Archives par étiquette : poésie

La mer en seconde peau

Soline de LAVELEYE, Par les baleines, Gal­li­mard, 2025, 126 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782073075352

de laveleye par les baleinesDans ce recueil poé­tique paru aux édi­tions Gal­li­mard, Soline de Lavel­eye file la métaphore marine pour dire le corps méta­mor­phique d’une femme et les lieux dans lesquels il s’inscrit – au point de s’y fon­dre. D’apparence plutôt clas­sique, la langue de l’autrice se déploie au fil du recueil et emprunte d’étonnants détours. Con­tin­uer la lec­ture

Écouter les rêves de la matière

Françoise LISON-LEROY, Tu ouvres et c’est le jour, Rougerie, 2025, 64 p., 12 €, ISBN : 978–2‑85668–428‑3

lison-leroy tu ouvres et c'est le jourLa poésie se tient dans des angles morts qu’elle ramène à la vie, s’adresse aux mots comme s’ils étaient des oiseaux. Tu ouvres et c’est le jour, le nou­veau recueil poé­tique de la poétesse et écrivaine Françoise Lison-Leroy tisse son univers dans un con­tin­u­um de sen­sa­tions qui cir­cu­lent de l’humain à la nature, qui déam­bu­lent du château de sable à la taupe, des nuages à la musaraigne. L’écriture est tail­lée dans ce qu’elle évoque, dans la porosité entre les règnes du vivant, tra­ver­sée par une expres­sion et un ani­misme qui décloi­son­nent les fron­tières entre les formes de vie. Con­tin­uer la lec­ture

De la matière modelant l’âme…

San­dra DEFOY, Mor­dant l’âme, Bleu d’encre, 2025, 126 p., ISBN : 9782930725826

defoy mordant l'âmeIl est rare de trou­ver sous la plume d’une jeune autrice, d’un jeune auteur un pre­mier livre aus­si abouti. Avec cette entrée en lit­téra­ture sous forme de réc­it poé­tique, Mor­dant l’âme de San­dra Defoy happe le lecteur dès le titre qui résonne comme une sorte de calem­bour désen­chan­té. Découpé en 6 par­ties, le recueil s’ouvre par deux poèmes brefs qui com­posent une pre­mière sec­tion. Chapitrée par l’élément neu­tre que représente le zéro, « 0. La vie antérieure », ces deux poèmes évo­quent ce moment de bas­cule, du pas­sage à l’âge adulte, la sor­tie de l’enfance ou plutôt d’une ado­les­cence que l’on perçoit immé­di­ate­ment comme moment d’éclosion, d’ouverture. Une sorte de degré zéro de l’écriture pour l’autrice dont la mise à nu, au fil du livre, sera totale et sans con­ces­sions. Con­tin­uer la lec­ture

(…) ramasser les mots froissés / comme un bruit de feuilles

Un coup de cœur du Car­net

Paul ROLAND, J’habite les mots, illus­tra­tions de Chris­tiane Devi­aene, Déje­uners sur l’herbe, 2024, 59 p., 20 €, ISBN : 978–29304433899

roland j'habite les motsEn 2015, dans le cadre d’une expo­si­tion au Cen­tre cul­turel de Pérul­wez, Paul Roland com­pose 59 haïkus. Dix ans plus tard, il les pub­lie aux Déje­uners sur l’herbe, en agré­men­tant cha­cun d’eux d’un texte les com­men­tant et les dévelop­pant. Con­tin­uer la lec­ture

Le détournement de l’anarchiste

Christoph BRUNEEL, QUEMHRF ! (en manège), Âne qui butine, coll. « Xylophage », 2025, 264 p., ISBN : 978–2‑919712–35‑9

bruneel QUEMHRFLa terre tourne, mais sous sa forme humaine, notre monde, elle tourne mal. Com­ment la détourn­er ? Christoph Bruneel, cet écrivain (par­fait en deux langues) et tra­duc­teur (il a réin­ven­té en néer­landais les langues de Jean-Pierre Ver­heggen) a de façon jubi­la­toire créé un per­son­nage pour nous y aider… Con­tin­uer la lec­ture

Frères humains qui…

Jacques DESMET, Homo sapi­ens, avec une tra­duc­tion française de Dany HENKINET, Société de langue et de lit­téra­ture wal­lonnes, coll. « Lit­téra­ture dialec­tale d’aujourd’hui » n° 48, 2025, 66 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930505–43‑5

desmet homo sapiensJacques Desmet est une sil­hou­ette bien con­nue des « tau­veléyes » (tables de con­ver­sa­tion) et des cabarets wal­lons. Rédac­teur en chef de la revue Nwêr Boton, il est aujourd’hui l’un des prin­ci­paux pro­mo­teurs du wal­lon bra­bançon. Cepen­dant, d’aucuns ne le con­nais­sent peut-être pas comme auteur ; il pra­tique en effet la lit­téra­ture en « cir­cuit court », et ses œuvres n’ont été jusqu’ici dif­fusées qu’en microédi­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Jeu de pistes

Daniel DE BRUYCKER, Des­tins nomades, Post­face de Gérald Pur­nelle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 303 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87568–705‑0

de bruycker destins nomadesLe titre Des­tins nomades cou­vre cinq recueils dont le présent vol­ume reprend les qua­tre pre­miers, Daniel De Bruy­ck­er se présen­tant non comme auteur mais comme tra­duc­teur et présen­ta­teur. Poèmes de Hou Dang Ye, le volet 1, est annon­cé comme l’œuvre d’un poète chi­nois mal con­nu du 7e siè­cle, sol­dat affec­té à la Grande Muraille et amoureux infor­tuné de la belle Shan Tao. Le deux­ième, Ascen­sion, aurait vu le jour au 2e siè­cle, tou­jours en Chine ; il serait dû au supérieur d’un monastère qui, sa retraite prise, chem­ine sere­ine­ment vers la mort. Suiv­ent les Ghazāls des Hu, chroniques anci­ennes représen­tées sur des kil­ims puis déchiffrées par al-Çek­ery, marc­hand éru­dit qui les pub­lie en per­san vers 1906. Le volet 4, Sous l’olivier, est un con­te en vers attribué au même al-Çek­ery : le jeune héros ren­con­tre trois vieil­lards qui l’aident par allu­sions à trou­ver sa juste voie dans l’existence. Mal­gré des orig­ines si dis­parates, les qua­tre recueils présen­tent plusieurs traits com­muns. Il s’agit à chaque fois d’une poésie limpi­de, par­fois même naïve, exempte de toute com­pli­ca­tion styl­is­tique ou psy­chologique, tou­jours ordon­née par une trame nar­ra­tive ; une place émi­nente est faite à la géo­gra­phie, tant humaine que naturelle, ain­si qu’aux déplace­ments spa­ti­aux et à l’inexorable écoule­ment du temps. Con­tin­uer la lec­ture

le silence d’une écriture, / n’échappe pas à la mer

Un coup de cœur du Car­net

Michel JOIRET, Jour­nal d’une année de mer ultime, pré­face de Renaud Denu­it, Sam­sa, 2024, 132 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–540‑3

joiret journal d'une année de mer ultimePour de nom­breux écrivains belges de langue française, la Flan­dre et la mer du Nord con­stituent une friche d’inspiration sans cesse renou­velée. Michel Joiret appar­tient à n’en pas douter à cette famille-là de poètes et romanciers dont l’œuvre vient régulière­ment puis­er à cette source d’envahissement de lumière et de couleur – fussent-elles tamisées par la brume, tra­ver­sées de pluie et d’embruns, ou écla­tantes comme un été bleu – qu’offrent les lisières de sable entre le West­hoek et le Zwin. Dans une belle pré­face, com­plice en ami­tié et frater­nelle en poésie, Renaud Denu­it salue un texte qu’il qual­i­fie à rai­son de « som­met poé­tique dans la célébra­tion de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

« Une onde / entre nos lèvres / closes »

Un coup de cœur du Car­net

Clara INGLESE, Lin­ea alba, Chat polaire, 2025, 109 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931–028360

inglese linea albaLa poésie, explo­rant et exp­ri­mant les expéri­ences les plus intimes, tran­scende celles-ci et en fait offrande aux lec­tri­ces et lecteurs. En mêlant poésie et réc­it théâ­tral­isé Clara Inglese inscrit Lin­ea alba, son pre­mier recueil dans une écri­t­ure délibéré­ment nar­ra­tive. Vivant l’expérience de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée, la poète a souhaité « remet­tre du mys­tère dans le par­cours d’enfantement hyper médi­cal­isé des cou­ples en pro­jet de famille ». Dans le même élan, l’écriture poé­tique exalte d’une lumière bien­v­enue la tra­ver­sée de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée dont sou­vent les seuls échos qui nous en parvi­en­nent sont mar­qués par la tech­nolo­gie, l’angoisse, et l’espoir déçu. Con­tin­uer la lec­ture

Lumineuse Hilda Bertrand

Un coup de cœur du Car­net

Hil­da BERTRAND, Poésies com­plètes, Édi­tion et pré­face par Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, 2024, 120 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–235‑4

bertrand poesies completes« Je suis nue autour de moi, sub­tile, loin­taine, intime. »

Il faut saluer le tra­vail de Gérald Pur­nelle et du Tail­lis Pré d’avoir remis au jour la poésie d’Hil­da Bertrand au tra­vers de cette édi­tion de ses Poésies com­plètes cohérente et sen­si­ble. La poésie d’Hilda Bertrand (1898 – 1979) reste encore mécon­nue. Gérald Pur­nelle, après une mise en con­texte de la vie et l’éducation de la poétesse, se penche sur quelques jalons et évo­lu­tions de son écri­t­ure. « Décidé­ment, c’est la lec­ture mosaïque d’une œuvre faite de frag­ments sans unité qui peut seule con­venir à notre lec­ture », écrit le pré­faci­er, en ajoutant : « Je gage qu’elle nous révèle une Hil­da Bertrand au moins aus­si matéri­al­iste que mys­tique. » De fait, après la lec­ture de cette édi­tion de poèmes d’une prodigieuse autrice, nous ne pou­vons qu’y souscrire. Con­tin­uer la lec­ture

Du poème comme éloge et exorcisme

Pierre YERLES, Pavane pour une samourai défunte, Bleu d’encre, 2025, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–81‑9

yerlès pavane pour une samourai defuneC’est un art si sub­til / que celui de l’oubli / lorsqu’on le veut heureux. Par ces pre­miers vers, Pierre Yer­lès con­fie le pro­pos de ce recueil posant le déli­cat prob­lème de l’euthanasie. On lira avec prof­it ce livre en par­al­lèle avec la belle œuvre d’Almodovar, La cham­bre d’à côté, où le cinéaste espag­nol réalise son pre­mier film en anglais, inspiré du livre Quel est donc ton tour­ment ? de l’écrivaine améri­caine Sigrid Nunez. Si Almod­ovar se demande com­ment accom­pa­g­n­er quelqu’un dans la mort, en un tra­vail de réflex­ion où les aspects psy­cho-affec­tifs voisi­nent avec ceux d’une réflex­ion socio-poli­tique, Pierre Yer­lès, faisant référence à deux cul­tures qu’il maitrise bien, abor­de le prob­lème de manière plus artis­tique et spir­ituelle. Con­tin­uer la lec­ture

Dotremont et les parts cachées de l’iceberg

Chris­t­ian DOTREMONT, Les grandes choses. Antholo­gie poé­tique 1940–1979, Edi­tion de Michel Sicard, post­face d’Yves Bon­nefoy, Gal­li­mard, coll. « Poésie/Gallimard », 2025, 416 p., 12,30 €, ISBN : 978–2‑07–308738‑6
Chris­t­ian DOTREMONT, Études et inédits, Vol­ume coor­don­né par Paul Aron, Flo­rence Huy­brechts, Stéphane Mas­sonet, avec la col­lab­o­ra­tion de Lau­rence Boudart, AML, coll. « Archives du futur », 2024, 210 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–100‑7

dotremont les grandes chosesSur cet ice­berg nom­mé Chris­t­ian Dotremont, croisant dans les mers polaires, se lais­sant dériv­er vers les paysages d’une Laponie fan­tas­ma­tique et pour­tant tou­jours à portée du regard, voyageur inces­sant chargé de valis­es débor­dantes de man­u­scrits, de tracts, de livres, de cour­ri­ers, d’idées et de polémiques, plutôt que de linge, on a déjà beau­coup dit, écrit, et vu. Et ce n’est qu’une juste recon­nais­sance pour l’un des grands inven­teurs (belge de sur­croit) de l’art et la lit­téra­ture européenne du 20e siè­cle, poète, romanci­er, co-fon­da­teur de CoBrA, et créa­teur des « logogrammes ». Sa mort pré­maturée en 1979, à l’âge de 56 ans, ne lui a cepen­dant pas per­mis de mesur­er lui-même l’envergure de ce mas­sif détaché de la ban­quise qu’il avait gardé accrochée à ses basques, depuis ses débuts pré­co­ces. En 1940, il envoy­ait ses pre­miers poèmes à Magritte, Scute­naire et Ubac, qui l’adoubèrent aus­sitôt au sein du sur­réal­isme brux­el­lois, avant qu’il n’emprunte, non sans épreuves, d’autres courants plus per­son­nels. Ces pre­miers poèmes sont ceux d’Anci­enne éter­nité, écrits et autoédités à 17 ans, et dédiés à une jeune femme, Doris. Le sen­ti­ment amoureux, chez Dotremont, déploiera jusqu’à la fin de ses jours les ver­tus – et les désas­tres – d’un puis­sant philtre mag­ique : la « beauté con­vul­sive » et ses effets seront peut-être le seul point fon­da­men­tal d’entente entre Dotremont et Bre­ton. Con­tin­uer la lec­ture

Là où tu ne savais pas / Que tu pouvais aller…

Un coup de cœur du Car­net

Béa­trice LIBERT et Clau­dine GOUX (illus­tra­tions), Poèmes sans ombre pour voir la vie du bon côté, Ate­lier du Grand Tétras, 2024, 43 p., 13 €, ISBN : 978–2‑37531–122‑6

libert poemes sans ombre pour voir la vie du bon côtéBéa­trice Lib­ert est poétesse, mais aus­si plas­ti­ci­enne, essay­iste et éditrice (Couleur Livres et Le Tail­lis Pré). Elle pub­lie volon­tiers des textes placés en miroir avec des illus­tra­tions, dont ils s’inspirent ou qui les exal­tent. C’est ain­si un ouvrage agré­men­té de pho­togra­phies qui lui avait valu en 2023 le prix du Par­lement de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. Con­tin­uer la lec­ture

Le poème et les mots dits          

Philippe LEUCKX, Petites notes, Lieux-Dits, coll. « Cahiers du loup bleu », 2025, 32 p., 7 €, ISBN : 978–2493715-85–2

leuckx petites notesLa col­lec­tion « Cahiers du Loup bleu », dirigée par le poète Jacques Goor­ma, fait la part belle aux auteurs con­tem­po­rains et au for­mat dépouil­lé au sein des Édi­tions Les Lieux-dits, créées par le pein­tre Ger­main Roesz en 1994 à Stras­bourg. « L’idée des Cahiers du loup bleu est née avec l’évidence de tou­jours met­tre en qua­trième de cou­ver­ture le dessin d’un loup com­mandé à une ou un artiste différent.e.s. L’aventure dou­ble ain­si la part poé­tique et plas­tique. Les poèmes vien­nent de poètes très con­nus ou incon­nus et il en est de même pour les artistes », dit l’éditeur. Ici, les poèmes de Philippe Leuckx parais­sent sous une cou­ver­ture dont le graphisme bleu est de l’artiste Chris­tine Val­cke. Con­tin­uer la lec­ture

Demoulin nous donne des ailes…

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DEMOULIN et Alain DULAC, Réguli­er / irréguli­er : son­nets, Herbe qui trem­ble, 2025, 126 p., 18 €, ISBN : 9782491462802

demoulin regulier irregulierIl est de ces auteurs dont on attend avec impa­tience le nou­v­el opus, le nou­veau gise­ment. Peut-être parce que l’on sait qu’ils sont un peu musi­ciens, un peu orpailleurs. Ou bien plus sim­ple­ment parce qu’on sup­pute la fête de la langue et de l’esprit à laque­lle ils vont nous con­vi­er. C’est assuré­ment le cas avec Lau­rent Demoulin chez qui il y a, mine de rien, sans avoir l’air d’y touch­er, des pépites jail­lis­santes dans l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture

Ce vaste espace à traverser, de soi à soi…

Un coup de cœur du Car­net

Mar­tine ROUHART, La nuit ne dort jamais, Cygne, coll. « Le chant du cygne », 2025, 59 p., 12 €, ISBN 978–2‑84924–814‑0

rouhart la nuit ne dort jamaisMar­tine Rouhart a été sub­tile­ment inspirée en plaçant quelques vers d’Anne Per­ri­er en épigraphe de La nuit ne dort jamais : “En dor­mant, je me suis tournée / Vers la pente ombrée Des Paroles”(Extrait de D’entre Ciel et Terre).

Le pre­mier recueil pub­lié par la poétesse suisse ne s’intitulait-il pas Selon la nuit (Édi­tions Les Amis du livre, Lau­sanne, 1952) ? Appa­rait une affinité sen­si­ble entre la poétesse belge et son ainée, sin­gulière­ment mise en lumière dans ce vol­ume paru aux Édi­tions du Cygne. Il est com­posé de trois par­ties (« La nuit vient », « Elle ne dort jamais » et « La nuit s’en va ») dont les titres s’entrelacent pour for­mer celui du qua­torz­ième ouvrage de l’autrice mon­toise. Con­tin­uer la lec­ture