Archives par étiquette : poésie

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Carl NORAC (auteur) et Éléonore SCARDONI (illus­tra­trice), Avant toute chose, Cot­Cot­Cot, 2025, 44 p., 22 €, ISBN : 9782930941523

norac scardoni avant toute chose« Chaque couche d’impression reflète une vari­a­tion dans la tex­ture, la couleur ou la pro­fondeur, évo­quant les mod­u­la­tions d’un son à tra­vers le temps et l’espace. Cette approche crée une analo­gie visuelle et sen­si­ble entre l’invisible du son et sa tran­scrip­tion graphique tan­gi­ble. Ain­si, je trans­forme les sons, habituelle­ment perçus comme immatériels et fugaces, en élé­ments con­crets et per­cep­ti­bles, traduisant l’évolution et les nuances d’un paysage sonore par un tra­vail d’impression et de gravure. » Telle est la démarche adop­tée par Éléonore Scar­doni pour ses Frag­ments d’écoute offerts aux regards. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie comme voix et comme voie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, Le nuage et la riv­ière, Tail­lis Pré, 2025, 168 p., 18 €, ISBN : 9782874502477

brogniet le nuage et la riviereQue l’aventure poé­tique ne se donne aucun hori­zon qui l’excède mais que, dans un même mou­ve­ment, elle ait l’ambition d’ouvrir un autre régime du vivre et du penser, l’œuvre exigeante, nova­trice d’Éric Brog­ni­et l’affirme tant sous son ver­sant poé­tique que dans l’ordre des essais. S’ouvrant sur une médi­ta­tion de maître Dogen en exer­gue, Le nuage et la riv­ière res­saisit les mots et les choses ain­si que leurs noces com­plex­es sous l’angle de leur genèse, de leur mou­ve­ment d’engendrement. Con­tin­uer la lec­ture

“Les ondes”, 2ème édition

les ondes 2025

Les ondes [ lez‿ɔ̃d], l’événe­ment dédié à la dimen­sion sonore de la poésie, revient pour une 2ème édi­tion le 4 octo­bre.  Con­tin­uer la lec­ture

Petits objets blessés à l’horizon

Anne LETORÉ et Françoise LISON-LEROY, Col­lec­tions après usage, Âne qui butine, 22 €, ISBN : 9782919712373

letore lison leroy collections apres usageVoilà un objet curieux que celui com­posé des qua­tre mains asso­ciées d’Anne Letoré et Françoise Lison-Leroy. Col­lec­tions après usage vient de paraitre dans la col­lec­tion « Amphis­bène » des édi­tions de l’Âne qui butine, dans laque­lle “deux auteur-es créent en duo, tis­sent leurs mots, illus­trent ensem­ble une œuvre unique.” Entre prose (Anne Letoré), poésie (Françoise Lison-Leroy), recette de cui­sine sat­ur­nale, pho­togra­phie et col­lages, les deux artistes voy­a­gent dans les espaces, les épo­ques et les médi­ums pour explor­er quan­tité de col­lec­tions croisées sur leur chemin. Comme l’annonce l’inscription au feu­tre orange et vert sur la qua­trième de cou­ver­ture : ça riboule, ça pêle-mêle, ça tar­touffe. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots retrouvés d’une chanson sans musique

Jean FAUCONNIER, Tchan­sons… sins pont d’ musique, tra­duc­tion française de Jean-Luc Fau­con­nier, Èl Môjo dès Walons, coll. « èl bour­don », 2024, 68 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931107–14‑0

fauconnier tchansons... sins pont d' musiqueCer­taines œuvres lit­téraires con­nais­sent une longue péri­ode de latence avant leur pub­li­ca­tion. Le recueil qui nous occupe en est un par­fait exem­ple : com­posé dans les années 1950, il est resté mécon­nu du plus grand nom­bre – et même des héri­tiers de l’auteur – jusqu’à tomber for­tu­ite­ment entre les mains des employés de Èl Môjo dès Walons, la mai­son des tra­di­tions car­olorégi­en­nes. Con­tin­uer la lec­ture

Du sexe, de l’amour et du lâcher-prise

Arnaud DELCORTE, Gand­hara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7

delcorte gandharaGand­hara est une région his­torique située au nord-ouest de l’actuel Pak­istan, englobant la val­lée de Peshawar et s’é­ten­dant jusqu’aux bass­es val­lées des riv­ières Kaboul et Swat. Elle était un car­refour com­mer­cial et cul­turel impor­tant, reliant l’Inde, l’Asie cen­trale et le Moyen-Ori­ent. L’art du Gand­hara (du 1er siè­cle av. J.-C. au 7e siè­cle apr. J.-C.) est car­ac­térisé par des représen­ta­tions réal­istes de Boud­dha et d’autres fig­ures influ­encées par la stat­u­aire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la prop­a­ga­tion du boud­dhisme vers l’Asie cen­trale et dévelop­pé une cul­ture unique. Si la poésie d’Arnaud Del­corte est « un cri douloureux mais un cri sal­va­teur » (N. Louis), elle est aus­si « berceuse et démence, sem­blable à un Qawali de Nus­rat Fateh Ali Khan […] » car elle est aus­si « lave qui char­rie les para­dox­es, l’infini de la chair, ses pesan­teurs et ses extases […] une chair ten­due vers une pos­si­ble tran­scen­dance […] » (U. Tim­ol). Con­tin­uer la lec­ture

Bons baisers de Koksijde, Oostende et Meli Park

Un coup de cœur du Car­net

François LIENARD, Regi­na Maris, Let­tre volée, 2025, 128 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87317–655‑6

lienard regina marisLe voile de gras, de gris, de graf­fi­tis se déchire,
Vers Gand le ciel s’ouvre, des grains de sable
Tombent de l’émeri des nuages bleus, une odeur
De crêpe au sucre brin­que­bale vers Blanken­berge

Bon­heur fou de suiv­re François Lié­nard dans ses péré­gri­na­tions en tram tout du long de la côte belge ! C’est que François Lié­nard est généreux :  en dix-neuf poèmes de formes et de longueurs vari­ables, Regi­na Maris nous offre autant de cartes postales, ou de let­tres intimes, qu’un ami nous enver­rait d’Oostende ou du West­hoek. C’est jubi­la­toire et addic­tif. Con­tin­uer la lec­ture

Une ultime liberté

Michel VAN DEN BOGAERDE, Sus­pen­sion du pronon­cé, Coudri­er, 2025, 66 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–073‑3

van den bogaerde suspension du prononcéEnsem­ble de poèmes en vers libres, Sus­pen­sion du pronon­cé offre au lecteur une bonne cinquan­taine de textes poé­tiques, tous titrés, agré­men­tés d’œuvres pic­turales en couleur, illus­trant ain­si le dou­ble tal­ent de Michel van den Bogaerde, qui s’inscrit là dans une tra­di­tion bien belge des rap­ports chez le même créa­teur entre la plume et le pinceau. Lau­rence Brog­niez, Paul Aron ou Claudette Sar­let ont analysé ce phénomène prég­nant à tra­vers l’histoire de nos Let­tres et Char­lyne Audin écrit à ce pro­pos : Con­tin­uer la lec­ture

Le poème est un sauf-conduit

Philippe LEUCKX, Lumière des murs, Cygne, 2025, 48 p., 12 €, ISBN : 978–2‑84924–831‑7

leuckx lumière des mursPhilippe Leuckx pour­suit une œuvre poé­tique élé­giaque : chaque poème ressem­ble ain­si aux petits cail­loux que l’enfant du con­te sème dans la forêt obscure où on est en train de le per­dre, pour pou­voir retrou­ver ultérieure­ment son chemin vers la lumière. Le titre, Lumière des murs, métapho­rise ce thème de la perte et de la résilience. Car le mur est, du point de vue de nos sens, une struc­ture matérielle fixe qui enferme, tan­dis que la lumière est un élé­ment mobile et presque immatériel. La lumière tra­verse l’espace quand le mur le cir­con­scrit. Le poète quête l’éclaircie de manière oxy­morique, comme si nom­mer sa douleur, écrire sa perte et son deuil, saluer la morte bien-aimée et pren­dre soin des enfants, était la seule issue à l’éphémère de notre pas­sage sur terre : Con­tin­uer la lec­ture

De la plume au harpon

Sébastien FEVRY, Pêch­es de Géorgie, Cheyne, 2025, 85 p., 19 €, ISBN : 978–2‑84116–364‑9

fevry peches de georgieSaluée par plusieurs récom­pens­es, dont le prix Mar­cel Thiry en 2021 pour Brefs déluges, l’œuvre de Sébastien Fevry se des­sine patiem­ment autour d’une géo­gra­phie à la fois intime et spa­tiale. La cohérence qui la car­ac­térise est ren­for­cée sans nul doute par la fidél­ité aux édi­tions Cheyne puisque ce nou­v­el opus Pêch­es de Géorgie con­stitue le qua­trième recueil que l’auteur pub­lie chez l’éditeur ardé­chois depuis 2018. Con­tin­uer la lec­ture

L’espoir, à toute vitesse !

Aurélien DONY, Train-Nuit, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 124 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–03‑5

dony train nuitInter­sec­tion­nal­isme, cap­i­tal­isme de pré­da­tion, anti­spé­cisme… Les nou­veaux ter­mes ne man­quent pas pour dire l’époque con­tem­po­raine, ses dérives et ses espoirs. Mais une autre voie que la con­cep­tu­al­i­sa­tion est per­mise ; c’est celle qu’arpente Aurélien Dony, dont on con­nait les engage­ments, dans son dernier livre. Con­tin­uer la lec­ture

Louis Adran. Écrire depuis les confins

Un coup de cœur du Car­net

Louis ADRAN, Tireur et tombeur, Cheyne, coll. « Verte », 2025, 80 p., 18 €, ISBN : 978–2‑84116–362‑5

adran tireur et tombeurDans Tireur et tombeur, son qua­trième recueil poé­tique pub­lié aux Édi­tions Cheyne, tail­lé dans la splen­deur de l’énigme, Louis Adran déporte le verbe dans des champs de sen­sa­tions qui se sous­traient à toute cap­ture. Dans un bal­let d’ombres et de lumières, dans le trem­blé du dire et du silence, Louis Adran dresse des scènes furtives comme des songes, pétries de corps fon­dus dans des paysages, s’adonnant à des larcins, des effrac­tions noc­turnes, dans une épiphanie du hors-la-loi et de l’érotisme qui fait songer à Jean Genet. L’imaginaire ne gagne et ne délivre son unic­ité qu’à se dot­er d’une langue qui déplace la syn­taxe, qui déver­rouille le régime des voca­bles. Cette langue sous la langue qui tra­verse les class­es de mots, qui con­catène des images rel­e­vant de reg­istres hétérogènes, le poète nous la donne à vivre, à sen­tir dans un cli­mat où l’amour, le désir cul­mi­nent dans des zones de mort. De ce tireur et tombeur qui galope dans les cinq par­ties du recueil, nous recevons la force sauvage, son art du vol dans des maisons endormies, sa présence sex­uelle, son drame, la mort du frère, le reflux de la parole dans le mutisme, l’internement. Con­tin­uer la lec­ture

Les quatre saisons d’Harry Szpilmann

Har­ry SZPILMANN, La vie frag­ile, Tail­lis Pré, 2025, 122 p., 18 €, ISBN :  9782874502422

szpilmann la vie fragileDes fois, les gens qui écrivent, ça peut être rad­i­cal. Très rad­i­cal. Déci­dant, par­fois con­sciem­ment, par­fois pas, de jouer avec les codes du genre. Repous­sant, ou met­tant en ques­tion, les lim­ites, par exem­ple, de la poésie, de ce qu’on pense générale­ment être la poésie. C’est sou­vent impres­sion­nant. Spec­tac­u­laire. Har­ry Szpil­mann est rad­i­cal mais ne joue pas du tout dans ces eaux-là. Sa rad­i­cal­ité, je la trou­ve, per­son­nelle­ment, dans ses par­tis-pris exis­ten­tiels. Har­ry Szpil­mann ne se préoc­cu­pant pas du tout de “révo­lu­tion­ner son art”. Ne cher­chant pas du tout à “séduire”. Pas d’allusion, chez lui, dans sa Vie frag­ile, aux grandes thé­ma­tiques du moment, poli­tiques, envi­ron­nemen­tales, etc. Pas de retour, non plus, aux sen­sa­tions du corps. Con­tin­uer la lec­ture

Des idiots et des voyants

Cari­no BUCCIARELLI, Une poignée de sec­on­des, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2025, 102 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–97‑0

bucciarelli une poignée de secondesJe me vois de dos
je marche dans une direc­tion incon­nue (…) 

Il reste une poignée de sec­on­des
et deux cail­loux (…) 

On se sur­prend, dans la prose et la poésie que nous offre Cari­no Buc­cia­rel­li, à retrou­ver les traces d’un cousi­nage ancien avec le Wozzeck de l’étoile filante Büch­n­er, une force bru­tale qui passe par les inter­stices de la stu­pid­ité humaine mais qui témoigne aus­si de sa sur­prenante « inno­cence » … Comme dans les plus anciens rites, les hommes peu­vent, sans cesse, frap­per le sol du pied, il en remon­tera surtout les échos assour­dis des ver­tig­ineuses obstruc­tions à la con­science qui font le sens com­mun de notre tribu. Con­tin­uer la lec­ture

Faire corps-ale

Car­o­line BOUCHOMS, Vénus impudiques, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, coll. “Book­leg”, 2025, 56 p., 3 €, ISBN : 9782875055163

bouchoms venus impudiquesAvec Vénus impudiques, ce « seul en scène » couché sur papi­er, Car­o­line Bou­choms déploie un origa­mi de 21 pliages. Elle con­fronte sa voix à celles d’autres femmes pour dépli­er une réflex­ion autour de son rap­port au corps, sa mater­nité non désirée et les injonc­tions socié­tales pesant sur ces choix. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’atelier de François Jacqmin

François JACQMIN, Un ciel unique, suivi de Le livre du moi, Édi­tion et pré­face de Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2025, 146 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–239‑2

jacqmin un ciel uniqueLes édi­tions du Tail­lis Pré pour­suiv­ent avec régu­lar­ité et sous la direc­tion de Gérald Pur­nelle, leur con­tri­bu­tion à la pub­li­ca­tion des œuvres poé­tiques de François Jacqmin (1929–1992). Réédi­tions et inédits (L’œuvre du regard, 2012 ; Le Domi­no gris, 2017 ; Stèles, 2019) vien­nent com­pléter les paru­tions aux Archives et Musée de la Lit­téra­ture d’un pre­mier vol­ume d’œuvres com­plètes (L’amour la terre, 1946–1956, 2022) et d’un deux­ième con­sacré aux artistes (Écrits sur l’art et les artistes, 1954–1991, 2023). Si l’on y ajoute les réédi­tions en Espace Nord de Les saisons et Le livre de la neige (tous deux en 2016), on peut con­sid­ér­er que l’accès à la pro­duc­tion écrite de l’ancien mem­bre du groupe Phan­tomas est aujourd’hui large­ment facil­itée, d’autant que d’autres recueils posthumes sont égale­ment sor­tis de l’imprimerie ces dernières années (à La Pierre d’alun, au Tétras-Lyre). Con­tin­uer la lec­ture