L’Eurégion Meuse-Rhin a créé une plateforme web, Borderlines, dédiée à la création poétique et littéraire. Elle présente les oeuvres de neuf auteurs et autrices — francophones, néerlandophones et germanophones ; belges, néerlandais et allemands. Continuer la lecture
Un recueil poétique polymorphe
Stéphane LAMBERT, Écriture première, Lettre volée, 2020, 96 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–561‑0
Après une œuvre déjà abondante et diverse, Stéphane Lambert revient à la poésie, cette fois dans un volume élégant publié à La Lettre volée. Un recueil important, Écriture première, tout en discrétion mais explicite dans sa simplicité, en apparence peut-être, langagière sans doute, et pourtant complexe d’inspiration. Celle-ci est clairement avouée si on distingue dans le texte différentes sections titrées, soit en dédicace à des artistes ou à leurs manifestations, à l’exclusion de tout résumé, soit en manière de possible lecture ou interprétation. Il faut en tout cas compter avec la vraie documentation en appui à un choix en connaissance certaine. Comme dans ses autres publications, essais et certains romans, Stéphane Lambert est donc ici voué à l’art.
Nous le suivrons dans son itinéraire. Continuer la lecture
Fantômes et casseroles
Alain BERENBOOM, Michel Van Loo disparaît, Genèse, 2021, 288 p., 22,5 €, ISBN : 978–2‑3820100–06
Où l’on retrouve, sous la plume subtile d’Alain Berenboom, le détective privé bruxellois Michel Van Loo et sa bande d’amis de la Place des Bienfaiteurs : Anne, son amoureuse, Hubert, le pharmacien et sa femme Rebecca, Federico, le coiffeur anar sicilien et ses deux copains, les frères Motta, « redoutables syndicalistes camionneurs », tous sur pied de guerre pour retrouver leur ami Michel disparu au cours d’une enquête dans un patelin hennuyer proche de la frontière française… Continuer la lecture
Lendemains de guerre et haines
Benoît DEMONTY, La longue nuit de l’humanité, Empaj, 2020, 247 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931011–19‑5
Si le titre est déclamatoire, La longue nuit de l’humanité est un premier roman réussi ayant plus de corps que de cœur. Tant d’un point de vue littéraire que du nombre de victimes. D’une encre énergique, sans fioritures quoiqu’épicée de jolis traits d’écriture, Benoît Demonty file les tranchées de la Grande Guerre au rythme cardiaque des poilus. Et même si, ni l’auteur né en 1974, ni le lecteur ne sont plus en mesure de véritablement saisir les événements, l’action, la narration et les horreurs qui s’y répandent impressionnent. Davantage qu’au cinéma par exemple, lorsqu’on pense notamment à 1917 de Sam Mendes relevant plus de la performance technique que de l’épique souffrance des soldats. Force donc de l’évocation sur l’image. Continuer la lecture
De l’autre côté du mur…
Foulek RINGELHEIM, Boule de Juif, Genèse, 2021, 134 p., 17,50 €, ISBN : 978–2‑382010–01‑3
Le narrateur a treize ans quand débute le récit, du côté de Liège, il en aura seize à la fin du livre. Et l’on subodore être face au premier tome d’une autobiographie. Mais Foulek Ringelheim (1938–2019) est mort avant la sortie de Boule de Juif, nous privant de leviers de compréhension. Vers la fin du volume, après des études primaires fort chaotiques, il souhaite devenir tourneur ajusteur quand un malentendu le propulse dans une section latine. Or il sera un jour avocat, magistrat, écrivain (des essais mais aussi deux romans fort remarqués, Le juge Goth et La seconde vie d’Abram Potz). Une lecture très attentive, toutefois, permet de discriminer une foule d’indices à travers les aventures tragiques et drolatiques du petit Foulek. Ce qui arrache le livre au premier degré (les souvenirs d’un enfant juif caché durant la guerre) pour le situer dans une interrogation sur l’identité, l’émancipation, la rédemption. Continuer la lecture
Jeux du présent et de l’absence
Francesco PITTAU, Épissures, Arbre à paroles, 2020, 258 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87406–692‑4
Francesco Pittau ne va pas chercher ses matériaux poétiques dans des sphères éthérées. Lui suffisent la simple maison, le jardin et la cuisine, une voiture conduite sur la route, quelques recoins du paysage urbain, les courses au magasin. Lui suffisent tout autant : telle piécette au fond d’une poche, la chaleur estivale, une vieille lettre bonne à jeter, des souvenirs anecdotiques, toutes choses proches de l’insignifiant ou du dérisoire. Ce qui accroche l’attention, c’est la manière dont, chaque fois, le poème parvient à leur donner sinon un sens explicite, du moins un relief ou un intérêt – dont la raison exacte reste certes discrète, mais qui s’impose néanmoins avec un effet d’évidence. Multiples, on l’a entrevu, sont les notations relatives à l’espace privé ou public, son occupation étant parfois statique, mais plus souvent faite d’allées et venues. Cette spatialité est tout entière structurée par la dualité dehors-dedans, deux registres qui entretiennent une relation non d’étanchéité, mais d’alternance et de complémentarité. Ainsi peut-on rouler en voiture fenêtres ouvertes, s’émerveiller de la lumière tombée d’une verrière, suivre le spectacle de la rue depuis le bar, remarquer un trou dans le toit. Fréquemment, le soleil vient jouer dans tous ces lieux, attirant le chat sur le carrelage, descendant furtif par la fenêtre, jouant à cache-cache dans l’autobus, tombant à poings serrés. Tout aussi récurrentes, d’autres notations sont moins ragoutantes, qui disent les mauvaises odeurs, la saleté, les « chicots », les cicatrices, tout le côté ingrat de l’existence et de l’apparence. Continuer la lecture
Quelque chose comme une définition aveuglante du mot destin
Alain BOSQUET de THORAN, Le musée, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2020, 162 p., 14 euros, ISBN : 978–2‑931048–30‑6
La première édition du Musée remonte à 1976. À l’époque, le texte parait aux éditions Jacques Antoine. Les éditions Névrosée décident de le rééditer aujourd’hui dans la collection « Les sous-exposés ». Quand on connait l’ambition de cette collection de (re)donner à lire des auteurs « tombés dans le purgatoire, dont la visibilité est vacillante », on est heureux d’y voir figurer le récit d’Alain Bosquet de Thoran (1933–2012) et d’ainsi avoir les moyens de le (re)découvrir. Continuer la lecture
L’art de réussir un attentat
Philippe GUSTIN, Sous la ceinture, Ker, 2021, 222 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87586–289‑1
Philippe Gustin est le lauréat du Prix Fintro Écritures Noires 2020, organisé pour la quatrième fois par Fintro et la Foire du Livre de Bruxelles, attribué sur manuscrit. L’objectif ? Identifier de nouvelles voix d’auteur.e.s de polar belges francophones qui n’ont pas encore publié à compte d’éditeur. Pour cette édition, le jury a retenu un texte qui s’inscrit en pleine actualité (du moins avant l’arrivée de la pandémie de la Covid) : celle du terrorisme, ou plutôt les terrorismes, puisqu’il y est question d’extrême-droite, d’islamisme et d’écoterrorisme… Continuer la lecture
« Être des hommes avec les hommes »
Robert VIVIER, Les écrits sur la Grande Guerre, Préface de Xavier Hanotte, De Schorre, 2020, 328 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930876–20‑7
Comme des millions de combattants de 14–18, Robert Vivier a été durablement marqué par les horreurs du conflit. De cette expérience il a tiré des écrits d’une haute qualité littéraire et aussi d’une singulière valeur morale. Les écrits sur la Grande Guerre de Robert Vivier les reprend aujourd’hui. Continuer la lecture
Prix littéraire des Bibliothèques de Bruxelles : les candidatures sont ouvertes
L’asbl “Les amis des Bibliothèques de la Ville de Bruxelles” organise un prix littéraire biennal. L’appel à candidatures pour l’édition 2021 est lancé. Les candidatures sont attendues pour le 15 avril 2021. Continuer la lecture
Les belles fidèles ?
Jan BAETENS, Adaptation et bande dessinée. Éloge de la fidélité, Impressions nouvelles, 2020, 240 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87449–804‑6
On connaît l’amour que Jan Baetens porte aux arts du texte et de l’image et en particulier au neuvième art, auquel il a consacré de nombreux textes, depuis Formes et politique de la bande dessinée (Vrin, 1998) ou Hergé écrivain (Flammarion, 2006) jusqu’à la toute première monographie consacrée aux Cités obscures (Rebuilding Story Worlds. The Obscure Cities by Schuiten and Peeters, Rutgers University Press, 2020). Adaptation et bande dessinée vient se saisir d’un sujet qui, pour explicite que le titre puisse paraître, ouvre une véritable boîte de Pandore théorique dont Baetens ordonne le contenu avec sagacité, habileté et simplicité. Continuer la lecture
L’Académie française élit le successeur de François Weyergans
L’Académie française a désigné le successeur de l’écrivain belge François Weyergans au siège 32. Il s’agit de Pascal Ory. Comme il est de coutume, ce dernier prononcera l’éloge de son prédécesseur lors de sa réception sous la Coupole. Depuis le décès de François Weyergans, survenu le 27 mai 2019, l’Académie française ne compte plus aucun membre belge. Continuer la lecture
Résidence à la Maison Losseau : appel à candidatures
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 15 avril pour une résidence d’écriture à la Maison Losseau. D’une durée de 15 à 30 jours, la résidence aura lieu en août 2021. Joyau de l’Art Nouveau, la Maison Losseau accueille à Mons le Secteur Littérature de la Province de Hainaut et conserve les archives de plusieurs auteurs. Continuer la lecture
Les oiseaux et les dieux
Un coup de cœur du Carnet
Carino BUCCIARELLI, Nous et les Oiseaux, M.E.O., 2021, 156 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0267‑8
La cohabitation pacifique ou terrible entre les oiseaux et des hommes a déjà été traitée depuis des millénaires dans la littérature, la poésie, la musique et, plus récemment, le cinéma… Les oiseaux sont des figures mythologiques, des formes de pythies annonçant des destins obscurs… Là où vont les oiseaux et les dieux ne peuvent aller les hommes, disaient les Grecs… Continuer la lecture
La chaleur de l’Ours
Un coup de cœur du Carnet
Ludovic FLAMANT (auteur) et Sara GRÉSELLE (illustratrice), Bastien, ours de la nuit, Versant Sud jeunesse, 2021, 48 p., 14,50 €, ISBN : 978–2‑930938–27‑1
Selon certaines croyances et traditions, tout humain est lié à un animal-totem (parfois même à plusieurs) dont il peut percevoir des signes dans la réalité visible, mais qu’il ne peut rencontrer que dans le monde invisible, celui des rêves, des voyages chamaniques et autres méditations de l’inconscient. L’artiste Sara Gréselle a peut-être trouvé le sien au détour d’un songe prémonitoire, flottant autour d’elle après son réveil et évoqué à son comparse Ludovic Flamant : elle illustrait un album intitulé Bastien, ours de la nuit. Ce titre, oniriquement puissant, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et son écho persistant a mené à une merveilleuse réalisation graphico-textuelle éponyme. Continuer la lecture
Petite collection de récits à vingt-six mains
Philippe DEBONGNIE, Cindya IZZARELLI et autres, L’incroyable bibliothèque Almayer, À pas de loups, 2020, 100 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930787–66‑4
Chaque personne renferme une histoire, celle de sa vie. Dès lors, si l’on collectionne les récits d’une galerie de personnages, cela forme comme une petite bibliothèque. C’est du moins le présupposé de cet ouvrage, publié aux éditions bruxelloises À pas de loups. Une bibliothèque qui tient dans les mains et se lit avec grand plaisir.
L’incroyable bibliothèque Almayer nous invite à découvrir une série d’animaux anthropomorphes, habitant dans le même manoir. Parmi eux, il y a Jeroen, le cultivateur d’histoires ; Marin, le lapin qui rêve de prendre la mer ; Gustave, le futur roi qui se rêve en reine ; Marie, qui a fuit les loups pour devenir nonne puis cantatrice ; Peter Paddocker, qui voyage à l’intérieur de lui-même ; la petite Lou, qui aime les fleurs mais pas son prénom ; ou encore Albert Decaze, l’aventurier gastronome. Continuer la lecture
