Archives par étiquette : Thierry Detienne

Dans le ventre de la contrebasse

Léo BEECKMAN, Dos au pub­lic, Weyrich, 2018, 128 p., 13 €, ISBN : 9782874894701

beeckamn dos au publicLéo Beeck­man était bien con­nu des auteurs et des pro­fes­sion­nels du livre en Com­mu­nauté française. Durant des années, il a œuvré au ray­on­nement de nos Let­tres, et il s’est fait appréci­er comme homme mais aus­si comme auteur, prin­ci­pale­ment pour ses Poèmes quan­tiques parus en 2017. Il a aus­si lais­sé un roman, pub­lié aujourd’hui, quelques mois après son décès. Con­tin­uer la lec­ture

Sur la route du soi

François EMMANUEL, Ana et les ombres, Actes sud, 2018, 180 p., 18.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑330–09641‑0

emmanuel ana et les ombres.jpgFrançois Emmanuel n’est plus à présen­ter. Depuis près de trente ans, son œuvre se déploie et elle forme aujourd’hui un ensem­ble impres­sion­nant. Déclinée en pièces de théâtre, romans, essais et nou­velles, elle a imposé avant tout une plume au ser­vice de la sub­til­ité et  qui se met au chevet des âmes de ses per­son­nages. Dans son nou­veau roman Ana et les ombres, l’auteur, psy­chi­a­tre de for­ma­tion et de méti­er qui ne se perd jamais en diag­nos­tics et qui sem­ble avoir renon­cé à jamais nom­mer quelque forme de patholo­gie ni surtout à y enfer­mer ses per­son­nages, explore les couliss­es du mal-être pour nous livr­er la part d’irréductible human­ité qui se trou­ve au cœur des blessures qui empêchent de vivre pleine­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Le badaud ivre

Jacques NICOLAS, Le traceur de lignes, Weyrich, 2017, 160 p., 14€, ISBN : 9782874894404

nicolas le traceur de lignesParu en 2004 et réédité aug­men­té d’une pré­face brève d’Amélie Nothomb, voici un roman qui, sous un appar­ent désor­dre, cache d’indéniables qual­ités. Fondé sur un aller-retour inces­sant entre passé et présent, il narre la lente dégringo­lade d’un homme que tout devait prédes­tin­er à une vie tran­quille d’instituteur. Mais c’est pré­cisé­ment cette per­spec­tive ras­sur­ante qui sem­ble avoir été à la base d’un désir de rup­ture totale. Le nar­ra­teur a pour­tant un diplôme en poche, une femme aimante, mais il lâche tout du jour au lende­main et file vers Toulouse en voiture avec la volon­té de ne pas laiss­er de traces. Dans les faits, après avoir épuisé ses mai­gres économies, il se retrou­ve dans les rues de Paris, puis d’autres villes, il con­naît la vie de sans-abri, l’alcoolisme, la rap­ine. Il se dis­simule sous ses habits déchirés et sous la crasse. Sa vie se dis­sout peu à peu, à mesure qu’il fait l’inventaire de ses sou­venirs. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la maison vide

Valen­tine de LE COURT, Une mai­son brux­el­loise, Mols, 2017, 160 p., 17.50 €, ISBN : 978–2‑87402–237‑1

de le court_une maison bruxelloiseN’est-ce pas l’enfer pour une mère que de devoir aban­don­ner au loin ses enfants, même tem­po­raire­ment, pour trou­ver les moyens d’assurer leur sub­sis­tance ? C’est bien ce que vit Maria-Fer­nan­da, une jeune femme brésili­enne qui a pris l’avion pour la Bel­gique et se retrou­ve à Brux­elles accueil­lie par une con­nais­sance de sa cou­sine, dans une ville et une société dont elle ignore tout. Con­tin­uer la lec­ture

Le top 3 de Thierry Detienne

La suite de notre rétro­spec­tive de l’an­née. Aujour­d’hui : le choix de Thier­ry Deti­enne.


Lire aus­si : la fiche de Thier­ry Deti­enne


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Un passé à double fond

Dominique VAN COTTHEM, Le sang d’une autre, Nou­veaux auteurs, 2017, 242 p., 16.95 €/ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑81950–451‑1

van cotthem le sang d une autre.jpgQuelles sont les raisons qui peu­vent pouss­er une jeune femme à s’enfuir de sa pro­pre vie, lais­sant l’homme qu’elle aime et son tra­vail pour rejoin­dre le Sud de l’Espagne à l’insu des siens et recom­mencer tout à zéro ? Arrivée au cré­pus­cule de sa vie, Anne-Marie Ger­may, la fugi­tive, remet de l’ordre dans ses sou­venirs et décide de met­tre son his­toire à plat pour sa fille, avec la ferme volon­té de ne pas la quit­ter sans avoir levé le voile sur les ressorts de son exis­tence mou­ve­men­tée. Con­tin­uer la lec­ture

Vous avez des enfants ?

Line ALEXANDRE, L’Enclos des Fusil­lés, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2017, 240 p., 15 €, ISBN : 9782874894398

alexandre l enclos des fusillésSi le roman polici­er a envahi à ce point l’espace lit­téraire au cours des dernières décen­nies, c’est sans nul doute que, comme l’affirment des maîtres du genre, sa pra­tique leur per­met de cern­er au mieux notre époque, d’en dévoil­er les rouages, de dépass­er la vérité appar­ente des choses. Le nou­veau roman de Line Alexan­dre s’inscrit pleine­ment dans cette logique. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la madeleine a parfum de sapin

Gérard ADAM, Stille Nacht, M.E.O., 2017, 180 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8070–0137‑4

adam.jpgL’approche des moments de fête exerce sou­vent un pou­voir aus­si irré­sistible que la célèbre madeleine de Proust. En effet, il suf­fit que reten­tis­sent les can­tiques et autres mélodies asso­ciées à la fête de Noël pour que soient con­vo­qués les sou­venirs et que ceux-ci fassent sur­face avec une présence incroy­able, effaçant les effets du temps. Con­tin­uer la lec­ture

La grande maison du monde

Nico­las ANCION, Qua­trième étage, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 224 p., 8.50 €, ISBN : 978–2‑87568–269‑7

ancion quatrieme etageLa lit­téra­ture belge fran­coph­o­ne compte bien des écrivains inclass­ables tant on se plaît chez nous à mul­ti­pli­er libre­ment les expéri­ences d’écriture. Nico­las Ancion est assuré­ment du nom­bre, lui qui man­i­feste depuis plus de vingt ans une activ­ité intense et dont, sa bib­li­ogra­phie en atteste, l’œuvre riche d’une quar­an­taine de pro­duc­tions se décline en romans, nou­velles, œuvres pour la jeunesse, poésie et théâtre. Il a droit aujourd’hui une nou­velle fois aux hon­neurs de la col­lec­tion Espace Nord pour Qua­trième étage, un roman paru en 2000 et qui avait obtenu le Prix des Lycéens. Con­tin­uer la lec­ture

Subtils parfums d’extrêmes

Un coup de cœur du Carnet

LUVAN, Few of us, illus­tra­tions Stéphane PERGER, Dystopia, 2017, 173 p., 10 €, ISBN : 979–10-91146–31‑9

luvanSeize textes com­posent ce recueil, rassem­blés en trois par­ties inti­t­ulées Pen­dant, Après et Plus tard. Entre eux, le fil con­tinu et ten­du des désas­tres, de l’inacceptable, des gâchis qui défig­urent l’humanité. Pour dire l’absurde et les ter­reurs des guer­res, les rus­es imbé­ciles des guer­ri­ers, l’inexorable des tragédies, les cauchemars de l’exil. Ain­si en est-il du pre­mier réc­it, qui mêle fouilles archéologiques et opéra­tions de démi­nage. Avec le même sus­pense, selon que l’on trou­ve des ves­tiges ou que des mines explosent. Et la même omniprésence indis­pens­able et tenace du pressen­ti­ment. Une lec­ture inou­bli­able que l’on voudrait impos­er aux derniers vendeurs  de ces engins de mort sournois. Suit une Antigone revis­itée, en proie aux ques­tions insis­tantes de ses inter­ro­ga­teurs. Avant de crois­er les pas de migrants lati­nos à la fron­tière améri­caine dans la four­naise du désert et les cours­es-pour­suites avec les brigades réac­tion­naires qui atten­dent le mur promis et qui précè­dent le tra­vail des garde-fron­tières avec dou­ble ration de bavures. Ou encore pour rejoin­dre une star dans les stu­dios, face à un pho­tographe, juste avant qu’elle soit détrônée par une plus jeune et plus vive qui relancera l’audience et les recettes. Ailleurs rôdent des patrouilles souter­raines qui creusent des tun­nels à grand bruit et qui débusquent tôt ou tard les insoumis, puis nous est don­née la dépo­si­tion en deux ver­sions de celui-celle qui vient de tuer son dou­ble. Ou encore appa­rais­sent des signes inquié­tants, et pour­tant bien vis­i­bles nég­ligés par les incon­scients, qui précè­dent une ter­ri­ble mal­adie tan­dis que des mil­i­taires opposent leur vaine viril­ité aux obus enne­mis et que des chiens pro­lifèrent et annon­cent la ter­reur, des guer­res inter­minables. Con­tin­uer la lec­ture

Avec les marins d’eau douce

Chris­tine VAN ACKER, Domi­cil­iés à bord, Les grands lunaires, 180 p., 20 €

van acker domicilies a bordIls arpen­tent nos fleuves et canaux, sem­ble-t-il depuis tou­jours, sans que nous puis­sions voir vrai­ment leurs vis­ages, sans que nous enten­dions leur voix brouil­lée par les mou­ve­ments des flots. Chris­tine Van Ack­er est issue d’une lignée de bate­liers depuis cinq généra­tions et elle nous livre pour mémoire ce que fut la vie de ses par­ents et les pro­fondes muta­tions con­nues par leur méti­er. Paru chez Quo­rum en 1994, l’ouvrage est aujourd’hui réédité et il con­stitue une mine de ren­seigne­ments patiem­ment col­lec­tés et exposés. Con­tin­uer la lec­ture

Morts et vifs

Coup de coeur du Carnet

Jean-Luc OUTERS, Le dernier jour, avant-pro­pos de JMG Le Clézio, Gal­li­mard, 2017, 152 p., 14,50 €/ePub : 10,99 €, ISBN : 9782072732775

outersL’écriture et l’art en général ont au moins en com­mun avec la mort de com­porter une part impor­tante de mys­tère. Se fon­dant sur la con­nais­sance intime qu’il en avait, com­plétée par les sou­venirs des proches, Jean-Luc Out­ers a com­posé six tableaux rela­tant les derniers jours de six per­son­nal­ités belges d’exception. Un défi sin­guli­er qu’il relève avec brio et finesse, s’inscrivant ain­si dans les traces de Mal­lar­mé et de ses Tombeaux, comme le souligne JMG Le Clézio dans son avant-pro­pos chaleureux. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour au temps des attentats

Marc MEGANCK, Après nous les nuages, 180°, 2017, 124 p., 14 €, ISBN : 9782930427829

meganck nuages.png« J’ai eu peur. Pas pour moi. Sim­ple­ment peur de ne pas te revoir, de ne plus jamais humer ta part intime, ton île secrète – mourir en insu­laire est un pro­jet qui me cor­re­spond. » De sa petite cap­i­tale désen­chan­tée – enten­dez Brux­elles –, le nar­ra­teur s’adresse à sa belle qui vit dans la ville de toutes les lumières – Paris bien sûr.  La jonc­tion est douloureuse entre les deux grandes villes : les atten­tats qui les ont mar­quées fin 2015 et début 2016, bat­tant le tam­bour en marge de leur pas­sion. Con­tin­uer la lec­ture

Celui qui a(n)imait le monde

Un coup de coeur du Carnet

André-Joseph DUBOIS, Quand j’étais mort, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2017, 236 p., 15 €, ISBN : 9782874894152

dubois AJDepuis L’œil de la mouche (1983), André-Joseph Dubois prend un malin plaisir à observ­er le monde qui l’entoure et à nous le restituer avec le regard posé et amusé de l’étranger qui rendrait compte d’une expédi­tion en ter­res loin­taines. Après une pause de 30 ans, il nous est revenu en 2013, sans rien renier de sa verve. Nour­ri sans aucun doute de travaux tels que ceux de Pierre Bour­dieu, dont La Dis­tinc­tion, cri­tique sociale du juge­ment, paru en 1979, il met en scène des per­son­nages qui cul­tivent le don de la dis­tance cri­tique envers les autres et eux-mêmes, dans une forme de mise en spec­ta­cle ludique du réel qui frise sans les attein­dre le cynisme et la mis­an­thropie mais qui génère une ironie  mêlée de tru­cu­lence. Con­tin­uer la lec­ture

Petite fugue funéraire

Claude DONNAY, La route des cen­dres, M.E.O., 2017, 179 p., 17 €   ISBN : 978–2‑8070–0105‑3

donnayIl est des réc­its qui vous embar­quent sans pré­cau­tion inutile, sans que soit mis le con­texte et le décor plan­té. Et ce n’est pas plus mal car nous apprenons le néces­saire en route. Au petit matin, David s’apprête à quit­ter sa mai­son de la ban­lieue de Paris et avec son départ s’ouvre le réc­it. Il prend le chemin de la gare comme il le fait chaque jour, pour rejoin­dre son tra­vail.  Sauf que cette fois, il ne s’y arrête pas. Il tient la direc­tion du Nord, comme on prend la tan­gente, ani­mé d’une force que rien n’arrête. La marche lui est bien­faisante, elle vient à point pour libér­er son esprit, pour lui per­me­t­tre de se vider de son passé, de se retrou­ver face à lui-même. En lui emboî­tant le pas, nous saurons peu à peu ce qui a mis cet homme en mou­ve­ment, les raisons de sa fuite, les men­aces qui pèsent désor­mais sur lui, la promesse qu’il veut accom­plir. Con­tin­uer la lec­ture

Juste des jours meilleurs

Gré­goire POLET, Tous, Gal­li­mard, 2017, 348p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782072704659

poletAma­teur de défis lit­téraires, Gré­goire Polet nous a habitués aux réc­its poly­phoniques et aux fic­tions à entrées mul­ti­ples. Cette fois, il a décidé de rem­bobin­er le film des dernières années et de réécrire l’histoire en imposant des vari­antes aux faits tels qu’ils nous sont con­nus. Pour ce faire, il se déplace aux côtés de pro­tag­o­nistes du mou­ve­ment des Indignés par la voix de Car­oli­na Gracq, une Lié­geoise d’origine qui nous dévoile dans ses mémoires les sources de son engage­ment. Infir­mière par­tie en mis­sion avec Médecins Sans Fron­tières, elle y ren­con­tre Romuald Salis, médecin, et entre eux s’amorce une indé­fectible com­plic­ité. Revenus en Europe, ils sil­lon­nent les villes et rejoignent les mou­ve­ments soci­aux qui suiv­ent le crash bour­si­er de 2008.  Cette mil­i­tance urbaine trou­ve à s’exprimer dans des man­i­festes et se sent vite à l’étroit dans les habits d’un sim­ple groupe de pres­sion. C’est pourquoi la par­tic­i­pa­tion aux élec­tions lég­isla­tives s’impose d’évidence comme la con­ti­nu­ité de cette lame de fond qui ne cesse de recruter des émules partout en Europe. L’altermondialisme, la démoc­ra­tie directe, la non-vio­lence, le refus des priv­ilèges et l’écologie sont au menu d’un raz-de-marée élec­toral qui ouvre les portes du pou­voir, fer­mant la voie au vieux monde con­testé. Con­tin­uer la lec­ture