Archives par étiquette : Texte et image

Photoniquement vôtre

Léon WUIDAR et Jonathan STEELANDT, Nor­mo­graphes, Pierre d’Alun, coll. “La Petite Pierre”, 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–145‑6

wuidar steelandt normographesPeu lui chaut, la lumière inonde et rebon­dit. L’amadouer, la dress­er, la maitris­er, la pein­dre est affaire de pho­togra­phie. Jonathan Stee­landt s’est remis à l’observer, la caress­er, la dessin­er, la diriger, la frag­menter, la géométris­er tel un archi­tecte, de son pré­cis cray­on sur le papi­er. Et Léon Wuidar d’expliquer ce dont il s’agit :

Son regard tombe sur trois nor­mo­graphes, un sou­venir de son grand-père qui était ingénieur. (…) le nor­mo­graphe est un instru­ment fort bien fait qui per­met de tir­er des plans. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Paul Gaultier et Vivienne Westwood pour l’histoire

Véronique BERGEN, Jean Paul Gaulti­er, EPA, 2025, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–737‑9
Véronique BERGEN, Vivi­enne West­wood, EPA, 2025, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–680‑8

bergen vivienne westwoodAprès la paru­tion en 2024 des vol­umes con­sacrés à Karl Lager­feld et Alexan­der McQueen, Véronique Bergen pour­suit son explo­ration du tra­vail des grands cou­turi­ers. En cette fin d’an­née, elle a étudié deux autres grands créa­teurs : Jean Paul Gaulti­er et Vivi­enne West­wood. Con­tin­uer la lec­ture

« …jusqu’à l’ombre zéro… »

Philippe COLMANT, Ver­so de l’ombre, Pho­togra­phies de l’auteur, Coudri­er, 2025, 89 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–077‑1

colmant verso de l'ombreOuvrant le recueil du poète-pho­tographe Philippe Col­mant, l’épigraphe de Jules Renard nous donne d’emblée la clé (d’une) des lec­tures pos­si­bles du texte et des images réu­nis ici : L’ombre ne vit qu’à la lumière. Car c’est bien de cela qu’il s’agit en matière de poésie : l’exploration sans cesse renou­velée des zones où la lumière pro­jette ces images (apparem­ment) abstraites et mono­chromes faites de tach­es d’ombre mou­vantes. Con­tin­uer la lec­ture

Lire Laurence Skivée. Pour plonger sans réserve dans l’enfance de l’art

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Je trace, Let­tre volée, 2025, 157 p., 22 €, ISBN : 9782873176563

Skivée Je traceAvez-vous déjà vécu ça, cette sit­u­a­tion-là ? Vous êtes au télé­phone, un papi­er en main, un sty­lo à bille en main. Et, pen­dant la con­ver­sa­tion, machi­nale­ment, le sty­lo court, tire des traits abstraits, venant d’on ne sait où, ou des fig­ures comiques voire grotesques, ou la tasse ronde et jaune devant vous reprend corps et vie sur papi­er. Au fond, Je trace nous par­le de ça, de ces “choses” en nous, de ces présences qui ne deman­dent qu’à sor­tir et à voir le jour par­mi nous, sous nos doigts, parce que, par hasard, il y a un feu­tre en main, un cray­on ou un sty­lo à bille, et une feuille bien sûr, un papi­er à cou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture

Bonjour tendresse

Un coup de cœur du Car­net

Gwen GUÉGAN, Claire obscure, Chat polaire, 2025, 76 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–40‑7

guegan claire obscureGwen Gué­gan revient avec ce nou­veau ren­dez-vous, à la fois intime et dis­tant, Claire obscure.

Je lève alors un voile / pour ren­con­tr­er cette ombre / mécon­nue / qui est là, en moi / depuis l’origine Con­tin­uer la lec­ture

À la rencontre de soi

Anne-Sophie DELCOUR et Manon KARSENTI, Neuf, Tana, 2025, 156 p., 24,95 €, ISBN : 979–10-301‑0584‑1

delcour karsenti neufAutomne est une jeune femme qui décide de quit­ter son com­pagnon et un tra­vail sta­ble lorsqu’elle prend con­science qu’au fur et à mesure des années, elle s’est tail­lé un masque social certes grat­i­fi­ant, mais qui ne comble pas un vide intérieur tenace et dix ans d’errance exis­ten­tielle. Elle ren­con­tre par hasard Raphaël, avec qui elle tisse une rela­tion authen­tique. La soli­tude qu’elle éprou­ve bien­tôt dans son cou­ple la pousse toute­fois à explor­er une nou­velle piste : poussée par son intu­ition, elle décide de s’inscrire à une retraite silen­cieuse de dix jours, alors qu’elle n’a aucune expéri­ence en la matière. Con­tin­uer la lec­ture

Tout le monde passe à l’attaque !

Aurélien DONY (texte) et Nina NEURAY (illus­tra­tions), Cric ! Crac ! Les tau­pes passent à l’attaque !, Cot­Cot­Cot, 2025, 40 p., 16,20 €, ISBN : 978–2‑930941–78‑3

dony neuray cric crac les taupes passent a l attaque« Tou­jours, il fait tout noir. Tou­jours, on n’entend rien. C’est comme ça, vous savez, sous nos pas, sous nos pieds. C’est comme ça en vérité, sous nos pas, sous nos pieds : du noir partout dedans, silence partout autour. » L’incipit de l’album se détache par son blanc lumineux sur une dou­ble page noire. Mais finale­ment pas si noire que cela, des ombres s’y dis­tin­guant, comme quand après quelques sec­on­des dans l’obscurité on perçoit dif­férentes tex­tures obscures. Et n’entendrait-on pas aus­si des bruits dans ce calme pré­ten­du­ment opaque ? En effet, « ça grat­te, ça griffe, ça chante, ça sif­fle, ça creuse, ça fouille, ça trépigne et ça grouille ». Des créa­tures qui s’affairent sous terre… Serait-ce des lom­brics, des ger­billes, des limaces ? Non, des tau­pes creu­sant des ter­ri­ers avec un zèle métic­uleux. L’une d’entre elles s’avère « espiè­gle et téméraire, amuse la galerie, tra­vaille avec vigueur [et] aux unes, aux autres, sans cesse ouvre son cœur… ». D’emblée, par cette courte descrip­tion, Mira attire notre sym­pa­thie, immé­di­ate­ment ren­for­cée par l’introduction de couleurs chaudes dans les illus­tra­tions. Elle et ses con­génères fouis­seurs aux pelages uniques (tabac, gris, souris, cognac, bleus et autres) s’agitent tels des nageurs souter­rains, et se meu­vent joyeuse­ment au cœur d’un sol meu­ble, raci­naire et rhi­zomique. « Cric ! Crac ! On met la terre en vrac ! » Con­tin­uer la lec­ture

Tout peut encore y surgir

Un coup de cœur du Car­net

Françoise LISON-LEROY et Geof­frey DELINTE, Terre meu­ble, Ail des ours, coll. « Coqueli­cots », 2025, 54 p., 16,5 €, ISBN : 9782491457464

lisonleroy delinte terre meubleAvec Terre meu­ble, Françoise Lison-Leroy remue la représen­ta­tion sin­istre de la mort pour en brandir une nou­velle, lumineuse, joyeuse et mélan­col­ique. Par déf­i­ni­tion, une terre meu­ble est légère, tra­vail­lée, presque vivante, tout peut encore y sur­gir ; elle peut se déplac­er, laiss­er se mou­voir ceux qu’elle recou­vre. Et s’il était pos­si­ble de con­tin­uer à vivre des aven­tures avec ceux qui ne sont plus là ? À con­di­tion de garder leurs expédi­tions – détri­cotant la fron­tière du vivant et de la mort – secrètes, la nar­ra­trice et son petit frère décédé peu­vent établir une rela­tion éter­nelle, s’offrant la joie d’une échap­pée plurielle, d’un efface­ment des événe­ments irrévo­ca­bles : celui qui n’est plus revit, celle qui a per­du un être cher le retrou­ve. Le couperet de la mort est émi­et­té par une seule petite phrase, sûre d’elle, annonçant la couleur du recueil et les con­tours d’une nou­velle réal­ité : Con­tin­uer la lec­ture

(…) Sur une scène / De carnage, / Tous se figent / Même les petits… 

Isabelle BIELECKI (texte) et Pierre MOREAU (illus­tra­tions), Qu’importe la porte, Pré­face Éric Allard, Coudri­er, coll. « Sor­tilèges », 2025, 77 p., 22 €, ISBN : 9782390520719

bielecki qu'importe la porteDans sa magis­trale pré­face, toute en finesse et intel­li­gente sen­si­bil­ité, Éric Allard évoque La poé­tique de l’espace. En feuil­letant l’essai de Gas­ton Bachelard, pour y retrou­ver les références, une cita­tion de Pierre-Jean Jou­ve sem­ble com­pléter celle que nous cher­chions. Elle exprime idéale­ment cette sen­sa­tion à la fois mul­ti­ple et indéfiniss­able que nous inspire l’entrelacement des illus­tra­tions créées par le pho­tographe Pierre More­au et des images poé­tiques sus­citées par le texte d’Isabelle Bielec­ki : « La poésie est une âme inau­gu­rant une forme ». Con­tin­uer la lec­ture

Il s’appelait Jean

Pauline ALLIÉ (autrice) et Car­lot­ta BAILLY-BORG (illus­tra­trice), Là où se for­ment les mon­tagnes, Chemin de fer, 2025, 112 p., 14,50 €, ISBN : 9782490356560

allié là où se forment les montagnesIl s’appelait Jean. Il n’avait pas de cheveu blanc. Il por­tait des lunettes tout le temps, et des cra­vates quand il tra­vail­lait encore. Il a exer­cé comme secré­taire de direc­tion dans une clin­ique (où les femmes l’appréciaient), puis a été for­cé de devenir homme au foy­er. Il aimait John­ny Hal­l­i­day et le ukulélé, et rêvait de par­ler plusieurs langues. Il s’était coupé du monde, par pudeur. Il gar­dait les objets, les pho­tos, les vête­ments, les papiers. Il était en cou­ple depuis quar­ante-six ans, avait trois filles et un frère jumeau adorés. Il ne par­ve­nait pas à porter les pommes de terre dans sa bouche sans en faire rejoin­dre le sol. Il peinait à chaque mou­ve­ment, requérait sans cesse l’aide de son épouse. Il souf­frait. Inten­sé­ment : « Il dit. Est un rhu­ma­tisme inflam­ma­toire. Auto-immune. De cause incon­nue. Chronique. Atteint surtout les pieds. Les mains. Pou­vant aboutir à des défor­ma­tions impor­tantes. » Puis il est mort, entre Noël et Nou­v­el An, sans avoir gouté au homard qu’il avait réclamé. Con­tin­uer la lec­ture

Entrer dans…

Carl NORAC (auteur) et Éléonore SCARDONI (illus­tra­trice), Avant toute chose, Cot­Cot­Cot, 2025, 44 p., 22 €, ISBN : 9782930941523

norac scardoni avant toute chose« Chaque couche d’impression reflète une vari­a­tion dans la tex­ture, la couleur ou la pro­fondeur, évo­quant les mod­u­la­tions d’un son à tra­vers le temps et l’espace. Cette approche crée une analo­gie visuelle et sen­si­ble entre l’invisible du son et sa tran­scrip­tion graphique tan­gi­ble. Ain­si, je trans­forme les sons, habituelle­ment perçus comme immatériels et fugaces, en élé­ments con­crets et per­cep­ti­bles, traduisant l’évolution et les nuances d’un paysage sonore par un tra­vail d’impression et de gravure. » Telle est la démarche adop­tée par Éléonore Scar­doni pour ses Frag­ments d’écoute offerts aux regards. Con­tin­uer la lec­ture

La rencontre entre Masereel et Verhaeren

Masereel / Ver­haeren, Dia­logue en noir et blanc / Dialoog in zwart en wit, Textes bilingues de Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Van­de­vo­or­den, Ed. Emile Ver­haeren­mu­se­um, 2025, 80 p., 18 €, ISBN : 978–9082533552

collectif masereel verhaerenAu nom­bre des ren­con­tres créa­tri­ces fécon­des entre un poète, un écrivain et un artiste, celle qui se noua entre Frans Masereel (1889–1972) et Émile Ver­haeren (1855–1916) occupe une place majeure. Davan­tage qu’un illus­tra­teur de la poésie, des nou­velles, des con­tes d’Émile Ver­haeren, Frans Masereel en est l’interprète, le lecteur graphique qui, non seule­ment, traduisit les textes ver­haere­niens dans des gravures sur bois, des dessins, des aquarelles mais réal­isa une œuvre graphique imprégnée par des thèmes, des motifs, des visions de l’auteur des Villes ten­tac­u­laires, de La mul­ti­ple splen­deur. Si Masereel a été exposé au Musée Émile Ver­haeren à trois repris­es, en 1963, en 1968 et en 1977, l’exposition actuelle déplace la focale en inter­ro­geant l’influence de l’écrivain sur le graveur. Une influ­ence, une con­ver­gence, des rap­proche­ments que Christophe Meurée, Paul Aron et Hans Van­de­vo­or­den analy­sent avec finesse dans le cat­a­logue. Con­tin­uer la lec­ture

« (…) Ici, il n’est qu’un ici … »

Philippe MATHY, Le long des rives, ill. Cécile A. Hold­ban, Ate­lier des noy­ers, 2025, 50 p., 16 €, ISBN : 978–2‑494676–37‑4

mathy le long des rivesSous-titré Notes de Pouil­ly-sur-Loire, Le long des rives déploie sur des pages au for­mat panoramique, l’évocation en prose poé­tique des bor­ds de Loire, non loin de Pouil­ly-sur-Loire où Philippe Mathy réside de nom­breux mois chaque année. En regard des textes, l’artiste Cécile A. Hold­ban pro­pose une aquarelle inspirée libre­ment par ceux-ci. Con­tin­uer la lec­ture

Écriture et peinture, le paysage dans tous ses éclats

Un coup de cœur du Car­net

Eugène SAVITZKAYA et Babis KANDILAPTIS, Paysages. L’arythmie du temps, Yel­low Now, coll. « Côté Arts », 2024, 128 p., 25 €, ISBN : 978–2‑873405076

savitzkaya paysages l'arythmie du tempsIl y a une ving­taine d’années déjà, l’auteur d’On n’y voit rien, l’écrivain et his­to­rien de l’art Daniel Arasse (1944–2003) notait avec un fatal­isme dés­abusé que la plu­part des petites chapelles ital­i­ennes qu’il affec­tion­nait avaient été restau­rées. Autre­fois, dis­ait-il, on pou­vait y pass­er des heures à regarder les motifs, les per­son­nages, les détails, les couleurs passées, et les inscrire dans un temps lente­ment écoulé. Depuis les restau­ra­tions, l’entrée était mon­nayée et régle­men­tée, le temps de vis­ite réduit à un quart d’heure. Le vis­i­teur voy­ait peut-être mieux les détails, mais il n’en avait plus le temps : on voy­ait mieux, mais on ne voy­ait rien. Con­tin­uer la lec­ture

Exposition : un dialogue entre Verhaeren et Masereel

exposition masereel verhaeren

Le Musée Ver­haeren pro­pose dès le 8 juin une nou­velle expo­si­tion. Elle met à l’hon­neur les rela­tions entre Masereel et Ver­haeren.  Con­tin­uer la lec­ture

(…) ramasser les mots froissés / comme un bruit de feuilles

Un coup de cœur du Car­net

Paul ROLAND, J’habite les mots, illus­tra­tions de Chris­tiane Devi­aene, Déje­uners sur l’herbe, 2024, 59 p., 20 €, ISBN : 978–29304433899

roland j'habite les motsEn 2015, dans le cadre d’une expo­si­tion au Cen­tre cul­turel de Pérul­wez, Paul Roland com­pose 59 haïkus. Dix ans plus tard, il les pub­lie aux Déje­uners sur l’herbe, en agré­men­tant cha­cun d’eux d’un texte les com­men­tant et les dévelop­pant. Con­tin­uer la lec­ture