Jacques PERRY-SALKOW et Laurence CASTELAIN, Anagrammes dans le boudoir, illustrations Stéphane Trapier, Actes Sud, 2020, 15 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑330–14088‑5
Le mot « anagrammes » vient du grec ancien anagramma, « renversement de lettres ».
Les anagrammes changent l’ordre des lettres d’un ou de plusieurs mots pour en former de nouveaux. De cette pirouette jaillit alors un sens caché, pour le plus grand plaisir des pêcheurs de perles. Avoir le feu sacré pour l’anagramme, c’est la rendre farceuse, trouver du cœur dans la douceur, cueillir les roses de la vie sous les averses de soleil et voir par-delà les nuages noirs des anges nus, le soir.
Par ces quelques phrases liminaires, qui offrent déjà une mise en jambe (en grasses), les auteurs posent l’ambition de l’exercice qu’ils déclinent au fil des pages dans le champ limité des relations amoureuses. Continuer la lecture
Le plus chouette dans ce travail, c’est l’horaire. (…) c’est cool (…) Le quartier du Sablon est sympa aussi, il y a plein de boutiques dans les environs (…).
Historien, essayiste, scénariste de bande dessinée, auteur d’ouvrages marquants (entre autres Les templiers, chevaliers du Christ ou hérétiques ?, Ed. Tallandier, Hitler et la franc-maçonnerie, Les Illuminati,
L’univers de Marine Schneider se pelotonne dans un fantastique mystérieux. Cette artiste crée des albums atmosphériques qui surprennent et intriguent. Son trait se fait épuré et expressif quand elle envisage certains personnages, alors que sa technique se ramifie au moment de représenter la nature. Effets d’aquarelle et de pastel, rehaussements de contours, texture en superpositions, perspectives recalibrées, variations autour des verts et du saumon… Par touches, aplats, traits et nuages, Schneider compose avec sensibilité un imaginaire dense, silencieux et accueillant qui suscite une irrésistible envie de le pénétrer.
Une fille aux cheveux rouges, débardeur clair et baskets, courant comme une dératée dans la capitale berlinoise afin de sauver son ami Manni. C’est cette image-culte que le titre Cours Lola, cours ! évoque à ceux d’« un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». À présent, il réfèrera également, dans l’esprit des plus jeunes cette fois, à un album jeunesse publié chez Esperluète éditions, celui de Geneviève Casterman qui précise elle-même que « le titre du livre n’a rien en commun avec le film éponyme que le prénom de son héroïne ».
Il lui aura fallu huit ans pour transposer en images des passages du récit qu’Anaïs Nin fit de sa propre vie dans les différentes versions parfois contradictoires du Journal. Dans un roman graphique de 190 pages paru en août 2020 chez Casterman, Léonie Bischoff a choisi de raconter son Anaïs, celle qui l’inspira durablement lorsque étudiante, elle découvrit son œuvre.
Tu crois quoi ? demande Charly Delwart à ses lecteurs. Plus habitué à s’adresser aux adultes, l’écrivain et scénariste belge, à qui l’on doit L’homme de profil même de face (Seuil, 2010), Citoyen Park (Seuil, 2012) et l’étonnant
On ne demande pas au saladier
Kikie Crêvecœur aime les livres et, depuis plus de trente ans, elle dépose ses images entre leurs pages. Il était donc naturel qu’un livre soit consacré à cette artiste passionnée par les résonances que créent les mots, par les objets qui les véhiculent, les hommes et les femmes qui les façonnent, les portent, les font vivre et jouent avec eux.
« […] Enfin, commençons. […] Bonjour, je m’appelle Jean-Louis, je suis travailleur social et animateur des réunions. […] : je donne la parole aux uns et aux autres, je coupe, parfois, les uns et les autres. […] L’idée, c’est que globalement, on demande un peu aux gens leur avis. […] ce qu’on essaye de faire ici, c’est de mettre ensemble les gens qui vivent un peu les mêmes choses pour, collectivement, parler de ce qui se passe… » Ces « espaces de paroles » mensuels et itinérants sont nés en 1999 à Bruxelles et sont orchestrés par la Strada (le Centre d’appui au secteur de l’aide aux personnes sans abri, devenu Bruss’help en 2019) depuis 2008.
Illustré par des sculptures de pierre de Christian Claus, ce nouveau recueil d’Annie Préaux prend un aspect aussi architectural que formel, tant les lignes des œuvres sont ici pures et géométriques, alors que là, elles sont archaïques et rudes ; à l’image de totems issus de réserves archéologiques. Ainsi, Pierres de vie annonce bien ses couleurs de marbre et de granit, et dit aussi bien son titre. La vie s’exprime ardemment dans ces formes et lignes défiant le poids et l’équilibre lourds de la matière, ainsi que dans les pleins et vides aériens narguant sa permanence et sa stabilité ; s’en trouvant d’autant augmentées.
Lorsque vous prenez le doute entre vos mains — un livre à la jaquette en papier Kraft ordinaire sur lequel vous pouvez lire ce titre laconique sans majuscule et observer un amusant dessin au bic d’un dromadaire, ou plutôt d’un chameau à trois bosses — vous êtes déjà happé par l’univers d’Anne Wolfers.
Les dix illustrations d’Isabelle Busschaert sont splendides ! On aimerait avoir les originaux en main. Ce sont des taches de couleurs liquides s’épousant très harmonieusement, et pénétrant le papier où s’immerge le regard comme dans un bain cosmique. Veines et nervures génèrent les cartes de territoires imaginaires et infinis, débordant largement leur modeste format de carte postale.
De sages paysages aux doux pastels jalonnent ce nouveau recueil de Martine Rouhart, comme autant d’instantanés prenant par la main et le chemin des saisons. Loin des routes agitées, les sons de la nature, dont surtout le coulis de l’eau, sont pris en charge par la plume murmurante de l’auteure, perceptible à l’oreille, transformant son écriture en une rivière de mots légers et parfumés ; quoique sans plus d’illusions.
Dans cet album composé à l’aide de collages finement travaillés, nous emboitons le pas à Lino le voyageur, qui se rend de village en village pour chanter sa ballade. Si Lino n’est pas toujours bien accueilli, il va cependant faire de belles rencontres.
Clair comme de l’eau de roches,