Maylis DAUFRESNE (autrice) et Stéphanie AUGUSSEAU (illustratrice), Au fil de l’eau, Orso, coll. « Murmure », 2021, 36 p., 14,6 €, ISBN : 9791097284459
« Zéphyr est grand et Éole est petite ». En plus d’être grand, Zéphyr est d’un blanc immaculé, possède de longues oreilles souples et ne se départit jamais d’un doux sourire. Et Éole, elle, est plus en rondeur, son pelage marron est recouvert de taches rose clair et un sourire identique se dessine sur son minois. Peut-être ce trait en commun scelle-t-il leur tendre amitié, ainsi que l’été, les étoiles et l’érable « qui éclabousse la clairière de rouge en automne » qu’ils aiment tous les deux. Mais il y a aussi toutes ces différences qui les rendent complémentaires et inséparables : l’un est posé et protecteur, l’autre est émotive et curieuse. En bref, ils s’adorent et ce, « […] depuis toujours, c’est-à-dire au moins six ans ». Continuer la lecture
Connaissez-vous Une histoire et…Oli ? Ce programme de France Inter qui propose des contes audios pour les enfants a invité différents écrivain.e.s à leur imaginer des récits. Ainsi, Chloé Delaume, Katherine Pancol, Zep, Delphine de Vigan, Guillaume Meurice ou Alain Mabanckou se sont prêtés au jeu, rejoint par l’autrice belge multi-primée Adeline Dieudonné. Loin de l’univers et du ton de
Millie n’a qu’une phrase en bouche : « Est-ce que je pourrais avoir un chien ? ». Jour après jour, elle pose inlassablement la même question. Peu lui importe quelle sorte de chien, grand, comique ou à poils longs, l’essentiel est qu’elle en ait un ! Tout aussi inlassablement, sa mère lui répond non, jour après jour, en la trainant à l’école comme un toutou. Il faut dire que Millie y va avec les pieds de plomb, à cette école nommée « Les Trois Couronnes », établissement select dans lequel la petite ne semble pas trouver sa place. Pas étonnant, puisque toutes ses petites camarades font partie du Club des dogs. Et bien entendu, pour en faire partie, il faut avoir… un chien.
Pour prendre le temps, pour se poser, en douceur et poésie, il est des albums, à l’instar de Gabriel, de Maylis Daufresne et Juliette Lagrange, qui touchent tant par la justesse du texte que par l’illustration réconfortante. Gabriel est un album lénifiant, qui invite à se ressourcer.
Marine Schneider, qu’on a pu notamment découvrir avec 
Elle est craquante, Tetti. Ses yeux mangent son visage, et son regard éclate d’expressivité. La peur, la timidité, la curiosité, l’amusement, la fatigue, l’inquiétude… les émotions et les sensations se dessinent en complète transparence sur son joli minois. Quant à son corps gracile, il se recroqueville et se détend en un instant, tout de vert recouvert ! C’est que Tetti est une charmante sauterelle dont « la vie ne dure qu’un été. Jeune, elle est déjà vieille ». Sa brève existence se déroule en Provence où, quand elle ne fuit pas les enfants (dont le sombre dessein est de l’accrocher à un fil de pêche pour appâter des victimes à écailles), « [s]ans cesse, elle s’élan[ce] vers la lumière ».
Selon certaines croyances et traditions, tout humain est lié à un animal-totem (parfois même à plusieurs) dont il peut percevoir des signes dans la réalité visible, mais qu’il ne peut rencontrer que dans le monde invisible, celui des rêves, des voyages chamaniques et autres méditations de l’inconscient. L’artiste Sara Gréselle a peut-être trouvé le sien au détour d’un songe prémonitoire, flottant autour d’elle après son réveil et évoqué à son comparse Ludovic Flamant : elle illustrait un album intitulé Bastien, ours de la nuit. Ce titre, oniriquement puissant, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et son écho persistant a mené à une merveilleuse réalisation graphico-textuelle éponyme.
Chaque personne renferme une histoire, celle de sa vie. Dès lors, si l’on collectionne les récits d’une galerie de personnages, cela forme comme une petite bibliothèque. C’est du moins le présupposé de cet ouvrage, publié aux éditions bruxelloises À pas de loups. Une bibliothèque qui tient dans les mains et se lit avec grand plaisir.
Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déclaration d’indépendance des jeunes enfants auxquels il s’adresse. Eux qui sont souvent comparés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le caractère), définis par ceux-ci, étiquetés malgré eux, se développent pourtant en tant qu’individus dotés d’une personnalité qui n’appartient et ne ressemble qu’à eux. Et c’est ce que nous rappelle cet album tout en couleurs.
Là où tout est blanc s’ancre au cœur de l’Antarctique, que l’auteure et illustratrice Giulia Vetri a déjà exploré dans un album éponyme pour la jeunesse (Antarctique – expéditions en terre inconnue, La Martinière Jeunesse, 2018) et, antérieurement, dans un projet-livre imagé muet (90° Sud, non publié) dont s’inspire le présent album réalisé à la fin de son cursus académique artistique à Urbino sous la supervision de l’artiste américain Steven Guarnaccia.
De la volonté à l’obligation d’être en position couchée, il n’y a parfois qu’un tout petit pas que Vincent Mathy franchit dans cet opuscule presque sans parole. Tantôt avec candeur et cautèle, tantôt avec fantaisie et gravité, cet imagier allongé relève le défi d’une lecture multiple.
L’univers de Marine Schneider se pelotonne dans un fantastique mystérieux. Cette artiste crée des albums atmosphériques qui surprennent et intriguent. Son trait se fait épuré et expressif quand elle envisage certains personnages, alors que sa technique se ramifie au moment de représenter la nature. Effets d’aquarelle et de pastel, rehaussements de contours, texture en superpositions, perspectives recalibrées, variations autour des verts et du saumon… Par touches, aplats, traits et nuages, Schneider compose avec sensibilité un imaginaire dense, silencieux et accueillant qui suscite une irrésistible envie de le pénétrer.
Une fille aux cheveux rouges, débardeur clair et baskets, courant comme une dératée dans la capitale berlinoise afin de sauver son ami Manni. C’est cette image-culte que le titre Cours Lola, cours ! évoque à ceux d’« un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». À présent, il réfèrera également, dans l’esprit des plus jeunes cette fois, à un album jeunesse publié chez Esperluète éditions, celui de Geneviève Casterman qui précise elle-même que « le titre du livre n’a rien en commun avec le film éponyme que le prénom de son héroïne ».
Véritable écrin de douceur, de délicatesse, l’album Aux quatre coins du monde est un bijou de plus proposé par l’éditeur Versant Sud. Inscrit à juste titre dans la collection “Les pétoches”, ce deuxième opus de l’autrice et illustratrice Valentine Laffitte est un medium intelligent pour exprimer ce que nous craignons et redoutons… en l’occurrence, un monde qui, littéralement, se dénature.
Tu crois quoi ? demande Charly Delwart à ses lecteurs. Plus habitué à s’adresser aux adultes, l’écrivain et scénariste belge, à qui l’on doit L’homme de profil même de face (Seuil, 2010), Citoyen Park (Seuil, 2012) et l’étonnant