Archives par étiquette : Thierry Detienne

Maux d’enfants, tourments de parents

Natal­ie DAVID-WEILL, Bon à rien, Robert Laf­font, 2018, 355 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑221–19575‑8

Gré­goire est astro­physi­cien, Char­lotte est oph­tal­mo­logue. C’est dire s’ils mesurent l’importance des études dans le par­cours d’une per­son­ne et com­bi­en leur désar­roi est grand lorsque leur fils Félix donne des signes évi­dents de faib­less­es sco­laires. Ses notes se dégradent, les remar­ques des pro­fesseurs se suiv­ent et se ressem­blent, met­tant en évi­dence sa dis­trac­tion, son manque de tra­vail et ses mau­vais résul­tats. Comble de l’humiliation : les par­ents sont con­vo­qués par la direc­trice de cette école sec­ondaire hup­pée qui leur con­seille dès à présent de réfléchir à l’inscrire ailleurs l’année sco­laire prochaine.

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Demeure, souvenir

Claire MAY, Oost­duinkerke, Aire, 2019, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94058–629‑5

Les lieux de vacances occu­pent une place sin­gulière dans les sou­venirs d’enfance. Leur prég­nance se trou­ve évidem­ment ren­for­cée lorsqu’une mai­son famil­iale y est attachée dans laque­lle on a l’occasion de revenir ensuite. Alors, chaque séjour rend vie au passé, don­nant l’illusion pleine d’un retour dans le temps.

La famille d’Emma est pro­prié­taire d’une vil­la à Oost­duinkerke où elle se plaît à revenir. Les lieux sont demeurés intacts et libèrent la machine à sou­venirs. Chaque séjour est l’occasion de déploy­er les rit­uels habituels de la prom­e­nade sur la digue, du repas dans tel restau­rant qui n’a pas changé. Con­tin­uer la lec­ture

Le pays qu’on ne retrouve jamais

Joseph NDWANIYE, La promesse faite à ma sœur, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 8.5 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87568–412‑7
Un car­net péd­a­gogique télécharge­able gra­tu­ite­ment accom­pa­gne le livre

Voici que la col­lec­tion Espace Nord réédite le roman de Joseph Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur, qui était paru en 2007. L’auteur né au Rwan­da et vivant en Bel­gique depuis plus de 30 ans y abor­de de façon intimiste le géno­cide qui a touché le pays en 1994. Fondé tout à la fois sur des sou­venirs per­son­nels (ceux du vil­lage quit­té en 1986) et sur une fic­tion (le retour au pays de Jean, lui aus­si établi en Bel­gique), le réc­it débute par celui d’une enfance dans une famille unie, pro­fondé­ment ancrée dans les tra­di­tions paysannes. Écrit à la pre­mière per­son­ne, et sans doute très proche de ce qu’a vécu l’auteur lui-même, il est cen­tré sur la vie famil­iale et vil­la­geoise dont les liens bien­veil­lants sécurisent la vie des enfants. Ici, le temps s’écoule avec douceur dans une vie sim­ple qui a le goût du bon­heur. Dans le Rwan­da des années 1960, l’accès à la sco­lar­ité per­met aux enfants de grandir en paix et aux plus chanceux d’entre eux d’espérer faire des études supérieures, pourquoi pas à l’étranger, comme ce sera le cas de Jean qui étudiera en Bel­gique et s’y installera.

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Petits arrangements avec la vie

Un coup de cœur du Car­net

Jacque­line DAUSSAIN, La journée mon­di­ale de la gen­til­lesse, Quad­ra­ture, 2018, 128 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑930538–88‑4

Voici un recueil de nou­velles bril­lant qui excelle à ren­tr­er dans l’univers de gens ordi­naires et à en extraire l’essentielle human­ité. Au départ de ces réc­its assez brefs de Jacque­line Daus­sain, point de faits extra­or­di­naires, mais des scènes de la vie ordi­naire dont se dégage rapi­de­ment la sin­gu­lar­ité des êtres. Ici, une dame évolue chaque jour dans les couloirs et les ser­vices d’un CHU où elle se trou­ve bien, en entre­tenant l’idée qu’elle y vient au chevet d’une par­ente malade après y avoir accom­pa­g­né son défunt mari.  Là, un homme un peu per­du s’égare et s’égaie dans un car­naval avant de rejoin­dre le domi­cile con­ju­gal où il reçoit un accueil ten­dre qui efface ses scrupules. Là encore, deux ex-con­joints s’écharpent, inqui­ets de ne pas trou­ver l’enfant dont ils parta­gent la garde. Ou encore : un père, dépassé dans la ges­tion de ses enfants pen­dant la semaine où il assure leur accueil en garde alternée, se lâche et leur autorise un peu tout. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Thierry Detienne

La rétro­spec­tive de l’an­née lit­téraire belge avec le Top 3 des chroniqueurs. Aujour­d’hui : le choix de Thier­ry Deti­enne.


Lire aus­si : la fiche de Thier­ry Deti­enne


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À l’ombre de Tchernobyl

Jean-Sébastien PONCELET, L’envol de l’amazone, Weyrich, 2018, 448 p., 18 €, ISBN : 9782874894985

Courant sur vingt-cinq années, le roman de Jean-Sébastien Pon­celet ne laisse pas d’étonner par la déroulé de sa nar­ra­tion. Procé­dant par touch­es d’informations suc­ces­sives, il assem­ble les pièces d’une intrigue mou­ve­men­tée sur la ligne du temps en nous livrant dans le désor­dre des épisodes datés. Tout démarre à Tch­er­nobyl, donc en 1986, alors que la cen­trale nucléaire vient d’exploser et que les pre­miers sec­ours s’affairent dans une impro­vi­sa­tion évi­dente. Un homme employé à la cen­trale part appelé par le devoir. Au terme d’une journée qui le fait vieil­lir d’un seul coup et dont il ne se remet­tra pas, il revient dans l’appartement famil­ial pour dire aux siens de fuir. Sa femme et sa fille Ali­na quit­tent les lieux sans atten­dre. Des années plus tard, nous retrou­vons Ali­na et ses deux enfants, une fille et un fils jumeaux, dans une cav­ale digne d’un scé­nario de film d’action, héli­cop­tère en perdi­tion com­pris. Con­tin­uer la lec­ture

Tranchées de vie

Marie-Noëlle SCHURMANS, D’un jour à l’autre 1914–1918, Ova­dia, 2018, 313 p., 22 €, ISBN : 978–2‑36392–277‑9

À l’heure où se mul­ti­plient les man­i­fes­ta­tions visant à célébr­er le cen­te­naire de l’armistice, voici une ini­tia­tive lit­téraire orig­i­nale qui donne vie à la com­mé­mora­tion en la plaçant dans la per­spec­tive des per­son­nes qui l’ont vécue au plus près dans les qua­tre années qui ont précédé le dénoue­ment, alors que le con­flit bat­tait son plein. À l’origine de la démarche, la cor­re­spon­dance tenue par Gus­tave, lieu­tenant dans un rég­i­ment de cav­a­lerie, à des­ti­na­tion de son épouse, Éléonore. Ce matéri­au orig­inel et authen­tique est de la plume d’un homme de devoir placé au cœur des événe­ments et qui se soucie des siens, mais dont le temps est ryth­mé par l’action. Y répon­dent les pro­pos, imag­inés par l’auteure quant à eux, de son épouse esseulée, enceinte de lui, fuyant vers l’Angleterre avec ses par­ents et dont le temps est celui, atone, de l’attente. Si les mis­sives de l’homme au front sont guidées par la volon­té de décrire les faits avec mesure et retenue, le jour­nal tenu par son épouse, qui s’inscrit entre les mes­sages reçus, prend rapi­de­ment le par­ti de l’intime. Privée de son mari, Éléonore est ramenée vers ses père et mère, là où elle était jadis, amputée de sa vie de femme, s’apprêtant à devenir mère alors que sa sécu­rité est men­acée. Con­tin­uer la lec­ture

La vie, par belle ou par laide

Un coup de cœur du Carnet

In Koli Jean BOFANE, La Belle de Casa, Actes Sud, 2018, 208 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑330–10935‑6

In Koli Jean Bofane a fait une entrée remar­quée en lit­téra­ture. Auteur con­go­lais vivant en Bel­gique, il a été salué d’emblée pour la qual­ité et la richesse nar­ra­tive de ses textes, et son deux­ième ouvrage, Con­go Inc., le Tes­ta­ment de Bis­mar­ck (2014), a notam­ment reçu, par­mi d’autres dis­tinc­tions, le Prix des Cinq Con­ti­nents.

Avec La Belle de Casa, son nou­veau roman, il quitte les fron­tières du Con­go à la suite de Sésé, un jeune en quête d’avenir qui a suc­com­bé au bon­i­ment d’un passeur lui promet­tant une place dans les cales d’un bateau et une arrivée en France, à Deauville ! Sauf que le pas­sager clan­des­tin est débar­qué à Casablan­ca, loin des siens, avec tou­jours le même rêve. Nous le retrou­vons alors que la police vient d’être aver­tie de la décou­verte du corps sans vie d’Ichrak, une belle jeune femme con­nue de tous et que les soupçons se tour­nent pré­cisé­ment vers Sésé, venu prévenir la police. La nar­ra­tion démarre sous la forme d’une enquête mais elle prend rapi­de­ment des allures de fresque mul­ti­col­ore alig­nant les per­son­nages qui grav­i­taient autour de la belle. Sésé, nom­mé ain­si en hom­mage au défunt Mobu­tu, est à la pointe des com­bines qui per­me­t­tent de har­pon­ner des Européennes oisives qui cherchent l’aventure exo­tique der­rière leur écran. Il suf­fit de leur susurrer les mots atten­dus en y met­tant un zeste de poésie et de mys­tère. Puis de leur par­ler le moment venu pour déli­er leur bourse et recevoir des « West­ern Union » qui per­me­t­tent de voir la vie autrement. Avec son tal­ent d’embobineur, Sésé a con­va­in­cu Ichrak, autre ama­trice de mots qui récite des poèmes, de se prêter au jeu pour diver­si­fi­er la clien­tèle. De quoi per­me­t­tre à la belle d’avoir les moyens de pay­er les médica­ments de sa mère que tenaille la folie. Et voici que cette col­lab­o­ra­tion promet­teuse est déjà com­pro­mise. Con­tin­uer la lec­ture

Tumulte en cité ardente

Charles MANIAN, Les meilleurs morceaux du mam­mouth, Cerisi­er, 2018, 160 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87267–211‑0

Jamais explicite­ment nom­mée, mais bien iden­ti­fi­able dès les pre­mières lignes, la Ville de Liège est au cen­tre de ce roman noir de Charles Man­ian où règne un cli­mat d’insurrection. Les meilleurs morceaux du mam­mouth nous place aux côtés du Bourgmestre, un cer­tain Eddy (toute ressem­blance …) qui teste sa pop­u­lar­ité en faisant à pied le tra­jet qui sépare son bureau d’une supérette à inau­gur­er. Il a fort à faire avec les pas­sants qui l’arrêtent, l’assaillant de deman­des ou de récrim­i­na­tions. Dis­crète à ses côtés, la police l’accompagne et inter­vient pour écarter les impor­tuns. Ten­due, la sit­u­a­tion est en per­ma­nence à deux doigts de dégénér­er. Con­tin­uer la lec­ture

La peau d’une autre

Hélène DELHAMENDE, Lara Gard­ner a dis­paru¸Bas­son, 2018, 320 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930582–58‑0

delhamende_lara gardner a disparuJeanne Morin, une femme apparem­ment sans his­toires, nous livre, en un réc­it par épisodes datés, la sin­gulière aven­ture qui lui est arrivée. Alors qu’elle se rend aux toi­lettes du club de ten­nis qu’elle fréquente, son regard est attiré par un sac rouge dont elle s’empare. Ce geste très peu réfléchi mais irré­press­ible l’entraîne dans un imbroglio sur lequel se bâtit l’intrigue de ce roman qui ne vous lâche plus. Con­tin­uer la lec­ture

Serial qui leurre

Yves LAURENT, Jeux de mains…, Esfera, 2017, 374 p., 18 €, ISBN : 978–2930950006

laurent jeux de mains.jpgAma­teurs de sen­sa­tions fortes, approchez-vous, vous ne serez pas déçus. Âmes sen­si­bles, passez votre chemin. Au cours des 374 pages de ce fort vol­ume, peu de répit est lais­sé au lecteur tant l’intrigue parsemée de crimes sanglants est ser­rée et forte. Dès les pre­mières pages, le ton est don­né : un tueur en série avec cinq crimes à son pal­marès reprend ses activ­ités après un temps d’arrêt. Un cadavre vient d’être décou­vert avec un mes­sage à des­ti­na­tion de David Cor­duno, le polici­er en charge de l’enquête qui n’a jusqu’ici pas abouti : « Alors Dave, tu pens­es tou­jours à moi ? Tu arrives à dormir la nuit ? Prêt à repren­dre la par­tie où on l’a aban­don­née ? Et de 6 ».  Con­tin­uer la lec­ture

De l’art de s’effacer

Françoise PIRART, Seuls les échos de nos pas, Luce Wilquin, 2018, 208 p., 19€, ISBN : 978–2‑88253–547‑4

Dis­paraître sans laiss­er de traces est sans doute un art aus­si sub­til que celui du crime par­fait. Les deux récla­ment une métic­u­losité à toute épreuve et surtout une dis­cré­tion absolue. Con­tin­uer la lec­ture

À travers les meurtrières

Olivi­er de TRAZEGNIES, La présence de l’ombre, Avant-Pro­pos, 2018, 304 p., 16.50 €, ISBN : 9782390000549

trazegnies la presence de l ombreIl se passe peu de choses dans le petit vil­lage de Bérver­bais-les-Sources. Sauf que l’on ne sait rien de ce qui se déroule der­rière les grilles du château que seuls quelques priv­ilégiés ont le droit de franchir. Parce qu’ils n’ont plus vu âme qui vive depuis plusieurs jours, et que l’inquiétude grandit, le curé et le médecin du vil­lage sur­mon­tent leurs appréhen­sions et, n’obtenant pas de réponse après s’être annon­cés, ils poussent la porte et décou­vrent le corps sans vie au vis­age sanglant de la châte­laine. De son fils vivant avec elle, pas de trace. La police dépêchée sur les lieux entame l’enquête, mais le mys­tère s’épaissit de page en page. Les recherch­es con­duisent dans la forêt de Nifl­hem toute proche, lieu mys­térieux et som­bre où les enquê­teurs se per­dront non sans avoir aperçu un homme avec un chien de grande taille aux allures menaçantes de loup. Après une par­tie de nuit dans le froid, ils sont recueil­lis par un autre châte­lain et côtoient d’autres formes d’ombres. Con­tin­uer la lec­ture

Durs comme frères

Yves WELLENS, Cette vieille his­toire, Ker, 2018, 152 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87586–227‑3

wellens cette vieille histoireLes fratries sont bien sou­vent ani­mées de sen­ti­ments con­tra­dic­toires. Rival­ités, jalousies et ressen­ti­ments le dis­putent à la sol­i­dar­ité et à la con­nivence selon une mécanique aux ressorts com­plex­es. Les trois frères Wellens – ce nom nous dit quelque chose — vivent dans des univers dis­tincts. L’un d’eux, le plus célèbre, est un mag­nat brux­el­lois de l’immobilier et des affaires, il est entouré d’une cour d’experts divers. Son aura est incon­testée, son emploi du temps est min­uté, ses appari­tions organ­isées, sa sécu­rité garantie. Un autre frère, qui a pris soin de se faire appel­er de son nom d’auteur, Varens, est un écrivain en vue et il mène une vie plus calme, entre écri­t­ure et flâner­ie, soucieux de ne pas se con­fon­dre avec les valeurs du pre­mier qu’il ne ren­con­tre que spo­radique­ment pour des repas brefs et silen­cieux. Quant au troisième, Gilles, il a un passé de con­tes­tataire, mais sem­ble s’être assa­gi, même s’il garde lui aus­si ses dis­tances. Con­tin­uer la lec­ture

Quand le cœur vous en dit

Un coup de cœur du Carnet

Luc BABA, Chroniques d’une échap­pée belle, Mael­ström, 2018, 128 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87505–303‑9

baba chronique d une echappee belleCon­teur volon­tiers porté sur la fic­tion un rien décalée, Luc Baba s’est mis cette fois au défi de par­ler de lui sans détours. Vic­time d’un acci­dent car­diaque, il a mis à prof­it son immo­bil­ité for­cée pour noir­cir des car­nets de notes au fil des jours de son retour à la vie. Sur le ton et avec la légèreté bien­v­enue de la chronique, l’homme nous dit la rup­ture que l’incident mar­que dans sa vie bien rem­plie d’enseignant et d’artiste pluriel. Il narre la douleur qui l’a envahi, l’appel aux sec­ours :

Brûler des feux. Ils vont brûler des feux pour sauver le mien. Ils souf­flent sur les brais­es, ils pren­nent des nou­velles, cal­cu­lent, oxygè­nent, m’appellent dès que je ferme les yeux. Ils vont essay­er de rouler plus vite que le vent qui me tra­verse. 

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Dans le ventre de la contrebasse

Léo BEECKMAN, Dos au pub­lic, Weyrich, 2018, 128 p., 13 €, ISBN : 9782874894701

beeckamn dos au publicLéo Beeck­man était bien con­nu des auteurs et des pro­fes­sion­nels du livre en Com­mu­nauté française. Durant des années, il a œuvré au ray­on­nement de nos Let­tres, et il s’est fait appréci­er comme homme mais aus­si comme auteur, prin­ci­pale­ment pour ses Poèmes quan­tiques parus en 2017. Il a aus­si lais­sé un roman, pub­lié aujourd’hui, quelques mois après son décès. Con­tin­uer la lec­ture