Aurélia DEMARLIER, Efface-moi si tu peux, Alice Tertio, 2024, 244 p., 14 €, ISBN : 978–2‑8742–6572‑3
Le jour de ses 16 ans, Ealyn voit débarquer dans sa chambre Zytryon, le robot de la famille, pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Créé par son père ingénieur en robotique, Zytryon aide principalement Ealyn dans les tâches ménagères. Aujourd’hui, il lui soumet cependant une proposition particulière : il lui demande quelles personnes elle souhaite qu’il efface. Croyant à une plaisanterie, Ealyn cite cinq noms sans trop réfléchir, mais lorsqu’elle arrive à l’école, elle constate que ces personnes ont bel et bien disparu… Continuer la lecture




Publié dans le cadre de la Fureur de Lire en 2021, Abel & Nour connaît une seconde vie, amplifiée et sublimée, au sein du catalogue de Versant Sud Jeunesse. C’est une joie de redécouvrir cet album, trois ans plus tard, avec des planches supplémentaires et un réagencement textuel, et surtout sans perte de la densité et du rythme de la version initiale. Comme si l’histoire rencontrait son format mérité, sa forme attendue. Et ce n’est que bonheur car Mathilde Brosset a façonné de ses doigts un livre très réussi.
La collection « Matière vivante » des éditions CotCotCot « se veut terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l’écologie ». Après De la terre dans ma poche et Larmes de rosée, elle accueille un troisième titre, À tire‑d’aile, fruit du dialogue artistique entre Pierre Coran et Dina Melnikova. Le premier n’est plus à présenter, chêne majestueux de la forêt des Lettres belges francophones, à la souche solide, au feuillage dense, à la sève tranquille. La seconde compte moins de cernes sur son tronc éditorial et ses racines se développent sous forme de rhizomes : Melnikova explore les techniques, ne s’enfermant dans aucune, et joue avec leurs potentialités révélatrices.
Gaspard a dix ans et un gros problème : avec ses meilleurs copains, Nils et Arto, il a découvert que leur super terrain vague allait être remplacé par un supermarché flambant neuf. Mais ce terrain, c’est là où ils jouent tous les jours depuis qu’ils sont tout petits ! Ils y ont construit leur cabane, un terrain de billes ultra complexe, un parcours à vélo avec racines-obstacles… En bref, l’heure est grave. Mais les parents de Gaspard ne semblent pas s’en apercevoir, estimant que c’est dommage, certes, mais dans l’ordre des choses. Alors il réfléchit : est-ce à lui à accepter la situation ? Mais des supermarchés, il y en a tout plein, alors qu’un terrain de jeux comme ça, dans le quartier, il n’y en a qu’un ! Gaspard se dit que, parfois, il faut essayer de changer les choses qui ne sont pas justes. Mais comment faire ? Écrire au directeur du supermarché ? Faire une pétition ? Une grève de la faim ? Une Z.A.D. ?
On le connaît tous, il existe dans nos imaginaires. Il habite loin, très loin, sur un autre continent, ce qui l’auréole de mystère. On ne le voit jamais, parfois pas même une fois dans sa vie. Il doit être libre d’entraves, sans enfant, et il mène une vie aisée. Peut-être qu’il ne nage pas dans ses pièces d’or comme Picsou, mais il possède certainement beaucoup de biens. Son existence est remplie de voyages, de fêtes, d’aventures, de conquêtes. Il est fantasque et original de tempérament, généreux et libre de caractère, détonnant et charmant de personnalité. On rêve de le croiser, un jour, et parfois on s’imagine une adoption transatlantique. Eh bien, Carl Norac, lui, a eu la souriante chance de le rencontrer, son oncle d’Amérique ! Et cet événement a planté en lui une graine de création, qui déploie feuillage et fleur dans L’Oncle Panda.
« Toupie se dit boulboul en syrien, ce qui signifie “rossignol” en arabe littéraire et “zizi” en égyptien ! Toupie se dit nahla en égyptien, ce qui signifie “abeille” en arabe littéraire ainsi que dans la plupart des langues arabes parlées. Toupie se dit trombia en marocain, qui vient probablement de l’espagnol, nous rappelle la tromba – la “trompette” en italien – et tout ce qui arrive “en trombe” dans les langues latines ! Toupie se dit khodhrouf en arabe littéraire, un mot relié à d’autres mots qui évoquent le bois, les jeux d’enfants et le mouvement. Bref ! La traduction du mot toupie en arabe nous donne le tournis ! Golan Haji a choisi le mot boulboul pour le rythme du mot, pour son lien avec la nature, pour l’évocation du chant d’oiseau. » Un mot, un seul, et tant de questions et de positionnements chez le traducteur qui a la tâche-vertige de traduire la poésie d’une autre, d’en garder la saveur et la cadence, d’en pénétrer les sens et explorer les sous-entendus, et de les rendre uniques dans leur pluralité. Un mot, un seul, et nous voilà conquise par l’entreprise, admirative devant le travail, baba face au talent.
Photographe naturaliste ukrainien, Maksim a changé de sujet de travail quand la guerre s’est invitée dans son pays. Les champs de bataille, les zones sinistrées, les gens qui prennent la route en laissant leur maison derrière eux ont remplacé les paysages, les arbres et les animaux devant son objectif. Les animaux sauvages en tout cas. Car les animaux de compagnie, eux, suivent leurs maîtres dans l’exil, subissent à leurs côtés les horreurs du conflit, victimes eux aussi de la folie des Hommes.
Au recto de la couverture, un ciel de crépuscule jaune lumineux, une nature qui s’apprête à se reposer, et des gens de tous âges descendant le chemin d’une colline, en route joyeuse vers la proche ville où se devine un manège de chevaux. Au verso, l’image se prolonge : un ciel de nuit tombée, une pleine lune légèrement dissimulée par de mystérieux sapins, une demeure isolée déjà éclairée au rez-de-chaussée. Une illustration dont se dégage un calme inexplicable, que l’on ressentira page après page dans des paysages délavés, des fenêtres reflétant la pluie ou éclairant des natures mortes en pommes et cafetière, une salle-à-manger chaleureuse où la table déjà dressée attendant un gâteau toujours au four, un carrousel faisant naître les sourires d’enfants, l’orée d’un bois aux fougères duveteuses et aux fourmis rieuses, des forêts de conifères et de feuillus, des maisons à l’atmosphère douillette où le bois craque sous les pas des gentils fantômes et des lutins affairés, des lacs enchanteurs au-dessus desquels miroite l’astre céleste et glissent les oiseaux. Tout un univers dessiné avec élégance et « liquidité » par Anne Brouillard, d’où émane un silence profond, offrant un écrin particulier à la musique des textes et des chants.
Dans un monde bipolaire où les puissants Esharis vivent de l’exploitation des cristaux et asservissent le peuple des Arcanes, Arazia rencontre son destin. Riche de son Talent, celui de pouvoir générer les émotions par la magie, mais amnésique et sans famille, iel jure de se libérer du joug de l’empire eshari pour retrouver la mémoire et la liberté.
Est-ce un livre ? Est-ce jeu ? Est-ce un concentré de poésie ? Oui, oui, et oui ! Miettes, moineau, ribouldingue, la dernière publication d’aNNe herbauts aux éditions Esperluète, est tout ça à la fois, mais est avant tout le prolongement d’une exposition-jeu conçue par l’autrice-illustratrice et son éditrice, Anne Leloup, à l’initiative du Service général des Lettres et du Livre de la Fédération Wallonie-Bruxelles
En mots et en dessins, Mathieu Pierloot et Giulia Vetri ont convoqué la douceur et la magie pour créer un héros des plus attachants : Seymour. Depuis qu’il est louveteau, ce dernier évolue en marge de la meute. Rêveur, paisible, contemplatif, il observe, sous l’œil critique de ses parents, les beautés du monde enneigé qui l’entoure là où ses frères de poils apprennent à se battre : « Pauvre Seymour, se moquent-ils, tu es trop fragile, tu aurais dû naître écureuil ou papillon. » Leurs paroles trouvent écho en lui alors, un matin, sans se retourner, il quitte la grotte familiale et parcourt plaines et forêts à la recherche de son lieu. Son audace se voit récompensée quand, au sommet d’une falaise aux couleurs enrobantes, surplombant une plage tranquille, il aperçoit « une petite chaumière, battue par les vents ». La maison, à l’intérieur douillet, « est un endroit étrange, peuplé de livres, de pièces silencieuses et d’objets bavards ».
Hideki Oki s’exprime en lignes : au feutre, colorées, verticales et horizontales. Ses dessins, essentiellement des portraits, transpirent ses mouvements. Ses œuvres inversent les positions : elles nous regardent, fixement, sans ciller, à travers les yeux des animaux représentés. Ils nous sondent, nous questionnent, nous tiennent en respect. Dans Le sourire du singe, ce sont des chimpanzés, des mandrills, des nasiques, des macaques, des capucins, des bonobos, des gibbons, des gorilles, des orangs-outangs et autres primates qui occupent de pleines pages.