Les marionnettes à l’œuvre

Lau­rent VAN WETTER, Au com­mence­ment, il y avait une chaise, Lans­man, 2019, 35 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0247‑7

La fan­taisie au théâtre est comme une voi­lette posée sur le vis­age des pro­tag­o­nistes des drames et des tragédies. La fan­taisie joue la légèreté en marchant sur la pointe des  pieds dans un ter­ri­toire dévasté.

Lau­rent Van Wet­ter vient de pub­li­er une pièce pour mar­i­on­nettes, Au com­mence­ment, il y avait une chaise,  où nous assis­tons au temps de la créa­tion du théâtre. Une de plus ? Oui, et à chaque fois, ce sont les mêmes con­ven­tions qui sont revis­itées. Le charme réside alors dans la vari­a­tion de ces références et la sub­til­ité des agence­ments. Con­tin­uer la lec­ture

Les prix Atomium : 8 récompenses pour la bande dessinée

David Van­der­meulen

Remis dans le cadre de la Fête de la bande dess­inée, événe­ment brux­el­lois annuel qui se tient cette année du 13 au 15 sep­tem­bre, les prix Atom­i­um ont été décernés à Bozar ce 13 sep­tem­bre. Huit prix pour autant de caté­gories, qui met­tent en lumière la diver­sité et la vital­ité du 9e art en Bel­gique fran­coph­o­ne. Le prix Atom­i­um de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles couronne David Van­der­meulen. Con­tin­uer la lec­ture

Manifestations de révolte et d’amour

Daniel SOIL, L’av­enue, la kas­bah, M.E.O., 2019, 160 p., 15 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0207‑4

soil l avenue la kasbahElie est cinéaste et il débar­que en Tunisie au plein cœur des mou­ve­ments du print­emps arabe. Son arrivée dans le pays vise ini­tiale­ment à pré­par­er un retour sur les lieux de tour­nage du film de Jean-Jacques Andrien, Le fils d’Amr est mort (1975). Mais dès qu’il pose le pied sur le sol tunisien, il est pris dans le tour­bil­lon d’espoir qui ani­me la pop­u­la­tion qui se mobilise dans les rues. Dans sa foulée et der­rière sa caméra, nous arpen­tons les assem­blées, les sit-in, les défilés. Con­tin­uer la lec­ture

Au nom du père et de la mer

Odile D’OULTREMONT, Baïko­nour, Obser­va­toire, 2019, 220 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 979–10-329‑0432‑9

Pêcheur de crus­tacés et de gastéropodes en mer de Bre­tagne, Vladimir Savi­dan, qui se sou­ci­ait beau­coup de la sécu­rité des autres mais ne por­tait jamais de gilet de sauve­tage, a vu un jour l’Atlantique pren­dre l’ascendant sur Baïko­nour, son Cleopa­tra Fish­er­man 38, et a  dis­paru au fonds des flots, lais­sant comme seul legs à Edith et Anka celui des épous­es et progéni­tures de marins : après l’attente, un corps man­quant. L’absence d’une mar­que tan­gi­ble de fin de vie. L’une et l’autre réagis­sent d’ailleurs très dif­férem­ment à la tragédie. Amoureuse depuis l’enfance de cette immen­sité d’eau –  rêvant même d’y trou­ver sa place, de préférence à la barre – Anka con­tracte une colère sourde con­tre cette amie chère qui lui a ravi défini­tive­ment son mod­èle et père, en maîtresse avide. A con­trario, la femme du loup de mer est dans le déni, fomente des prières par inter­mé­di­aire pour faire revenir l’être aimé et, tout à trac, se mue en fab­rique de soupes. Des potages qu’elle prend soin de met­tre dans des ther­mos indi­vidu­els pour tous les cama­rades de son mari, avec pour promesse qu’ils les lui ren­dent. Dans cette trac­ta­tion, elle entrevoit qu’ils revien­dront au port et fait un pacte avec l’espoir, crée du lien entre la terre ferme et l’océan. Con­tin­uer la lec­ture

Free jazz

Bruno WAJSKOP, La force du crabe, Bord de l’eau, 2019, 109 p., 10 €, ISBN : 978–2‑35687–665‑2

rentrée littéraire wajskop la force du crabeJoseph Buren, le héros et nar­ra­teur, a un super-pou­voir : imprimer sa volon­té par télé­pathie. La con­trepar­tie ? Non la soli­tude abyssale des super-héros estampil­lés Marvel/Stan Lee mais un besoin de som­meil irré­press­ible et une inca­pac­ité à tra­vailler, à en éprou­ver l’envie.

Pas­sons sur divers col­latéraux phys­i­ologiques (chair de poule, micro-vibra­tions, ven­ti­la­tion…) pour nous appe­san­tir sur une vie terne, sans appétit. Qui tout peut… plus rien ne veut ? Con­tin­uer la lec­ture

Quand la détresse hurle pour être déterrée

Tania NEUMAN-OVA, Miss Patchouli, M.E.O., 2019, 154 p., 15 €

Avec Miss Patchouli, Tania Neu­man-Ova nous plonge dans l’univers de Lilou, la quar­an­taine, qui tente de men­er sa bar­que avec son mari Richard et ses filles. L’aînée, née d’une précé­dente union, vit avec son père à Paris, tan­dis que les deux cadettes, Alana (14 ans) et Kay­la (13 ans) habitent avec leurs par­ents. L’histoire d’une famille recom­posée clas­sique, me direz-vous ? Oui, mais rien n’est sim­ple face à une ado­les­cente (Alana) en pleine rébel­lion qui mul­ti­plie les provo­ca­tions et les insultes vis-à-vis de ses par­ents. Con­tin­uer la lec­ture

Le prix Médicis : les finalistes

Myriam Leroy

Myr­i­am Leroy

Après le Renau­dot et le Goncourt, le prix Médi­cis est le troisième grand prix autom­nal à livr­er sa pre­mière sélec­tion. Le lau­réat suc­cédera à Pierre Guy­otat, récom­pen­sé en 2018 pour Idi­otie (Gras­set).  Con­tin­uer la lec­ture

Coup de cœur, un roman pour ados qui se joue des clichés

Patrick DELPERDANGE, Coup de cœur, Mijade, coll. “Zone J”, 2019, 283 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87423–107‑0

S’il est surtout con­nu pour être l’auteur de romans noirs — Chants des gorges ou plus récem­ment, Si tous les dieux nous aban­don­nent et L’éternité n’est pas pour nous - Patrick Delper­dan­ge signe aus­si des romans frais et pétil­lants. Si vous avez loupé Le cli­quetis, ne ratez pas Coup de cœur, paru récem­ment chez Mijade. Ce beau réc­it pour ados fera aus­si le bon­heur des adultes.

Même dans sa veine la plus som­bre, Patrick Delper­dan­ge excelle à racon­ter la tra­jec­toire de per­son­nages lumineux. Mais quoi qu’ils ten­tent pour échap­per aux ténèbres, aucune souf­france ne leur sera épargnée. Con­tin­uer la lec­ture

Maurice Carême, romancier dur

Mau­rice CARÊME, Le mar­tyre d’un sup­port­er, post­face de Denis Saint-Amand, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 180 p., 8,5 €, ISBN : 978–2875684219

careme le martyre d un supporterQuand il pub­lie Le mar­tyre d’un sup­port­er en 1928 à la Renais­sance du Livre, Mau­rice Carême n’a pas encore trente ans et il est loin d’être le poète que psalmodieront, par cœur – sinon à con­tre­coeur – des généra­tions d’écoliers sages. C’est dire si faire fig­ur­er un tel titre dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord est une gageure, et presque une provo­ca­tion que de le préfér­er à l’étrange Méd­ua, con­nu d’un hap­py few à peine plus éten­du, mais qui présente au moins l’intérêt de se rat­tach­er au courant du réal­isme mag­ique. Con­tin­uer la lec­ture

S’approprier son deuil en attendant que la joie revienne

Éric-Emmanuel SCHMITT, Jour­nal d’un amour per­du, Albin Michel, 2019, 251 p., 19,9 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑226–44389‑2

Mars 2017, à la veille de son cinquante-sep­tième anniver­saire, Éric-Emmanuel Schmitt devient orphe­lin : cinq ans après son père, sa mère s’éteint. « Un jour comme les autres, tout devient dif­férent. » Com­ment pour­suit-on la route quand on est « plus l’enfant de per­son­ne » ? Où trou­ver la force d’accomplir le « devoir de bon­heur » si cher à sa maman quand seul le cha­grin sem­ble vouloir de lui ? On lui répète qu’il faut deux ans pour faire son deuil mais à quoi peut bien rimer ce genre de lieux com­muns ? Con­tin­uer la lec­ture

Étienne Verhasselt. L’absurde comme vérité de l’ordre

Éti­enne VERHASSELT, L’éternité, brève, Tripode, 2019, 304 p., 22 €, ISBN : 978–2‑37055–206‑8

Etienne Verhasselt L'éternité brève

Après le très remar­qué Les pas per­dus (Tripode, 2018), Éti­enne Ver­has­selt nous livre un deux­ième recueil de nou­velles dont l’oxymore du titre donne le ton. Assem­blées en six cycles, elles dis­tor­dent la con­di­tion humaine dans les para­dox­es de l’absurde, du non­sense. Le sous-titre du recueil, Éclats du grand foutoir, pré­cise l’enjeu d’une écri­t­ure qui, explo­rant le bor­del de l’existence, campe des vies déra­pant dans l’amour fou, la démence, la volon­té de néant. « Alma » en ouver­ture con­stru­it jusqu’à la décon­struc­tion la scène d’une rup­ture amoureuse. La pas­sion cul­mine dans son naufrage. La femme-énigme délaisse son amant qui, comme d’autres per­son­nages des nou­velles, tient de Plume de Michaux. Le réel les agresse. Par­mi les vies désac­cordées, il y a celle de l’homme qui, pour se sauver de la douleur de la sépa­ra­tion, imag­ine des séances de cas­sage de gueule. Motif récur­rent, la défai­sance des vis­ages s’illustre dans « Mutiner­ie » par la sédi­tion de vis­ages qui, s’émancipant de leurs pro­prié­taires, poussent à la séces­sion les autres organes.

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Hantise de la dépossession

Jean-Philippe TOUSSAINT, La clé USB. Roman, Minu­it, 2019, 191 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN 978–2‑7073–4559‑2

Sous-titré “roman”, La clé USB com­mence curieuse­ment par une ving­taine de pages à car­ac­tère ency­clopédique, d’ailleurs rigoureuse­ment doc­u­men­tées, autour de la futur­olo­gie con­tem­po­raine : prospec­tive stratégique, méth­ode Del­phi, films de sci­ence-fic­tion, cyber­sécu­rité et ordi­na­teur quan­tique, sys­tème infor­ma­tique blockchain, mon­naie élec­tron­ique bit­coin. Ce procédé n’est pas sans rap­pel­er le pro­logue éru­dit de Moby Dick, où la baleine fait l’ob­jet de mul­ti­ples cita­tions savantes ou anec­do­tiques, mais ici le champ d’é­tude est étroite­ment lié au motif du cryptage, c’est-à-dire à la dialec­tique savoir-secret. La nar­ra­tion pro­pre­ment dite com­mence à la page 26 : un expert à la Com­mis­sion européenne présente devant le Par­lement son rap­port sur les atouts de la tech­nolo­gie blockchain, à la suite de quoi il est abor­dé par deux lob­by­istes. Ain­si débute une inves­ti­ga­tion totale­ment indi­vidu­elle et offi­cieuse, avec halte secrète en Chine dans le style pal­pi­tant d’un roman d’es­pi­onnage, vio­lences physiques en moins. Le but ultime du héros n’est pas pré­cisé – peut-être quelque rap­port ultérieur et con­fi­den­tiel à la Com­mis­sion sur une ten­ta­tive d’e­scro­querie sophis­tiquée, avec à la clé quelque grat­i­fi­ca­tion pour cet exploit méri­toire quoique indis­ci­pliné… Con­tin­uer la lec­ture

Le prix du premier roman : la sélection

Sylvestre Sbille

Sylvestre Sbille

Pas un jour sans une un prix lit­téraire : tel est le rythme en cette ren­trée. Le jury du prix du pre­mier roman a lui aus­si fait con­naitre sa sélec­tion, dans les caté­gories “roman français” et “roman étranger”. Con­tin­uer la lec­ture

Déplier une ville

Un coup de cœur du Car­net

Philippe MARCZEWSKI, Blues pour trois tombes et un fan­tôme, Inculte, 2019, 232 p., 17.90 €, ISBN : 978–2‑36084–018‑2

Il est des livres qui déten­dent et don­nent envie d’allonger les jambes sur le divan, et d’autres qui vous oblig­ent à d’incessants aller-retours vers votre bib­lio­thèque et votre col­lec­tion de dis­ques, qui vous font véri­fi­er telle pho­togra­phie ou tel détail car­tographique sur Inter­net, et puis qui imman­quable­ment vous tirent de chez vous, ne vous apaisent qu’une fois sur la route. Blues pour trois tombes et un fan­tôme est de ces livres-là : il se met en bran­le quand on l’ouvre, et con­tin­ue de vivre quand on le pose, nous chu­chotant à l’oreille des injonc­tions de prom­e­nades et de décou­vertes, exis­tant de plus en plus en nous au fur et à mesure que l’on explore les pistes qu’il nous pro­pose. Con­tin­uer la lec­ture

Première sélection du Goncourt

Amélie Nothomb

Amélie Nothomb

Alors que le Renau­dot a livré sa pre­mière sélec­tion hier, l’a­cadémie Goncourt vient elle aus­si de choisir les ouvrages en lice pour l’édi­tion 2019 du prix Goncourt. Dévoilé en novem­bre, le lau­réat suc­cédera à Nico­las Math­ieu, primé en 2018 pour Leurs enfants après eux (Actes Sud).  Con­tin­uer la lec­ture

Laurent de Sutter. Radiographie du scandale

Lau­rent DE SUTTER, Indig­na­tion totale. Ce que notre addic­tion au scan­dale dit de nous, Obser­va­toire, coll. « La relève », 2019, 144 p., 15 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 979–10-329‑0411‑4

Fin lim­i­er des mythèmes con­tem­po­rains, des tro­pismes des régimes de pen­sée, Lau­rent de Sut­ter démonte la boîte noire du scan­dale, repérant les mécan­ismes, les ingré­di­ents qui le nour­ris­sent, les ressources qu’il mobilise. La scène que Lau­rent de Sut­ter embrasse avec maes­tria est celle de notre monde saisi sous l’angle du réflexe de l’indignation qui règne en maître. Les titres des cinq chapitres (Et, Car, Donc, Mais, Ni) qui scan­dent cet essai d’une haute pyronoésie ren­voient à la classe des con­jonc­tions de coor­di­na­tion con­den­sée dans la phrase mné­motech­nique « Mais où est donc Ornicar ? » (Rap­pelons qu’Ornicar est la revue du champ freu­di­en). Délais­sant les caus­es, le « pourquoi » de la propen­sion à l’indignation au prof­it de son « com­ment », l’ouvrage analyse ce dont l’indignation est le symp­tôme, la struc­ture de pen­sée sur laque­lle elle s’appuie. À rebours de l’opinion con­sen­suelle selon laque­lle le scan­dale est affaire de pas­sions, d’affects épi­der­miques, Lau­rent de Sut­ter y lit le sur­geon d’une rai­son butant sur son impasse. Dès lors qu’une équa­tion entre « âge du scan­dale » et « âge de la rai­son » est posée, l’appel auquel l’essai nous con­vie se for­mule dans les ter­mes d’un « pour en finir avec la rai­son », ce qui implique de sor­tir de la spi­rale du scan­dale. Cinq affaires récentes, venues d’horizons dif­férents, ayant toutes sus­cité un tol­lé mon­di­al ser­vent de points de départ, #MeToo ; le bras-de-fer Tsipras, Syriza/l’Union Européenne ; les car­i­ca­tures de Mahomet ; Nestlé et l’extraction des eaux de la Straw­ber­ry Creek ; la pho­togra­phie du cadavre de l’enfant migrant Aylan Kur­di, échoué sur une plage. Con­tin­uer la lec­ture