Archives par étiquette : poésie

Un jouet sur la mappemonde

Carme­lo VIRONE, Pren­dre ses quartiers, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 103 p., 16 €, ISBN : 978–2‑488–229173

Virone-Prendre-ses-quartiersCarme­lo Virone est un poète dis­cret, rare. Avec ce nou­veau recueil, Pren­dre ses quartiers, le troisième depuis 2002, Virone pose ses bagages de bourlingueur lit­téraire. Qu’ils soient d’hiver ou d’été, il prend ses quartiers dans les ter­ri­toires de l’enfance, là où la fron­tière entre mémoire et nos­tal­gie se fait plus poreuse. Au fil du mots, les sou­venirs éclosent par bribes. Éclats, pépites qui sur­gis­sent comme une sur­prise décou­verte, avec émer­veille­ment, dans le creux de l’œuf en choco­lat. Un peu de jus de gro­seille sur les mains, une marelle dess­inée sur le pavé ou la toupie que l’enfant rêve de voir tourn­er indéfin­i­ment, voilà sans doute les rem­parts con­tre le temps qui passe. Con­tin­uer la lec­ture →

… cet infini tiré à quatre épingles…

Patrick DEVAUX (texte) et Cather­ine BERAEL (gravures), Aval­oirs, Coudri­er, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5

Devaux AvaloirsLes gravures de Cather­ine Berael réson­nent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réu­nis sous le titre d’Aval­oirs. Elles ont en effet la dou­ble car­ac­téris­tique de con­serv­er les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effac­er jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes réson­nent ain­si comme l’écho, loin­tain et trans­par­ent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réus­sisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement ver­ti­cal de la typogra­phie accentue l’abîme qu’il dévoile. Con­tin­uer la lec­ture →

Des silhouettes qui vont, viennent et disparaissent…

Roland LADRIÈRE, La danse uni­verselle, Tail­lis Pré, 2026, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–252‑1

ladriere la danse universelleLa danse uni­verselle, titre du nou­veau recueil de Roland Ladrière, pour­rait être un mou­ve­ment bal­ancé orig­i­naire d’Espagne ou d’Italie, une cha­conne peut-être. En tous cas, une danse à trois temps ryth­mée par les trois moments de l’existence, la nais­sance, la vie, la mort. Une danse, un mou­ve­ment per­pétuel qui s’illustre ici par la présence du même poème en tête et en fin de vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture →

Souffles et lueurs de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1

emmanuel avant que nos corps s'illuminentDans l’atelier de Véronique Goossens, dont il appré­cie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel décou­vre un jour une série inti­t­ulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à par­tir d’elle un réc­it poé­tique ; ayant choisi vingt-et-une planch­es, il les range dans un ordre pré­cis, pré­fig­u­rant ain­si le cours du texte dont il entre­prend la rédac­tion. Avec la vig­i­lante éditrice Marie Taffore­au, les images sont recadrées puis repro­duites, la mise en page ajustée, le for­mat accru, aboutis­sant aujourd’hui à ce livre mince et mag­nifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intéri­or­ité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures ini­tiales, cepen­dant, n’ont rien de flat­teur ou de char­mant : en noir et blanc sur un fond légère­ment jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présen­tent une allure fan­toma­tique, par­fois même inquié­tante, telles des appari­tions dans la brume. Sauf une excep­tion, chaque image com­porte d’un à trois per­son­nages adultes ou enfants, ici immo­biles et là en mou­ve­ment, alter­na­tive­ment debout, assis ou couchés sur le sol. Par­fois nus, par­fois vêtus, le plus sou­vent mécon­naiss­ables, les corps peu sex­ués élu­dent toute forme de séduc­tion ou d’érotisme. Au con­traire, la fac­ture cré­pus­cu­laire, voire cauchemardesque, sem­blerait se prêter à un drame fan­tas­tique mieux qu’à une rêver­ie amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture →

Les tremblements de la nomination

Un coup de cœur du Car­net

Yves NAMUR, Fig­ures de l’éphémère, Post­face de Daniel Laroche, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2026, 274 p., 12 €, ISBN : 9782875687388

namur figures de l'éphémèreL’œuvre d’Yves Namur se tient sous le signe de la poésie pen­sante au sens où l’espace du poème se con­stru­it comme un lieu de médi­ta­tion et de réflex­ion méta­physique. Fig­ures de l’éphémère, mag­nifique­ment post­facé par Daniel Laroche, abrite des frag­ments de trois recueils poé­tiques des années 1990, Frag­ments de l’inachevée (1992), Une parole dans les failles (1997), Fig­ures du très obscur (2000). La matière lan­gag­ière, l’acte de la nom­i­na­tion sont au cœur de l’imaginaire du poète, médecin des corps-âmes et médecin des mots, qui plante son inter­ro­ga­tion dans la ques­tion tout à la fois philosophique, poé­tique, exis­ten­tielle et spir­ituelle du dire, de la rela­tion (pos­si­ble et impos­si­ble) entre les mots et les choses. Liée à la con­ci­sion, à une ligne orac­u­laire, à un mou­ve­ment heuris­tique, la pré­va­lence de la forme ques­tion­nante est exigée par la rad­i­cal­ité du geste namurien : remon­ter aux sources du pas-de-deux entre le réel et la parole. L’oreille col­lée aux écrits d’Héraclite d’Éphèse, des Pré­socra­tiques, aux mys­tères du nom (sacré et pro­fane), Yves Namur aus­culte les promess­es, mais aus­si les failles, les lim­ites, l’impuissance du verbe, les para­dox­es dans lesquels le souf­fle de la parole nous entraine. Con­tin­uer la lec­ture →

Saut hors de la surface du miroir

Tris­tan SAUTIER, Michel AUDOUARD, Miroy­ances, Coudri­er, Coll. « Sor­tilèges », 2025, 52 p., 20 €, ISBN : 9782390520795

sautier audouard miroyancesC’est à pas de loup ou de colombe, de colombe-loup qu’on entre dans Miroy­ances, dans son jeu de miroirs entre les poèmes de Tris­tan Sauti­er et les encres de Michel Audouard.  Le recueil se place sous le signe du miroir pul­vérisé, d’un ébran­le­ment de la sur­face miroi­tante de la page en vue d’une ren­con­tre avec soi-même. L’ombre de René Char se lève. On pense à son recueil Le poème pul­vérisé, on vibre à l’hommage-détournement dis­cret que Tris­tan Sauti­er opère au détour de vers épars rap­pelant ceux du poète. Con­tin­uer la lec­ture →

Promenade au crépuscule

Héloïse HUSQUINET, Couler le ciel con­tre ma joue, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2026, 100 p., 15 €, ISBN : 9782930822426

husquinet couler le ciel contre ma joueHéloïse Husquinet, avec son recueil Couler le ciel con­tre ma joue pub­lié aux édi­tions L’arbre de Diane dans leur col­lec­tion « Les deux sœurs », nous prend douce­ment la main et nous emmène en balade dans des endroits qu’elle a con­nus ou seule­ment tra­ver­sés, dans une Amérique du Nord jamais nom­mée mais que la mai­son d’édition nous souf­fle à l’oreille. L’autrice nous offre des bribes de lieux, des bouts de nature, des frag­ments plus urbains qu’elle fait vivre à tra­vers de petits instants de vie y étant rat­tachés. Con­tin­uer la lec­ture →

« Encore et encore »

Un coup de cœur du Car­net

Marie MEULEMAN (autrice) et Matthieu LITT (pho­tographe), Camille se réveille, Cot­Cot­Cot, 2026, 164 p., 19,90 €, ISBN : 9782930941806

meuleman camille se reveilleSe réveiller, sous ses paupières. Pren­dre con­science de l’au-dehors. Ouvrir les yeux, les rideaux bleus. Regarder par la fenêtre sans hori­zon. S’étirer. Allumer son télé­phone. Se ver­ti­calis­er, pieds au planch­er. Un pas, puis l’autre, mon­ter les march­es vers la cafetière. Saluer le chat. Pren­dre sa tasse, la rem­plir, se brûler la langue. S’habiller. Par­tir, courir. Chaque matin, un cycle immuable qui se répète autour d’infimes et infinies vari­a­tions. Celles-ci se nichent dans l’énergie à « quit­ter la nuit qui autorise tout et que rien n’interdit » ou le refus d’affronter le jour, le soleil dar­d­ant ou le ciel plom­bé, le choix de la tasse pour le breuvage noir. Et cepen­dant tou­jours les mêmes ten­tures, la même cui­sine, la même course, la même Brux­elles… Con­tin­uer la lec­ture →

Devenir encore, obstinément

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, La mort existe pas, col­lages et pho­tos de Christoph Bruneel, Âne qui butine, 2026, 160 p., 22 €, ISBN : 9782919712397

clémens la mort existe pasDans La mort existe pas, Éric Clé­mens per­siste et reste fidèle à lui-même : abor­dant la vieil­lesse, le corps qui décrépit, les proches qui dis­parais­sent, Éric Clé­mens aurait pu som­br­er dans le pathos, le ressasse­ment nat­u­ral­iste, la nos­tal­gie, la mélan­col­ie, la con­fes­sion, la ten­ta­tion tes­ta­men­taire, l’autofiction, etc.

Rien de tout ça. Tant mieux. Con­tin­uer la lec­ture →

… sa maitrise de poète…

Un coup de cœur du Car­net

Colette NYS-MAZURE (textes) et Philippe CHAUDAT (aquarelles), Sin­guliers et pluriels, Ate­lier des noy­ers, 2025, 50 p., 15 €, ISBN : 978–2‑494676–49‑7

nys mazure singuliers et plurielsEn réu­nis­sant la poétesse Colette Nys-Mazure et l’aquarelliste Philippe Chau­dat dans Sin­guliers pluriels, les édi­tons L’atelier des noy­ers se font l’écho, trente ans plus tard, d’un ouvrage réu­nis­sant « une cinquan­taine de sil­hou­ettes de femmes com­posées en prose poé­tique » par l’autrice tour­naisi­enne (Sin­gulières et plurielles, Desclée de Brouw­er, 2002). Tout chez Nys-Mazure se tran­scende par l’écriture et la poésie, depuis l’enfance mar­quée par la mort pré­coce du père, jusqu’à l’observation bien­veil­lante et infati­ga­ble des émer­veille­ments que prodiguent les cir­con­stances de la vie, mais aus­si l’indispensable via­tique que con­stitue l’empathie. Con­tin­uer la lec­ture →

La poésie n’est pas affaire de scaphandriers

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS, Bul­letin du Tour­ing Club, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 118 p., 17 €, ISBN : 2488229036

Baetens-Bulletin-du-Touring-ClubJan Baetens, pro­fesseur émérite de la KU Leu­ven, cri­tique, spé­cial­iste d’Hergé, du roman-pho­to ain­si que des rela­tions entre texte et image, a pub­lié à ce jour près d’une trentaine de recueils de poèmes chez divers édi­teurs. De langue mater­nelle fla­mande mais d’expression française, ce poète trop dis­cret, qui se tient loin des scènes et des céna­cles, fut lau­réat en 2007 du prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture →

À qui ‘vent’ l’entendre

Jean-Luc & Simon OUTERS, L’arbre et le vent, Pierre d’Alun, 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–143‑2

outers l'arbre et le ventJean-Luc et Simon Out­ers, père et fils, revi­en­nent à La Pierre d’Alun avec L’arbre et le vent ; qui dit si bien son titre. Sur les pages, les vers souf­flent leur verbe amoureux des arbres qui se tien­nent droit, pro­tè­gent leur alen­tour et font un trait d’union vivant, vital et ver­ti­cal, entre les nadir et zénith, entre les pro­fondeurs des sols et cieux lumineux. Con­tin­uer la lec­ture →

Ce qui résiste

Thier­ry WERTS, Là où trébuche la lumière, La Trace, 2026, 172 p., 16 €, ISBN : 9782487261457

werts la ou trebuche la lumiereDans ce car­net de voy­age, la forme poé­tique, les médi­ta­tions se char­gent de porter au dici­ble et au vis­i­ble la mémoire de l’extermination des Juifs. Com­ment ren­dre compte des noms rayés de la carte, des lieux effacés, des années de cen­dres ? Com­ment s’approcher des zones géo­graphiques, his­toriques et psy­chiques qui ont som­bré dans les ténèbres ? Mag­is­trat, poète (For intérieur), romanci­er (Demain n’existe pas encore, Le monde rêvé d’Alva Teimosa), Thier­ry Werts pose ses pas dans une car­togra­phie de la mort indus­trielle, tra­verse durant huit jours des villes, des vil­lages, des cam­pagnes frap­pés par l’Aktion Rein­hard. L’appel qui le saisit lui intime d’aller « là-bas », là où la lumière a vac­il­lé, là où le passé brûle encore, sou­vent sous une forme invis­i­ble. Il ne s’agit ni d’un devoir de mémoire, ni d’un besoin de com­pren­dre, ni d’un pèleri­nage, d’une his­toire famil­iale, ni d’une recherche de répa­ra­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Une lueur derrière le paravent

Un coup de cœur du Car­net

Carl NORAC, Le livre de la lueur, Bruno Doucey, 2026, 115 p., 15 €, ISBN : 9782362295591

norac lelivre de la lueurC’est par le sou­venir du pre­mier vers de la Bal­lade des pen­dus de Vil­lon que s’ouvre le nou­veau recueil de Carl Norac, Le livre de la lueur, aux édi­tions Bruno Doucey. Une réminis­cence d’un poème décou­vert sur les bancs de l’école et qui per­met au poète de choisir la pre­mière per­son­ne du pluriel pour nous entrain­er dans son sil­lage, « ce nous le plus étrange » qui con­voque, autour de lui, une non moins étrange com­mu­nauté. Celle des poètes, lec­tri­ces et lecteurs devenus adultes mais qui ont con­servé la lueur fli­bustière de l’enfance. Dès lors, une sorte de con­frérie s’établit, celle des « frères humains qui après nous vivez » et que relaye, par­mi d’autres, le grand Hugo dans un poème de 1881 inti­t­ulé juste­ment Nous : Con­tin­uer la lec­ture →

Aux courbes de vos corps d’hippocampes

Suzy COHEN, Nous sommes l’algorithme du vent, Bleu d’encre, 2025, 66 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–87‑1

cohen nous sommes l'algorithme du ventÀ la fois plas­ti­ci­enne et poétesse (celui-ci est son troisième recueil), Suzy Cohen réu­nit ici, comme dans un col­lage, les évo­ca­tions poé­tiques des sen­sa­tions inspirées par des lieux, des instants, des frag­ments de son his­toire per­son­nelle. La lec­ture suit ain­si un chemin sin­ueux, borné d’illustrations (dont l’écrit et la gra­phie ne sont jamais absents), allant de l’enfance (Kenya), l’âge de la jeune adulte qui évoque un père décédé lorsqu’elle a dix-huit ans : Paris n’était plus la carte postale rêvée / (…) Nous avions l’impression / De vac­iller sur une passerelle étroite / Piét­inés par des chevaux à œil­lères écrit la poétesse dans le poème d’ouverture de l’ouvrage sous le titre Fez, ma ville. Con­tin­uer la lec­ture →

La sève au-delà du sang

Chris­t­ian LIBENS, dessins de Marie-Pierre UENTEN, Les arbres marchent, Bleu d’Encre, 2025, 42 p., 12 €, ISBN : 9782930725901

ibens les arbres marchentOn con­nait le romanci­er, le spé­cial­iste du polar belge, le chroniqueur ou l’éditeur. On recon­nait surtout en Chris­t­ian Libens cet arpen­teur nomade des lieux han­tés par la lit­téra­ture. La Wal­lonie, les pistes arden­nais­es, Liège, Rome, Paris et les ter­res simenon­i­ennes sont ses prin­ci­paux ter­rains d’exploration. On con­nait moins le poète et pour cause, son dernier recueil a paru chez l’éditeur vervié­tois La Dérive en 1991 sous le titre Ciné­ma. Un poète rare donc qui revient à la poésie comme on retrou­ve une vieille con­nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture →