14 ans) reçoit un message mystérieux de sa sœur Flora (18 ans) : « Je te libère de notre secret ». Son intuition lui dit que c’est important, elle se rend alors au studio où vit sa sœur pour s’assurer que tout va bien : là-bas, elle découvre Flora étendue sur son lit. Elle a avalé beaucoup de médicaments et a écrit sur le mur avec son propre sang « Tu es si belle ».
Repris sous une forme modifiée par Julien Gracq dans l’incipit de La forme d’une ville, le vers de Baudelaire tiré du poème Le cygne — « la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel » — compose la basse continue de l’essai de Joseph Van Wassenhove. Par quel prisme appréhender Bruxelles au 19e siècle, sachant qu’elle a subi, au nom du progrès et de la modernité, des modifications architecturales, urbanistiques souvent désastreuses, sinon par celui de la littérature ? Dans Bruxelles. La ville vue par des écrivains du XIXe siècle, l’auteur se livre à une enquête archéologique qui prend la forme d’une promenade littéraire.
Si seulement, Lucie nous plonge dans la rencontre de deux jeunes adolescents, Lucie et Jim. Lucie vient d’emménager dans le même immeuble que Jim et se retrouve dans sa classe aussi. Elle voudrait continuer à vivre à distance des autres, mais ses professeurs ont confié à Jim la responsabilité de lui prêter ses notes pour qu’elle se remette en ordre. La voilà suivie par un jeune homme bien encombrant, soucieux d’accomplir sa tâche…
Pierre Coran, auteur incontournable en littérature jeunesse, a déjà réalisé plusieurs adaptations de textes majeurs du théâtre ou de ballet pour la jeunesse : citons par exemple l’album 
Ovni littéraire, livre interactif qui se double d’une installation, Pages vivantes de Maxime Coton se présente comme un livre-objet multiformel composé d’un long poème en français et en anglais que le lecteur peut lire mais aussi écouter et voir en insérant son smartphone dans les lunettes 3D fournies. Embarqué dans une expérience perspectiviste, chaque lecteur peut opter pour l’une ou l’autre porte d’entrée, préférer la succession du lisible, du sonore et du visible ou embrasser leur simultanéité. Maxime Coton crée une aventure sensorielle qui permet de réinterroger, d’une part, les spécificités propres à la lettre, à l’image et au son, d’autre part, leurs croisements, leurs interférences.
Combien de bras cassés au théâtre, de vies épuisantes, d’enfances contaminées de frustrations et de vieillard tournoyant dans la grande salle de danse de l’oubli ?
Dès les premières pages de son Éloge du génie, Patrick Roegiers nous livre une définition très personnelle des génies (en tout cas dans le domaine artistique car ne sont pas abordé.e.s ceux ou celles issu.e.s du monde scientifique par exemple). À ses yeux, ils « ne sont pas de doux dingues, des individus anormaux, bizarres ou délirants (…) », mais « des êtres singuliers dans leur façon d’exister, de voir ou de raconter le monde, et de créer (ou de crier ?). »
Sondant les enjeux, la teneur de l’espace poétique, Pascale Seys nous convie à une traversée de quelques textes fondateurs. D’Anatole France (Le jardin d’Épicure), d’Hésiode (Les travaux et les jours), de René Char (Fureur et mystère), de Rilke (« La panthère ») et de Paul Celan (Le méridien et autres proses). Il s’agit d’aller à la rencontre de l’ombilic du poème, par-delà la convocation de ses seules spécificités formelles, de mettre à jour sa valence métaphysique, sa ligne éthique. Développant la connexion intrinsèque entre le poème et l’ouverture (aux ambivalences, aux jeux des contraires), filant la pensée rilkéenne de l’Ouvert reprise par Heidegger, l’essai circonscrit le lieu poétique comme un champ relevant d’un récit particulier et se tenant à l’écart du logos, de la pensée rationnelle. 
Samedi soir, lors de dédicaces chez Home Frit’ Home, librairie-galerie-boutique du surréalisme et micro-musée de la frite à Forest, Edgar Kosma m’accueille avec douceur et simplicité. Il a manifestement l’habitude de recevoir un inconnu venu de nulle part. Et d’emblée, il absorbe les questions d’un regard profond dans celui de son interlocuteur. De temps en temps, son champ de vision s’élargit et part pas mal loin pendant qu’il répond.