Archives par étiquette : poésie

Écrire pour se tenir, à nouveau, nez au vent au bord du monde

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Déten­trice, Let­tre volée, 2025, 104 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–640‑2

skivée detentriceTout qui a déjà lu Lau­rence Skivée le sait : en ouvrant un nou­v­el ouvrage de l’autrice, on espère retrou­ver une langue à nulle autre pareille, une voix amie, nous mur­mu­rant des choses à pro­pos de détails infimes ou intimes, dévelop­pant un rap­port tout per­son­nel, tout sin­guli­er et énig­ma­tique, au monde. Parce que Lau­rence Skivée est, mine de rien, d’une exi­gence folle, jouant avec maes­tria du vers, des blancs de la page, du téle­sco­page de sen­sa­tions et d’émotions, des sou­venirs et des notes pris­es sur le vif, au gré de ses errances, réelles ou men­tales. Parce que Lau­rence Skivée, c’est un style. Un “coup de pat­te” à nul autre pareil. Déten­trice, son nou­v­el opus, n’échappe pas à cette règle. Tant mieux pour nous : sa langue inven­tive nous entraine, une fois de plus, dans des zones où les mots, les phras­es, les pages, nous don­nent à sen­tir, à vivre au plus près, au-delà ou en-deçà du sens des mots, l’expérience rap­portée. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire comme viatique

Lil­iane SCHRAÛWEN, Errances de nuit, Bleu d’encre, 2024, 98 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–78‑9

schrauwen errances de nuitLil­iane Schraûwen a passé son enfance en Afrique – l’une ou l’autre allu­sion en témoigne dans ce recueil de poèmes qui s’ajoute à une bib­li­ogra­phie déjà bien fournie (romans, nou­velles, poèmes, réc­its his­toriques, lit­téra­ture pour la jeunesse). Enseignante, elle a aus­si exer­cé divers emplois dans les métiers du livre. La ques­tion des mots est dès lors essen­tielle, car ils sont un chemin vers l’écriture, qui a une fonc­tion mémorielle. Ils représen­tent égale­ment un via­tique pour déjouer l’absurdité et la vacuité de toute exis­tence réduite à sa part muette et tran­si­toire. Amulettes, étoiles dans la nuit, com­pagnons du rêve, passeurs d’émotions et panseurs des plaies qu’en chaque être humain le temps dépose, à tra­vers les péripéties de la grande ou de la petite His­toire. Les mots sur­gis­sent, ils vien­nent d’un arrière-fond de l’être : Con­tin­uer la lec­ture

Laissez parler les p’tits papiers…

Sylvia BÚHO, L’oie des moissons, Bleu d’encre, 2024, 69 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–76‑5

buho l'oie des moissonsNe rien dire et rester sourd aux mots. Se réfugi­er dans un néant, en apparence, sal­va­teur et par­tant, se pos­er la ques­tion de leur pou­voir face à la perte, à l’absence. Voilà sans doute le sujet du beau réc­it en prose poé­tique que nous donne à lire Sylvia Búho dans cet ouvrage hybride, L’oie des moissons. Par le biais de cette « chronique d’une nais­sance oubliée », l’autrice signe un texte puis­sant, ten­dre et vio­lent sur l’avortement. Une par­ti­tion oscil­lant entre amour et souf­france à l’image de cette chan­son que la nar­ra­trice com­pose pour l’enfant, essence ou graine per­dues dans l’océan du temps. Con­tin­uer la lec­ture

La Belgique à l’honneur pour la Semaine de la poésie

Semaine de la poésie 2025

La 38e Semaine de la poésie se tien­dra à Cler­mont-Fer­rand du 15 au 22 mars. La Bel­gique est l’in­vitée d’hon­neur de cette édi­tion, avec de nom­breux poètes et poét­esses au pro­gramme. Lau­rence Vielle est la mar­raine de l’événe­ment. Con­tin­uer la lec­ture

L’arche poétique

Philippe LEKEUCHE, Élé­gies, Post­face de René de Cec­ca­t­ty, Herbe qui trem­ble, 2025, 102 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–79‑6

lekeuche elegiesDessi­nant un espace de vie, entail­lé par les chants de la ruine et de la perte, porté par la flamme de l’amour char­nel et spir­ituel, le recueil poé­tique Élé­gies arpente les ter­res de la pos­si­bil­ité du Poème, en appelle à l’horizon d’un salut bar­ré par lui-même. Auteur d’une œuvre poé­tique ambitieuse, de pre­mier ordre, Philippe Lekeuche ques­tionne le corps de l’amour, le corps de la poésie, le lien entre l’humain et le monde dans des tes­sons de parole enfuie. Divisé en six chants intro­duits par les pho­togra­phies en noir et blanc de l’auteur, le recueil apos­tro­phe les dieux, con­voque une grande tribu élec­tive, Hölder­lin, Vil­lon, Rim­baud, Ver­laine, Baude­laire, Keats, Dick­in­son, Celan, ces funam­bules de la survie qui nous ont légué des rêves recou­verts par la cen­dre. Con­tin­uer la lec­ture

Sur fond blanc

COLLECTIF L‑SLAM (dir.), En let­tres noires, Midis de la poésie, 2024, 120 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931054–15‑4

collectif en lettres noiresDans cette antholo­gie com­posée par le col­lec­tif fémin­iste lié­geois L‑SLAM pour les édi­tions Midis Poésie, sept autri­ces issues de la scène slam don­nent à enten­dre leurs voix. Marie Darah, Huguette Izo­bim­pa, Gioia Kaya­ga, Julie Lombe, Joëlle Sam­bi, Lisette Lom­bé et Raïs­sa Yowali por­tent et parta­gent l’expérience de minorités de genre et de femmes noires dans un monde où le blanc est con­sid­éré comme une couleur neu­tre. Con­tin­uer la lec­ture

Écoute le chant frileux de l’ange …

Un coup de cœur du Car­net

Françoise HOUDART, La jubi­la­tion de l’ange, Pré­face de Michel Joiret, Bleu d’encre, 2024, 84 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–79‑6

houdart la jubilation de l'angeUne lumineuse pré­face de Michel Joiret éclaire quelques-unes des pistes de lec­ture que lui inspire le recueil de Françoise Houdart. L’autrice renoue avec l’écriture poé­tique qu’elle avait délais­sée après huit vol­umes (dont Ary­th­mies qui lui val­ut en 1989 le pres­tigieux prix Gauchez-Philip­pot) pour se con­sacr­er à son œuvre en prose, romans et recueils de nou­velles. Con­tin­uer la lec­ture

Mémoire d’être aux confins du silence…

Un coup de cœur du Car­net

Fer­nand VERHESEN, L’offrande du sen­si­ble, Antholo­gie poé­tique, Intro­duc­tion et choix de poèmes par Pierre-Yves Soucy, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 215 p., 18 €, ISBN 978–2‑8032–0086‑3

verhesen l'offrande du sensiblePrécédée d’une éclairante intro­duc­tion de Pierre-Yves Soucy, L’offrande du sen­si­ble réu­nit des textes de Fer­nand Ver­he­sen dont la pub­li­ca­tion s’échelonne de 1947 (e.a. de larges extraits du recueil Voir la nuit) jusqu’à son dernier livre paru en 2008. Deux ouvrages y fig­urent dans leur inté­gral­ité, Franchir la nuit (1970) et L’archée (1981). Con­tin­uer la lec­ture

Entre absence et magie

Un coup de cœur du Car­net

Marc QUAGHEBEUR, Labi­ales, Lieux-Dits édi­tions, coll. « Jour & Nuit », 2024, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑493715–63‑0

quaghebeur labialesAuteur d’une douzaine de recueils de poèmes depuis 1976, Marc Quaghe­beur (Tour­nai, 1947) s’est voué en par­tie à une forme qui dom­i­na le paysage sous l’influence de la pen­sée de Barthes : la poésie min­i­mal­iste. Elle est moins une réponse à un épuise­ment de la lit­téra­ture, de la pos­si­bil­ité de faire un réc­it, qu’un moyen de dire le vide exis­ten­tiel de l’homme. L’écriture dite blanche est d’abord con­tre : con­tre la lit­téra­ture du passé qui char­rie des lour­deurs styl­is­tiques et nar­ra­tives, con­tre les belles-let­tres, le beau style… Il y aurait une écri­t­ure du non-écrit, a dit Mar­guerite Duras. Dans la plu­part de ses recueils, « […] la poésie de Marc Quaghe­beur s’avère […] sans aucune com­plai­sance sen­ti­men­tale ou descrip­tive ; une poésie ter­ri­ble­ment abstraite dans son objet, mais déli­cate et imagée dans son expres­sion ; trag­ique par les thèmes dev­inés mais sur­prenante de pudeur ou de retenue ; une poésie où l’authenticité per­son­nelle, tou­jours éton­nante et détournée, touche les points essen­tiels de l’existence […] »[1]

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Pour une poétique du lâcher-prise

Daniel CHARNEUX, En bref, Bleu d’encre, 2024, 100 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–80‑2

charneux en bref 1L’œuvre poé­tique de Daniel Charneux (Charleroi, 1955) est dis­crète : deux recueils de haïkus (Pru­ines du temps, 2008 et Si longues sec­on­des, 2010) et un vol­ume À bas bruit (2022). En bref s’inscrit dans la même veine : une écri­t­ure élé­giaque que je qual­i­fi­ais de « langue nar­ra­tive sans fior­i­t­ures, belle comme une ligne claire. » Car Daniel Charneux demeure économe de ses effets. Sous la sim­plic­ité du pro­pos et de la langue — ici le thème de la mémoire, de l’impermanence de l’existence ter­restre — perce tou­jours une réflex­ion méta­physique : « Pourquoi la nos­tal­gie / quand le présent suf­fit ? ». Voici un ton fam­i­li­er à celui des apo­logues boud­dhiques que con­nait bien cet ama­teur des civil­i­sa­tions ori­en­tales qui a pra­tiqué le zen. Con­tin­uer la lec­ture

Brûler, briller

Un coup de cœur du Car­net

Lisette LOMBÉ, La poésie sociale, un sport comme les autres, Midis de la poésie, 2024, 89 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931054–14‑7

lombe la poesie sociale un sport comme les autresUn livre court peut porter un grand texte ; c’est le cas du nou­v­el opus des édi­tions Midis Poésie : entre le man­i­feste et le car­net de bord, La poésie sociale, un sport comme les autres est un texte bref et per­cu­tant, per­clus d’intime et de poli­tique. Paru à mi-chemin du man­dat de poétesse nationale que pour­suiv­ra Lisette Lom­bé toute l’année à venir, ce texte fait fig­ure de jalon dans son par­cours. Un temps de pause pour faire le point et repar­tir, gon­flée à bloc, sur le ter­rain. Con­tin­uer la lec­ture

Un chemin de croix à la croisée des chemins

Joseph DEWEZ, Dji n’ sé sofler, CROMBEL, coll. « MicRo­ma­nia », n° 41, 2024, 13 €, 94 p., ISBN : 978–2‑931107–11‑9

dewez dji n sé soflerAprès son fameux Èvôye, Abrâm, paru en 2022 aux édi­tions Tétras Lyre, le prési­dent des Rèlîs Namur­wès remet le cou­vert avec une nou­velle œuvre tout aus­si orig­i­nale et saluée que la précé­dente. Cette fois, Joseph Dewez retrace en vers wal­lons et avec ses mots cha­cune des dernières étapes de la vie du Christ. Con­tin­uer la lec­ture

Trois hypothèses sur Leïla Zerhouni

Leïla ZERHOUNI, De vie, de sable et de vent, Bleu d’encre, 2024, 86 p., 15 €, ISBN : 9782930725758

HYPOTHÈSE # 1

zerhouni de vie de sable et de ventLeïla Zer­houni est une autrice touchant à divers gen­res : roman, nou­velle, poésie, lit­téra­ture. Dans ses écrits, elle explore des thé­ma­tiques qui la con­cer­nent per­son­nelle­ment ou qui la préoc­cu­pent, telles que sa dou­ble orig­ine, algéri­enne et belge, le fait de vivre à cheval sur deux cul­tures, deux façons d’être au monde, les grands boule­verse­ments et les remis­es en cause actuelles. Ses livres par­lent d’é­colo­gie. Du fait d’être femme. De guer­res. De migra­tion. De déplace­ment de pop­u­la­tion. D’in­jus­tices. Je pense ceci : Leïla Zer­houni se fiche de faire lit­téraire. Compte pour elle le fait de don­ner à lire ou à enten­dre des textes inscrits dans l’i­ci et main­tenant. Des textes écrits pour tout le monde. Des textes à lire de 7 à 77 ans. Con­tin­uer la lec­ture

Désarçonner la langue

Un coup de cœur du Car­net

Natha­lie ATLANCan­berra, Ate­lier de l’agneau, 2024, 80 p., 18 €, ISBN : 9782374280851

atlan canberra 1Un titre peut briller comme un tal­is­man, un mot sacré, un ora­cle. Can­ber­ra, recueil en prose poé­tique de Nathalie Atlan, claque, cin­gle la joue, rameute le fan­tôme de la cap­i­tale de l’Australie. Chevauchée ryth­mée par vingt-huit chapitres, le réc­it tail­lé dans une sin­gu­lar­ité absolue se place sous la lib­erté d’une langue qui ne s’interdit aucune danse, aucune inven­tion, qui entend faire voir autant que dis­simuler, racon­ter autant que cacher, obvi­er, slalom­er dans le non-dit, le non-écrit. Can­ber­ra déroule une déam­bu­la­tion géo­graphique, men­tale, ésotérique, celle d’un groupe hétérogène com­posé de l’héroïne Alix Sarah Austin, de ses amis, de chevaux, de lap­ins, d’animaux qui courent entre les lignes. Le tra­jet du texte suit les tra­jets du navire, de l’avion, du zep­pelin qui emmè­nent la troupe de Lon­dres à Can­ber­ra. L’épopée se vit comme une exal­ta­tion de l’espace, du brouil­lage des fron­tières entre les humains, les ani­maux et les plantes, entre le réel et le mag­ique, entre le tan­gi­ble et le mythique. Con­tin­uer la lec­ture

La récolte des verbes …

Pas­cal FEYAERTS, Racines de l’éphémère, Pré­face de Philippe Col­mant, Illus­tra­tions de l’auteur, Coudri­er, 2024, 61 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–066‑5

feyaerts racines de l'éphémèreAlter­nant créa­tions pic­turales en noir et blanc et lignes poé­tiques cour­tes, Pas­cal Feyaerts chem­ine de page en page au fil d’évocations brèves. Le recueil Racines de l’éphémère se com­pose de médi­ta­tions – si ful­gu­rantes qu’elles sont proches de l’aphorisme (Il suf­fit par­fois d’une seule / larme pour se noy­er) – et d’illustrations réal­isées par le poète. Con­tin­uer la lec­ture

Crépuscule, tendre et joyeux

Ludi­vine JOINNOT (autrice) et Valérie LINDER (illus­tra­trice), Des four­mis qui gig­o­tent, Ail des ours, coll. « Graines d’ours », 2024, 52 p., 10 €, ISBN : 978–2‑491457–33‑4

joinnot linder des fourmis qui gigotentValérie Lin­der est la cheville ouvrière de « Graines d’ours » : respon­s­able de la col­lec­tion aux édi­tions L’Ail des ours (dirigées par Michel Fiévet), « elle s’occupe des liens avec les aut.eur.rice.s et illustrat.eur.rice.s […], elle accom­pa­gne et con­seille l’éditeur […] » et, pour ce sep­tième vol­ume, comme elle l’avait déjà fait pour les qua­tre pre­miers numéros, elle a pris sa palette-douceur et illus­tré les textes poé­tiques de Ludi­vine Join­not. Con­tin­uer la lec­ture