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La preuve vivante

Ade­line DIEUDONNÉ, La vraie vie, L’I­con­o­claste, 2018, 270 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑37880–023‑9

À la mai­son, il y avait qua­tre cham­bres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes par­ents, et celle des cadavres.
Papa tire du gros gibier, dès qu’il peut. Ici et jusqu’en Himalaya. Cette “cham­bre des cadavres”, c’est celle où il dis­pose ses trophées. Il y a des têtes de san­gli­er, d’an­tilopes, de zèbres, même un lion entier. Et une hyène dans un coin. Pré­da­teur, papa l’est aus­si envers maman, bien sûr, et maman esquive la vio­lence con­ju­gale en se faisant la plus trans­par­ente, la plus molle pos­si­ble, encais­sant juste les coups. La nar­ra­trice et son petit frère Gilles vivent une rela­tion fusion­nelle. À l’aube de la puberté, ils dor­ment encore ensem­ble, se parta­gent tous leurs secrets et réen­chantent leur quo­ti­di­en en jouant dans une casse de voitures. De retour de l’é­cole, lorsque c’est la sai­son, ils achè­tent quo­ti­di­en­nement une glace au marc­hand ambu­lant — avec sup­plé­ment chan­til­ly pour elle. On ne peut pas dire que ce soit une vie rêvée, mais au moins rien ne vien­dra s’in­ter­pos­er entre Gilles et elle. Rien, jusqu’à l’ac­ci­dent. Con­tin­uer la lec­ture

Un cœlacanthe devenu Orphée

Amélie NOTHOMB, Les prénoms épicènes, Albin Michel, 2018, 154 p., 17.50 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑226–43734‑1

Les prénoms épicènesPré­tex­tat, Astro­labe, Tex­tor, Déo­dat… : Amélie Nothomb soigne tou­jours les prénoms de ses per­son­nages. Et les choisit en général rares et sig­nifi­ants. On ne s’étonnera donc qu’à moitié que son nou­veau roman s’intitule Les prénoms épicènes. Pour celles et ceux qui sont fâché-e‑s avec les notions de gram­maire, « épicène » sig­ni­fie « qui a la même forme au mas­culin et au féminin ». Claude et Dominique, par exem­ple, sont des prénoms épicènes. Con­tin­uer la lec­ture

Ménagerie de l’intime

Dominique MAES, Bes­ti­aire de mon jardin secret, Mur­mure des soirs, 2018, 165 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930657–43‑1

Déam­buler dans un parc ani­malier qui ne craint pas de pass­er du coq à l’âne, décou­vrir une ménagerie intime, se balad­er dans un monde enfoui, imag­i­naire, en « ter­ra incog­ni­ta où les légen­des se créent », voilà le safari orig­i­nal auquel nous con­vie Dominique Maes avec son Bes­ti­aire de mon jardin secret.


Lire aus­si : un extrait de Bes­ti­aire de mon jardin secret


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Je m’appelle Jean-Michel, regardez-moi

Un coup de cœur du Carnet

Yves BUDIN, Visions of Basquiat, Car­nets du Dessert de Lune, 2018, 64 p., 20,00€, ISBN : 9782930607740

Yves Budin_Visions of BasquiatJean-Louis Mas­sot a assuré­ment le sens de la per­ti­nence édi­to­ri­ale. Après avoir accom­pa­g­né Yves Budin dans ses aven­tures graphiques con­sacrées à Miles Davis, à Jack Ker­ouac et à David Bowie, voilà que les deux hommes fran­chissent, dans un vol­ume sai­sis­sant, un nou­veau pas. Les Car­nets du Dessert de lune s’ouvrent cette fois à Jean-Michel Basquiat, cet artiste d’origine haï­ti­enne dont les gestes ful­gu­rants ont tra­ver­sé New York pen­dant quelques années: il a cou­vert les murs de Man­hat­tan de graf­fi­tis, il a col­laboré avec Andy Warhol, avec Kei­th Har­ing et avec Francesco Clemente puis s’est mis à expos­er plusieurs cen­taines de tableaux dans dif­férentes galeries…         Con­tin­uer la lec­ture

Tuer le temps avec Engel à Maramisa

Vin­cent ENGELMaramisa, Escales, coll. « Domaine français », 2018, 521 p., 21.90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 9782365693592

engel maramisaL’œuvre de Vin­cent Engel s’élabore selon une archi­tec­ture auda­cieuse et ambitieuse, à l’exemple de la cité mys­térieuse au cœur de ce roman ample : Maramisa. Ses livres s’emboîtent telles des matri­ochkas, les unes en con­tenant d’autres, pour aller s’amplifiant. Les lecteurs assidus d’Engel se sou­vien­dront que le roman Maramisa se trou­vait en germe dans une nou­velle lau­réate du Con­cours de Nou­velles de Radio France Inter­na­tionale (RFI), pub­liée en 1993 (!) dans son pre­mier recueil : Légen­des en attente. Longue genèse que le lecteur peut décou­vrir sur le site du roman, où Vin­cent Engel pro­pose des pro­longe­ments à son livre, en mode réal­ité aug­men­tée : vidéos, musique, icono­gra­phies, textes divers, FAQ, forum, ren­con­tres, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Pensée et histoire de la franc-maçonnerie

Lam­bros COULOUBARITSIS, La com­plex­ité de la franc-maçon­ner­ie. Approche his­torique et philosophique, Ousia, 2018, 583 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87060–183‑9

couloubaritsis la complexite de la franc maconneriePro­fesseur émérite de l’Université Libre de Brux­elles, spé­cial­iste de la philoso­phie grecque et médié­vale, notam­ment d’Aristote, auteur entre autres d’ouvrages de référence — His­toire de la philoso­phie. Aux orig­ines de la philoso­phie européenne (De Boeck, 2003), His­toire de la philoso­phie anci­enne et médié­vale (Gras­set, 1998), La prox­im­ité et la ques­tion de la souf­france humaine (Ousia, 2005) —, Lam­bros Couloubar­it­sis pour­suit dans La com­plex­ité de la franc-maçon­ner­ie les réflex­ions dévelop­pées dans La philoso­phie face à la ques­tion de la com­plex­ité (Ousia, 2014). Alliant la voie his­to­ri­enne et l’approche philosophique, il livre une somme nova­trice et déci­sive sur le phénomène de la franc-maçon­ner­ie, démon­tant les clichés, la vul­gate qui entoure le mou­ve­ment, pro­posant des éclairages inédits. Con­tin­uer la lec­ture

Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles : le palmarès

La Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles a remis ses prix lit­téraires le 14 mai 2018 au Théâtre roy­al du Parc. Cinq prix ont été décernés, cou­vrant les domaines de la lit­téra­ture générale et de la lit­téra­ture pour la jeunesse, de la lit­téra­ture en langue française et de la lit­téra­ture en langue régionale. Con­tin­uer la lec­ture

Simon Leys ou Pierre Ryckmans ?

Simon LEYS, La Chine, la mer, la lit­téra­ture, Essais choi­sis par Jean-Luc Out­ers et Pierre Piret, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 377 p., 9.50 €, ISBN :  978–2‑87568–250‑5

leys la chine la mer la litteratureL’érudition, la sub­til­ité et la vivac­ité du sino­logue Pierre Ryck­mans font des textes réédités, pré­facés et post­facés par Jean-Luc Out­ers et Pierre Piret sous le titre La Chine, la mer et la lit­téra­ture une chance pour quiconque cherche à s’initier à l’immense civil­i­sa­tion chi­noise. Ain­si, dès les pre­mières pages, deux traits mécon­nus nous en sont livrés et surtout expliqués : la « mon­u­men­tale absence du passé » qui se con­state dans le peu de bâti­ments anciens sub­sis­tants, d’une part, et, de l’autre, la cal­ligra­phie en tant qu’« art suprême aux yeux des Chi­nois ». Les deux cor­re­spon­dent à leur con­vic­tion que la péren­nité spir­ituelle appar­tient à l’écrit trans­mis­si­ble et méta­mor­phos­able, jusqu’aux « faux » copiés au fil des siè­cles, bien plus qu’à la pierre aus­si orgueilleuse que soumise aux ruines du temps. La récur­rence des pra­tiques icon­o­clastes dans l’histoire de la Chine, y com­pris sous l’action des Gardes rouges dans les années soix­ante du XXe siè­cle, en reçoit un éclairage inat­ten­du. De même, approchant « Poésie et pein­ture », Ryck­mans met en exer­gue « les ver­tus du vide » qui s’échangent de l’une à l’autre, blanc, silence, non-dit, ellipse du verbe, absence du sujet, et qui répon­dent à l’idéal du qi (esprit, souf­fle, énergie…), « con­cept cen­tral de la théorie esthé­tique » pour man­i­fester la « com­mu­nion avec l’univers ». Exem­ple splen­dide, ces vers de Ma Zhiyuan : Con­tin­uer la lec­ture

Noir et blanc

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Pierre ORBAN, Toutes les îles et l’océan, Mer­cure de France, 2018, 294 p., 21 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7152–4729‑1

orban toutes les iles et l oceanAu début des années 1960, Adèle embar­que vers une ville non nom­mée qui appa­raî­tra finale­ment être Stan­leyville. Elle est à la recherche de Sain­to avec qui elle a vécu une brève mais très forte rela­tion et dont elle est enceinte. Dans la pre­mière par­tie de Toutes les îles et l’océan, Jean-Pierre Orban racon­te cette lente remon­tée sur un bateau, où Adèle est la seule Blanche, et l’arrivée dans une ville à feu et à sang. La deux­ième par­tie a pour cadre Brux­elles, la troisième Lon­dres et une brève qua­trième se déroule sur l’océan. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman aux senteurs d’Ardenne

Nel­ly KRISTINK, Le renard à l’anneau d’or, 2017, Weyrich, coll. « Regains », 2017, 232 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87489–449‑7

kristink le renard a l anneau d or.pngDans sa col­lec­tion joli­ment nom­mée Regains, qui remet en lumière des textes pub­liés naguère et quelque peu oubliés, l’éditeur Weyrich a choisi d’inscrire le roman de Nel­ly Kristink Le renard à l’anneau d’or. Le titre sans doute le plus con­nu en son temps de la roman­cière, nou­vel­liste et auteur de réc­its pour la jeunesse, lau­réat du prix Rossel en 1948, sur man­u­scrit. Con­tin­uer la lec­ture

Laisse pas béton

Un coup de cœur du Carnet

Bernard QUIRINY, L’affaire May­er­ling, Rivages, 2018, 271 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7436–4228‑0

Quiriny_L'Affaire Mayerling_couv« Je rêve d’une sub­ver­sion général­isée, d’une révo­lu­tion uni­verselle con­tre le béton. » Cette affir­ma­tion de Braque, un des pro­tag­o­nistes du roman, « sen­si­ble à la laideur du monde, et à la beauté des destruc­tions », résume le pro­pos de Bernard Quiriny : le béton, com­pris comme l’archétype des moyens de con­struc­tions mod­ernes, défig­ure le paysage urbain à tel point qu’on peut, plus ou moins raisonnable­ment, lui prêter des inten­tions malveil­lantes. Le roman est une dénon­ci­a­tion de l’architecture et de l’urbanisme con­tem­po­rains ain­si qu’une réflex­ion sur le rap­port des humains à leur habi­tat. Con­tin­uer la lec­ture

Cela… et bien plus encore

Un coup de cœur du Carnet

COLLECTIF, Atten­dre. Moments sus­pendus avec des deman­deurs d’asile, Des Traces et des Mots, 2017, 48 p., 15€, ISBN : 978–2‑9602106–0‑6 

attendre moments suspendusDer­rière un livre, il y a un auteur – au moins – don­nant corps en mots, en illus­tra­tions, en pho­tos ou autres représen­ta­tions artis­tiques, à un besoin, une envie, une ten­sion. Der­rière un livre, il y a du vécu, du rêvé, du sen­ti, du pen­sé, du vibré, de l’abstrait, du sous­trait. Der­rière un livre, il y a une voix sin­gulière, mul­ti­ple, écras­ante, fugace, assumée, oubliée, mono­corde, poly­phonique. Der­rière un livre, il y a cela… et bien plus encore. Der­rière ce livre, il y a dix-huit deman­deurs d’asile, dont la vie est en sus­pens. Blo­quée, arrêtée, figée en un instant infi­ni. Recro­quevil­lée, frois­sée, crispée. Entre deux mers, ter­res, cieux. Et il y a aus­si deux artistes, une danseuse et une illus­tra­trice, qui ont décidé de leur offrir un espace de créa­tion, d’expression. De lib­erté. Con­tin­uer la lec­ture

Arabesques mammaires

Véronique SELS, La bal­ler­ine aux gros seins, Arthaud, 2018, 240p.,17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑08–141842‑4

sels la ballerine aux gros seinsIn utero, Bar­ber­ine Blin fait déjà des choré­gra­phies. Parée d’une improb­a­ble grenouil­lère en éponge avant même le pre­mier plié, elle trou­ve au chat bien plus d’élégance qu’à ses sem­blables. Après le temps tardif de la marche, vient enfin l’accession au domaine tant fan­tas­mé de la danse. Sous l’égide de M. Simon,  arrive la dis­ci­pline dras­tique imposée au corps. Tout organ­isme soumis aux cinq posi­tions de la danse clas­sique doit en effet allonger la nuque, redress­er le dos… et de préférence,  dévelop­per a min­i­ma ses pro­tubérances mam­maires. Voilà où le bât blesse : les gènes de Bar­ber­ine lui ont don­né le sein évi­dent. Sous les étoffes, Sin­istre et Dex­tre n’ont pour­tant aucune­ment l’intention de s’en laiss­er compter par leur hôtesse appren­tie rat de l’opéra. Elle aura beau s’affamer et user de ban­dages,  les deux mamel­ons pren­dront la parole avec volup­té et occu­per­ont le ter­rain un chapitre sur deux. N’hésiteront pas à bour­geon­ner à qui mieux mieux, à se pâmer lorsque leur jeune pro­prié­taire vivra des rap­proche­ments avec l’autre sexe. Toute à sa voca­tion exigeante, Bar­ber­ine réfrène sou­vent ses pro­pres désirs quand ses roberts, eux, ne cherchent qu’à s’épanouir davan­tage. Con­tin­uer la lec­ture

Le roman de l’amitié ou repousser l’ennui d’exister

Stéphane LAMBERT, Frater­nelle mélan­col­ie, Arléa, 2018, 218 p., 19  €, ISBN : 978–2‑36308–150‑6

lambert fraternelle melancolieCe pour­rait être un roman qui com­mence avec brio par la rela­tion de la ren­con­tre entre Nathaniel Hawthorne et Her­man Melville, au Mon­u­ment Moun­tain, le 5 août 1850.

Les deux per­son­nages sont intro­duits tour à tour par un rapi­de por­trait physique et déjà com­porte­men­tal. Rien ne per­met encore de devin­er cette Frater­nelle mélan­col­ie qui fait l’objet du dernier livre de Stéphane Lam­bert. Ce début est délibéré­ment ori­en­té vers le genre romanesque et cela cor­re­spond à un choix de la part de l’auteur. Il l’affirme claire­ment : ce ne sera ni une biogra­phie ni une étude lit­téraire. Faudrait-il pour cela écarter le genre de la fic­tion ? Non. Stéphane Lam­bert revendique le droit à la sub­jec­tiv­ité dans son pro­jet, le recours à l’invention, et pour cause. Com­ment pour­rait-il se borner aux faits en l’occurrence ? Soit ils ne sont pas con­nus, soit ils sont trop rares et dis­per­sés pour livr­er un soupçon d’évidence ou sim­ple­ment un sens. En effet, que sait-on des rela­tions entre Hawthorne et Melville ? Quelques ren­con­tres ont eu lieu, des let­tres ont été échangées, mais une part de celles-ci, celles de Hawthorne, a été détru­ite par Melville, on ne sait d’ailleurs pour quel motif. Il faut ajouter le car­net de notes de Melville lui-même, intéres­sant entre pro­lix­ité et retenue. Demeurent surtout les œuvres, mine où puis­era notre auteur inspiré. Elles lui fourniront le thème de la mélan­col­ie où s’épanche la fra­ter­nité. Il faut à cet égard sig­naler l’à‑propos de l’illustration de la pre­mière de cou­ver­ture, une repro­duc­tion de Deux jeunes hommes devant la lune qui se lève sur la mer, de Cas­par David Friedrich. Con­tin­uer la lec­ture

Nerval vu par Vandermeulen et Casanave

David VANDERMEULEN, Daniel CASANAVE, Ner­val l’inconsolé, Cast­er­man, 2017, 160 p., 22,50 €, ISBN : 9782203153523

casanave vandermeulen nerval l inconsoleAprès Shel­ley, la vie amoureuse de l’auteur de Franken­stein et Chamis­so, l’homme qui a per­du son ombre, le duo tal­entueux for­mé par le scé­nar­iste David Van­der­meulen et le dessi­na­teur Daniel Casanave nous plonge dans la vie de Gérard de Ner­val. Au fil d’un scé­nario pétri d’invention, retraçant la vie du poète des Chimères, le pos­sédé des Filles du feu, d’Aurélia ou le Rêve et la Vie, au fil d’un dessin alliant humour et paysages oniriques, on décou­vre un Ner­val en proie à des visions, aspiré par la quête de l’Orient. Suiv­ant la chronolo­gie de son exis­tence qui sera très vite rav­agée par la mélan­col­ie et le démon de l’alcool, David Van­der­meulen et Daniel Casanave font en quelque sorte du fameux son­net El Des­dicha­do (« Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’In­con­solé / Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie »…) un auto-por­trait, un miroir de Ner­val. Toute biogra­phie est biogra­phie-radi­ogra­phie d’une époque : ne pou­vant sauter par-dessus son ombre, par-dessus son siè­cle, tout créa­teur est le fils de son temps, même s’il s’efforce de s’y arracher. C’est ain­si qu’aux côtés du jeune Gérard Labrunie qui con­naî­tra une cer­taine notoriété pré­coce lorsqu’à dix-neuf ans il traduisit le Faust de Goethe, les auteurs camp­ent les fig­ures du roman­tisme, ses amis, Théophile Gau­ti­er, Auguste Maquet, Pétrus Borel, Alexan­dre Dumas. La vie bohème, la bataille d’Her­nani, les soulève­ments poli­tiques, la révo­lu­tion de 1848 ne sont pas un décor extérieur à l’émergence de nou­velles formes de créa­tion mais leur creuset. Pour Ner­val, la lit­téra­ture est sœur du rêve, d’un désir de fuite, la con­fi­dente ou l’exorciste des désil­lu­sions amoureuses, des expéri­ences de dédou­ble­ment, des assauts de la folie, fût-elle lucide.  Con­tin­uer la lec­ture

À gauche ou à droite ? Là où ça gratte !

Alex VIZOREK, L’échappé belge : Chroniques et brèves, Kero Édi­tions / France Inter Édi­tions, 2017, 240p. , 15.90€/ePub : 11.99 €, ISBN : 9782366583991

vizorek l echappee belgeSi sa langue bien pen­due oscil­lait entre deux pays – le nôtre et celui de nos com­pars­es d’outre-Quiévrain – pour son pre­mier recueil (Chroniques en Thalys) Alex Vizorek s’est cette fois bel et bien instal­lé en France et notam­ment à Inter. Ce deux­ième vol­ume reprend donc la quin­tes­sence de trois années de chroniques radio féro­ces et facétieuses élaborées pour le 7/9 des stu­dios rouges, et des brèves ou détourne­ments d’extraits de presse inso­lites. Les Belges ne sont pour autant pas oubliés : ce sont Kroll et Vadot qui ponctuent les pages de leurs cro­bars et l’humoriste a réservé une trentaine de pages sup­plé­men­taires à sa mère patrie, inclu­ant neuf cap­sules de Café Ser­ré à l’ensemble. On y crois­era notam­ment Lau­rette Onke­linx, Georges Dalle­magne ou Paul Mag­nette. Con­tin­uer la lec­ture