L’Académie Goncourt a dévoilé sa deuxième sélection. Huit romans restent en lice. Continuer la lecture
Archives de catégorie : Rentrée littéraire 2025
Objectif taire
Armel JOB, Baigneuse nue sur un rocher, Postface de Michel Torrekens, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2025, 300 p., 10 €, ISBN : 9782875685766
Voici trois décennies qu’Armel Job trace son chemin dans le monde littéraire francophone. Au fil des années, il a conquis un large lectorat et ses œuvres ont été récompensées par de nombreux prix. Quatre de ses romans ont pris place dans la collection patrimoniale Espace Nord, dont Baigneuse nue sur un rocher, paru en 2001, qui fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle réédition assortie d’une postface de Michel Torrekens. Continuer la lecture
« Le cahier volé », histoire en quête et enquête d’histoire
Tristan LEDOUX, Un accent de vérité, Chant des voyelles, 2025, 221 p., 20 €, ISBN : 978–2‑490580–20‑0
Un accent de vérité s’ouvre sur une perte, un manque d’où émerge alors le désir. Désir de reconstituer l’œuvre écrite par le narrateur dans ce cahier égaré, de retrouver les fils narratifs, tantôt noués autour d’une ceinture ou pelotonnés à une jupe portée par l’être aimé et abîmé. Tandis que l’oubli a fait sombrer les tenants et aboutissants de l’histoire consignée, l’écrivain se lance, dans une sorte de fuite en avant, dans son irrépressible quête. Des motifs du récit disparu surgissent dès lors dans le réel, des crises hallucinatoires étoffent le tissu narratif, l’enquêteur se livre à la restitution des gestes d’écriture, scrute les articulations tapies çà et là, un trombinoscope de personnages défile dans ses rêves, l’un d’eux jaillit des eaux profondes et le plonge dans le jeu abyssal de la réalité et de la fiction. Continuer la lecture
Écrire depuis le seuil
Muriel CLAUDE, Conversations de la porte, Arléa, coll. « La rencontre », 2025, 140 p., 18 €, ISBN : 9782363084194
Frangée de silence, l’écriture se dépose depuis un lieu qui brille comme une retraite. L’écriture devient l’officiante d’un seuil, un espace de clôture qui ouvre sur l’ailleurs. Ce que le récit accomplit consone avec le monde fermé, feutré des moniales d’une abbaye cistercienne dans les Ardennes, dans laquelle, saison après saison, la narratrice séjourne avant de regagner le monde. Pourquoi entrer en tant que visiteuse dans cette communauté religieuse qui, dense comme la forêt qui l’entoure, vit à l’écart du monde temporel, séculier? Pourquoi repartir, y revenir ? L’expérience que Muriel Claude délivre épouse une attention poétique à tout ce qui fait signe d’un passage entre le dedans et le dehors, entre le sacré et le quotidien. Au cœur du familier, de la cathédrale de la nature, des ruisseaux, du vol des hirondelles, de l’éclosion des fleurs, au cœur du rythme des saisons, résonne la prière du vivant dont Muriel Claude nous ramène des bouquets de sensations, de visions. Que rencontre-t-on lorsqu’on se voue à l’exploration du seuil, que ce soit la clôture du monastère ou celle de la librairie où travaille la narratrice ? Continuer la lecture
Sijou’, la vie et l’amour crescendo
Thierry COLJON, Sijou, Lamiroy, 2025, 200 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–998‑0
Thierry Coljon est né à Arlon en octobre 1959 et poursuit des études en journalisme et communication à l’Université libre de Bruxelles. C’est en 1981 qu’il intègre le journal Le Soir et qu’il devient journaliste spécialiste des sujets musicaux. Son nouveau roman, Sijou’, vient de paraitre aux Éditions Lamiroy. Ce livre est le récit d’une amitié, d’une amitié innée : Continuer la lecture
Prix Femina 2025 : 2ème sélection
Le jury du prix Femina a communiqué sa deuxième sélection pour les catégories Roman français et Roman étranger. À cette occasion, la 1ère sélection dans la catégorie Essai a aussi été dévoilée. Continuer la lecture
Laissons œuvrer l’aiguille du rêve
David GIANNONI, Du geste je garde la mémoire, Abrapalabra, 86 p., 8 €, ISBN : 9782931324110
Dans nos paumes, la force vitale du recueil du geste je garde la mémoire transparait, d’abord par le Prana mudra esquissé sur la couverture, puis par la célébration de nos souffles, de poème en poème. Écrits entre 2002 et 2017, certains de ceux-ci sont nés de l’acte de réévolution poétique mené par David Giannoni, en 2002, avec Antonio Bertoli, Alejandro Jodorowsky, Marianne Costa et Lawrence Ferlinghetti à Gênes en Italie. Continuer la lecture
L’art de remettre le monde à neuf
Un coup de cœur du Carnet
Laurence VIELLE, Les vies de Jésus, Abrapalabra, 2025, 84 p., 8 €, ISBN : 9782931324127
Bonheur fou de retrouver Laurence Vielle. Son écriture pleine. Le monde plein et généreux sur lequel ses textes, ouverts et accueillant, s’appuient. Non que Laurence Vielle aurait “des choses à dire”. Une “vision du monde” ou un “avis autorisé” à partager. Laurence Vielle, en écrivant et en donnant à lire ses rencontres et pérégrinations, se fichant pas mal de Laurence Vielle. De la vie en vrai de Laurence Vielle. Comme si la vie perso de Laurence Vielle, donner corps à cette vie perso, n’était pas du tout le but premier de Laurence Vielle. Continuer la lecture
Il s’appelait Jean
Pauline ALLIÉ (autrice) et Carlotta BAILLY-BORG (illustratrice), Là où se forment les montagnes, Chemin de fer, 2025, 112 p., 14,50 €, ISBN : 9782490356560
Il s’appelait Jean. Il n’avait pas de cheveu blanc. Il portait des lunettes tout le temps, et des cravates quand il travaillait encore. Il a exercé comme secrétaire de direction dans une clinique (où les femmes l’appréciaient), puis a été forcé de devenir homme au foyer. Il aimait Johnny Halliday et le ukulélé, et rêvait de parler plusieurs langues. Il s’était coupé du monde, par pudeur. Il gardait les objets, les photos, les vêtements, les papiers. Il était en couple depuis quarante-six ans, avait trois filles et un frère jumeau adorés. Il ne parvenait pas à porter les pommes de terre dans sa bouche sans en faire rejoindre le sol. Il peinait à chaque mouvement, requérait sans cesse l’aide de son épouse. Il souffrait. Intensément : « Il dit. Est un rhumatisme inflammatoire. Auto-immune. De cause inconnue. Chronique. Atteint surtout les pieds. Les mains. Pouvant aboutir à des déformations importantes. » Puis il est mort, entre Noël et Nouvel An, sans avoir gouté au homard qu’il avait réclamé. Continuer la lecture
L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art
Karel LOGIST, J’arrive à la mer suivi de Force d’inertie et Le sens de la visite, Postface d’Eloïse Grommerch, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2025, 316 p., 12 €, ISBN : 9–782875-687–104
Karel Logist (Spa, 1962) appartient à ceux que Liliane Wouters appelait la Génération Expo 58, qui propose une nouvelle sensibilité dans le monde des lettres françaises de Belgique par rapport aux générations précédentes, après le surréalisme et les irréguliers du langage et entre les recherches formelles, notamment structuralistes et minimalistes, et le néo-classicisme. Continuer la lecture
Comment écrire par les oreilles autant que par la tête
Un coup de cœur du Carnet
David BESSCHOPS et Christoph BRUNEEL, En quête du p, Âne qui butine, coll. « Amphisbène », 2025, 22 €, ISBN : 9782919712366
En quête du p est le premier livre d’Amphisbène, la nouvelle collection de L’Âne qui Butine. Le “concept” de la collection ? Très simple. Un duo d’auteurs ou d’autrices écrit à quatre mains un livre de poèmes, de fictions, ou d’autres choses encore. Peu importe. Pourvu qu’il y ait l’ivresse. Le même duo fournissant des œuvres plastiques ou visuelles, elles aussi produites à quatre mains. Continuer la lecture
La liste de Rainer
Un coup de cœur du Carnet
Véronique BERGEN, Le collectionneur, Onlit, 2025, 272 p., 22,90 €, ISBN : 978–2‑87560–178‑0
Véronique Bergen affectionne les listes. On se souvient de la litanie de noms de rues qui ouvrait, comme un poème, son Marolles. Dès le titre, on imagine aisément que Le collectionneur, son nouveau roman paru chez Onlit, sera lui aussi riche en énumérations.
Celle des merveilles qui composent la collection d’Andreas, « le prénom de Baader, de Vesalius, du contre-ténor Scholl », héritier des tableaux amassés par son oncle Rainer. Picasso, Modigliani, Klee, Chagall, Klimt, Matisse et bien d’autres : le cadeau est somptueux, mais empoisonné. Continuer la lecture
Prix Castel 2025 : la 1ère sélection
Le jury du prix Castel a dévoilé la première sélection de son édition 2025. Dix romans sont en lice. Continuer la lecture
La nuit de la Saint-Jean
Claude DONNAY, La dame de la combe, M.E.O., 2025, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN: 978–2‑8070–0519‑8
L’approche de la mort est souvent l’occasion de retrouvailles. Ce roman, qui s’apparente à un conte, ne fait pas défaut à cette règle usuelle. Trouver les mots justes et la force de les dire, tel est l’enjeu de ces moments où sonne le glas.
Institutrice de formation, Aurore connait les mots et leurs usages. Mais un événement redoutable la contraint au silence et à l’isolement. Une mise à l’écart du monde comme une marque d’infâmie suprême. D’institutrice à exclue ou paria, il n’y a que quelques pas. La jeune femme en fait l’expérience malgré elle. Continuer la lecture
1990, année de tous les possibles
Daniel SOIL, L’année nonante, M.E.O., 2025, 105 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0528‑0
Si un ou une écrivain∙e belge devait finaliser LE roman européen contemporain, L’année nonante, le récit de Daniel Soil, pourrait en constituer un chapitre. Et le fait que son livre autofictionnel soit traversé par une romance n’est pas incompatible avec la dimension européenne, même si le couple de protagonistes est belge, même si le narrateur nomme sa dame de cœur la Signora. Certain∙e∙s l’identifieront sans difficultés comme autrice et essayiste de chez nous, dont le nom de plume recouvre un patronyme à consonance… slave ! Continuer la lecture
Ils ont vu le loup
Jean-Pol HECQ, L’armée des loups, M.E.O., 2025, 196 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782807005259
2035. À la faveur de ce léger bond dans le temps, les guerres sur terre ont poursuivi leurs ravages et leurs mutations. Toujours davantage de machines commandées à distance remplacent les soldats sur le terrain et pourchassent l’ennemi par les airs et sur terre. Voici que les forces armées européennes (ceci est bien une fiction) développent le projet d’un robot militaire auquel ils ont donné l’apparence d’un loup. Celui-ci est capable de se faufiler partout de jour comme de nuit, de tout filmer et identifier et il peut devenir un tueur redoutable, insaisissable, qui n’hésitera pas à s’autodétruire si nécessaire. Alors que les dernières mises au point et essais ont lieu, le projet doit être présenté aux autorités européennes pour envisager sa mise en production et son intégration à de futures opérations. Ce qui ne manque pas de soulever bien des questions auprès des responsables, notamment quant au recours à l’intelligence artificielle dans les logiciels qui animent cette arme redoutable tenue au plus grand secret. Continuer la lecture
