Archives par étiquette : poésie

« Encore et encore »

Un coup de cœur du Car­net

Marie MEULEMAN (autrice) et Matthieu LITT (pho­tographe), Camille se réveille, Cot­Cot­Cot, 2026, 164 p., 19,90 €, ISBN : 9782930941806

meuleman camille se reveilleSe réveiller, sous ses paupières. Pren­dre con­science de l’au-dehors. Ouvrir les yeux, les rideaux bleus. Regarder par la fenêtre sans hori­zon. S’étirer. Allumer son télé­phone. Se ver­ti­calis­er, pieds au planch­er. Un pas, puis l’autre, mon­ter les march­es vers la cafetière. Saluer le chat. Pren­dre sa tasse, la rem­plir, se brûler la langue. S’habiller. Par­tir, courir. Chaque matin, un cycle immuable qui se répète autour d’infimes et infinies vari­a­tions. Celles-ci se nichent dans l’énergie à « quit­ter la nuit qui autorise tout et que rien n’interdit » ou le refus d’affronter le jour, le soleil dar­d­ant ou le ciel plom­bé, le choix de la tasse pour le breuvage noir. Et cepen­dant tou­jours les mêmes ten­tures, la même cui­sine, la même course, la même Brux­elles… Con­tin­uer la lec­ture →

Devenir encore, obstinément

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, La mort existe pas, col­lages et pho­tos de Christoph Bruneel, Âne qui butine, 2026, 160 p., 22 €, ISBN : 9782919712397

clémens la mort existe pasDans La mort existe pas, Éric Clé­mens per­siste et reste fidèle à lui-même : abor­dant la vieil­lesse, le corps qui décrépit, les proches qui dis­parais­sent, Éric Clé­mens aurait pu som­br­er dans le pathos, le ressasse­ment nat­u­ral­iste, la nos­tal­gie, la mélan­col­ie, la con­fes­sion, la ten­ta­tion tes­ta­men­taire, l’autofiction, etc.

Rien de tout ça. Tant mieux. Con­tin­uer la lec­ture →

… sa maitrise de poète…

Un coup de cœur du Car­net

Colette NYS-MAZURE (textes) et Philippe CHAUDAT (aquarelles), Sin­guliers et pluriels, Ate­lier des noy­ers, 2025, 50 p., 15 €, ISBN : 978–2‑494676–49‑7

nys mazure singuliers et plurielsEn réu­nis­sant la poétesse Colette Nys-Mazure et l’aquarelliste Philippe Chau­dat dans Sin­guliers pluriels, les édi­tons L’atelier des noy­ers se font l’écho, trente ans plus tard, d’un ouvrage réu­nis­sant « une cinquan­taine de sil­hou­ettes de femmes com­posées en prose poé­tique » par l’autrice tour­naisi­enne (Sin­gulières et plurielles, Desclée de Brouw­er, 2002). Tout chez Nys-Mazure se tran­scende par l’écriture et la poésie, depuis l’enfance mar­quée par la mort pré­coce du père, jusqu’à l’observation bien­veil­lante et infati­ga­ble des émer­veille­ments que prodiguent les cir­con­stances de la vie, mais aus­si l’indispensable via­tique que con­stitue l’empathie. Con­tin­uer la lec­ture →

La poésie n’est pas affaire de scaphandriers

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS, Bul­letin du Tour­ing Club, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 118 p., 17 €, ISBN : 2488229036

Baetens-Bulletin-du-Touring-ClubJan Baetens, pro­fesseur émérite de la KU Leu­ven, cri­tique, spé­cial­iste d’Hergé, du roman-pho­to ain­si que des rela­tions entre texte et image, a pub­lié à ce jour près d’une trentaine de recueils de poèmes chez divers édi­teurs. De langue mater­nelle fla­mande mais d’expression française, ce poète trop dis­cret, qui se tient loin des scènes et des céna­cles, fut lau­réat en 2007 du prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture →

À qui ‘vent’ l’entendre

Jean-Luc & Simon OUTERS, L’arbre et le vent, Pierre d’Alun, 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–143‑2

outers l'arbre et le ventJean-Luc et Simon Out­ers, père et fils, revi­en­nent à La Pierre d’Alun avec L’arbre et le vent ; qui dit si bien son titre. Sur les pages, les vers souf­flent leur verbe amoureux des arbres qui se tien­nent droit, pro­tè­gent leur alen­tour et font un trait d’union vivant, vital et ver­ti­cal, entre les nadir et zénith, entre les pro­fondeurs des sols et cieux lumineux. Con­tin­uer la lec­ture →

Ce qui résiste

Thier­ry WERTS, Là où trébuche la lumière, La Trace, 2026, 172 p., 16 €, ISBN : 9782487261457

werts la ou trebuche la lumiereDans ce car­net de voy­age, la forme poé­tique, les médi­ta­tions se char­gent de porter au dici­ble et au vis­i­ble la mémoire de l’extermination des Juifs. Com­ment ren­dre compte des noms rayés de la carte, des lieux effacés, des années de cen­dres ? Com­ment s’approcher des zones géo­graphiques, his­toriques et psy­chiques qui ont som­bré dans les ténèbres ? Mag­is­trat, poète (For intérieur), romanci­er (Demain n’existe pas encore, Le monde rêvé d’Alva Teimosa), Thier­ry Werts pose ses pas dans une car­togra­phie de la mort indus­trielle, tra­verse durant huit jours des villes, des vil­lages, des cam­pagnes frap­pés par l’Aktion Rein­hard. L’appel qui le saisit lui intime d’aller « là-bas », là où la lumière a vac­il­lé, là où le passé brûle encore, sou­vent sous une forme invis­i­ble. Il ne s’agit ni d’un devoir de mémoire, ni d’un besoin de com­pren­dre, ni d’un pèleri­nage, d’une his­toire famil­iale, ni d’une recherche de répa­ra­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Une lueur derrière le paravent

Un coup de cœur du Car­net

Carl NORAC, Le livre de la lueur, Bruno Doucey, 2026, 115 p., 15 €, ISBN : 9782362295591

norac lelivre de la lueurC’est par le sou­venir du pre­mier vers de la Bal­lade des pen­dus de Vil­lon que s’ouvre le nou­veau recueil de Carl Norac, Le livre de la lueur, aux édi­tions Bruno Doucey. Une réminis­cence d’un poème décou­vert sur les bancs de l’école et qui per­met au poète de choisir la pre­mière per­son­ne du pluriel pour nous entrain­er dans son sil­lage, « ce nous le plus étrange » qui con­voque, autour de lui, une non moins étrange com­mu­nauté. Celle des poètes, lec­tri­ces et lecteurs devenus adultes mais qui ont con­servé la lueur fli­bustière de l’enfance. Dès lors, une sorte de con­frérie s’établit, celle des « frères humains qui après nous vivez » et que relaye, par­mi d’autres, le grand Hugo dans un poème de 1881 inti­t­ulé juste­ment Nous : Con­tin­uer la lec­ture →

Aux courbes de vos corps d’hippocampes

Suzy COHEN, Nous sommes l’algorithme du vent, Bleu d’encre, 2025, 66 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–87‑1

cohen nous sommes l'algorithme du ventÀ la fois plas­ti­ci­enne et poétesse (celui-ci est son troisième recueil), Suzy Cohen réu­nit ici, comme dans un col­lage, les évo­ca­tions poé­tiques des sen­sa­tions inspirées par des lieux, des instants, des frag­ments de son his­toire per­son­nelle. La lec­ture suit ain­si un chemin sin­ueux, borné d’illustrations (dont l’écrit et la gra­phie ne sont jamais absents), allant de l’enfance (Kenya), l’âge de la jeune adulte qui évoque un père décédé lorsqu’elle a dix-huit ans : Paris n’était plus la carte postale rêvée / (…) Nous avions l’impression / De vac­iller sur une passerelle étroite / Piét­inés par des chevaux à œil­lères écrit la poétesse dans le poème d’ouverture de l’ouvrage sous le titre Fez, ma ville. Con­tin­uer la lec­ture →

La sève au-delà du sang

Chris­t­ian LIBENS, dessins de Marie-Pierre UENTEN, Les arbres marchent, Bleu d’Encre, 2025, 42 p., 12 €, ISBN : 9782930725901

ibens les arbres marchentOn con­nait le romanci­er, le spé­cial­iste du polar belge, le chroniqueur ou l’éditeur. On recon­nait surtout en Chris­t­ian Libens cet arpen­teur nomade des lieux han­tés par la lit­téra­ture. La Wal­lonie, les pistes arden­nais­es, Liège, Rome, Paris et les ter­res simenon­i­ennes sont ses prin­ci­paux ter­rains d’exploration. On con­nait moins le poète et pour cause, son dernier recueil a paru chez l’éditeur vervié­tois La Dérive en 1991 sous le titre Ciné­ma. Un poète rare donc qui revient à la poésie comme on retrou­ve une vieille con­nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture →

“afin que résonne encore et toujours , la clarté du mystère”

Béa­trice LIBERT, Dans le dos de la nuit, Ate­lier du Grand Tétras, coll. « Glyphes », 2025, 88 p., 14 €, ISBN : 978–2‑37531–138– 7

libert dans le dos de la nuitOrné d’un « avant-dire » du poète et académi­cien Philippe Lekeuche, l’ouvrage de Béa­trice Lib­ert, paru dans la belle col­lec­tion « Glyphes » réu­nit des textes poé­tiques « parus à divers­es épo­ques, sou­vent dans le cadre de livres d’artistes, ou inspirés par des pein­tres » comme le pré­cise d’emblée le pré­faci­er.

La réu­nion a pos­te­ri­ori de textes de cir­con­stance aurait pu en affaib­lir la force par un effet d’éparpillement et d’éloignement de la référence qui les a inspirés. Il n’en est rien ici. Hormis Pierre Cay­ol, dont une lino­gravure illus­tre la cou­ver­ture du livre, les textes sem­blent exaltés par l’absence de la représen­ta­tion des œuvres qui les ont ini­tiale­ment inspirés, qu’il s’agisse d’œuvres d’Edward Hop­per, Angel Beat­ove, Pierre Cay­ol, Van Don­gen, Giu­liana Gironi, ou d’André Romus. Con­tin­uer la lec­ture →

L’éclat de mille soleils dans la brèche du monde

Un coup de cœur du Car­net

Raïs­sa YOWALI, Les mille soleils de Busu Jano, Arbre de Diane, 2026, 114 p., 15 €, ISBN : 978–2‑93082240–2

yowali les mille soleils de busu janoIl est des livres qui ne se con­tentent pas d’être lus, mais qui vous per­cu­tent et oblig­ent à regarder en face les angles morts de notre human­ité, les éclats de la société dans leurs fra­cas, les sur­vivances lumineuses qui irra­di­ent et nour­ris­sent les feux de la résis­tance. Ce pre­mier recueil de Raïs­sa Yowali, Les mille soleils de Busu Jano, paru chez L’Arbre de Diane est de ceux-là. Con­tin­uer la lec­ture →

Faire revenir Carême à sa langue maternelle

LÈS RÈLÎS NAMURWÈS, Mau­rice Carême en wal­lon. Poèmes fran­coph­o­nes traduits en wal­lon, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2025, 182 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–72‑4

Avec Mau­rice Carême en wal­lon, les Rèlîs Namur­wès s’attaquent à l’art déli­cat de la tra­duc­tion. C’est sur le plan de la forme que le pari est par­ti­c­ulière­ment auda­cieux, puisqu’il s’agit de s’acquitter d’une tâche haute­ment déli­cate : traduire sans trahir.

Il n’est peut-être pas inutile de rap­pel­er que Mau­rice Carême, grand poète belge d’expression française, était recon­nu inter­na­tionale­ment pour la sim­plic­ité appar­ente de ses textes, pour son gout de la ritour­nelle et de la clarté. Comme le rap­pelle l’avant-propos du livre, il impor­tait beau­coup, à ses yeux, qu’une tra­duc­tion, bien qu’elle ne puisse être une trans­po­si­tion exacte d’une langue à une autre, laisse enten­dre que les poèmes traduits ont été écrits avant tout en français – et par là même, respecter le génie orig­inel du texte. Con­tin­uer la lec­ture →

« On nous avait promis une terre de lait et de miel… »

Anne ROTHSCHILD, Quel monde à venir ?, Lev­ant, 2025, 15 €, ISBN : 978–2‑490667–24‑6

rotschild quel monde a venirAutrice et plas­ti­ci­enne bel­go-suisse, Anne Roth­schild pour­suit, avec la pub­li­ca­tion de ce dernier recueil Quel monde à venir ?, une réflex­ion poé­tique sur l’apaisement et la réc­on­cil­i­a­tion entre les peu­ples. Après avoir pub­lié à l’enseigne de maisons belges comme Le Cormi­er, Luce Wilquin ou Le Tail­lis pré, c’est du côté du Lev­ant, édi­teur basé à Mont­pel­li­er, qu’elle accoste désor­mais. Un mot bref sur le vol­ume de belle fac­ture que pro­pose l’éditeur. Une typogra­phie aérée, un papi­er choisi et un car­ton­nage à rabats dont la cou­ver­ture illus­trée repro­duit une aquarelle et un col­lage de l’autrice, un exem­plaire soigné donc qui donne à l’ensemble une forme proche de celle du livre d’artiste. Con­tin­uer la lec­ture →

Partager les mots, partager l’enfance

Béa­trice LIBERT et Nan­cy PIERRET, Dans les bras du monde, Couleur livres, coll. « Couleur jeunesse », 2025, 16 €, ISBN : 978–2‑87003–967‑0

libert dans les bras du mondeÀ l’orée de la vie, le monde ouvrait les bras et l’horizon avait la fan­taisie pour seul nuage. Alors, le temps était une musique longue et lente et soudain bondis­sante sans besoin de rai­son.

La musique ce matin,
Joli bond de sauterelle
Habi­tant tout l’espace,
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L’amour, en vrai

Chris­telle LEGROS, Ô mas­culin, Bleu d’encre, 2025, 52 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–90‑1

legros o masculinPub­lié aux édi­tions Bleu d’encre, le recueil Ô mas­culin… de Chris­telle Legros est une plongée dans l’intimité d’une rela­tion amoureuse, ses hauts, ses bas, les émo­tions et ques­tion­nements qui la tra­versent. Le recueil est court, com­posé d’une quar­an­taine de textes qui vont droit au but, attrapent le lecteur pour ne le relâch­er qu’une fois la dernière page atteinte.

Entre les lignes de ce qu’on pour­rait qual­i­fi­er de réc­it poé­tique se des­sine l’évolution d’une rela­tion amoureuse née dans la pas­sion et vouée à un affadisse­ment pro­pre à la vie quo­ti­di­enne com­mune. Con­tin­uer la lec­ture →

Un phénix de bon augure pour les lettres wallonnes

Un coup de cœur du Car­net

Jean GUILLAUME, Tchôtès cin­des, présen­ta­tion, texte et glos­saire par Bernard Thiry, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. lit­téraire wal­lonne, n° 14, t. 1, 152 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–44‑2
Jean GUILLAUME, Tchôtès cin­des, édi­tion cri­tique par Bernard Thiry, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. lit­téraire wal­lonne, n° 14, t. 2, 84 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–45‑9

guillaume tchôtès cindes guillaume tchôtès cindes 2Un mir­a­cle ! L’on a retrou­vé un des deux recueils per­dus de Jean Guil­laume (1918–2001). Philo­logue réputé, spé­cial­iste de Gérard de Ner­val – il est le coau­teur de son édi­tion Pléi­ade –, ce natif de Fos­s­es-la-Ville est aus­si con­nu pour être l’une des meilleures plumes de la poésie wal­lonne mod­erne. Très tôt révélé par­mi les cinq de la « généra­tion 48 », il devient le chef de file d’une école namuroise, au sein de laque­lle se dis­tinguent notam­ment Georges Smal, Émile Gilliard et Vic­tor George. Son œuvre per­son­nelle est pour­tant réduite et se con­cen­tre sur les quelques années qui précè­dent son ordi­na­tion. Con­tin­uer la lec­ture →