Archives par étiquette : amour

Désenchantées

Corinne HOEX, Nos princes char­mants, Impres­sions nou­velles, 2023, 128 p., 14 €, ISBN : 978–2‑39070–043‑2

hoex nos princes charmantsCorinne Hoex est aus­si bien prosatrice que poétesse. Elle en offre une preuve écla­tante en ce print­emps où, quelques semaines à peine après la sor­tie du livre de poésie L’ombre de toi-même parait un recueil de réc­its courts, Nos princes char­mants.

L’ironie point sous l’in­ti­t­ulé doucereux. Ni princes ni char­mants, les per­son­nages mas­culins dépeints ici sont des maris infidèles, des com­pagnons indif­férents, qui préfèrent leur tra­vail à leur épouse, des hommes vieil­lis­sants, dont le pou­voir de séduc­tion s’amuït, des amants lassés. L’un ment pour dis­simuler ses frasques, l’autre se fait odieux, quand un troisième ne voit plus guère en sa com­pagne qu’une cuisinière à sa dis­po­si­tion. Racon­tés surtout du point de vue des femmes, ces fic­tions décli­nent toutes les nuances du désen­chante­ment amoureux – banale éro­sion des sen­ti­ments, décou­verte du mon­stre tapi der­rière le vis­age char­mant des pre­miers ren­dez-vous, ou décep­tion face au quo­ti­di­en : Con­tin­uer la lec­ture

« U Can’t Touch This »

Un coup de cœur du Car­net

Alex­is ALVAREZ, Rela­tion, Arbre à paroles, coll. « iF », 2023, 20 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–735‑8

alvarez relationQua­si-corol­laire de tout début vu que « pour absol­u­ment tout dans la vie, marcher, respir­er, boire du vin ou se faire pipi dessus, il y [a] une pre­mière et une dernière fois », elle peut enlis­er, empoiss­er, embourber, comme oxygén­er, alléger, stim­uler. Elle rebat en tout cas imman­quable­ment les cartes, qui façon­neront d’autres châteaux à l’architecture espag­nole ou végéteront en tas informe sur une table crasseuse. La fin d’une rela­tion, et plus par­ti­c­ulière­ment d’une rela­tion amoureuse, c’est notre lot à (presque) tous, un jour ou l’autre. Si l’expérience s’envisage comme banale­ment com­mune avec une dis­tance poéti­co-cynique, moins fréquents sont ceux qui la ressen­tent comme telle à l’instant T et à tous les autres qui suiv­ront et s’accumuleront le temps de… Quelle que soit sa con­fig­u­ra­tion sin­gulière, elle déplace tou­jours nos lignes intérieures. Con­tin­uer la lec­ture

Désormais sans Paul

Nadine EGHELS, Avec Paul, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 185 p., 19 €, ISBN : 9782363083289

eghels avec paul

« Sept heures du matin donc. Le 10 octo­bre. Le jour se lève. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Et Paul ne l’éteint pas. Le réveil sonne. Je mau­grée. Pourquoi ne l’éteint-il pas ? » Ce jour défini­tif d’automne de 2018, dans leur lit plus petit que la moyenne pour « sen­tir l’autre, dans la pro­fondeur des limbes », Nadine Eghels ouvre les paupières sur un monde dif­férent, celui où son amour n’est plus. Le som­meil l’a englouti. 17, Samu, hôpi­tal, répar­er les vivants et laiss­er par­tir les morts ; telle est la fin de sa vie avec Paul Andreu et le début de son réc­it Avec Paul. Con­tin­uer la lec­ture

Le corps vivant de l’amour

Ade­line DIEUDONNÉ, Reste, L’Iconoclaste, 2023, 288 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑37880–354‑4

dieudonné resteReste. Tail­lé dans l’impératif, le titre claque, porte en lui la tonal­ité du roman mais aus­si une des fonc­tions de la lit­téra­ture : octroy­er de la vie à ce qui n’est plus, faire comme si le per­du était encore là, intimer « reste » à ce qui a som­bré dans la mort. C’est au milieu d’un décor de mon­tagnes, entre un chalet et un lac, que la nar­ra­trice adresse des let­tres à la femme de son amant, lui con­te leur his­toire d’amour secrète. Sans détour, la pre­mière let­tre s’ouvre de façon abrupte sur le fait trag­ique.

Mar­di 5 avril 2022.
M. est là, allongé près de moi. Il est mort.
Il est mort.
J’espère, en les écrivant, que ces mots m’aideront à appréhen­der cette réal­ité   Con­tin­uer la lec­ture

Amour maudit

Brigitte MOREAU, Romuald et Juli­enne, F dev­ille, 2022, 58 p., 9 €, ISBN : 9782875990617

moreau romuald et julienneRomuald et Juli­enne sont deux amoureux qui se fréquentent depuis quelque temps et qui ont envie d’afficher au grand jour leur amour. Leurs ren­dez-vous ont été jusqu’à présent clan­des­tins car leurs familles se vouent une haine féroce, mais ils ignorent pour quelles raisons.

Bien décidés à faire évoluer les men­tal­ités pour pou­voir se mari­er, ils déci­dent de chercher cha­cun de leur côté l’origine de la dis­corde qui a provo­qué cette haine afin de trou­ver une stratégie de réc­on­cil­i­a­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Les chantiers de l’amour ou de la mort

Sophie KESTER, Au-delà des ombres, 180°, 2022, 336 p., 20 €, ISBN : 9782940721122

kester au dela des ombres

Emi­ly Jensen, soci­o­logue fran­co-anglaise, met au monde une petite Sophia, après avoir vécu un mariage dif­fi­cile où elle était sans cesse rabais­sée. À la nais­sance de sa fille, elle lui fait la promesse de ne jamais l’abandonner, au con­traire de sa pro­pre mère, une jeune hip­pie qui avait pris la poudre d’escampette six mois après sa nais­sance et n’avait plus jamais réap­paru. Comme son père avec elle, la jeune femme élève seule son enfant. À la dif­férence que son père, ne s’étant jamais remis de la dis­pari­tion de sa moitié, avait som­bré dans l’alcool jusqu’à y être englouti. Emi­ly, bien entourée par trois amies dont la pétil­lante Emma, ne se laisse pas abat­tre, trou­ve un petit apparte­ment et fal­si­fie son cur­ricu­lum vitae pour pos­tuler à un poste d’assistante de direc­tion finan­cière dans une très grande société française, Aon, spé­cial­isée dans la con­struc­tion à l’international. Ces deux lignes mod­i­fiées vont pour­tant lui jouer des tours. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour au long cours

Myette RONDAY, Un héritage d’amour, Com­plic­ités, 2022, 196 p., 18 €, ISBN : 9782351204412

ronday un heritage d amourUn héritage d’amour. C’est le beau titre du dernier roman de Myette Ron­day, bruis­sant de per­son­nages tour à tour inso­lites et attachants ; bras­sant les épo­ques des années 1940 à l’été 1996. Il vous réserve des sur­pris­es, des couleurs con­trastées. Mais vous promet aus­si des plages sen­si­bles, aux réso­nances sub­tiles.

Telle notre pre­mière ren­con­tre avec Mathilde, l’une des fig­ures mar­quantes. 

Mathilde se pressen­tait d’ici et d’ailleurs. De main­tenant et d’avant. D’ensuite, peut ‑être ? Sup­po­si­tion prudem­ment con­tournée.
La pen­sée l’effleurait qu’elle zigza­guait entre deux mon­des. Tout entière ou en par­tie. Sans plus d’ancrage ni savoir quand et com­ment cette sit­u­a­tion s’était établie. Aurait-elle pu, par inad­ver­tance, pass­er de l’autre côté de la fron­tière ?  Con­tin­uer la lec­ture

Dans le crâne de la douleur

Pierre DANCOT, Le ban­nisse­ment, Arbre à paroles, 2022, 72 p., 11 €, ISBN : 978–2‑87406–716‑7

dancot le bannissement« Je ne sais plus qui de toi ou de moi a com­mencé à déchir­er le jour, qui de toi ou de moi a noir­ci nos silences, je ne sais plus pour qui tu rêves, ni com­ment tu embrass­es à la tombée de la nuit […] »

Dans Le ban­nisse­ment, le poète et édi­teur Pierre Dan­cot « décrit », comme l’écrit Pierre Schroven sur la qua­trième de cou­ver­ture, « les états d’âmes d’un amour qui lui échappe ». Les affects qui tra­versent ce recueil puisent dans le reg­istre d’une tem­po­ral­ité boulever­sée par la douleur, sont pris en charge par la tonal­ité de l’ardeur. Con­tin­uer la lec­ture

Imaginer, raconter, méditer

Bernard CAPRASSE, La dérive des sen­ti­ments, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2022, 400 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782874896910

caprasse la derive des sentiments« La mort de Bar­bara fut un écroule­ment. Elle enténébra le cœur du cheva­lier, ombra son esprit, fis­sura son âme. »

Le livre de Bernard Caprasse, La dérive des sen­ti­ments, s’ouvre trag­ique­ment. L’épouse du cheva­lier Jean de Ster­pigny meurt en met­tant au monde l’enfant qu’ils attendaient avec une fer­veur heureuse.

La petite Héloïse est d’abord rejetée par son père, muré dans sa douleur. Mais, au fil du temps, elle se rap­proche de lui. Une affec­tion com­plice se noue entre Jean de Ster­pigny, qui se définit ironique­ment comme « un hobereau rivé à ses ter­res », un vaste domaine arden­nais entourant un manoir, et sa fille, née avec un pied bot qui ne l’empêche pas d’être agile et ne la tour­mentera que plus tard, sous le regard des autres : à l’école où ses condis­ci­ples la surnom­ment « boit­il­lon » ; au bal, où les danseurs se font rares. Con­tin­uer la lec­ture

Au rythme du cœur qui bat et se débat

Un coup de cœur du Car­net

Ari­ane LE FORT, Quand les gens dor­ment, ONLIT, 2022, 186 p., 18 €, ISBN : 9782875601513

le fort quand les gens dormentOn prend l’histoire en cours – l’histoire d’un amour. Janet retrou­ve Pierre chez lui, dans un immeu­ble brux­el­lois promis à la démo­li­tion – avec vue sur la cathé­drale. Janet : 57 ans, « quelque chose de Bar­bara », tra­vaille dans une clin­ique de la douleur, « avec pour mis­sion de la réor­gan­is­er de A à Z ». Pierre : « Max von Sydow en plus chevelu », réal­isa­teur en vue, jusqu’à ce que. Sa fille, ren­ver­sée par un tram. Décédée. Lui, plus mort que vif, depuis. « Plus per­son­ne ne le recon­nais­sait, on ne le regar­dait plus, il n’avait pas fal­lu cinq ans ». Ils sont cha­cun d’un autre côté de la vie, de la mort, Janet et Pierre ; et ça, davan­tage que la dif­férence d’âge (il est plus âgé de quinze ans), va entraver l’histoire. Le désir. Va faire qu’« ils ne vivraient sans doute jamais ensem­ble et mour­raient cha­cun chez soi le soir venu ». Con­tin­uer la lec­ture

Le cœur grenadin

Pierre ANDRÉ, Elle s’appelait Lucía, Gras­set, coll. « Le courage », 2022, 174 p., 17 €, ISBN : 978–2‑246–82797‑9

andré elle s appelait lucia« Tout a déjà été dit, mais pas par moi » : tel aurait pu être le leit­mo­tiv de Pierre André lorsqu’il écrivait son pre­mier roman, Elle s’appelait Lucía. Le livre, qui parait aujourd’hui dans l’élégante col­lec­tion « Le courage » (dirigée par Charles Dantzig) des édi­tions Gras­set, racon­te une his­toire éter­nelle – celle d’un ravisse­ment amoureux. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots, la guerre, l’amour

Jean-Luc OUTERS, Hôtel de guerre, Gal­li­mard, coll. « L’infini », 2022, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072944239

outers hotel de guerreAu fil d’une sai­sis­sante fic­tion, Jean-Luc Out­ers nous embar­que dans une remon­tée dans le temps, un ver­tige mémoriel, direc­tion Sara­je­vo assiégée, au cœur des com­bats dans l’ex-Yougoslavie. Invité par Reporters sans fron­tières à se ren­dre à Sara­je­vo en qual­ité d’écrivain, l’auteur séjourne en 1994 durant une semaine à l’Holiday Inn où sont regroupés les jour­nal­istes inter­na­tionaux. Vingt-cinq ans plus tard, une force irré­press­ible le pousse à remet­tre ses pas dans l’année 1994, à se don­ner ren­dez-vous avec un pan de passé col­lec­tif mar­qué par la douleur, avec un frag­ment de passé intime con­den­sé dans le nom d’Anna, une anesthé­siste ital­i­enne ren­con­trée dans un hôpi­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Retour au monde

Alex PASQUIER, Le vit­rail en flammes, pré­face de Frédéric Vin­clair, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2021, 170 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931048–51‑1

pasquier le vitrail en flammesUn roman. Avec tout ce qu’il faut d’ingrédients d’avant l’ère du soupçon et la mort de l’auteur, d’avant le nou­veau roman, la moder­nité, la post­moder­nité : le retrait du monde, une pas­sion amoureuse inter­dite, une rival­ité où l’être aimé est joué aux dés, une dis­pari­tion et peut-être un assas­si­nat – et même un duel ; un réc­it dans le réc­it – des car­nets scel­lés divul­gués. Et l’illusion du réel. Autant le dire, quand on com­mence la lec­ture du Vit­rail en flammes, livre qua­si oublié (pub­lié une pre­mière fois en 1930) d’un auteur dis­paru des rayons des librairies (Alex Pasquier, 1888–1963) on plonge – avec plaisir – en plein texte old school. En belle écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Tant d’M

Un coup de cœur du Car­net

David MERVEILLE et ZIDROU, Amore. Amours à l’italienne, Del­court, 2021, 128 p., 20,10 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782413011224

zidrou merveille amorePour son entrée dans le monde de la bande dess­inée, l’au­teur et illus­tra­teur David Mer­veille s’est asso­cié à un scé­nar­iste aguer­ri, son com­plice de longue date Zidrou. Avec Amore, le tan­dem nous emmène en Ital­ie.

L’album est sous-titré Amours à l’italienne, au pluriel : ce ne sont pas moins de neuf vari­a­tions sur le même t’aime qui se déploient au fil des pages. Encadrées par un pro­logue et un épi­logue qui met­tent en scène un auteur de romans sen­ti­men­taux venu chercher (et trou­ver) l’inspiration à la ter­rasse d’un café, sept his­toires évo­quent les dif­férentes facettes de l’amour. Réciproque ou à sens unique, homo ou hétéro, secret ou pub­lic, passé, présent, douloureux, éter­nel, vio­lent, pas­sion­nel, véni­tien ou sicilien, il est tou­jours racon­té avec sub­til­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Fuir le bonheur etc.

Un coup de cœur du Car­net

Madeleine LEY, Olivia, pré­face de Paul Willems, post­face d’Emmanuel Rég­niez, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685438

ley oliviaAssuré­ment Olivia n’aurait pu être écrit en notre temps pétri de cynisme, pas plus qu’il ne sem­ble dater des années trente, époque qui l’a pour­tant vu naître (il a paru en 1936 chez Gal­li­mard) tant il est empreint – ain­si que le mon­tre l’écrivain Emmanuel Rég­niez dans sa post­face – de l’esthétique roman­tique. Made­line Ley, autrice à la courte car­rière lit­téraire (une décen­nie) le nour­rit des agré­ments de ce mou­ve­ment lit­téraire tout en assumant sub­tile­ment que toute cette his­toire n’est que lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Pénélope n’attend plus

Geneviève DAMAS, Quand tu es revenu, Lans­man, 2021, 56 p., 11 €, ISBN : 9782807103191

damas quand tu es revenuEn amour, est-ce que l’on peut par­tir et revenir, comme une fleur, vingt ans plus tard ? Peut-on promet­tre de tou­jours revenir ? Les hommes et les femmes sont-ils égaux dans ce voy­age ? Regar­dons le mythe d’Ulysse. Péné­lope l’a atten­du bien sage­ment, repous­sant nom­bre de pré­ten­dants. Dans les his­toires, le héros part et revient tou­jours. Nous sommes bercés par ce mythe, mais n’est-il pas temps de le décon­stru­ire ? Com­ment cela se passerait-il dans la vraie vie ? Que se passerait-il si celui que vous avez aimé revient vingt ans plus tard ? Con­tin­uer la lec­ture