Poésie, koan et silence

Leo GILLESSEN, Un moment à peine. Kaum ist alle Zeit, Tétras Lyre, coll. « Lyre sans borne », 2023, 108 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–68‑7

gillessen un moment a peine kaum ist alle zeitL’esprit et la struc­ture des koan hantent les poèmes courts, die kurzegedichte qui com­posent le nou­veau recueil de Leo Gillessen. Poète né à Man­der­feld, lau­réat du prix de lit­téra­ture ger­manophone en 1993, col­lab­o­ra­teur de la revue Kraut­garten jusqu’en 2015, Leo Gillessen taille des formes brèves bilingues, en français et en alle­mand, sans que le principe de la tra­duc­tion ne règne en maître. Dans la note d’introduction, fig­ure la men­tion qu’il s’agit de deux recueils, portés par deux langues, unis en un seul livre. Si, par­fois, le face-à-face entre les textes adopte l’allure d’une tra­duc­tion, à d’autres moments, les textes diver­gent, explorent les ques­tions du temps, du silence, de la réal­ité et de l’illusion avec leurs moyens pro­pres, leur idiome. Le schème de la tra­duc­tion se voit déporté une deux­ième fois dès lors que la forme et la ligne spir­ituelle des poèmes en prose s’inspirent des koan, ces brefs sup­ports textuels qui, dans le boud­dhisme zen, ser­vent d’objets de médi­ta­tion. Insérés dans l’univers du boud­dhisme japon­ais, la langue française et la langue alle­mande vivent à l’heure éter­nelle d’une sagesse ori­en­tale qui, dans sa trans­la­tion en alle­mand ou en français, con­serve le cœur bat­tant des koan : exprimer en quelques mots des para­dox­es, des apor­ies qu’échangent un maître boud­dhiste et son dis­ci­ple. Con­tin­uer la lec­ture

André Stas est décédé

andré stas

André Stas

Nous apprenons le décès du col­lag­iste et écrivain André Stas. Il avait 73 ans.

André Stas est né à Rocourt le 19 novem­bre 1949. Diplôme de philolo­gie romane de l’U­ni­ver­sité de Liège, il a présen­té un mémoire con­sacré à l’apho­risme, un genre auquel il s’adon­nera lui-même par la suite.

Sub­ver­sif, affec­tion­nant l’hu­mour, il était lié à l’u­nivers des pat­a­physi­ciens et des sur­réal­istes. Il était égale­ment l’un des incon­tourn­ables du Cirque Divers. Plas­ti­cien auto­di­dacte, il a par­ti­c­ulière­ment excel­lé dans l’art du col­lage, qui lui a valu une recon­nais­sance inter­na­tionale. Con­tin­uer la lec­ture

Prix des lycéens de littérature 2023 : le palmarès

Vinciane Moeschler

Vin­ciane Moeschler

L’édi­tion 2022–2023 du prix des lycéens de lit­téra­ture a livré son ver­dict : les élèves votants ont choisi Alice et les autres de Vin­ciane Moeschler. Ils ont toute­fois aus­si salué les autres romans en lice.  Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche du temps perdu… et des jeunes filles en fleurs

Hen­ri VERNES et Richard COLOMBO, avec des illus­tra­tions d’André TAYMANS, La déesse d’Adlerburg, Edi­tions du Tiroir, 2023, 218 p., 18 €, ISBN : 978–2‑93102–768‑4

vernes la deesse d'adlerburgEn novem­bre 1942, à Brux­elles, l’Oberssturm­führer Otto Bret­zzel, de la SS, piaffe d’impatience à l’idée d’aller en découdre en Russie, de s’ouvrir la route du Cau­case et des puits de pét­role. Mais le voilà con­vo­qué dans la demeure d’un riche ban­quier juif, con­fron­té à sa col­lec­tion d’œuvres d’art et à l’irruption d’Herman Göring him­self, qui lui con­fie une mis­sion vitale pour la vic­toire du IIIe Reich : achem­iner en Alle­magne la per­le du lot, une extra­or­di­naire stat­ue d’or de la déesse de la néces­sité Ananké, flan­quée de ses filles, les Moires, en charge du fil de la vie.  Et d’une suite de signes cabal­is­tiques, des allures de carte au tré­sor… Mais, lors du tra­jet, le con­voi mené par Bret­zzel, pris en chas­se par l’aviation alliée, s’évanouit en amont de Liège, en Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Spilliaert et le théâtre de Maeterlinck : une exposition aux Musées royaux des Beaux-Arts

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Depuis décem­bre, les Musées roy­aux des Beaux-Arts à Brux­elles exposent les trois vol­umes de l’édi­tion Deman du théâtre de Maeter­linck illus­trés par Léon Spilli­aert. Cette pièce excep­tion­nelle, exposée au Musée Fin-de-Siè­cle, béné­fi­cie désor­mais d’une expo­si­tion focus. Celle-ci situe ce tra­vail d’il­lus­tra­tion hors du com­mun dans le par­cours de Spilli­aert, alors à l’aube de sa car­rière de pein­tre. 

Une exposition intimiste

À tra­vers une expo focus intimiste, les Musées roy­aux des Beaux-Arts de Bel­gique offrent un éclairage unique sur les oeu­vres de jeunesse de Léon Spilli­aert. Une belle oppor­tu­nité d’entrer dans la peau et la tête du sym­bol­iste belge tour­men­té. Une ving­taine d’oeuvres sur papi­er soigneuse­ment choisies illus­tre la crise exis­ten­tielle vécue par le jeune Léon Spilli­aert. Con­tin­uer la lec­ture

Même la nuit ne glisse plus sur son ardoise…

Isabelle BIELECKI, Fiel au cœur, Bleu d’encre, 2023, 60 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–55‑0

bielecki fiel au coeurOrné de pho­togra­phies en noir et blanc de Pierre More­au, agré­men­té d’une pré­face de Mar­tine Rouhart, le recueil Fiel au cœur (dédié d’ailleurs à la pré­facière et au pho­tographe) s’ouvre sur la ful­gu­rante for­mu­la­tion de Jean-Paul Sartre, « L’enfer c’est les autres », en guise d’épigraphe. On sait trop bien l’importance des sig­naux que lance un livre avant même que sa lec­ture n’en ait été entre­prise. Ain­si le Noir et Blanc chez un pho­tographe dont on con­naît la mer­veilleuse dilec­tion pour la couleur, la force de frappe de ce « les autres » et du titre de la pièce de Sartre, Huis clos, annon­cent d’emblée qu’il s’agira ici d’affronter les élé­ments d’une météorolo­gie inclé­mente, le con­traste vio­lent, l’affrontement de Titans dont la puis­sance ron­fle au loin. Comme le titre l’indique, il s’agira ici d’un con­flit intime, intérieur dont l’intensité se déploie d’autant plus qu’elle est con­tenue, retenue. Con­tin­uer la lec­ture

Prix de poésie Philippe Jones : les finalistes 2023

philippe jones

Philippe Jones

Yves Namur, Secré­taire per­pétuel de l’A­cadémie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, a annon­cé les final­istes de l’édi­tion 2023 du prix de poésie Philippe Jones. Le prix hon­ore la mémoire de l’a­cadémi­cien Philippe Jones, décédé en 2016. Con­tin­uer la lec­ture

Concours de nouvelles SagaCité : appel à textes

ecriture illustration

Le prix Saga récom­pense chaque année un pre­mier roman d’un auteur belge. Cette année, l’as­bl Litt&rature et le Saga Café, coor­gan­isa­teurs du prix, lan­cent un autre con­cours en par­al­lèle : le con­cours de nou­velles SagaC­ité. Il est ouvert jusqu’au 30 juin 2023.

La volon­té des organ­isa­teurs est à la fois de faire con­courir des auteurs et autri­ces, novices ou non, sur un pied d’égalité, et de con­tribuer à cet art noble qu’est le plaisir d’écrire, de couch­er sur le papi­er ce qui nous passe par la tête : un songe, une nos­tal­gie, une his­toire vraie, une anec­dote, une envie. Qu’importe, en gar­dant à l’esprit qu’une nou­velle est un genre lit­téraire qui appar­tient à la caté­gorie du genre nar­ratif. Il s’agit d’un réc­it court qui com­porte en principe une action unique et intense, avec moins de per­son­nages que dans un roman, où le lecteur est rapi­de­ment immergé au coeur du réc­it. La nou­velle se ter­mine de manière plutôt inat­ten­due, et cette fin, appelée la chute, se veut sur­prenante pour le lecteur. Con­tin­uer la lec­ture

Marine et eaux troubles

Anne-Michèle HAMESSE, Le ren­dez-vous de l’horloge, Trace, 2023, 105 p., 16 €, ISBN : 979–1‑0975–1573‑7

hamesse le rendez-vous de l'horlogeAu bord d’un « canal tor­du étroit et noir, bour­ré d’anguilles qui ser­pente tout au long d’une plaine où souf­fle le vent du Nord », entre Furnes et Saint-Ides­bald, le long du Zwaan­t­je, vit Mira Zabat. Au bord de ces eaux vaseuses du plat­te­land, entourée de ses chats, sous l’escorte de ses per­ro­quets-souris et aux aguets des berg­ers mali­nois du voisin, la « demeurée » demeure. Seule, ses oiseaux chéris comme aigu­il­lon, elle enfourche son vélo pour arpen­ter les berges, dans de petites épopées météorologiques de l’âme. En quelques coups de pédale, elle rejoint un cortège de fan­tômes lors de la pro­ces­sion des Péni­tents, ses morts défi­lent, ses dis­parus ressur­gis­sent encore jusqu’à frap­per à sa porte. Con­tin­uer la lec­ture

Voie de la parole et pensée indienne

Un coup de cœur du Car­net

San­drine WILLEMS, La parole comme voie spir­ituelle. Dia­logue avec l’Inde, Seuil, 2023, 200 p., 19,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782021493276

willems la parole comme voie spirituelle dialogue avec l'indeDans son dernier essai, l’écrivaine, philosophe, psy­ch­an­a­lyste et réal­isatrice San­drine Willems nous invite à un décen­trement, nous pro­pose un voy­age men­tal, esthé­tique et con­ceptuel loin de l’anthropocentrisme qui a façon­né l’Occident. S’ils se voient remis en ques­tion de nos jours, de l’intérieur de nos sociétés, l’anthropocentrisme de l’Occident et son pri­mat de l’humain ont eu une inci­dence sur notre per­cep­tion de la parole réduite à la sphère humaine, con­fisquée par cette dernière. L’ouverture de l’esprit aux dimen­sions qui échap­pent à la rai­son se fait sœur d’une expéri­ence de la spir­i­tu­al­ité qui, afin de ne rester murée dans l’indicible, doit se met­tre en quête d’un lan­gage, plus exacte­ment d’une parole qui puisse en ren­dre compte. Éblouis­sant essai sur les divers­es visions de la parole, sur sa nature, son orig­ine, son statut, ses effets, réflex­ions sur les puis­sances, les ressources, les mys­tères qu’elle détient, La parole comme voie spir­ituelle. Dia­logue avec l’Inde nous con­vie à une ren­con­tre avec l’Inde anci­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Mallarmé 2023 : les sélections

L’A­cadémie Mal­lar­mé a dévoilé sa sélec­tion pour le prix Mal­lar­mé et le prix Mal­lar­mé étranger 2023.

Le prix Mallarmé

Remis depuis 1937 par l’Académie Mal­lar­mé, le prix Mal­lar­mé récom­pense un poète ou une poétesse fran­coph­o­ne pour un recueil en par­ti­c­uli­er ou pour l’ensemble de son oeu­vre. Il est l’une des plus pres­tigieuses récom­pens­es poé­tiques dans le monde fran­coph­o­ne. Depuis 2022, l’A­cadémie Mal­lar­mé décerne aus­si un prix Mal­lar­mé étranger, qui va à un recueil poé­tique traduit en français. Con­tin­uer la lec­ture

Nos territoires

Alex LORETTE, Un fleuve au galop, Genèse Édi­tion, 2023, 247 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782382010259

lorette un fleuve au galopTout au long du roman, nous suiv­ons les réc­its de plusieurs per­son­nages. Il y a d’abord Lucie, qui est née au Con­go et n’a jamais été heureuse en Bel­gique. Ensuite, il y a sa fille Félic­ité avec qui elle n’a jamais réus­si à com­mu­ni­quer. On suit égale­ment les his­toires du père André, autre­fois appelé Nkisu, de Mas­si­ga, la nour­rice de Lucie et enfin d’Edmond, l’arrière-grand-père de Lucie, un colonisa­teur san­guinaire.

Lucie aimerait retourn­er au Con­go, cette terre qui l’a vue naître, au bord du fleuve, dans les années 1940. Mal­gré sa couleur blanche, elle s’est tou­jours sen­tie noire à l’intérieur, une Con­go­laise. À présent, il est trop tard. Elle est clouée au lit dans sa mai­son de retraite. Elle pour­rait deman­der à sa fille qui habite en Norvège de l’y accom­pa­g­n­er, mais elle n’a plus de con­tact avec elle. Seuls lui restent les sou­venirs dans lesquels elle plonge à corps per­du, au risque de s’y per­dre. Lucie se sou­vient de Mas­si­ga, cette Con­go­laise qui l’a éduquée comme sa pro­pre fille. De Koko, son grand-père, qui con­sid­érait les Con­go­lais comme des sauvages. De son père, presque tou­jours absent. De ce 28 mai 1958 où, âgée de 17 ans, on l’envoya en Bel­gique pour étudi­er dans un pen­sion­nat de sœurs. Lucie repense aus­si à Nkisu, son ami d’enfance qui allait chez les pères blancs. Elle se sou­vient de leurs par­ties de foot, de leurs baig­nades dans le fleuve, mais aus­si de ce jour d’été de 1957, où ils se sont aimés et où sa vie a bas­culé. Elle évoque sa grossesse cachée. La nais­sance de Félic­ité et le départ vers la Bel­gique, en 1958, sans son enfant, seule et sans d’autres bagages qu’une volon­té tenace de revenir au plus vite au Con­go. Con­tin­uer la lec­ture

Chemins croisés à Varsovie

Alain VAN CRUGTENLa dic­tature des ignares, M.E.O., 2023, 270 p., 21 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782807003712

van crugten la dictature des ignaresSous un titre tran­chant, La dic­tature des ignares, Alain van Crugten a com­posé un livre his­torique, poli­tique et romanesque, qui nous mène au print­emps 1968 à Varso­vie.

Dès le début, on ren­con­tre des per­son­nages attachants. Jean Artigues, étu­di­ant à l’université d’Aix-en-Provence, nan­ti d’une bourse de recherche  du gou­verne­ment polon­ais. Jean, incer­tain, hési­tant, tou­jours partagé entre doutes et réflex­ions. Son insé­para­ble ami Julien, chaleureux et expan­sif. La belle et ardente Hania… Con­tin­uer la lec­ture

Les Prix SACD et Scam 2022

Les comités belges de la SACD et la SCAM ont décerné leurs prix 2022 ce 21 avril. Ils hon­orent auteurs et autri­ces mem­bres de ces sociétés pour leur tra­vail dans dif­férents champs de la créa­tion artis­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Espace Nord : les résultats du concours Ad@ptez une classique

ad@ptez une classique

Les lau­réates et lau­réats du con­cours Ad@ptez une clas­sique 2022–2023 sont con­nus. Pour cette édi­tion, le con­cours met­tait à l’hon­neur les oeu­vres de Jacque­line Harp­man et Dominique Rolin. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la périphérie des feux

Elé­na DORATIOTTO et Benoît PIRET, Des car­avelles et des batailles, :esse que édi­tions, 2022, 104 p., 10 €, ISBN : 979–10-94086–46‑9

doratiotto et piret des caravelles et des bataillesLa pièce Des car­avelles et des batailles de Elé­na Dora­tiot­to et Benoît Piret se donne à lire comme une sorte de man­i­fes­ta­tion de notre temps : l’im­prég­na­tion de l’imag­i­naire comme moteur de vie et la quête de ce que l’on peut appel­er une forme de félic­ité. Dans les années cinquante, Beck­ett livrait au monde En atten­dant Godot après la tragédie de la  défla­gra­tion atom­ique qui mar­quait le seuil de la deux­ième moitié du vingtième siè­cle. Godot, pour beau­coup, se fait tou­jours atten­dre et de nom­breuses mis­es en scène ont fait l’hy­pothèse de sa sig­ni­fi­ca­tion. Con­tin­uer la lec­ture