Archives par étiquette : amour

Pénélope n’attend plus

Geneviève DAMAS, Quand tu es revenu, Lans­man, 2021, 56 p., 11 €, ISBN : 9782807103191

damas quand tu es revenuEn amour, est-ce que l’on peut par­tir et revenir, comme une fleur, vingt ans plus tard ? Peut-on promet­tre de tou­jours revenir ? Les hommes et les femmes sont-ils égaux dans ce voy­age ? Regar­dons le mythe d’Ulysse. Péné­lope l’a atten­du bien sage­ment, repous­sant nom­bre de pré­ten­dants. Dans les his­toires, le héros part et revient tou­jours. Nous sommes bercés par ce mythe, mais n’est-il pas temps de le décon­stru­ire ? Com­ment cela se passerait-il dans la vraie vie ? Que se passerait-il si celui que vous avez aimé revient vingt ans plus tard ? Con­tin­uer la lec­ture

Romantique Harpman

Un coup de cœur du Car­net

Jacque­line HARPMAN, La dor­mi­tion des amants, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 280 p., 9.50 €, ISBN : 978–2‑87568–483‑7

harpman la dormition des amants espace nordSe rep­longer dans l’œuvre d’une autrice aimée, mais dont on a fait la con­nais­sance il y a de nom­breuses années, c’est tou­jours pren­dre un gros risque. Il se pour­rait que l’écrivain adulé déçoive, que ses ficelles parais­sent grossières, que ses descrip­tions aga­cent et que ses audaces sem­blent à présent bien banales. Il n’en a rien été. La pre­mière chose qui frappe à la lec­ture de La dor­mi­tion des amants, c’est à quel point le clas­si­cisme élé­gant de l’écriture de Jacque­line Harp­man est effi­cace, et con­tin­ue à charmer. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour fantasmé

Chan­tal DELTENRE, Où part l’amour, avec des pho­tos de l’autrice, Mael­strÖm, 2020, 278 p., 15 €, ISBN : 9782875053671

deltenre ou part l amour« Pho­togra­phi­er, c’est écrire avec la lumière. »

« Un paysage aimé ne vous quitte jamais. Même à des kilo­mètres et des années de dis­tance, un paysage, c’est d’une fidél­ité inébran­lable. »

Par petites touch­es fines et sen­si­bles, Chan­tal Del­tenre, écrivain, eth­no­logue, ama­teur pas­sion­né de pho­togra­phie – ses clichés évo­ca­teurs jalon­nent son dernier livre – nous rend proche, presque chère, son héroïne. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour selon Libens

Chris­t­ian LIBENS, Sève de femmes, Weyrich, 2020, 128 p., 13 €, ISBN : 9782874895883

La pein­ture de nus féminins, signée Geneviève Van Der Wie­len, en cou­ver­ture du recueil de nou­velles de Chris­t­ian Libens, Sève de femmes, ain­si que son titre, pour­raient le ranger dans la caté­gorie des erot­i­ca. Ce qu’il est mais pour par­tie seule­ment. Il fait d’ailleurs écho à un autre titre, Amours crues, pub­lié au Grand Miroir en 2009, dont le présent recueil reprend trois textes aux ver­sions remaniées et défini­tives. Con­tin­uer la lec­ture

« La vie est trop courte pour être petite »

Mar­i­anne PIERSON-PIÉRARD, Dora , Névrosée, coll. « Femmes de let­tres oubliées », 2019, 232 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931048–14‑6

Dora nous est une belle occa­sion d’évoquer la col­lec­tion « Femmes de let­tres oubliées » au cat­a­logue de laque­lle fig­ure le roman que Mar­i­anne Pier­son-Piérard pub­li­ait en 1951.

Pas moins de treize romans com­posent le cat­a­logue de cette mai­son d’édition apparue de façon ful­gu­rante dans le paysage édi­to­r­i­al belge. Juriste, roman­cière et pas­sion­née de let­tres, Sara Dom­bret avec une énergie infati­ga­ble, défend la démarche qui l’a amenée à ren­dre jus­tice aux femmes de let­tres belges fran­coph­o­nes oubliées. Cette ini­tia­tive saluée par la presse et les médias, trou­vera bien vite un pub­lic de lecteurs  qui ont enfin accès à ces titres et à ces autri­ces oubliés.    Con­tin­uer la lec­ture

Françoise M. par Marie-Paule B.

Marie-Paule BELLE, Comme si tu étais tou­jours là, pré­face de Serge Lama, Plon, 2020, 213 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑259–27838‑6

Françoise Mal­let-Joris écrivait ; Marie-Paule Belle com­pose et chante. Dans Comme si tu étais tou­jours là, livre-hom­mage à l’écrivaine belge dis­parue le 13 août 2016, la chanteuse tient pour­tant la plume. Mais elle s’efface sou­vent pour laiss­er place aux mots de sa com­pagne, parolière et amie. Cartes postales, brefs mes­sages, let­tres, man­u­scrits, paroles de chan­sons retran­scrites … : M.-P. Belle dévoile une par­tie des nom­breuses archives qu’elle con­serve dans un car­ton rouge, témoins de leur rela­tion privée et pro­fes­sion­nelle. Con­tin­uer la lec­ture

Coup de cœur, un roman pour ados qui se joue des clichés

Patrick DELPERDANGE, Coup de cœur, Mijade, coll. “Zone J”, 2019, 283 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87423–107‑0

S’il est surtout con­nu pour être l’auteur de romans noirs — Chants des gorges ou plus récem­ment, Si tous les dieux nous aban­don­nent et L’éternité n’est pas pour nous - Patrick Delper­dan­ge signe aus­si des romans frais et pétil­lants. Si vous avez loupé Le cli­quetis, ne ratez pas Coup de cœur, paru récem­ment chez Mijade. Ce beau réc­it pour ados fera aus­si le bon­heur des adultes.

Même dans sa veine la plus som­bre, Patrick Delper­dan­ge excelle à racon­ter la tra­jec­toire de per­son­nages lumineux. Mais quoi qu’ils ten­tent pour échap­per aux ténèbres, aucune souf­france ne leur sera épargnée. Con­tin­uer la lec­ture

Les fruits de la passion

Emmanuelle PIROTTE, D’innombrables soleils, Cherche midi, 2019, 240 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑7491–6226‑3

Qu’y a‑t-il de plus ravageur que la peste, telle celle de 1593 à Lon­dres, qui a trans­for­mé les médecins en noirs cor­beaux, parsemé les chairs de bubons puru­lents, jonché les rues de cadavres ? De plus foi­son­nant que le théâtre élis­abéthain, sym­bol­isé avec majesté par le père adop­tif de Roméo et Juli­ette, le lanceur de ques­tions insond­ables, le songeur noc­turne esti­val ? De plus exal­tant que la com­po­si­tion de poèmes mythologiques, où des Hommes se frot­tent aux Dieux dans l’épreuve de tour­ments humains, où la Tragédie est sub­limée par le rythme ver­si­fié, où la scan­sion se fait chan­son à deux bouch­es ? De plus noir que les chicots d’Élisabeth Ière, au teint (arti­fi­cielle­ment) pâle assom­bri par la dépres­sion, mais tou­jours affamée, alerte, red­outable en des temps de rus­es et de com­plots ? De plus nour­ris­sant qu’un pain d’épice pré­paré avec amour par de jolies mains potelées, agré­men­té de vin rouge ou con­stel­lé d’anis étoilé, accom­pa­g­né d’une ale fraîche­ment pétil­lante ? La pas­sion… Con­tin­uer la lec­ture

Bluebird, le dernier né de Geneviève Damas

Geneviève DAMAS, Blue­bird, Gal­li­mard, 2019, 154 p., 14,50 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2072853401

Geneviève Damas a l’art de don­ner la parole à ceux, et surtout celles, qui n’ont pas tou­jours droit de cité dans nos sociétés. Après une migrante et celle qui va lui apporter sou­tien et loge­ment dans Patri­cia, son précé­dent roman pub­lié chez Gal­li­mard, elle donne cette fois la parole à une ado­les­cente dont la vie va pren­dre une direc­tion inat­ten­due.


Lire aus­si : notre recen­sion de Patri­cia


Con­tin­uer la lec­ture

« Mais alors, avant d’être ensemble, qu’avions-nous vu ? »

Un coup de cœur du Car­net

Eva KAVIAN, L’homme que j’aime, Car­nets du Dessert de Lune, 2019, 66 p., 12 €, ISBN : 978–2930607597

Eva Kavian est une autrice qui touche à tous les gen­res, écrit pour tous les âges et ani­me des ate­liers d’écriture. Poésies, road-movie mésolithique, manuel pour appren­ti écrivain, romans pour enfants ou ado­les­cents, sou­vent elle invente des vies à ses per­son­nages. Par­fois, elle racon­te la sienne. Con­tin­uer la lec­ture

Tu m’aimes combien ?

François DE SMET, Éros cap­i­tal, Les lois du marché amoureux, Flam­mar­i­on, coll. “Cli­mats”, 2019, 400 p., 21 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782081422698

On voudrait y croire encore, on voudrait y croire tou­jours que : l’amour est le plus beau, le plus pur des sen­ti­ments, la divine idylle peut nous apporter le bon­heur, nous emporter loin de la vie laborieuse, dis­pendieuse. On voudrait et puis des écrivains, des intel­lectuels brisent nos rêves. Ils nous font per­dre espoir. Mais peut-être que sans espoir – ce qui ne sig­ni­fie pas le dés­espoir – peut-on affron­ter la réal­ité au mieux, dans toutes ses dimen­sions. C’est ce que sem­ble dire le philosophe François De Smet à la fin d’Éros cap­i­tal, que ce que nous venons de lire « ne nous empris­onne dans aucun déter­min­isme ». On ajoutera : peut-être qu’il nous en libère. Mais que venons-nous de lire ?

Con­tin­uer la lec­ture

Confession éperdument amoureuse

Anne KAREN, Rouge encor du bais­er de la reine, Quidam,  2018, 118 p., 14 €, ISBN : 978–2‑3791–060‑4

Éton­nant, ce pre­mier livre d’Anne Karen, qu’on n’ose appel­er roman tant son atmo­sphère est poé­tique et son étrangeté féerique par endroits. Non seule­ment Rouge encor du bais­er de la reine nous ren­voie à Ner­val, mais il nous trans­porte loin dans l’Histoire.

« Ces vingt feuilles auraient été écrites il y a presque dix siè­cles, en 1054 » nous annonce l’adresse au lecteur. Cet avant-pro­pos est signé par un cer­tain René Nanak, his­to­rien et pro­fesseur hon­o­raire  à l’Université de Paris et mem­bre de l’Institut d’histoire et de civil­i­sa­tion de Byzance au Col­lège de France. Ce savant chercheur fic­tif aurait retrou­vé et pub­lié un man­u­scrit palimpses­te resti­tu­ant un texte traduit du grec en l’attribuant à un incon­nu, Nicé­tas, eunuque nain. Ce per­son­nage est dévoué à l’impératrice Zoé Por­phy­ro­genète et  il envoie ces écrits à son aimé Michel Psel­los. Con­tin­uer la lec­ture

Love boat

Tuyêt-Nga NGUYÊN, Les mots d’amour, je les aime tant, Renais­sance du Livre, 2018, 240 p., 18,90€ / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782507055769

nguyen_les mots d amour je les aime tantC’est l’histoire d’une femme heureuse. Cette femme (belle, épanouie, fleur bleue) nage dans une sat­is­fac­tion con­ju­gale sans remous depuis plus de deux décen­nies. Ses jours s’écoulent, sere­ine­ment, et s’organisent autour du bien-être de son mari (char­mant, intel­li­gent, juste un peu trop aven­tureux en affaires) et de ses trois ado­les­cents (vifs, équili­brés, en par­faite san­té). Sur la carte postale, il y a la grande mai­son, le quarti­er rési­den­tiel, le chien fidèle, les amis nom­breux, le tra­vail à temps par­tiel, le golf et les vacances. Tout est à sa place. L’union des cul­tures et des sen­si­bil­ités dif­férentes est évi­dente de réus­site, et se nour­rit notam­ment de petits rit­uels, comme celui de rester pen­dant quelques min­utes à table, à deux, une fois le repas ter­miné et les garçons occupés, juste à savour­er le moment présent… Cette femme était heureuse, jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’elle, oie con­fite de bon­heur, est en fait le din­don de la farce. Car, un soir, son mari lui assène un cru­el aveu : il y a une autre femme, et un autre enfant, et donc une autre famille. Con­tin­uer la lec­ture

Liberski Roma

Un coup de cœur du Carnet

Ste­fan LIBERSKI, La cité des femmes, Albin Michel, 2018, 280 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑226–40218‑9

liberski la cite des femmesSept ans après son dernier roman, Le Tri­om­phe de Namur (La Muette, 2011), l’écrivain, cinéaste, bédéiste et homme de télévi­sion Ste­fan Liber­s­ki pub­lie La cité des femmes aux édi­tions Albin Michel.

La cité des femmes, c’est un film de Fed­eri­co Felli­ni sor­ti en 1980. Mais c’est donc aus­si, désor­mais, le titre d’un roman de Ste­fan Liber­s­ki : l’histoire d’un jeune aspi­rant écrivain, Éti­enne Kapus­cin­s­ki, qui quitte Brux­elles, son mariage et son méti­er pour gag­n­er Rome et assis­ter au tour­nage de La cité des femmes de Felli­ni. Toute ressem­blance avec Ste­fan Liber­s­ki, par­ti lui-même à Rome pour assis­ter au même tour­nage fellinien en « témoin priv­ilégié » n’aurait, bien sûr, rien de for­tu­it. L’anecdote auto­bi­ographique donne une saveur tes­ti­mo­ni­ale jouis­sive aux appari­tions du mae­stro, cam­pé en génie sur le déclin, manip­u­la­teur, égo­cen­trique et jaloux de son harem. Con­tin­uer la lec­ture

Le double jeu de l’écriture

Ari­ane LE FORT, Beau-fils, post­face de Michel Zumkir, Les Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017 (rééd.), 167 p., 8,50 €, ISBN : 9782875681478

le fort.jpgPrimé plusieurs fois en 2003, par le Rossel notam­ment, Beau-fils d’Ariane Le Fort mérite on ne peut mieux une réédi­tion en Espace Nord, cette fois accom­pa­g­née d’une post­face de Michel Zumkir. On est certes déjà tombé sous le charme des fic­tions de l’auteure sans qu’il soit néces­saire de se référ­er à un guide. Elle a cette habi­tude rare, somme toute, de livr­er des his­toires sim­ples à démêler, voire à dévor­er telles quelles. Mais elle les assor­tit tou­jours d’une réserve, d’un quant-à-soi qui demande qu’on s’y attarde ou qu’on y revi­enne. D’où l’utilité de com­men­taires comme cette post­face qui va attir­er notre atten­tion et débus­quer l’arrière-fable d’une appar­ente sim­plic­ité. S’y révèle le dou­ble jeu de l’écriture de Beau-Fils, ce roman qui se lit sans résis­tance, avec plaisir et qui tient le lecteur dans un cer­tain sus­pense qu’il ne dis­sipera pas. Il ne se ter­mine pas à vrai dire si ce n’est sur un doute majeur, une inter­ro­ga­tion, sorte d’adresse à un témoin imper­son­nel : Con­tin­uer la lec­ture

Combler l’odeur de son absence

Claire DEVILLE, Les cit­rons, Mur­mure des soirs, 2017, 101p., 12€, ISBN : 978–2‑930657–36‑3

devilleLa nar­ra­trice est une jeune femme dont la vie en dehors de sa pas­sion déçue nous échappe, s’est figée : on la décou­vri­ra fig­u­rante lumière un peu gauche et désor­mais pétrie de rêves hal­lu­cinés ou amers. Une de ces héroïnes can­dides et crues à la fois qui ont aimé danser sous un regard aimant mais ne vivront plus de pas de deux avec le parte­naire élu. Une amoureuse (é)perdue, une lais­sée-pour-compte qui n’a plus qu’une mai­son jadis partagée où se tapir loin du monde et revivre à l’envi le manque de l’être adulé, par­ti au bras d’une autre : « Tu es avec elle le matin. Tu ouvres les yeux en face des siens. Tu dis bon­jour tout som­meil sur ses lèvres, avant de tir­er sur les draps et de jouer à faire le chat pour la réveiller en riant. » Con­tin­uer la lec­ture